A propos des « Visages du Prophète Mohammed »
Par Dr Abbas Aroua
Qui aurait pensé qu’on arriverait un jour à fédérer, d’une part, la conférence des ministres arabes de l’Intérieur, gestionnaires de l’industrie de la torture - de leur propre initiative ou sous mandat -, et, d’autre part, les masses des citoyens arabes victimes des régimes policiers ? Eh bien c’est fait ! Grâce au recueil des douze caricatures satiriques, « Les visages de Mohammed », paru le 30 septembre 2005 au quotidien danois Jyllands-Posten et reproduit depuis dans d’autres medias comme le journal norvégien Magazinet, le tabloïd français France Soir et les quotidiens Die Welt en Allemagne, La Stampa en Italie et El Periodico en Espagne. Alors qu’à l’issue de leur réunion du 31 janvier à Tunis, les Premiers policiers arabes ont demandé au gouvernement danois de « sanctionner fermement » les auteurs des caricatures jugées blasphématoire contre le prophète, les manifestations se multiplient dans les capitales arabes et musulmanes brûlant drapeaux danois et photos du Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.
La campagne de boycottage des produits danois s’élargit et se renforce dans le monde musulman. Elle est suivie scrupuleusement aussi bien par le religieux qui renonce à son lait Arla que par le profane qui abandonne sa bière Carlsberg. Nestlé, qui s’est trouvé mêlé à cette affaire, a dû publier un encart publicitaire en première page du quotidien Asharq al-Awsat, concernant le lait en poudre Nido, précisant que « ce n’est ni produit au Danemark, ni importé du Danemark. »
Quel est donc ce pouvoir fédérateur qui a pu unir dans le monde musulman haut responsable et simple citoyen, Shiite, Salafi et Frère musulman, Turc, Persan et Arabe, Organisation intergouvernementale et ONG ?
C’est que l’on a touché à la personne du prophète, qu’un musulman est censé chérir plus que sa propre personne. On a touché à ce symbole non pas parce que sa représentation soit illicite - cette interdiction ne peut être applicable aux non musulmans - mais à cause du contenu des caricatures qui ramasse en quelques croquis, comme celui du prophète coiffé d’un turban en forme de bombe, l’ensemble des clichés véhiculés à l’encontre de la religion islamique : terrorisme, misogynie, obscurantisme, fanatisme, etc., en Occident et notamment « dans un royaume [du Danemark] où la religion musulmane est qualifiée de ‘religion terroriste’ ou ‘religion du Moyen Age’ par certains hommes politiques au Parlement », comme le soulignait La Libre Belgique du 31 janvier dernier.
Les autorités danoises ont refusé d’entrer en matière dans cette affaire en évoquant la sacro-sainte liberté d’expression. Les millions d’Arabes et de musulmans, en déficit chronique de liberté, ne peuvent être insensibles à cet argument. Seulement ils constatent que ce principe, brandi à chaque fois que l’on publie des propos ou représentations qu’ils jugent blasphématoires envers leur religion, est occulté en d’autres occasions. Les Algériens, par exemple, se souviennent comment en 1995 au même moment où les plus hautes autorités de l’Etat français recevaient en grandes pompes Salman Rushdie l’honorant pour ses « Versets sataniques », le ministre de l’Intérieur français de l’époque interdisait un recueil de témoignages de tortures pratiquées par le régime militaire algérien, sous prétexte qu’ « en raison de l’appel à la haine qu’il contient, sa diffusion est susceptible d’avoir des incidences sur l’ordre public. »
Par ailleurs, les citoyens du monde musulman observent à quel point la loi et les médias occidentaux sont sévères à l’encontre de la judéophobie, notamment lorsqu’il s’agit de négationnisme ou même de révisionnisme, et à quel point ils sont laxistes à l’encontre de l’islamophobie. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a jugé que la presse européenne « observe deux poids et deux mesures » car elle « craint d’être accusée d’antisémitisme, mais invoque la liberté d’expression lorsqu’elle caricature l’islam ».
A une époque caractérisée par l’exacerbation des tensions entre communautés, où des millions de musulmans se sentent humiliés à la vue des images d’Abu Ghraib et de Guantanamo, une publication comme « Les visages de Mohammed » vient accroître la violence symbolique ressentie dans le monde musulman et risquerait de jeter des pans entiers des sociétés musulmanes dans la violence anti-occidentale.
