La réunion de Crawford.
Par
Mizaanoun
(Ce que signifie la légalité internationale aux yeux de l’Administration américaine.)
Deux organisations américaines «Center for public Integrity » et « Fund for indepence in journalism » viennent de publier une longue étude dans laquelle ils ont recensé, pour la période qui s’étend entre le 11 septembre 2001 et 2003, au moins 935 mensonges de l’Administration Bush pour justifier l’invasion de l’Irak[1]. L’étude intitulée « Faux prétextes » est largement documentée et on peut bien consulter sur internet. L’ensemble de ces affirmations et déclarations mensongères sont réparties principalement sur les quatre personnages de l’Administration. La grande part revient au président Georges W.Bush. Le reste se les partagent le vice président Dick Cheney, Condoleeza Rice et Colin Powell. Pour conclure, les auteurs de l’étude se demandent pourquoi, le Congrès n’a jamais ouvert une enquête et accusent les médias – à part quelques mea-culpa – d’avoir largement contribué à valider tous ces mensonges.
Probablement le plus gros de tous ces mensonges est celui qui a été cuisiné au cours de la réunion qui s’est tenue dans le Ranch de la famille Bush à Crawford au Texas et le sommet à trois qui s’est tenu à 48 heures de l’invasion de l’Irak, aux Açores, et dont voici les détails :
Le rapport officiel de la réunion tenue entre deux des trois personnages de premier plan à l’époque, Georges W. Bush et José Maria Aznar, l’ex chef du gouvernement espagnol, durant les préparatifs de guerre contre l’Irak et fait public au mois de septembre dernier[2], révèle à quel point le premier incarne le gangstérisme le plus terrifiant de l’histoire au niveau planétaire et le deuxième celui du mépris total et non moins terrorisant des lois et des droits des peuples. Le contenu de cette réunion constitue un document historique exceptionnel qui vaut bien la peine d’être reproduit tel qu’il a été publié précédé du prologue suivant du rédacteur[3]:
« Quatre semaines avant l’invasion de l’Irak, qui va se produire dans la nuit du 19 au 20 mars 2003, Georges W. Bush avait publiquement maintenu ses exigences à Saddam Hussein en ces termes : Le désarmement ou la guerre. Mais à porte fermée, Bush reconnaissait, que quoi qu’il arrive, la guerre était bien décidée. C’est le point de non retour. Durant une longue conversation privée avec le président du gouvernement espagnol à l’époque, José Maria Aznar, célébrée le samedi 22 février 2003 dans le ranch familial, de Crawford au Texas, Bush laissait bien clair, que le moment de se débarrasser de Saddam Hussein était venu. Il ne reste plus que deux semaines et nous serons fins prêts militairement. Nous serons à Bagdad à la fin de mars disait Bush à Aznar.
Dans le cadre de ce plan, Bush avait finalement accepté, le 31 janvier 2003, à la suite d’une entrevue avec le premier ministre britannique Tony Blair, d’introduire une manœuvre diplomatique, c'est-à-dire, essayer de faire voter une seconde résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’objectif, à travers cette nouvelle résolution, consisterait à ouvrir une voie légale à la guerre unilatérale que les États-Unis se préparaient à engager avec 200.000 militaires qui se trouvaient déjà dans la région et qui n’attendaient plus, pour passer à l’action, que l’ordre du Commandant suprême des forces armées, Georges W. Bush.
Bush était bien conscient des difficultés internes de Tony Blair et n’ignorait pas non plus celles d’Aznar. Seulement sept jours avant cette réunion dans le ranch de Crawford, trois millions de personnes avaient manifesté, dans toutes les grandes villes d’Espagne, contre la guerre. C’est pourquoi Aznar avait-il jugé utile de faire remarquer à Bush la nécessité de compter avec son soutien : Nous avons besoin d’aide pour faire face à notre opinion publique, disait Aznar. Ce à quoi Bush va répliquer : Ne t’en fais pas la résolution sera rédigée de la meilleure manière à vous donner pleine satisfaction sur ce point. Quant à moi le contenu m’est égal, disait-il. Ce, à quoi Aznar a répondu : ce texte nous permettra de le faire souscrire par beaucoup de gouvernements qui seront en même temps des co-auteurs. Ainsi donc Aznar, en accord avec Blair, offre une couverture européenne à Bush. Le rêve d’Aznar de raffermir des relations avec les États-Unis, semblables à celles du Royaume Uni était sur le point de devenir une réalité.
