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L’immigration organisée


La SGI, créée en 1924, constitue une entreprise de rationalisation des différentes initiatives opérées depuis 1919 : cette société anonyme, composée de groupements professionnels, prend en charge tous les services du Comité des houillères et de l’Office Central de la main-d’œuvre agricole, elle compte parmi ces principaux « clients », outre les deux organismes susmentionnés, l’UIMM, l’Association des Fabricants de sucre et le Comité des forêts.

Le résultat des recrutements collectifs opérés par le champ du pouvoir économique témoigne de l’industrialisation de cette branche d’activité que constitue l’importation de main-d’œuvre, qui devient une « marchandise comme une autre ». En 1919, 11.891 ouvriers sont introduits ; en 1920, le chiffre s’élève à 17.040, pour atteindre 25.694 en 1921. Si pour l’heure cette introduction n’est réalisée que pour le compte des CARD et du Comité des Houillères, en revanche l’année 1922 voit entrer en lice l’UIMM, le résultat total se monte alors à 73.891 ouvriers, 160.657 en 1923. La création de la SGI emporte la multiplication par deux des introductions qui atteignent pour l’année 1924, 234.848 ouvriers, et qui introduisent désormais pour le compte de l’industrie sucrière (646 ouvriers) et d’industries diverses ; ce chiffre semble constituer la vitesse de croisière de ce qui devient désormais une industrie, puisque les introductions se stabilisent à 255.752 en 1925 [55]. Le capital de cette société anonyme témoigne par ailleurs de la réussite de cette industrie : celui-ci s’élève à 2 ou 3 millions de francs en 1924-25, à 5 millions en 1927 et 20 millions en 1930 [56].

L’ouvrage du journaliste Georges Le Fèvre paru en 1929 [57] au moment donc où s’annonce la crise, consacré par l’autorité même du directeur général de la SGI, illustre le mode de défense du champ du pouvoir économique à l’égard des entreprises protectionnistes. La rationalité économique « méthodique » et l’efficacité industrielle permettent d’écarter, dans les perceptions patronales, tout risque et par conséquent toute entreprise de limitation de l’immigration au regard de ce risque. Le travail de la SGI, « machine à recruter des hommes », y est décrit tout au long du processus de sélection qu’elle met en œuvre : le premier stade consiste à faire le « tri du tout-venant humain », première « épuration » d’une « force intacte qui jaillit là, comme une source de la terre polonaise » [p. 43] ; le deuxième stade de la sélection, appelé « raffinage », tend à « contrôler la substance humaine » [p. 45], et l’auteur de conclure que la « machine à trier fonctionne à plein rendement » [p. 49]. Après le transport de l’ « Homme-Travail », réduit à sa seule force de travail, vient le rassemblement dans le centre de Toul, géré par l’Etat, dans ce « système breveté de répartition automatique », « en 36 heures tout sera liquidé » [p. 72] : le « triage s’opère ici par le jeu des couleurs » [p. 73], les travailleurs sont alors groupés et envoyés vers leurs employeurs, ou isolés, et alors, « ils sont étiquetés prêts à partir », et destinés à arriver « demain à l’heure dite, comme un colis postal » [p. 75]. L’efficacité industrielle de la machine SGI qui bénéficie de la collaboration d’une administration « intelligente », parce que contenue, est ainsi signifiée par le jeu des métaphores et des images qui ancrent le phénomène dans l’ordre technique des choses économiques et le soustrait à toute logique politique.

3.2- Initiative patronale et équilibre des tensions :

Après guerre, quoique les instances administratives demeurent, elles perdent l’initiative du recrutement. Les employeurs, pour qui l’importation de main-d’œuvre constitue une ressource utilisable et un marché, reconnaissent la nécessité de l’intervention étatique, mais veillent à ce que celui-ci demeure dans ses strictes fonctions régaliennes. Les employeurs cantonnent l’Etat à une stricte fonction de facilitation de l’importation de main-d’œuvre, tout en reconnaissant sa nécessité et son efficience (soigneusement contenue) :

« […] malgré quelques flottements passagers, une collaboration intelligente n’a cessé de s’affirmer de plus en plus entre la SGI et nos services administratifs pour le plus grand bien de l’organisation rationnelle de l’immigration ouvrière en France. » [58]

