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TARIQ RAMADAN.

Préface du Coran (extrait)

 

Le Verbe et ses Signes

 

 par Tariq RAMADAN 

 

Pour les musulmans, le Coran est le Texte de référence, la Source et l’Essence du message que le Créateur a fait parvenir aux hommes. Il est la dernière occurrence d’une myriade de Révélations adressées aux êtres humains à travers l’Histoire. Il est le Verbe de Dieu... mais ce Verbe n’est pas Dieu. Le Coran révèle, dévoile et oriente : il est une lumière (an-Nûr) qui répond à la quête de sens inscrite dès l’origine (al-fitra) dans l’intimité de chaque cœur. Le Coran est Rappel (adh-Dhikr) de tous les messages, ceux de Noé et d’Abraham, de Moïse et de Jésus : comme eux, il rappelle et enseigne aux consciences que la Vie a un sens, que les faits sont des signes. Le Coran est une initiation au discernement (Al- Furqân).

 

 

Il est Le Livre (al-Kitâb) pour les musulmanes et les musulmans du monde entier et paradoxalement ce n’est sans doute pas le livre qu’il faut lire en premier quand on veut connaître l’islam. Il est d’un abord tout à la fois extrêmement simple et profondément complexe et la nature des enseignements spirituels, humains, historiques et sociaux que l’on peut en extraire se conjugue à différents niveaux quant au rapport au Transcendant, à la relation aux hommes, à l’éthique ou à l’action. Le Texte est un mais ses lectures sont plurielles et il est impératif de ne jamais les confondre.

 

 

Le Coran et le cœur : un dialogue

 

 

Pour celle ou celui qui a reconnu la Présence du Très-Haut et dont le cœur a adhéré au message de l’islam, le Coran parle de façon tout à fait singulière. Il est la Voix et la Voie : Dieu parle à son être, à sa conscience, à son cœur et Lui montre le chemin de Son agrément, de Sa connaissance et de Sa rencontre : « Voici Le Livre, il ne s’y trouve point de doute ; il est une Voie pour celles et ceux qui ont acquis la conscience de Dieu ». Plus qu’un texte, il est le compagnon de route que l’on psalmodie, que l’on chante ou que l’on écoute : partout, dans le monde musulman, dans les mosquées, dans les demeures et dans les rues, on entend de magnifiques voix diffuser dans les airs la Parole du divin. Et les cœurs, parfois distraits, parfois attentifs, le plus souvent méditatifs, répondent à cet Appel qui est une invitation au dialogue lancée par le Créateur du Tout au cœur de chacun. Ici, point de distinction entre le savant (al-‘âlim) et l’être du commun, le Coran parle à chacun sa langue, à sa portée, à son intelligence, à son cœur, à ses questions, à ses joies comme à ses blessures. C’est ce que les ulémas ont appelé al-qirâ’a at-ta’abudiyya, la lecture ou l’écoute destinée à l’adoration. La musulmane ou le musulman lit ou écoute le texte en cherchant à s’imprégner de la dimension spirituelle du message : au-delà du temps, au-delà de l’histoire et des millions d’êtres sur la terre, Dieu lui parle, l’appelle et le rappelle, l’invite et l’oriente, conseille et commande... Dieu lui répond, à lui, à elle, à son cœur, sans intermédiaire, intimement.

 

 

Pas besoin d’études ou de diplômes, de maîtres ou de guides... ici, pour ses premiers pas, Dieu, ar-Rab, Celui qui éduque et qui forme, offre la simplicité de Sa proximité. Le Coran est alors la propriété de chacun, sans différence, sans hiérarchie... Dieu, sans distinction, vient à celui qui vient à Son Verbe. Il n’est pas rare d’observer alors des femmes et des hommes, pauvres ou riches, savants ou illettrés, d’Orient ou d’Occident... faire silence, regarder au loin, penser, s’effacer, pleurer. La quête du sens a rencontré le sacré, Dieu est à proximité : « Certes, Je suis proche. Je réponds à l’appel de qui m’appelle quand il m’appelle »

 

 

Un dialogue. Intense, permanent, toujours renouvelé entre un Livre qui dit l’infinie simplicité de l’adoration de l’Un et un cœur qui exprime l’intense effort (jihâd) pour se libérer et Le rencontrer. Le Coran est au cœur de l’épreuve de chaque cœur. Il offre la paix et initie à la liberté.