Aznar accompagnée de sa femme, Anna Botella, avait commencé le voyage aux États-Unis le 20 février. En route il fait escale à Mexico et tente de persuader vainement Vicente Fox à donner son appui à Bush. Le 21 le couple accompagné des collaborateurs du président arrive au Texas. Aznar et son épouse passent leur première nuit dans la maison des invités dans le ranch.
Le lendemain samedi, vont prendre part à la réunion le président Bush, sa Conseillère à l’époque pour la Sécurité Nationale, Condolezza Rice et le responsable du Conseil de la Sécurité Nationale, Daniel Fried. De son côté, Aznar était accompagné de son conseiller de politique internationale, Alberto Carnero et de l’ambassadeur d’Espagne à Washington, Javier Ruperez. Au cours de la réunion, Bush et Aznar ont eu une conversation téléphonique à quatre avec le premier ministre britannique Tony Blair et le président du gouvernement italien Sylvio Berlusconi. L’ambassadeur Javier Ruperez traduisait de l’anglais à l’espagnol pour Aznar et de l’italien à l’anglais pour Condolezza Rice, alors que deux autres interprètes le faisaient pour Bush. C’est bien Javier Ruperez qui était chargé de rédiger le rapport de la conversation ou mémorandum qui va rester secret jusqu’à aujourd’hui. (Il s’agit de la date du 26 septembre 2007 quand il a été rendu public à travers l’article en question.)
La conversation est impressionnante pour le ton direct et amical qui a été employé mais aussi pour les menaces à l’adresse, par exemple, des pays comme le Mexique, le Chili, l’Angola, le Cameroun et la Russie qui étaient les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unis et desquels on s’attendait à ce qu’ils votent en faveur de la nouvelle résolution, faisant ainsi preuve de leur amitié envers les États-Unis, sinon qu’ils devraient s’attendre aux conséquences inévitables.
Il est à signaler qu’aucune expectative n’était attendue du résultat du travail des inspecteurs dont le chef, Hans Blix, une semaine auparavant, le 14 février avait réfuté les thèses accompagnées « d’indices solides » et exposées devant le Conseil de Sécurité le 5 février 2003 par le Secrétaire d’État nord américain Colin Powell. Ce dernier a été chaleureusement appuyé par la ministre des affaires étrangères espagnole, Anna Palacio. Ces mêmes affirmations seront qualifiées plus tard, par le même Powell, d’un ramassis de faux, d’aberrations et de falsifications.
Le rapport de Blix. L’Irak, selon Blix, avançait bien sur la voie d’une coopération active afin de résoudre l’affaire du désarmement en question. Le ton était moins réprobateur que celui venu dans le rapport du 27 janvier 2003. « Depuis notre arrivée en Irak, il y a trois mois, nous avons réalisé plus de 400 inspections à l’improviste dans 300 endroits différents. Jusque là, nous n’avons trouvé aucune arme interdite… Si I’ Irak se décide à coopérer encore plus étroitement, les inspections pourraient s’achever rapidement » signalait donc le chef des inspecteurs.
Le directeur général de l’Organisme Internationale de l’Énergie Atomique (OIEA), Mohammed El Baradai, quant à lui, rapporte le 14 février que quelques questions techniques restaient encore à éclaircir et ajoute : « Il n’y a plus de problème de désarmement à résoudre. On n’a trouvé aucune preuve qui indique que l’Irak serait engagé dans des activités nucléaires ou ayant une relation quelconque avec l’énergie nucléaire.» C’était un autre démenti aux affirmations maintenues par Powell sur un programme nucléaire irakien.