« Problèmes administratifs et industriels, certains multiples, résolus pratiquement, silencieusement et rapidement. Problèmes ouvriers envisagés sans aigreur avec un large esprit de compréhension de la part des travailleurs nationaux et de leurs représentants qualifiés, avec un parti pris non seulement d’équité, mais de bienveillance attentive et ouverte de la part des employeurs, avec un libéralisme non point toujours exempt des traditions tatillonnes de certaines administrations, mais tout de même effectif et intelligent de la part des pouvoirs publics. » [59]

Le rôle assigné à l’Etat concerne en premier lieu les accords internationaux signés à partir de 1919. Ceux-ci répondent tout autant aux demandes des employeurs visant à faciliter les relations avec les pays d’émigration, qu’aux demandes des réformateurs. Les négociations de ces traités sont menées par un réformateur Charles Picquenard [60], secondé en 1919 par une Conférence Interministérielle Permanente de l’Immigration [CIPI] près le Ministère des Affaires étrangères [61] dans une optique toute intégratrice. Comme le justifie Bertrand Nogaro [62], la raison d’être de ces traités tient en trois points : la « protection des travailleurs étrangers en France », la nécessaire soumission des étrangers « aux mesures générales, d’ordre sanitaire ou de police » et un contrôle « opéré avec prudence et discernement » sur les recrutements collectifs afin d’assurer le « relèvement économique » de la France sans « jeter le trouble dans la vie économique des deux pays ».

En second lieu la police des étrangers est appelée de ces vœux afin de garantir l’investissement sur le long terme que constitue l’importation de main-d’œuvre. Pour les employeurs, il importe de « fixer l’homme au sol » [63] dans un secteur d’activité, dans une zone géographique, et d’éviter le « débauchage » [64]. Si les employeurs mènent leurs propres techniques de fixation (maintien des sociabilités traditionnelles, constitution de cités jardins, émigration familiale), ils n’en demandent pas moins une fixation légale. La carte d’identité, prorogée en 1920 par décret [65], qui permet en partie de résoudre cette question en organisant la traçabilité de l’étranger et en fixant l’étranger dans un secteur d’activité, est jugée insuffisante. Pour répondre à ces demandes un projet est élaboré par le réformateur, Justin Godart, et repris par Paul Durafour. Le projet final, déposé le 5 novembre 1925, est adopté par la Chambre par 520 voix contre 34 : dans ce consensus, la CGT n’émet aucune critique, seuls les communistes déclarent leur hostilité [66]. Au terme de cette loi, sont interdites l’embauche des étrangers dont le contrat est encore en cours, l’embauche d’étrangers non munis d’une carte d’identité, et l’embauche dans un autre secteur que celui signalé sur sa carte d’identité. La logique policière est aussi convoquée afin d’éradiquer les meneurs ouvriers. En effet, en 1924, la CGT crée des sections d’ouvriers polonais et russes ; la CGTU crée, en 1923, un bureau central de la main-d’œuvre étrangère et, fin 1923, des comités intersyndicaux nationaux auprès du bureau national, rassemblant les ouvriers de même langue. Face à cette situation, le Ministère de l’Intérieur adresse une circulaire aux préfets le 8 décembre 1924 afin de réprimer ce qui peut être considéré comme « agitation ». Cette circulaire est traduite en quatre langues et répercutée auprès des industriels, par l’UIMM, aux fins de diffusion auprès des ouvriers [67]. Ces mesures semblent avoir été appliquées principalement en direction des membres de la CGTU, expulsés en raison de leurs activités [68].

En troisième lieu, il importe pour les employeurs de faire de ces travailleurs des français par voie de naturalisation, afin de nationaliser leur descendance et permettre ainsi une reproduction physique et sociale du capital travail importé :

« Sachez qu’un étranger ainsi assimilé, représente pour le pays l’équivalent de deux, trois, quatre naissances. ». [69]

Il importe pour les employeurs que l’ouvrier étranger fasse « souche » dans un pays « anémié », et que la naturalisation permette de « transformer en limon fécondant la marée étrangère qui laissée à elle-même, pourrait avoir les effets d’un flot dévastateur » [70]. Les positions patronales s’alignent sur les positions populationnistes quantitatives. Ainsi, les employeurs soutiennent fermement la loi du 10 août 1927 sur les naturalisations, d’autant que l’utilité du travailleur étranger figure en bonne place dans les critères de sélection des candidats [71]. Ce critère est apprécié à l’aune de l’insertion du travailleur dans la catégorie de l’immigration organisée, de sa stabilité professionnelle de sa « valeur professionnelle » au regard des diverses appréciations de ses employeurs et de « l’apport intéressant pour la collectivité » qu’il constitue. Cette utilité, qui reprend les critères patronaux d’appréciation de l’immigrant désirable, se doit enfin d’être mise en relation avec l’état du marché du travail.