 

 

Une étude complexe

 

 

Il existe néanmoins plusieurs niveaux de lecture dans des domaines tout à fait distincts. Il faut d’abord avertir le lecteur de la construction même du texte. Le Coran a été révélé, par séquences inégales et parfois par chapitres entiers (sourates), sur une durée de vingt-trois années. Le texte, dans sa composition finale, ne suit pas l’ordre chronologique ni d’ailleurs la logique d’un ordre thématique strict. Deux impressions surgissent au moment de la lecture : la répétition des histoires de Prophète et des formules et des informations qui renvoient à des situations historiques particulières que le Coran ne précise pas. La compréhension, à ce premier niveau de lecture, exige du lecteur un double travail : si la répétition est, sur le plan spirituel, un rappel et une revivification, elle exige, sur le plan intellectuel, un travail de recomposition. Les histoires d’Eve et d’Adam ou encore de Moïse, par exemple, sont rapportées à plusieurs reprises avec des éléments différents sans être contradictoires : c’est à l’intelligence humaine de recomposer la trame de la narration afin de réunir tous les éléments permettant d’appréhender les faits. Cela n’est pas suffisant. Il faut encore tenir compte du contexte auquel se réfèrent les faits narrés : tous les commentateurs, sans distinction d’écoles de droit, sont d’accord pour dire que certains versets du texte révélé (notamment ceux qui font référence à la guerre, mais pas uniquement) parlent de situations précises qui ont eu lieu au moment de leur révélation. Il est impossible, sans rapport à la contingence historique, d’en tirer des enseignements bruts sur telle ou telle dimension de l’islam : ici, l’intelligence est invitée à observer les faits, à les étudier en fonction d’un environnement et à en tirer des principes à travers une étude dialectique du texte et du contexte. Travail exigeant qui requiert une étude, une spécialisation et une grande prudence, nous dirions même une extrême pudeur, intellectuelle(. ..)

 

 

 

 

 

Rencontre avec le Coran (II)

par Tariq RAMADAN

Une étude complexe

 

 

Il existe néanmoins plusieurs niveaux de lecture dans des domaines tout à fait distincts. Il faut d’abord avertir le lecteur de la construction même du texte. Le Coran a été révélé, par séquences inégales et parfois par chapitres entiers (sourates), sur une durée de vingt-trois années. Le texte, dans sa composition finale, ne suit pas l’ordre chronologique ni d’ailleurs la logique d’un ordre thématique strict. Deux impressions surgissent au moment de la lecture : la répétition des histoires de Prophètes et des formules et des informations qui renvoient à des situations historiques particulières que le Coran ne précise pas. La compréhension, à ce premier niveau de lecture, exige du lecteur un double travail : si la répétition est, sur le plan spirituel, un rappel et une revivification, elle exige, sur le plan intellectuel, un travail de recomposition. Les histoires d’Eve et d’Adam ou encore de Moïse, par exemple, sont rapportées à plusieurs reprises avec des éléments différents sans être contradictoires : c’est à l’intelligence humaine de recomposer la trame de la narration afin de réunir tous les éléments permettant d’appréhender les faits. Cela n’est pas suffisant. Il faut encore tenir compte du contexte auquel se réfèrent les faits narrés : tous les commentateurs, sans distinction d’écoles de droit, sont d’accord pour dire que certains versets du texte révélé (notamment ceux qui font référence à la guerre, mais pas uniquement) parlent de situations précises qui ont eu lieu au moment de leur révélation. Il est impossible, sans rapport à la contingence historique, d’en tirer des enseignements bruts sur telle ou telle dimension de l’islam : ici, l’intelligence est invitée à observer les faits, à les étudier en fonction d’un environnement et à en tirer des principes à travers une étude dialectique du texte et du contexte. Travail exigeant qui requiert une étude, une spécialisation et une grande prudence, nous dirions même une extrême pudeur, intellectuelle.