On se demande s’il est opportun de publier ce genre de produit pour le simple but de « tester l’autocensure et la limite de la liberté d’expression », comme l’ont avancé certains pour justifier la publication de Jyllands-Posten, au risque de susciter encore plus de haine et d’inciter à encore plus de violence dans un monde que d’aucuns, de tous bords, voudraient plonger dans l’Apocalypse. Il est peut-être temps de réfléchir sérieusement sur le principe de liberté d’expression, son caractère absolu ou relatif, son application universelle ou sélective, éventuellement sur ses limites, et surtout de s’interroger sur le rôle et la responsabilité du journalisme dans promotion de la paix dans le monde.
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A propos de la crise des caricatures
Les doubles mâchoires du piège
Bernard Dreano
Quel était le sens des caricatures publiées par le quotidien danois
Jyllands-Posten ? Blasphémer ? Le blasphème est une offense, faite en
conscience, au Dieu auquel on croit, le mécréant insulte le vide… ou les
croyants. Critiquer ? Une critique d’un certain obscurantisme religieux,
certes « caricaturale », mais légitime ? Carsten Juste, le rédacteur en
chef du journal a expliqué, dans une lettre ouverte à ses concitoyens
musulmans, que la publication des portra its du prophète par plusieurs
dessinateurs « faisait partie d’un débat en cours sur la liberté
d’expression, une liberté particulièrement chérie au Danemark » . Mais
d’abord qu’est-ce que Jyllands-Posten ? Un journal conservateur qui se
veut « populaire », un peu moins vulgaire que la presse de caniveau
britannique, mais qui s’est fait, plus encore que cette dernière, le porte
voix de la xénophobie, et notamment sous sa forme islamophobe. Une
xénophobie qui sévit au Danemark depuis quelques années, plus
particulièrement sous le gouvernement de droite d’Anders Fogh Rasmussen,
soutenu par l’extrême droite.
Chacun sait qu’un dessin de presse exprime une opinion au même titre qu’un
article ou un éditorial. Ces dessins là portaient un message politique.
Une critique éclairée d’un certain obscurantisme religieux ? Certains
n’évoquent même pas directement la religion musulm ane ou son prophète !
Mais dans leur majorité les dessins étaient agressifs et racistes. Un ton
familier de ce journal, pas celui de graphiste au service de la liberté,
mais celui de petits soldats de la guerre des civilisations, dont le
dessin représentant le prophète avec une bombe comme turban va pouvoir
servir d’affiche de recrutement !
Ces dessins ont été publiés le 30 septembre 2005, et c’est quatre mois
plus tard que l’Arabie saoudite a utilisé les puissants moyens à sa
disposition pour provoquer une sorte « d’affaire Rushdie ». L’œuvre
littéraire de Rushdie n’a évidemment rien à voir avec la propagande
belliciste du Jyllands-Posten, par contre la manipulation politique des
saoudiens s’est inspirée de celle de Khomeyni en son temps, à l’époque où
celui-ci avait besoin de relancer son régime. La clique maffieuse au
pouvoir en Syrie et le clan d’Ahmedinejad en I ran ont suivi plus tard,
quand ils ont vu tout le profit qu’ils pouvaient tirer de cette affaire,
chacun pour des raisons qui lui sont propres. Comme le remarque à très
juste titre le collectif des Musulmans de France, voilà « une diplomatie
du monde arabo-musulman subitement soucieuse de la dignité des musulmans
en dehors de ses territoires, alors que le monde arabo-musulman est le
théâtre quotidien du manque de démocratie, des droits de l’Homme, et de
respect des préceptes islamiques » . Ce n’était pas la défense de la
dignité des musulmans mais la réponse des régimes oppresseurs d’Orient
aux petits soldats du Danemark, pour le développement symétrique d’une
l’idéologie de la guerre des civilisations commune aux uns et aux autres.