En quatrième lieu, les employeurs, rejoignant par là les revendications tenant à la protection du travail national, donnent la possibilité à l’Etat de se servir des étrangers comme d’une soupape de sécurité en cas de récession, ce qui permet par voie de conséquence de sauver le système de gestion de l’immigration en cas de crise. Ainsi, les réservé à la quatrième logique qu’un rôle résiduel. Ainsi, la CIPI, qui a en charge l’établissement des décrets et qui doit « établir, en s’inspirant des avis du Conseil national de la main-d’œuvre [CNMO], la coordination des divers ministères qui s’occupent des travailleurs étrangers » [72], est rattachée, contrairement aux vœux des syndicalistes, au Ministère des Affaires étrangères. De plus, le CNMO, qui lie explicitement la question de l’immigration à celle de main-d’œuvre nationale sur le modèle des offices de placement, ne sera convoqué qu’en 1925, à la faveur de l’alternance politique du gouvernement Herriot.

*

* *

La crise qui se généralise en France en 1934, bouleverse le système de régulation politique de l’immigration. La morphologie de l’immigration change, à une immigration essentiellement ouvrière succède une immigration plus diversifiée [73]. Face au phénomène de dé-sectorisation engendré par la crise et face à la concurrence réelle ou supposée des étrangers, beaucoup de professions s’engagent dans des logiques de malthusianisme professionnel et d’eugénisme corporatif [74]. La protection du travail national, ou de façon moins euphémisée la lutte contre les « métèques », prend un tour nouveau. Une loi de contingentement des professions, dite de protection du travail national, est adoptée en 1932 mais ce n’est qu’en 1934 qu’un train de décret lui donne véritablement corps. Dans ce contexte, le directeur de la SGI n’en est plus réduit qu’à appeler à « organiser la résistance » et qu’à éviter que les secteurs des houillères et de l’agriculture ne soient inclus dans le champ d’application de la loi, mais cet appel ne peut empêcher que les recrutements patronaux ne déclinent : en 1935 la SGI introduit 4600 travailleurs (contre 85000 en 1929).

Désormais la régulation de l’immigration est sectorisée, soumise aux logiques corporatistes. Profitant de l’ouverture du marché politique, de nouvelles entreprises d’expertise et de problématisation de l’immigration voient le jour. Le champ des prises de position concernant l’immigration se structure alors autour de deux pôles. Le pôle socialisant tend à revendiquer l’emprise de l’Etat sur les questions d’immigration mais plus généralement sur l’ensemble des questions de population [75], c’est-à-dire la nationalisation du recrutement, la codification des conditions d’entrée, de séjour des étrangers, et la monopolisation des données de l’expertise par les agents de l’Etat [76]. Le pôle racialisant promeut quant à lui l’idée d’une fermeture de l’identité substantialisée de la France [77] et d’une exclusion générale des étrangers. Ces entreprises, malgré leur polarisation, ont en commun de promouvoir d’autres logiques à l’encontre de la seule logique économique et productiviste qui prévalait jusqu’alors. L’immigration est alors saisie par la politique.

Malgré ces ajustements historiques, les cadres de la problématique réformatrice demeurent à l’état latent. Dans le contexte de l’après-guerre, ceux-ci seront réactualisés, par les agents qui participaient avant guerre du pôle socialisant, autour de trois logiques, de main-d’œuvre, de population et de police [78].




NOTES:

[1] Georges Pairault, « Immigration et race », Revue de l’immigration, n°25, mai 1930, p. 3.

[2] Alban Carbonnel, Comte de Canisy, L’ouvrier dans les mines de fer du bassin de Biey, thèse (Droit), Paris, Jouve & Cie éditeurs, 1914, p. 25-26. Voir Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française, XIXe-XXesiècle, Paris, Seuil, p. 43-76.

[3] Paul Gemähling, La décroissance de la natalité et l’avenir de la France, Bordeaux, Comité français pour le relèvement de la natalité, 1913, p. 5.

[4] Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2005.

[5] Benoît Larbiou, Connaître et traiter l’étranger. Les constructions sociales d’un savoir politique sur l’immigration, thèse de science politique, Université Montpellier I, 2003, p. 303-333.