 

 

Le second niveau de lecture est non moins exigeant. Le texte coranique est avant tout l’énoncé d’un message dont le contenu est d’abord d’ordre moral. Au fil de ses pages se construit l’éthique musulmane, ses fondements, ses valeurs et sa hiérarchie. Ainsi, une lecture linéaire, qui ne respecte pas la chronologie ni la distinction des genres de l’énonciation, est de nature à désorienter le lecteur et à produire des incohérences voire des contradictions. Il convient, lorsque l’on tente de déterminer les contours du message moral de l’islam, d’aborder le texte sous un autre angle : alors que les histoires des Prophètes s’élaborent, d’élément en élément, à partir des narrations répétées mais toujours différentes, l’étude des catégories de l’éthique nécessite d’abord une approche globale du message puis ensuite l’extraction, en fonction des différents domaines de l’agir humain, des principes et des valeurs qui constituent ladite morale. Les modalités de ce second niveau de lecture sont exactement à l’opposé du premier mais elles le complètent et permettent aux ulama’ le passage de la narration d’une histoire prophétique à la codification de son enseignement spirituel et éthique.

 

 

Il reste encore un troisième niveau de lecture qui nécessite une immersion spirituelle et intellectuelle profonde dans le texte et le message révélés. Il s’agit ici d’extraire (istinbât) les prescriptions islamiques quant aux exigences de la foi (arkân al-imân), à la pratique religieuse et à ses fondements (arkân al-islâm). Plus généralement, il s’agit de déterminer les catégories et la hiérarchie des lois et des règles (al-ahkâm) qui vont permettre d’offrir à la conscience de chacun et au commun des musulmans un cadre de référence quant aux obligations, aux interdits, aux règles essentielles (al-usûl) ou secondaires (al-furû’), au domaine du culte (al-‘ibadât) ou à celui des affaires sociales (al-mu’âmalât), etc. La lecture du Coran ne suffit pas ici : non seulement l’étude des sciences du Coran (‘ulûm al-Qur’ân) est une condition mais la connaissance d’un pan entier de la tradition prophétique s’impose (‘ulûm al-hadîth) car elle est la référence première de la mise en application du message coranique par le Prophète (BSL) lui-même. Ainsi il est impossible, à la seule lecture du Coran, de savoir comment prier : il faut le concours des traditions prophétiques authentifiées pour déterminer les règles de la gestuelle de la prière, premier pilier de l’islam. On le voit, ce troisième niveau de lecture exige des connaissances et des compétences singulières qui ne peuvent s’acquérir que par un travail approfondi sur les textes, l’environnement et, bien sûr, la connaissance familière de la tradition classique et séculière des sciences islamiques. Dans ce domaine, il est non seulement dangereux, mais fondamentalement erroné, de se permettre de gloser sur les prescriptions musulmanes et la pratique à partir d’une simple lecture du Coran. Certains musulmans, à partir d’une approche littéraliste ou dogmatique, s’engagent dans des interprétations tout à fait fausses et inacceptables des versets qu’ils n’ont ni les moyens, ni parfois l’intelligence, de mettre en perspective vis-à-vis du message global, de la chronologie ou des circonstances de la révélation (asbâb an-nuzûl). Des orientalistes, des sociologues ou des commentateurs non musulmans leur emboîtent parfois le pas en extrayant du Coran des passages qu’ils analysent en faisant fi de tous les outils méthodologiques utilisés par les ‘ulamâ’.