Ailleurs, puisque la guerre fait rage, d’autres petits soldats de la même
idéologie sont montés au front. On peut considérer comme légitime
d’informer le public sur le contenu des dessins, à condition de se
démarquer du message politique qu’il véhicule. Mais évidemment quand c’est
Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, voltigeur de pointe du combat
islamophobe, qui prend la responsabilité d’une telle publication, le sens
est clair, et ce n’est pas celui de la liberté d’expression, y compris de
la critique des religions, mais un apport de munitions volontaire et
assumée effectué du coté « croisade » du front. Evidemment du coté «
djihad » du même front les radicaux et autres ultras « salafistes »
s’efforcent d’engranger le maximum de bénéfices de cette affaire et
multiplier leurs provocations, à commencer par celle, particulièrement
odieuse, du journal iranien Hamshahri pour ridiculiser le génocide des
juifs par les nazis.
Pour ceux qui veulent rompre ce front mortifère des croisés (fussent-ils
laï ques sincères) et des djihadistes (fussent-ils piétistes sincères),
deux questions se posent. Elles se posent à la fois au Nord et au Sud (ou
en Occident et en Orient si vous préférez utiliser les points cardinaux
dans l’autre sens), même si c’est dans des proportions différentes.
La première consiste à savoir répondre à la colère d’une partie de la
population musulmane, en en mesurant bien le sens. Car si cette colère est
manipulée, elle est aussi l’expression d’un immense sentiment de
frustration et d’oppression accumulé, largement nourri par des politiques
qui prennent leur source dans nos propres pays, du soutien aux dictatures
- pour ne prendre qu’un seul exemple récent pensez ce que signifie le fait
que le dictateur tunisien Ben Ali aie pu se présenter comme le maître
d’ouvre du sommet mondial de l’information grâce à la complicité des
gouvernements, européens notamment - , au r ecours permanent au double
discours - comparez les discours tenus en Occident lors des victoires
électorale du Likoud, parti qui préconise dans son programme la
destruction de l’Etat de Palestine, le maintien des Palestiniens à l’état
de sous-citoyen sous occupation et justifie le recours au meurtre de
civil, avec ceux tenus lors de la victoire électorale du Hamas qui se
réclame d’un programme symétrique - .
La deuxième est celle de la manière de mener la lutte pour la liberté de
conscience et pour la liberté d’expression, l’une et l’autre et pas l’une
contre l’autre.
Il est non seulement légitime, mais nécessaire de résister aux
cléricalismes de toutes sortes qui sont toujours des facteurs
d’oppression. Ce qui signifie d’abord lutter aux cotés de ceux qui sont
opprimés par ces cléricalismes et dénoncer explicitement les oppresseurs ;
pas dénoncer les croyants en ciblant le prophète, au service de la
construction d’une image de l’ennemi dans la logique de guerre des
civilisations. Dans ce genre là, en France nous avons connu les
caricatures racistes anti-boches de la première guerre mondiale (qui était
en général graphiquement de meilleure qualité que la plupart des
gribouillages d’aujourd’hui), ou les caricatures antisémites des années
30, nous ne devons pas nous étonner que certains mettent leur talent (ou
leur absence de talent), au service d’une nouvelle cause de propagande
nauséabonde. Le fait que celle-ci ne se réclame pas aujourd'hui du
nationalisme mais des lumières est une ignominieuse escroquerie qu’il faut
dénoncer politiquement pour ce qu’elle est.
Rappelons au passage à ce sujet que si, au nom de la lutte contre
l’idolâtrie, l’Islam orthodoxe se méfie de la représentation des figures
humaines et rejet te en particulier celle des prophètes, celle-ci fait
pourtant partie de la tradition ottomane, môghole et surtout persane… et
sourions à cette occasion de la propension de nos pseudo laïques, nouveaux
docteur en islamologie d’Occident, de prêcher le bon islam au mauvais
musulmans en opposant cette fois-ci une tradition iranienne à celle des
Egyptiens !
Et évidemment, il faut dénoncer l’escroquerie faite au nom de l’Islam pour
monter une mayonnaise de guerre de religion, poussant certains jusqu’à
attaquer des églises au nom de l’honneur du prophète, et faire enfler la
mauvaise pâte de la haine en essayant de dresser communauté contre
communauté, peuple contre peuple. Si ceux-ci insistent sur l’offense de la
représentation de la figure de Mohamed plus que sur le contenu politique
des dessins, c’est évidemment dans le but d’éviter les questions
politiques qui pourraient les mettre en difficulté, sur leur gestion du
pays quand ils sont au pouvoir, sur les résultats catastrophiques de leur
lutte quand ils n’y sont pas.