[6] Laurent Dornel, La France hostile. Socio-histoire de la xénophobie (1870-1914), Paris, Hachette, 2004.

[7] Cf. le décret du 2 octobre 1888 qui soumet à déclaration à la municipalité les étrangers désireux de vouloir s’établir en France et la loi du 8 août 1893 sur l’immatriculation de l’étranger venant en France « pour y exercer une profession, un commerce ou industrie ».

[8] Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris, Fayard, 1995.

[9] Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle). Discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007, p. 162-174.

[10] Ibid., p. 90-106.

[11] P. Frezouls, Les ouvriers étrangers en France devant les lois du travail et de la prévoyance sociale, thèse de droit, Montpellier, Firmin, 1909, p. 85.

[12] Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, Editions de l’école des hautes études en sciences sociales, 1999.

[13] Luc Le Van-Lemesle, « L’institutionnalisation de l’économie politique en France », dans : L’économie politique en France au XIXème siècle, Yves Breton et Michel Lutfalla (dir.), Paris, Economica, 1991, p. 355-388.

[14] Pour toutes ces questions, cf. Benoît Larbiou, « Organiser l’immigration. Sociogenèse d’une régulation politique, 1910-1932 », Choukri Hmed, Sylvain Laurens (dir.), Construire l’immigration comme problème : acteurs et pratiques, Paris, Agone, 2008 (à paraître).

[15] Sur l’importance de ce type de métaphore dans le champ de la démographie, cf. Hervé Le Bras, Le sol et le sang, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 1994, p. 23–24.

[16] « Rapport de la Commission du travail au Président de la République », Bulletin de l’Office du travail, 1909, p. 1213.

[17] Maurice Didion, Les salariés étrangers en France, thèse de sciences politiques et économiques, Giard et Brière, 1911, p. 24.

[18] « Une Nation ne peut empêcher les enfants des nations prolifiques, denses et pauvres, de venir lui offrir le travail de leurs bras. Si elle le faisait, elle s’exposerait à des migrations à main armée », « Rapport de la Commission du travail… », 1909, op. cit.

[19] Albert Thomas, préface de l’ouvrage de Marcel Paon, L’immigration en France, Paris, Payot, 1926, p. 11.

[20] Christophe Charle, La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande Bretagne 1900-1940. Essai d’histoire comparée, Paris, Seuil, 2001, p. 18.

[21] André Pairault, L’immigration organisée et l’emploi de la main-d’œuvre étrangère en France, thèse de sciences politiques et économiques, Paris, PUF, 1926, p. 21-32.

[22] Gary Cross, « Towards social peace and prosperity : the politics of immigration in France during the era of World War I », French historical studies, 1980, XI, p. 614.

[23] Joseph Lugand, L’immigration des ouvriers étrangers en France et les enseignements de la guerre, thèse de sciences politiques, Paris, Librairies et imprimeries réunies, 1919, p. 24.

[24] Christophe Prochasson, Les intellectuels, le socialisme et la guerre, 1900-1930, Paris, Seuil, 1993, notamment le chapitre intitulé « Le réseau Albert Thomas et l’expérience du pouvoir », p. 122 et suivantes.

[25] B. Larbiou, 2008, op. cit.

[26] G. Cross, 1980, op. cit., p. 618.

[27] Pierre Piazza, La carte nationale d’identité. Enjeux étatiques et identitaires, thèse de science politique, Paris, 2002.

[28] JO, Lois et décrets, 22 avril 1917, p. 3186.

[29] Rapport du 18 avril 1918.

[30] Pour une autoévaluation du fonctionnement de ce service voir B. Nogaro et L. Weill, La main-d’œuvre étrangère et coloniale pendant la guerre, Paris, Publication de la dotation Carnegie, 1926.

[31] Au terme de laquelle « l’ontogenèse récapitule la phylogenèse » (Ernst Haeckel), voir Stefen Jay-Gould, La mal-mesure de l’Homme, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 150-159.

[32] Ministère de la Guerre, service ouvrier, 4ème section : Notice au sujet de la main-d’œuvre coloniale mise à la disposition des établissements privés, 26 avril 1916, cité par Laurent Dornel, « Les usages du racialisme. Le cas de la main-d’œuvre coloniale en France pendant la première guerre mondiale », Genèses, n°20, septembre 1995, p. 56, n. 22.