Les résultats des inspections ainsi que les préparatifs de guerre des États-Unis, vont mener Bush à fixer le commencement des opérations militaires pour la date du 10 mars 2003. Date à laquelle seront ajoutés neuf jours pour tenter d’obtenir la deuxième résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unis. La procédure de persuasion morale employée par Aznar et sa ministre Anna de Palacio à coup de téléphone et réunions bilatérales n’ont finalement réussi qu’à capter quatre votes favorables. Ceux des trois promoteurs et celui de la Bulgarie. Alors qu’il aurait fallu neuf votes.
L’échec pour obtenir cette couverture légale à une guerre imminente va entraîner Bush à concerter avec Blair et Aznar, la célébration, le 16 mars 2003, d’un sommet sur les îles des Açores à mi-chemin dans l’atlantique. Un lieu suggéré par Aznar comme alternatif aux îles Bermudas pour une raison que lui-même expliqua à Bush en ces termes : « Le seul nom des ces îles qui s’associe dans les esprits à un vêtement, n’en fait pas précisément le lieu le plus idéal face à la gravité du moment dans lequel nous nous trouvons. » Là-bas, le 16 mars, Bush, Blair et Aznar décidèrent de se substituer au Conseil de Sécurité des Nations Unies et usurpèrent ses fonctions pour déclarer, pour leur compte et risque, la guerre contre l’Irak. Dans la matinée du 17 mars, l’ambassadeur du Royaume Uni aux Nations Unies, annonce à New York, le retrait de la seconde résolution. Le revers durant la votation aurait ajouté plus de complication à la course folle vers la guerre.
Ci qui suit est donc l’extrait de la conversation de Crawford fait public par le journal El Pais sous le titre : « Le moment est venu de se débarrasser de Saddam. »
Président Bush : Nous sommes bien d’accord pour tenter d’obtenir une deuxième résolution au Conseil de Sécurité. Mais nous voulons le faire rapidement. Nous voulons l’annoncer dès le lundi ou le mardi (Le 24 ou 25 février 2003)
Président Aznar : Ça serait mieux le mardi, au lendemain de la réunion du Conseil des Affaires Générales de l’Union Européenne. Il est important de maintenir le momentum [l’impulsion] obtenu par la résolution à la réunion de l’Union Européenne au sommet. (Bruxelles, lundi 17 février 2003). Nous préférons donc attendre jusqu’à mardi.
PB : Ça pourrait être le lundi après-midi en tenant compte de la différence horaire. De toute manière la semaine prochaine. Nous veillerons à ce que le texte de la résolution ne contienne pas d’éléments obligatoires, qu’il ne soit pas fait mention de l’usage de force, mais qui fasse bien constater que Saddam Hussein soit signalé comme récalcitrant quant à l’accomplissement de ses obligations. Une résolution pareille pourrait bien être votée par beaucoup de monde. Ça sera quelque chose semblable à celle obtenue dans l’affaire du Kosovo (Le 10 juin 1999).
PA : Est-ce qu’on la présentera devant le Conseil de Sécurité avant et indépendamment d’une déclaration parallèle ?
Condolezza Rice : Au fond il n’y aura pas de déclaration parallèle. Nous sommes en train de penser à une résolution la plus simple possible, sans détails à accomplir qui pourraient servir simplement à ce que Saddam Hussein les utilise pour gagner du temps et par conséquent ne pas les accomplir. Nous sommes en train de parler avec Blix (Le chef des inspecteurs de l’ONU) et d’autes équipes pour avoir une idée qui servira à la présentation de la résolution.