 

 

Il faut encore ajouter qu’au-delà de ces différents niveaux de lectures, on devra encore tenir compte des différentes interprétations proposées par la grande tradition classique de l’islam. Certes, tous les musulmans considèrent que le Coran est la dernière révélation divine, mais depuis l’origine, il fut clair, et les Compagnons même du Prophète (BSL) l’ont vécu au premier chef,que l’interprétation des versets était plurielle et qu’il existait donc, dans le respect des normes sémantiques, une diversité acceptée de lectures parmi les musulmans. D’aucuns ont d’ailleurs faussement avancé que c’est à cause du fait que les musulmans croient que le Coran est la parole de Dieu que l’interprétation et la réforme leur est impossible. Cette croyance serait la cause de l’impossible approche historico-critique du texte révélé. L’élaboration des sciences coraniques, les outils méthodologiques utilisés par les ‘ulamâ’ ainsi que l’histoire de l’herméneutique et des commentaires du Coran (tafâsîr) prouvent que cette conclusion est infondée. Depuis l’origine les trois niveaux de lectures dont nous venons de parler ont permis d’élaborer une approche appliquée des textes qui impose à celle ou à celui qui s’y penche d’être en phase avec son époque et à renouveler sa compréhension (at-tajdîd). Ainsi le caractère dogmatique, parfois momifié et sclérosé, de la lecture ne tient pas à l’Auteur du texte mais bien à l’esprit et à la psychologie de son lecteur. Ainsi peut-on lire l’œuvre d’un homme, de Marx à Keynes, de façon dogmatique et fermée et approcher la Révélation divine de façon profonde, critique et ouverte. L’Histoire de la civilisation islamique en est une preuve suffisante.

 

 

Ajoutons encore qu’il ne convient pas de différencier absolument les deux approches, celle du cœur et celle de l’intelligence, quant au rapport au Coran. Tous les savants spécialisés dans les études coraniques, sans exception, ont exprimé et rappelé l’importance de la dimension spirituelle quant à l’accompagnement de l’approfondissement intellectuel du sens du Coran. Le cœur a une intelligence : « N’ont-ils pas des cœurs avec lesquels ils comprennent... », interpelle le Coran pour nous indiquer que la seule lumière de l’intellect ne suffit pas. La tradition musulmane, des spécialistes du droit aux mystiques soufis, conjuguent en permanence les deux dimensions : l’intelligence du cœur dispense la lumière au moyen de laquelle l’intelligence de l’intellect observe, perçoit et extrait le sens. Parole sacrée, le texte possède ses évidences, ses secrets et ses silences que le rapport au divin et sa proximité dévoilent à l’intelligence humble, pieuse et contemplative. La raison ouvre le Livre et le lit mais c’est accompagnée du cœur et de la spiritualité qu’elle le pénètre et le comprend.

 

 

Le défi de traduire

 

 

La traduction n’est pas le texte original et nulle traduction n’est parfaite. Certaines préservent le sens et perdent la psalmodie et la poésie, d’autres au contraire s’approchent de l’intuition, du souffle mais trahissent le sens. L’équilibre est difficile.

 

Le Livre a été révélé en « une langue arabe claire » et pour tous les musulmans du monde, l’arabe est bien la langue du Coran. Il faut néanmoins éviter de confondre ce consensus sur la langue avec l’idée que la culture arabe serait la culture de l’islam. Il n’en est rien et les principes de l’islam permettent d’intégrer les cultures du monde entier jusqu’aux limites de ce qui s’oppose à une prescription ou à un interdit explicite. Ainsi les langues sont des bénédictions et des signes et la diversité des traditions et des coutumes est une richesse que l’humanité doit préserver et sur laquelle elle doit méditer. Les traductions du Coran doivent, en ce sens, tenter de transmettre le contenu et le sens du texte mais également chercher à s’adapter à la nature de la langue de traduction, à son rythme, à sa poésie et singulièrement à sa psychologie. Il s’agit d’un double défi : on sait que certains mots sont polysémiques, que des mots différents renvoient à des concepts similaires, voire que les connotations peuvent être exactement inversées selon le contexte. De tout cela, il faut chercher à rendre compte et à transposer ces nuances au cœur du phrasé de la langue-récipient. Une gageure.