[33] Nogaro et Weill, 1926, op. cit., p. 21.

[34] Note du Ministère des Travaux Publics et des Transports du 18 juillet 1917, cité par L. Dornel, 1995, op. cit., p. 59.

[35] Trois circulaires sur le problème émanent du Service des Travailleurs Coloniaux : Mariages entre Françaises et ouvriers indigènes musulmans, Mariages franco-annamites et Mariages entre Françaises et travailleurs Nord-africains (cité par L. Dornel, ibid., p. 60).

[36] Nogaro et Weill, 1926, op . cit., p. 23.

[37] Soit des administrateurs du Gouvernement Général d’Algérie, des fonctionnaires détachés par les résidents du Maroc et de Tunisie, des administrateurs des services civils d’Indochine, des fonctionnaires annamites fournis par le Ministère des Colonies et le Gouvernement Général d’Indochine, et, « enfin quelques officiers ayant séjourné en Chine [qui] furent employés comme contrôleurs de la main-d’œuvre chinoise », ibid.

[38] Cf. ibid. ; cf. aussi Dornel, 1995, op. cit., p. 59, n. 37 : « des dizaines de circulaires […] préconisent de multiplier les visites médicales, de prêter une plus grande attention à la propreté des groupements ». Ceci se vérifie par ailleurs dans l’Hérault : de nombreuses circulaires (à l’instar de celle du 2 février 1917) et de fréquents échanges épistolaires entre les ministères et le préfet attestent de cette volonté de veiller à ce que toutes les « conditions scrupuleuses d’hygiène » soient respectées, notamment dans leur logement ; cf. Archives départementales de l’Hérault, 2 R 655.

[39] I.e. les races nord-africaines, indochinoises, malgaches et chinoises, cf. Nogaro et Weill, 1926, op . cit., p. 19.

[40] Ibid., p. 19.

[41] L. Dornel, 1995, op. cit.

[42] 34 % d’algériens, 8 % de tunisiens, 16 % de marocains, 22 % d’indochinois, 2 % de malgaches, et 16 % de chinois. Chiffres tirés de l’ouvrage de Michel Huber, La population de la France pendant la guerre, Paris, PUF, 1931, p. 198-204.

[43] Note du Ministère du Travail, in Bulletin du Ministère du travail, janvier-février 1920.

[44] Tous les chiffres sont tirés des calculs des services eux-mêmes, et, sont fournis par le directeur de la SGF, M. Huber, 1931, op. cit., p. 198-204.

[45] Benoît Larbiou, 2008, op. cit. ; Id. « L’immigration et l’effet Montesquieu. Une approche socio-historique des principes de classement et de division des sources d’immigration et des phénomènes d’assignation identitaire. 1914-1946 », Colloque Etre étranger en Europe du sud, Edisud, 2005, p. 57-74.

[46] Décision de la Commission Interministérielle Permanente de l’Immigration, Bulletin du Ministère du Travail, janvier/février 1920, p. 21.

[47] Jean Duhamel, directeur de la SGI, entretien avec Georges Le Fèvre, in Homme-Travail, Paris, éditions Baudinière, 1929.

[48] L. Chassevent, Appel à la main-d’œuvre étrangère pour l’agriculture française, Paris, thèse de droit, 1919, p. 141.

[49] Cf. A. Pairault, 1926, op. cit., p. 67.

[50] Ibid., p. 68.

[51] Ibid., p. 69.

[52] Ainsi le Comité établit en 1923 un bureau à cette fin à Duisbourg, le montant de cette débauche s’éleva à 20.000 travailleurs.

[53] C’est à dire, le Comité des Houillères, la CARD, la Fédération du bâtiment et le Comité des Forges et des Mines de fer de l’Est de la France (adhérente à l’UIMM).

[54] UIMM, Assemblée Générale. Rapport Annuel, 20 février 1923, p. 6.

[55] Ces chiffres sont extraits de l’ouvrage d’A. Pairault (1926, op. cit., p. 72) lesquels sont fournis par les services du Comité des Houillères et la SGI.

[56] Cf. J.C. Bonnet, Les pouvoirs publics français et l’immigration dans l’entre-deux-guerres, Lyon, Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise, 1976. Bonnet cite ainsi les chiffres donnés par la revue Esprit, dans son n° 82 de juillet 1939, dans un article d’André Ulmann s’en prenant aux « parasites de l’émigré », à savoir la SGI, p. 519.