PB : Saddam Hussein ne changera pas et continuera son jeu. Le moment est venu pour s’en débarrasser. Oui c’est ça. Moi, de mon côté, à partir de ce moment, je tâcherai d’utiliser la rhétorique la plus subtile possible, tout en cherchant à faire approuver la résolution. Si quelqu’un oppose son droit de veto (La Russie, la Chine, la France possèdent aussi bien que les États-Unis et le Royaume Uni ce droit de veto au Conseil de Sécurité en leur qualité de membres permanents), nous autres nous irons de l’avant. Nous avons fait preuve, jusqu’à présent, preuve d’une patience incroyable. Il nous reste deux semaines et nous serons militairement prêts. Je crois que nous réussirons à faire voter cette seconde résolution. Au Conseil de Sécurité nous avons les trois africains (Le Cameroun, l’Angola et la Guinée), les chiliens et les mexicains. Je parlerai avec eux tous. Et naturellement aussi avec Poutine. Mais en tout cas c’est sûr nous serons à Bagdad vers la fin du mois de mars. Il existe 15% de possibilité à ce que jusqu’à ce moment Saddam Hussein serait déjà mort ou aurait quitté le pays. Mais cette probabilité n’avait pas existée pas avant que nous ayons démontré notre détermination. D’autre part les égyptiens sont en train de dialoguer avec Saddam Hussein. Il parait qu’il leur a fait parvenir le message selon lequel il serait disposé à prendre le chemin de l’exil à condition de lui permettre de prendre 1,000.000.000 milliard de dollars et tous les documents sur les armes de destructions massives. De son côté Kadhafi aussi aurait dit à Berlusconi que Saddam Hussein voudrait bien partir. Moubarak nous a dit encore, que dans les circonstances actuelles, il y a des fortes chances qu’il soit assassiné. Nous aimerions bien agir par mandat des Nations Unies. Sur le plan militaire, nous le ferons avec précision en ciblant bien nos objectifs. Nous pulvérisons en premier lieu, les forces loyales au régime et ainsi les troupes régulières seraient prises de panique et saisiront immédiatement à quoi elles s’exposaient. Nous avons envoyé des messages bien clairs aux généraux de Saddam Hussein : Nous les traiterons en criminels de guerre. Nous savons qu’ils ont stocké des quantités considérables de dynamites de quoi faire sauter les ponts et d’autres infrastructures ainsi que les champs pétrolifères. Justement notre priorité est bien d’occuper immédiatement ces champs. Les saoudiens, pour nous appuyer, sont disposés à garantir l’approvisionnement du marché de tout le pétrole nécessaire. Nous sommes en train de confectionner des paquets d’aide humanitaire très importants. Nous pourrions gagner la guerre sans nécessité de destructions. Nous sommes en train de préparer un programme pour la construction d’un Irak post-Saddam. Je crois qu’il y a suffisamment de fondements pour un futur meilleur. L’Irak a une bonne administration et une société civile relativement forte. On peut politiquement organiser le pays en une fédération. Entre temps nous sommes en train de fournir à nos amis et alliés, irakiens tout le nécessaire.
PA : Néanmoins il reste très important de compter avec une résolution. Ce n’est pas la même chose d’agir avec une résolution et sans elle. Au fait il est beaucoup plus important d’avoir la majorité de notre côté, même si quelqu’un fasse usage de son droit de veto. Nous pensons que dans le contenu de la résolution, il faut bien mentionner que Saddam Hussein ait perdu sa dernière chance.
PB : Oui, ça va de soi. Ça serait beaucoup mieux de faire cela que de faire références aux « moyens nécessaires ». (Ici il fait allusion à la résolution type de l’ONU qui autorise l’usage de tous les moyens nécessaires, c'est-à-dire la force militaire.)
PA : Nous devons faire diffuser amplement l’idée que Saddam Hussein ne coopère pas et refuse de se désarmer. Puis faire un résumé bien rédigé dans lequel on met en relief, le fait qu’il n’a pas respecté ses engagements. Ce qui permettra, par exemple, au Mexique de bouger (On se réfère ici à un changement de la position de ce pays qui est contraire à cette deuxième résolution, chose qu’Aznar croit avoir lu sur les lèvres de Vicente Fox durant l’escale qu’il a faite le 21 février à Mexico.)
PB : Bon la résolution sera conçue, dans la mesure du possible, pour te donner satisfaction. Son contenu m’est absolument égal.
PA : On te fera parvenir des différents textes.
PB : Nous autres nous n’avons aucun texte. Nous avons uniquement un critère: Saddam Hussein doit se désarmer. Nous ne voulons pas qu’il dilate le temps jusqu’à l’arrivée de l’été. De toute manière il a eu quatre mois dans cette dernière étape. C’est un temps plus que suffisant pour se désarmer.
PA : Ce texte nous sera bien utile et nous aidera à le cautionner, être ses co-auteurs et obtenir ainsi l’aval de beaucoup d’autres gens.