 

 

Miroir de l’Univers

 

Pour le cœur et la conscience musulmane, le Coran est le miroir de l’Univers. Ce qui fut traduit par « verset » par les premiers traducteurs occidentaux, se référant au vocabulaire biblique, signifie en arabe, littéralement, « signe » (âyah). Ainsi le Livre révélé, le Texte écrit, est constitué de signes (âyât) de la même façon que l’Univers, à l’image d’un Texte devant nos yeux déployés, est foisonnant de ces mêmes signes (âyât). Lorsque c’est l’intelligence du cœur qui lit le Coran et le monde, et non la seule intelligence analytique, alors les deux Livres se parlent, se font écho, et chacun d’eux parle de l’autre et de l’Unique. Les signes rappellent le Sens... de naître, de vivre, de sentir, de penser et de mourir.

 

 

Mais l’écho est plus profond encore et appelle l’intelligence humaine à la compréhension de la Révélation, de la Création et de leur harmonie. Comme l’Univers possède ses lois fondamentales et son ordre régulé (an-sunan al-Kawniyya) que l’être humain doit respecter lorsqu’il agit sur son environnement (quel que soit le lieu où il se trouve) ; de la même façon le Coran stipule des lois, un code moral et une pratique que la musulmane et le musulman doivent respecter quels que soient l’époque ou l’environnement. Ce sont les invariants de l’Univers et du Coran. Les ‘ulama’ utilisent le terme « qat’y » (définitif, non sujet à interprétation) lorsqu’ils se réfèrent à des versets coraniques (ou à des traditions prophétiques authentifiées, ahâdîth) dont l’énoncé est clair, explicite et n’offre aucune latitude à une interprétation figurative. De la même façon la Création s’appuie sur des lois universelles que l’on ne peut négliger pour vivre. La conscience croyante aborde les cinq piliers de l’islam comme la loi de la gravitation : ils sont une réalité au-delà de l’espace et du temps, hier comme aujourd’hui, ici ou là-bas.

 

 

Mais comme l’Univers est en constant mouvement, riche d’une infinie diversité d’espèces, d’êtres, de civilisations, de cultures et de sociétés ; de même le Coran, par la latitude d’interprétation offerte par la majorité des versets, par le caractère général des principes d’actions qu’il édicte quant aux affaires sociales, par les silences qui le traversent (mettant en avant le principe premier de la permission dans l’ordre de l’agir humain) ; de même, disions-nous le Coran, permet à l’intelligence humaine d’appréhender les évolutions de l’Histoire, la pluralité des langues et des cultures et de s’inscrire ainsi dans les sinuosités du temps et les paysages de l’espace.

 

 

Entre l’Univers et le Coran, entre ces deux réalités, entre ces deux Textes, l’intelligence humaine doit apprendre à distinguer les lois fondamentales et universelles (ath-thawâbit) des règles et des modèles circonstanciels et historiques (al-mutaghayyirât). Elle doit faire preuve d’humilité devant l’ordre, la beauté et l’harmonie de la Création et de la Révélation, en même temps qu’elle doit gérer avec responsabilité et créativité ses propres réalisations ou interprétations productrices d’extraordinaires réussites mais aussi d’injustices, de guerres ou de désordres. Entre le texte et le contexte, l’intelligence du cœur et l’intelligence analytique déterminent des normes, reconnaissent une éthique, produisent du savoir, nourrissent la conscience et développent l’entreprise et la créativité dans tous les domaines de l’action humaine. Ainsi, loin d’être une prison ou un carcan, la Révélation est une invitation faite à l’Homme de renouer avec son être le plus profond pour y retrouver tout à la fois la reconnaissance de ses limites et l’extraordinaire potentiel de son intelligence et de son imagination : se soumettre à l’ordre du Juste et de Son éternité et se savoir libre et autorisé à réformer les injustices au cœur des ordres ou des désordres de l’humaine temporalité.