Ainsi se referme le piège que dénonce Tariq Ramadan « D’un coté les
extrémistes affirment : « On vous l’avait dit, l’Occident est contre
l’islam » et de l’autre ils disent : « Regardez, les Musulmans ne peuvent
être intégrés en Europe, et ils détruisent les valeurs qui sont les nôtres
» .
Il est donc urgent de desserrer ce piège à doubles mâchoires, et d’abord
bien sur pour nous, là où nous sommes, en France, en Europe. Un piège qui
a pour effet de nous emprisonner tous et de broyer les premiers concernés,
chez nous, en France, en Europe. Une situation que décrit très bien Tabish
Khair, musulmane d’Aahrus, au Danemark, dans une lettre au quotidien
britannique The Guardian : « Entre le gouvernement da nois et les
politiciens islamistes, entre Jylland-Posten et les foules de Beyrouth,
entre Laban (un islamiste radical vivant au Danemark) et Khader (un
politicien d’origine musulmane « intégré »), la Musulmane modérée a été
effectivement réduire au silence. Elle a été forcée à prendre partie d’un
coté ou de l’autre, forcée de rester à la maison et de laisser d’autres
mener la croisade pour une cause qui lui est chère, la Liberté, et pour
un héritage culturel qui lui est essentiel, l’Islam. A la télévision ont
voit la folie des foules barbues et des hommes blancs biens rasés qui
prêchent. Dans ce choc des civilisations soigneusement construit, elle est
entre les deux » .
Il est essentiel, pour le respect de la liberté et de la dignité de Tabish
et de toutes et tous ceux qui sont piégés comme elle, pour notre propre
liberté et notre propre dignité dans l’ave nir, de déconstruire ce piège.
Nous avons la chance qu’existent, au moins en France, des forces qui
agissent en ce sens. Ne les laissons pas mourir d’étouffement entre les
doubles mâchoires de la machination.
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Les tabous des uns et les tabous des autres
Curieux timing ! Etranges protagonistes.... Au lendemain du formidable camouflet monté du fond des urnes palestiniennes, comme il est étrange cet engouement des régimes arabes ex-sangues à vouloir s’approprier, à l’occasion de l’affaire des caricatures, les ressources « religieuses » de leurs opposants islamistes !
Et quid de notre propre empressement à souffler de conserve sur des cendres où, plus de 4 mois après les premières publications concernées, le feu avait quasiment disparu ? Ne serions nous pas, à prendre tout cela trop au sérieux, les « idiots utiles » d’une farce dont la recette est aussi simple qu’elle est ancienne ? Les généraux dictateurs refont le plein de ressources religieuses.
Pour faire oublier l’évidence politique du message des urnes palestiniennes, leurs protecteurs occidentaux « théologisent » un peu plus encore la lecture des résistances dont ils font l’objet dans le monde en général, au Proche-Orient en particulier. Pour ne pas avoir à assumer l’évidente responsabilité d’un conflit de type colonial, quoi de mieux que de le masquer sous le voile d’une guerre des religions ? Et qu’importe si une partie de la planète s’enflamme, pourvu que de solides intérêts partagés en réchappent, fut-ce provisoirement !
Si l’on ne se méprend pas dans la construction des catégories, le « fond » religieux du débat sur les caricatures s’avère donc en fait n’en être qu’une « forme » imposée pour mieux brouiller les cartes. L’enjeu n’est pas théologique mais bien, plus que jamais, politique. Bien sûr qu’il est loisible de « critiquer Dieu ». Bien sûr que les préceptes d’une religion (tel l’interdiction faite aux croyants musulmans de représenter leur prophète) ne sauraient aucunement s’appliquer à toute la planète. Mais la question n’est pas celle-là.
Elle est d’abord de définir si la liberté d’expression des nantis de la politique mondiale leur donne le droit de stigmatiser, par un procédé qui relève du plus classique racisme, les marqueurs identitaires des autres. Ce dérapage des caricatures est souligné par la dichotomie flagrante qu’opèrent leurs auteurs, ces « défenseurs » autoproclamés « des libertés », entre les tabous des autres, qu’ils affrontent si « courageusement » et... leurs propres tabous, devant lesquels leur courage parait bien vacillant.