PB : Parfait.
PA : Mercredi prochain (Le 26 février 2003) je rencontre le président Chirac. Entre temps la résolution aura déjà commencé à circuler.
PB : Ça me paraît très bien. En tout cas Chirac connaît parfaitement la réalité et ses services de renseignement l’ont bien informé là-dessus. Les arabes ont transmis à Chirac un message très clair : Saddam Hussein doit être éliminé. Mais le problème c’est que Chirac soit en train de jouer le « Mister Arab », mais la réalité est en train de leur rendre la vie impossible. Moi je ne veux avoir aucun litige avec lui. Nous avons des points de vue différents et j’aimerais bien que les choses s’arrêtent là. De toute manière transmets-lui les meilleurs sentiments de ma part. Franchement, plus il se rend compte qu’il y a moins de rivalités entre nous, plus ça sera mieux pour tout le monde.
PA : Comment on va introduire le rapport des inspecteurs dans le texte de la résolution ?
Condolezza Rice : Au fait il n’y aura pas de rapport le 28 février, sinon les inspecteurs présenteront un récit écrit le 1 mars et leur comparution ne se produira pas avant le 6 ou le 7 mars 2003. On ne s’attend pas à grand-chose de ce rapport. Comme dans les précédant ça sera moitié - moitié. Je crois que Blix sera cette fois-ci plus sceptique dans son jugement sur la volonté des irakiens. Après la comparution des inspecteurs devant le Conseil de Sécurité, nous devrons prévoir le vote sur la résolution une semaine plus tard. Entre temps les irakiens vont essayer de faire croire qu’ils accomplissent leurs obligations. Ça sera ni vrai ni suffisant, même quand ils affirment avoir détruit quelques missiles.
PB : C’est comme la torture chinoise à l’eau. Nous devons en finir avec tout ça.
PA : Je suis entièrement d’accord, mais ça sera toujours mieux d’avoir le maximum de gens de notre côté. Ayons encore un peu de patience.
PB : Ma patience est déjà épuisée. Je ne pense pas retarder au-delà de la mi-mars.
PA : Je ne te demande pas d’avoir une patience illimitée. Seulement je te demande de faire tout le possible afin que tout concorde.
PB : Des pays comme le Mexique, le Chili, l’Angola et le Cameroun doivent comprendre que ce qui est en jeu, c’est la sécurité des États-Unis et qu’ils doivent agir dans le sens amical, à notre faveur. Lagos (Le président du Chili) doit savoir que les Accords du Libre Commerce signés avec le Chili, se trouvent à l’attente d’être confirmés par le Sénat et que toute position négative dans cette affaire pourrait compliquer leur ratification. L’Angola reçoit des subsides du Millenium Account (La Caisse du Millenium) et s’il ne se montre pas coopérant, il risque de les perdre. Quant à Poutine avec son attitude, il est en train de mettre en péril les relations de la Russie avec les États-Unis.
PA : Tony voudrait bien qu’on arrive jusqu’au 14 mars.
PB : Moi je préfère le 10. Bon ça c’est comme un jeu entre bons et méchants policiers. Moi je m’en fous d’être dans le rôle du mauvais policier et que Blair garde celui du bon.
PA : C’est vrai qu’il existe une quelconque possibilité que Saddam Hussein s’exile ?
PB : Oui, cette possibilité existe y même qu’il soit assassiné.
PA : Y a-t-il une garantie quelconque à cet exil ?
PB : Aucune garantie. C’est un malfaiteur, un terroriste et un criminel de guerre. Comparé à Saddam Hussein, Milosevic serait une Mère Theresa. Quand nous serons là, nous allons découvrir beaucoup de crimes et on l’emmènera devant le Tribunal International de Justice de la Haye. Saddam Hussein croit qu’il a déjà échappé. Il croit que la France et l’Allemagne ont réussi à détenir la procédure qui démontre sa culpabilisation. Il croit aussi que les manifestations de la semaine passée (Du samedi 15 février 2003) vont le protéger. Mais les gens de son entourage savent bien que les choses sont différentes. Ils savent que leur futur se trouve soit dans l’exil, soit dans le cercueil. C’est pour cela qu’il faut maintenir la pression. La seule stratégie de Saddam Hussein, c’est ajourner, ajourner et ajourner.