 

 

Le Coran est un Livre pour le cœur autant que pour l’intelligence. Dans sa proximité, la femme ou l’homme qui possède une étincelle de foi sait son chemin et ses insuffisances. Nul besoin d’un Shaykh, d’un savant ou même d’un confident ; au fond le cœur sait... le cœur sait déjà. Tel était le sens de la réponse du Prophète (BSL) lorsqu’il fut questionné sur le sentiment moral. A la lumière du Livre, il avait répondu : « Interroge ton cœur ». Et si d’aventure, l’intelligence devait se lancer dans les méandres complexes des différents niveaux de lecture, de l’éthique appliquée aux règles de la pratique, alors il ne faut jamais oublier de s’habiller de cette pudeur intellectuelle qui seule révèle les secrets du Texte... car « ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, mais les cœurs, à l’intérieur des poitrines ». Ce cœur, humble et éveillé, est le fidèle ami du Coran.

 

 

 

Elle s’en est allée...

par Tariq Ramadan

             

 

 

 

 

 

 

Il y a le vide. Le choc, l’absence et la conscience de l’irréversible. Natacha, une femme, une soeur, une fille, une épouse, une maman est partie... On aimerait comprendre, chercher les causes, peut-être les responsabilités... Pourquoi ? A cause de quoi ? A cause de qui ? A cause de nous ? A cause de moi ?

 

Il faut faire silence... accueillir son départ sans question inutile, sans jamais se transformer en juge, de celle qui est partie comme de ceux qui restent.

 

 

Natacha se sentait mal, elle était triste...Il faut accueillir son départ avec le silence et la dignité, avec le silence de la dignité. Il faut, chacun, rentrer à l’intérieur de soi et prier....prier l’Un, l’Unique, le Très-Rapproché, de l’accueillir, de la libérer de ses tristesses, de ses fautes, de ses blessures dans cet autre temps de l’Eternité. Il faut avoir l’humilité de ne pas chercher à comprendre, de ne pas juger.

 

Simplement prier parce que nous l’aimons, parce que nous l’avons aimée, prier au nom de cet amour, prier par amour, prier Son Amour.

 

Et chacun dans la solitude de son coeur et de sa tristesse...méditer l’enseignement de ce départ... tout peut arriver, un choc, un accident et le vide. La vie est fragile, Natacha, en partant, nous apprend la conscience, l’humilité, la patience. La foi.

 

 

Le coeur est triste et les yeux sont mouillés avait dit le Prophète (PBSL) à la mort de. son enfant Ibrahim...et il pria, et il continua, à vivre, à donner, à apprendre, à aimer. L’école de la vie. Une épreuve. Il faut apprendre à se taire, apprendre à prier, apprendre à aimer...et la patience, toujours, pour avancer, pour vivre.

 

 

Nous sommes à Dieu et c’est vers Lui qu’est notre retour. Que Dieu accueille Natacha dans Son infinie Miséricorde, Qu’ Il protège et donne la force à son mari et à ses parents de vivre et de continuer, pour elle pour sa très jeune fille à qui il faut offrir l’amour, l’affection et la protection. Que Dieu nous aide, tous, chacun....dans notre solitude et la douleur, à être digne dans son absence. Nos invocations l’accompagnent et notre amour. Et notre respectueux silence.

 

Que Dieu fasse de notre silence le témoignage profond de notre amour. Que Dieu t’accueille dans Son infinie Bonté, Natacha... comme nos coeurs t’accueillent dans l’amour.

 

Ce mot ici... par chaque cœur, pour chaque conscience ... pour que les consciences s’éveillent, pour que des prières s’élèvent... pour nous apprendre à aimer sans juger.

 

 

 

 

NEW YORK TIMES

Lawsuit Filed in Support of Muslim Scholar Barred From U.S.

par Julia PRESTON               

 

 

 

 

Citing the case of a prominent Muslim scholar who has been barred from the United States, the American Civil Liberties Union filed a federal lawsuit yesterday seeking to strike down a clause of the USA Patriot Act that bars foreigners who endorse terrorism from entering to this country.

 

The suit was filed in Federal District Court in Manhattan on behalf of the scholar, Tariq Ramadan, and three national organizations of academics or writers who have invited him to speak to their members. The groups, including the American Academy of Religion, the leading American organization of scholars of religion, say Mr. Ramadan has never expressed support for terrorism. They also argue that the Patriot Act clause has been applied to stifle academic debate in the United States. Mr. Ramadan, a Swiss citizen, has been denied a United States visa since July 2004, when he was on the verge of moving with his family to Indiana to take up a tenured professor’s position at the Joan B. Kroc Institute for International Peace Studies at the University of Notre Dame.