Car le vrai fond du problème est bien cette insolente ambivalence de la lutte - à géométrie variable- qu’ils nous disent mener pour cette « liberté d’expression » et cette « défense des Lumières », qui seraient, prétendent-ils, menacées par les tabous des musulmans.
En fait, bien plus surement que dans le tabou « du prophète des dominés » le vrai danger qui menace aujourd’hui en Europe la liberté d’expression réside dans le tabou « de l’argent des dominants » ! Le risque de voir l’essence même de la liberté de la presse - c’est-à-dire son pluralisme et sa capacité à représenter le monde avec les catégories et les sensibilités de toutes les familles politiques et de toutes les « tribus » du monde - se fondre dans le conformisme de la vision d’un seul camp est plus réel que jamais. La concentration de la presse occidentale dans les mains de groupes industriels a atteint un seuil sans précédent.
Cette presse est aujourd’hui presque unanime à présenter comme une guerre de religion un conflit proche-oriental qui a tous les attributs de nos veilles dominations impériales. Le déséquilibre de la répartition de la parole publique, chaque jour plus flagrant et plus arrogant, en-tretient toutes les frustrations et nourrit toutes les radicalisations. Pourtant, nos « impertinents briseurs de tabous » n’exercent jamais leur talent contre ce scandale là. La hauteur du mur de l’argent excéderait-elle leur force et leur courage ? Tel prophète serait-il donc plus redoutable que tel autre ?
François Burgat
Politologue, Aix-en-Provence (auteur de L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaïda, La Découverte, 2005)
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Concours de dessin sur l’holocauste : l’Occident s’en va-t-en-guerre
Et ça repart ! L’annonce par un puissant journal iranien du lancement d’un « concours international de dessin sur le fameux holocauste », en réaction aux douze caricatures blasphématoires publiées par le média danois, a eu l’effet d’une bombe chez les dirigeants. Et, à tout seigneur tout honneur, ce sont, comme il fallait s’y attendre, les
Américains qui ont ouvert les hostilités contre ce «diable » de Ahmadinejad, coupable d’avoir commandité le « coup ».
Le porte-parole du département d’Etat s’est chargé, hier, d’envoyer la salve : « Toute tentative de se moquer ou de dénigrer de quelque façon que ce soit l’horreur qu’a représenté l’holocauste est simplement scandaleuse », a indiqué Sean McCormack. Ce dernier a convoqué la liberté d’expression non pas pour défendre le principe universel, mais pour priver les Iraniens et le journal incriminé, Hamshahri, d’en user. « Nous soutenons, bien entendu, à fond la liberté d’expression dans le monde, y compris en Iran, mais je ne pense pas que quiconque puisse faire une comparaison entre la liberté de la presse en Iran et la
liberté de la presse en Europe ou aux Etats-Unis. » En clair, les Etats-Unis estiment, dans le cas de l’Iran, qu’il n’est pas question que ces journalistes s’expriment aussi librement que leurs collègues américain et européens. Pourtant, l’holocauste n’a absolument rien à
voir avec le judaïsme ni avec la foie juive dans la mesure où ce n’est qu’un fait de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, sujet objectivement à débat. Mais la relation presque charnelle entre Israël et les USA et surtout le contexte de la crise sur le nucléaire iranien font que le sujet déchaîne les responsables occidentaux qui désignent
clairement la cible. Mardi, le vice-président américain Dick Cheney ne s’est pas embarrassé de périphrases pour déclarer qu’il n’y avait pas « le moindre doute sur l’intention de la République islamique d’avoir l’arme nucléaire ». La formule rappelle un peu la sentence de Donald Rumsfeld à la veille de la guerre contre l’Irak quand il avait affirmé que ce pays cachait des armes de destruction massive. C’est dire que l’Administration américaine est déjà sur le pied de guerre.
Liberté de... blâmer
L’Allemagne, seul pays concerné par l’holocauste, puisque c’est à Hitler qu’on impute le « massacre » de juifs, a, elle aussi, réagi. Son ministre des Affaires étrangères s’est dit, hier, « très inquiet » du concours de caricatures sur l’holocauste qu’il qualifie d’«escalade ».