PA : En vérité, le plus grand succès serait de gagner sans avoir à tirer un seul coup de feu et entrer victorieusement à Bagdad.
PB : Pour moi ça serait aussi la solution parfaite. Moi je n’ai pas envie de guerre. Je sais ce que sont les guerres. Je sais, ça signifie la destruction et la mort qu’elle entraîne. C’est moi qui dois consoler les mères et les veuves des morts. Bien sûr, pour nous ça serait la meilleure solution. Et en plus ça nous permet d’économiser 50, 000.000.000 milliards de dollars.
PA : Nous avons besoin de l’aide pour affronter notre opinion publique.
PB : Nous ferons tout ce que nous pouvons. Mercredi je vais prononcer un discours sur ce qui se passe au Moyen Orient, je proposerais un nouveau plan de paix, je parlerai des armes de destruction massive, des bénéfices d’une société libre et je situerai l’histoire de l’Irak dans un contexte beaucoup plus ample. Ça pourrait vous servir.
PA : Ce que nous sommes en train de faire va permettre un changement radical pour Espagne est pour les espagnols. Nous sommes en train de changer la politique suivie par le pays durant les deux derniers siècles.
PB : Moi, comme toi je suis guidé par le sens historique de la responsabilité qui m’incombe. Sinon dans quelques années, l’Histoire nous jugera et les gens se demanderont, mais pourquoi, Bush, Blair et Aznar, n’ont pas fait face à leurs responsabilités. Au fond ce que les gens désirent, c’est être libres. Il y a quelque temps, en Roumanie, je m’en souviens de l’exemple de Ceausescu : Il a suffi qu’une femme le traite en public de menteur et tout l’appareil de répression s’est écroulé. C’est le pouvoir invincible de la liberté. Je suis sûr qu’on réussira à avoir la résolution.
PA : C’est encore mieux.
PB : C’est moi-même qui ai pris la décision d’aller au Conseil de Sécurité et ce malgré les divergences qui ont surgi au sein de mon administration. À mes collaborateurs je leur ai dit que nous devons travailler ensemble avec nos amis. Ça sera fantastique qu’on obtienne cette seconde résolution.
PA : Ce qui me préoccupe en toi c’es ton optimisme.
PB : Je suis optimiste, parce que je sais que j’ai raison. J’ai la conscience tranquille. Il nous incombe de faire face à une menace contre la paix dans le monde. Je suis exaspéré par l’absence de sensibilité des européens devant les souffrances qu’inflige Saddam Hussein aux irakiens. Sera-t-il parce qu’il a la peau brune, qu’il soit musulman et loin d’eux, que les européens pensent qu’on puisse laisser faire et qu’en sa compagnie tout va le meilleur du monde ? Je n’oublie pas ce que m’a dit une fois Solana[4] : que nous les américains nous pensons que les européens soient antisémites et incapables de faire face à leurs responsabilités. Cette attitude défensive est terrible. Je dois reconnaitre, qu’avec Kofi Annan, je maintiens d’excellentes relations.
PA : Je partage tes préoccupations morales.
PB : Les critiques des européens ne font que me renforcer à l’intérieur des États-Unis.
PA : Nous devrons agir de manière à ce que ce renforcement soit bien perçu par les européens. »
Il n’y a pas eu de démenti ni d’un côté ni de l’autre sur ces révélations. Seul le parti de M. Aznar a critiqué du bout des lèvres le gouvernement pour avoir, dit-il, fouillé dans le tiroir des secrets de l’état. Pour le reste la totalité de l’article a été reproduite dans plusieurs journaux dans le monde. Mais tout indique que les intellectuels des élites officielles arabes, n’y avaient rien trouvé de terrifiant de nature à secouer la sérénité de leur âme. Ils continuent avec leurs vices et leurs obscénités à s’attaquer aux peuples qui se souvlèvent et se dérobent lâchement derrière une légalité internationale qui n’existe que dans leur morbide imagination.