 

In a telephone interview from Oxford University in England, where he is currently a visiting professor, Mr. Ramadan said he had never had an explanation why his visa was revoked, after he had been approved to teach at Notre Dame and had been a frequent traveler to the United States for many years.

"It’s clear there is nothing in my record supporting terrorism," Mr. Ramadan said.

Speaking to reporters in August 2004, a spokesman for the Department of Homeland Security, Russ Knocke, cited the Patriot Act clause as the reason that Mr. Ramadan’s visa was canceled. The clause, adopted when the act was passed in 2001 and amended last May, bars foreigners who "endorse or espouse terrorist activity or persuade others" to support terrorism.

The author of some 20 books on Islamic theology and the place of Muslims in the Western world, Mr. Ramadan, 43, is an outspoken critic of the Bush administration’s policies in the Middle East. He has also rejected Muslim terrorism, calling it "anti-Islam." Last August, he was invited by Prime Minister Tony Blair to participate in a task force to counter extremism after the London bombings in July.

The A.C.L.U., joined by the New York Civil Liberties Union, brought the suit against Michael Chertoff, the homeland security secretary, and Secretary of State Condoleezza Rice, asserting that the Patriot Act clause is unconstitutional and that the ban on Mr. Ramadan violates the First Amendment rights of American thinkers who want to meet with him. The American Association of University Professors and the PEN American Center are also plaintiffs.

After Notre Dame applied a second time for a visa for Mr. Ramadan and he waited for five months with no response, Mr. Ramadan resigned in December 2004 from his position there. R. Scott Appleby, the director of the Kroc center, said the government never gave an explanation to the university. Notre Dame saw Mr. Ramadan as a theologian who could help build ties between Middle Eastern Muslims and the West, Mr. Appleby said.

Mr. Ramadan filed a new visa application on Sept. 16, after receiving about 40 invitations for speaking engagements in the United States over the past year. Interviewed in December in Bern, Switzerland, by agents of the Homeland Security and State Departments, Mr. Ramadan said he was mainly questioned about his views of the war in Iraq.

"I told them what I have said many times publicly, that I think the war was a mistake and illegal," he said. "Even the United Nations has said that. I think the resistance is legitimate but the means they are using are not."

A State Department spokeswoman, Janelle Hironimus, confirmed Mr. Ramadan’s 2005 visa application but said the department did not comment on pending visa or legal matters.

Mr. Knocke of the Department of Homeland Security also declined comment on the suit or Mr. Ramadan’s status. But he noted that the criteria for revoking visas included "public safety and national security risks," among others.

"We have a strong commitment and clear responsibility to restore integrity to our immigration system, which includes preventing people who might present risks from entering the country," Mr. Knocke said.

The controversy about Mr. Ramadan’s ideas arises in part because he is the grandson of Hasan al-Banna, a founder in 1928 of the Muslim Brotherhood, an Egyptian group that has turned to violent attacks in recent decades. Some critics say that he speaks with two voices, espousing moderate views in Europe but embracing more militant ideas when he addresses Muslims in the Arabic world.

Barbara DeConcini, the executive director of the American Academy of Religion, described Mr. Ramadan as "one of the most respected scholars of Islam working today."

He was invited to give a keynote address at the group’s annual meeting in November, Ms. DeConcini said, but without a visa he was limited to giving a lecture to a small audience by videoconference, which she called a poor substitute for his participation in the group’s discussions. He has been invited to address the next annual meeting, she said.

While the government has the authority to exclude terrorists, Ms. DeConcini said, the Patriot Act clause "is being used much more broadly to censor and manipulate academic and political debate."

Mr. Ramadan said the ban had damaged him professionally, and the disruption had been jarring to his wife and children. He said he has not been offered another tenured university position.

 

Source : NYTimes.com

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