Pour lui, il ne fait pas l’ombre d’un doute que c’est le régime iranien qui est derrière. « Il y a de quoi être très inquiet quand un Etat fait ainsi d’une guerre des cultures un instrument de son pouvoir. » « Après le déni du droit à l’existence d’Israël et de l’holocauste, les gens autour du président Ahmadinejad misent sur l’escalade », a-t-il précisé.
On voit bien que ce fameux concours offre un prétexte inespéré pour une éventuelle « punition » du régime d’Ahmadinejad. Plus mesuré, le président en exercice de l’Union européenne (UE), le chancelier autrichien Wolfgang Schussel, a dénoncé, hier, ce qu’il qualifie de « spirale des provocations » après le lancement en Iran d’un concours de caricatures sur l’holocauste en réponse à la publication en Europe de caricatures du Prophète Mohamed (QSSSL). « Je demande à ce que la spirale des provocations réciproques prenne fin. Ni les caricatures de Mohamed ni la négation de l’holocauste n’ont de place dans un monde où la cohabitation des cultures et des religions devrait être empreinte de respect », a-t-il déclaré dans un communiqué. Voilà qui fait bien la part des choses et renvoie dos à dos et le journal iranien et celui du Danemark, contrairement aux déclarations belliqueuses aux entournures des Américains. Cela étant dit, ce va-t-en-guerre des responsables occidentaux pour voler au secours du sacro-saint holocauste est sans commune mesure avec leurs réactions plutôt mesurées contre les caricatures ciblant le Prophète Mohamed (QSSSL). Il y a, sans doute, une conception à deux vitesses de la liberté d’expression chez les Américains et les Européens, qui plaident à grand renfort médiatique l’imprescriptibilité de cette liberté. Mais dès qu’il s’agit d’un thème qui touche la sensibilité des juifs, la liberté d’expression cède immédiatement la place à la liberté de blâmer. De lyncher. Tout se passe
comme si cette liberté serait un bien qui ne devrait pas être laissé à la portée des Arabes, et par extension des musulmans. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal.
Hassan Moali
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La religion doit être autant respectée que le sacro-saint droit à la liberté d’expression.
Aujourd’hui, c’est l’islam qui est traîné dans la boue et attaqué de toute part, hier c’était le christianisme, demain ce sera le judaïsme. Peut-on, au nom de la liberté d’expression, insulter, blesser, humilier des croyants dans leur foi religieuse ? Si l’on considère que toute liberté de penser est subordonnée au respect des autres formes de pensée, on ne peut pas, au nom de cette même liberté de réflexion, emmurer, haïr, exclure et condamner ceux qui n’auraient pas les mêmes conceptions de la liberté. Les caricatures représentant le Prophète de l’islam en terroriste ont choqué des centaines de millions (ce qui n’est pas rien !) de personnes à travers la planète. Oui, il faut le dire sans ambages !, ces caricatures sont irrespectueuses, irrévérencieuses, insultantes, offensantes et provocantes pour toute âme qui croit en Dieu, en ses anges, en ses prophètes, en ses livres et au jour du jugement dernier. Des dignitaires religieux avaient pourtant demandé, en temps et en heure, aux responsables du quotidien danois « Jyllands-Posten » de retirer les dessins incriminés, mettant en garde sur leur caractère choquant et insultant. Malgré cela, les publications ont été maintenues. La réplique ne s’est pas fait attendre. Car vous pouvez priver un musulman de nourriture et même de liberté, il trouvera toujours la force de résister avec courage et persévérance, mais si vous vous attaquez à l’islam et à son messager Mohammed, alors vous vous exposeriez à ses colères sans limite. Et croyez-moi, s’il s’était agi d’autres prophètes tels qu’Abraham, Moïse ou Jésus (pour ne citer que ceux-là), la désapprobation de la part des musulmans aurait été exactement la même. Je rappelle que nous vivons dans une république laïque qui garantit constitutionnellement le droit au culte. Ce droit implique aussi qu’on le respecte à la lettre.
