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LA HAINE DE SOI*


 

http://art.milt.eu.org/Art-Gallery/Free-Wallpapers/kukowski.surrealism.jpg

Le concept moderne dans le monde arabe en général et tunisien en particulier, pour cela il suffit de parcourir les sites et les blogs pour avoir le tournis, de la haine de soi sert d'abord à penser la psychopathologie de certaines franges de tunisiens et non des moindres, intériorisant parfois, jusqu'à l'aveuglement le plus abrutissant, le regard de rejet qui se porte sur elles dans l'industrie consumériste de l'aliénation, des exemples? Vous avez l'embarras  du choix et je ne parle que des productions de l'opposition démocratiques, le reste est à sa place et ne mérite aucun égard, à ce sujet le dernier texte de MONCEF MARZOUKI est un exemple  de ce qu'il faut faire  pour valoriser notre humanité de tunisien.
Il y a la honte de ces exilés, pourchassés par la haine et les hommes de main de ben Ali,  que nous lisons tous les jours sur différents sites, et que nous faisons mine de ne pas comprendre, que nous ignorons dans notre suffisance à dénaturer l'événement et à déblatérer la consistance  du discours pragmatique, tant leur existence et leur rappel à l'ordre nous dérangent. Ou encore ces prisonniers politiques et leurs familles, qui, en quête de respectabilité ou d'invisibilité, abhorrent une réalité largement stigmatisé par la société tunisienne sous contrôle, et pis encore, par  celle qui vit à l’aise dans les sociétés démocratiques et qui  est aussi désorganisée que pédante et égoïste. Jeunes nihilistes et sans aucun espoir, enfants abandonnés, orphelins du désir de leurs proches et de leurs institutions, mélancoliques et nostalgiques vieux sur le retour d'un idéal républicain et démocratique qu'ils ont vécu par procuration dans toutes les sociétés d'accueil de la planète, sociétés en mouvement, tolérantes, ouvertes et libres, tous tissent des stratégies de survie qui relèvent des fois  comme négation même de la vie. Et certains hommes et femmes malgré tout sont là, déployant les infinies métamorphoses de ce sentiment de courage et de révolte, les miens et les nôtres, les MANAÏ, KARKER, MARZOUKI et quelques autres.

Sonia.

 

 

Bien que le masochisme et la haine de soi est un pléonasme  rigide et bien ancré dans la mentalité tunisienne, à ne pas en douter, à constater le nombre famélique, presqu’inexistant d’actions et d’organisations  de solidarité. Le temps des atermoiements est bien fini, aucun tunisien n'est innocent de l'état dramatique du pays, il faut le savoir seulement et en tirer les conséquences. Il est bon qu'un  peuple  soit assez fort de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais il ne doit pas oublier les raisons qu'il peut avoir encore de s'estimer lui-même (les emmurés, KARKER, MANAÏ, MARZOUKI ECT.....) C'est en fonction de l'avenir qu'il faut poser les problèmes, sans remâcher interminablement aussi nos fautes du passé, la dictature n'a jamais existé d'une façon virtuelle ou autonome, nous avons nous aussi été et sommes  une part importante de ses particules énigmatiques, nos silences, nos petits calculs, notre attentisme et notre résignation participe à l'énergie de ses impostures et à la dynamique  de sa fuite en avant vers ce désastre annoncé d'encore plus de souffrances et de morts.  En politique, on n'expie rien. On répare et on fait justice, ben Ali  n'a jamais été capable de comprendre cela, nous non plus.
 Le tunisien  sans héritage, sans affiliation, sans appartenance, sans mémoire, sans projet civilisateur qui porte en lui une vérité historique, celle des tunisiens dans sa vérité, certains doivent le digérer une bonne fois pour toute,  n'est rien d'autre que la civilisation arabo-musulmane. Ce tunisien là, orphelin de tout et de lui-même, voulu depuis des lustres par toutes les dictatures et les occupations ne serait pas un citoyen libre, un citoyen positif, un citoyen du monde mais un zombie, une âme en peine errante dans le superflu et la décadence.  Celui-ci correspondrait  assez bien à cet homme sans attache qui serait le produit d'une mondialisation néo libérale qui s'est jurée de dominer l'espace et le temps et de réduire l'humanité en esclavage, une horreur qui viendrait à bout à bout de l'exception culturelle, des différences et de l'Etat-nation, et qui aurait sorti l'homme de l'histoire pour l'enfermer dans l'éternel présent de la consommation, de la spéculation et de la désinformation. Dans le rêve de l'avènement d'un marché planétaire soumis à quelques uns, aux maffieux habituels et aux faiseurs de guerre et indifférencié, il n'y a de place ni pour l'héroïque ni pour le tragique de l'histoire et pas davantage pour la gratuité du savoir et de la haute culture dans ce monde là. La  mondialisation économique selon les dérives néolibérales offre un contexte favorable au dénigrement de l'Etat-nation, et de la liberté des peuples, celui-ci ne débouche pas sur le désarmement de la revendication identitaire mais sur son déplacement et sa radicalisation, ceci est le lieu commun à toutes les guerres  qui existent sur notre planète. A l'échelle supranationale c'est la crispation idéologique qui saute aux yeux. A l'échelle infranationale c'est la crispation communautaire, corporatiste et localiste qui s'impose, c'est  cela le terreau du terrorisme, de la violence et des dictatures.
C'est le grand paradoxe de notre temps : la quête de l'hyper modernité ressuscite les pires archaïsmes. Il n'y a pas beaucoup à gagner mais beaucoup à perdre à remplacer des grandes nations fières d'elles-mêmes par de petites tribus revendicatives et agressives. Il y a grand risque qu'à cultiver la haine de soi, on nourrisse la haine de l'autre. C'est à cette aune qu'il faut jauger de la pertinence d'une politique de rupture : rompre avec ce que nous faisons depuis trente ans et qui échoue pourrait être salutaire, mais rompre avec ce que nous sommes serait plus périlleux, sûrement mortel. Au demeurant, il ne faut pas se tromper de diagnostic. Il n'y a pas de crise spécifique des civilisations modernes, encore moins une poussée irrésistible du racisme ou du nationalisme arabe qui appellerait une remise en cause radicale de tout ce qui fonde notre pacte démocratique universel. Il y a une crise générale de la sociabilité sur fond de l'effondrement du sentiment d'appartenance à une communauté de destin, dans nos pays  comme partout dans le monde, les démocrates arabes et tunisiens  font partie de la solution à cette crise, pas les dictatures arabes.
On ne résoudra pas ce problème en affaiblissant l'imaginaire collectif et la culture commune, en renvoyant chacun à ses origines, à son ethnie, à sa religion, en poussant chaque groupe, chaque corporation, chaque territoire à tirer son épingle du jeu au détriment de tous les autres. On ne reconstruira pas un monde fraternel en dispensant nos enfants d'étudier Descartes, Racine ou Marx, TALBI, SHOURROU, KHOMEINY ou TAHA HUSSEIN, mais en les donnant en partage aux idées et aux progrès du genre quel qu’ils soient, ou qu’ils soient. Bien sûr il faut faire attention de ne pas asservir le savoir à la propagande. On doit demander à l'historien arabe non pas de dire si, oui ou non, Nasser, Bourguiba, BEN BELLA ect… sont des héros arabes mais d’expliquer  ces personnages historiques. Quoi de plus politique en revanche, au sens le plus noble du terme, que de savoir ce qu'est une instruction arabo-musulmane ouverte à l'heure de la mondialisation et d'Internet.
*Réponse au petit mot de SONIA sur la haine de soi.
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