[57] G. Le Fèvre, 1929, op. cit.

[58] A. Pairault, 1926, op. cit., p. 74.

[59] H. Peyerimhoff, Préface, ibidem, p. III

[60] Né à Paris en 1873, Picquenard poursuit des études de droit et d’histoire, il devient alors l’élève de Seignobos à la Sorbonne. Proche d’Arthur Fontaine, il entre au Ministère du Commerce en 1899, et participe au Ministère du Travail à partir de 1906. Entre 1914 et 1920, il est Chef de cabinet des Ministres du Travail. En 1920, il est nommé directeur du Travail et intègre le Conseil d’administration du BIT.

[61] Arrêté du 3 mars 1919, JO, Lois et décrets, 4 mars 1919, p. 2382-2383.

[62] Bertrand Nogaro, « Les récentes conventions d’émigration et d’immigration », dans : Revue politique et parlementaire, octobre 1920, p. 40-52.

[63] Le Fèvre, 1929, op. cit., p. 135. Voir dans le même sens l’entretien avec un ingénieur agronome, chargé de l’acclimatation des polonais dans un centre expérimental à Villemur près de Toulouse : « L’arbre aura poussé, les racines seront enfoncées profondément dans le sol. La fixation sera atteinte », ibid., p. 141.

[64] Une enquête du BIT révèle que sur 600 000 ouvriers agricoles introduits entre 1918 et 1926, seuls 253.000 sont restés dans ce secteur, cf. BIT, Chronique mensuelle des migrations, avril 1928, p. 135.

[65] JO Lois et décrets, 20 novembre 1920, p. 19202.

[66] Cf. JO, Débats parlementaires, Chambre, 8 juillet 1926, pp. 2795-2796.

[67] Assemblée Générale de l’UIMM, 1925, p. 15.

[68] Ralph Schor, L’opinion publique et les étrangers, 1919-1939, Paris, éditions de la Sorbonne, 1985, p. 244.

[69] Jean Duhamel, directeur de la SGI, dans G. Le Fèvre, 1929, op. cit., p. 219.

[70] Maurice Reclus, « Une politique d’immigration », Feuilleton du Temps, 28 octobre 1926, p. 3.

[71] Le décret d’application mentionne 5 critères : les deux premiers sont relatifs au loyalisme de l’étranger, le troisième à son assimilation (coutume, langue) et à celle de sa famille, et le dernier à sa santé afin de veiller à l’efficience de son potentiel reproducteur. Cf. la thèse de droit d’un collaborateur des services de naturalisation Rémy Estouret, La pratique de la naturalisation depuis la loi du 10 août 1927, Montpellier, Imprimerie de la presse, 1937.

[72] JO, Lois et décrets, 31 juillet 1920, p. 10894.

[73] Eric Guichard, Gérard Noiriel (dir.), Construction des nationalités et immigration dans la France contemporaine, Paris, Presses de l’ENS, 1997.

[74] Cf. Benoît Larbiou, « Le corps médical et la race en 1930 », 4ème Cours d’été de l’Institut Historique Allemand de Paris, Tous les hommes sont-ils égaux ?, 18–19 juin 2007-1 (publication à paraître) ; Id., « Les médecins et les étrangers. La construction d’un enjeu sectoriel, 1929-1941 », 2007-2, dactyl., 27 p.

[75] Paul-André Rosental, L’intelligence démographique. Sciences et politiques des populations en France (1930-1960), Paris, Odile Jacob, 2003.

[76] Tel est le projet mené par le sous-secrétariat d’Etat de l’immigration, confié à Philippe Serre, entre janvier et mars 1938. Cf. Benoît Larbiou, 2003, op. cit., p. 179-183 et p. 709-723.

[77] Benoît Larbiou, 2007-1, op. cit. ; Id. « René Martial (1873-1955). De l’hygiénisme à la raciologie, une trajectoire possible », Genèses, n°60, septembre 2005, p. 98-120 ; Id. « Immigration et Identité Nationale. Mise en perspective socio-historique », à paraître dans « Immigration et identité nationale » : une alliance controversée, numéro spécial de la revue Consommations et Sociétés, sous la direction de Séverine Dessajan, Nicolas Hossard et Elsa Ramos, L’Harmattan, 2008 (à paraître).

[78] Alexis Spire, Etrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France, 1945-1975, Paris, Grasset, 2005.

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