Dans un contexte mondial extrêmement tendu, où les conflits et les désaccords, entre faibles et puissants, entre les différentes civilisations et les différentes religions, sont nombreux, il est totalement irresponsable, pour ne pas dire inconscient et suicidaire, de publier de telles caricatures, vécues comme d’impardonnables provocations par un monde musulman déjà suffisamment humilié par les puissances occidentales. Les impies, à l’origine de ces blasphèmes racistes et incitant à la haine (la rue l’a malheureusement démontré), n’ont fait qu’attiser la rancoeur des extrémismes de tous bords qui, évidemment, s’emparent de cette affaire pour tenter de commettre l’irréparable, c'est-à-dire de provoquer l’affrontement, le choc des cultures et des civilisations. De ce côté-là, les caricaturistes ont atteint leurs objectifs, allant même au-delà de toute espérance. Quand on sait que des diplomates, des hommes de bonne volonté déploient, tous les jours, sans compter, leur énergie à tenter de rapprocher les hommes en vue de parvenir à une meilleure compréhension des peuples et des religions monothéistes entre elles, on peut légitimement penser que cette affaire est terriblement désespérante. Que recherchaient réellement les auteurs de cette triste cabale ? Je refuse, pour ma part, de croire qu’ils aient pu faire preuve d’autant de naïveté. Ou alors, ce ne sont pas des professionnels, mais de malheureux amateurs qui auraient mis le feu aux poudres sans s’en rendre compte. C’est peu probable.
Pourtant, de même que je refuse qu’on assimile tous les musulmans de la terre à des minorités indignes d’agir au nom de l’islam, je refuse également qu’on mette tous les Danois dans le même sac. Les dirigeants danois ont exprimé leurs regrets d’une telle maladresse qui a eu pour effet de froisser les musulmans, mais ils ont affirmé aussi qu’on ne pouvait pas les tenir pour responsables des caricatures exprimées par des journaux indépendants. Cela ressemble tout de même à un désaveu cinglant adressé aux responsables du quotidien concerné, même si c’est dit avec diplomatie. Les auteurs des torchons en question ont tout de même fini par présenter des excuses aux musulmans. Certes, elles sont arrivées tardivement, exprimées sous la contrainte, mais elles sont là, c’est indéniable. N’est-ce pas l’essentiel ? Que peut-on attendre de plus de la part de personnes sans foi, ni loi, sans même de code déontologique, sinon qu’ils reconnaissent avoir été trop loin dans leurs élucubrations imaginaires, stupides et imbéciles. Et puis, n’y a-t-il pas un proverbe arabe qui dit : « les chiens aboient, la caravane passe ». On ne pourra jamais empêcher des chiens d’aboyer, ni des loups d’hurler.
L’islam enseigne le pardon. Des excuses ayant été présentées, il me semble juste et sage de les accepter en s’assurant qu’il n’y ait plus de dérive de ce genre. Cependant, sur un plan juridique, il faudrait songer, à l’instar des lois en place qui punissent sévèrement l’antisémitisme et le négationnisme, à promulguer des lois à l’échelon international qui interdiraient toute parole blessante envers la religion et tout écrit blasphématoire pouvant porter atteinte à des fidèles dans leur foi religieuse. Exactement comme il existe des lois condamnant les propos racistes et les incitations à la haine raciale. D’ailleurs, ne sommes-nous pas déjà dans le cadre de cette loi ?
Face à l’intolérance dont ils sont les victimes en permanence, les musulmans doivent montrer au monde entier qu’ils répondent par la tolérance, qu’aux provocations répétées ils répondent par la retenue et la sagesse. Je veux souligner, pour ma part, l’attitude digne et responsable des principaux dirigeants européens qui ont fait preuve d’un grand discernement dans leurs déclarations, quelles que soient leurs opinions et leurs tendances politiques, en n’hésitant pas à adresser de vives critiques envers ces détestables caricatures dont nous nous serions tous dispensés. Les musulmans ne doivent pas tombés systématiquement dans les pièges de la provocation. L’islam dérange, c’est un fait. Pourquoi ? Les musulmans ne comprennent pas qu’il puisse y avoir autant de mépris et de dédain envers Dieu, ses prophètes et la religion. Il appartient à ceux qui encouragent ces attaques indignes et infâmes d’apporter des réponses à tant de haine, tant de condescendance. La vérité, celle qui rallie à elle des centaines de millions de fidèles, dérangerait-elle à ce point ?