La bourse et l’hymen
par FAWZIA ZOUARI
Je ne commenterai pas le mariage de Sarko et Carla. Au chapitre « Rolex et top model », nous avons été servis. Avec les ingrédients du genre : romance et revanche, exhibitionnisme et suspens, sexe
et pouvoir, tout ce qui pourrait faire penser aux harems d’antan et dont j’aurais, personnellement, demandé à être épargnée. D’ici à ce que nos chefs d’État africains rajoutent une séquence à leur
gynécée et se mettent dans la tête de courir publiquement les mannequins, voire de nous les exhiber nues…
Je ne commenterai pas la nouvelle méthode du gouvernement français qui prévoit de noter ses ministres, l’on se croirait dans un mauvais conte. Cela fait école attardée de la République, des
chiffres à fournir à tout prix, et pas seulement sur les reconduites aux frontières. D’ici à ce que les nôtres convoquent les élus des villes et de la brousse pour leur demander des comptes…
Je ne commenterai pas l’annulation du rallye Dakar 2008, les bolides, ça n’a jamais été mon truc. Je me contenterai de constater que, pour la première fois en trente ans, on nous a révélé les
enjeux économiques de cette chose bruyante dans le désert au profit de grands groupes financiers, alors qu’on nous jurait sur la croix que c’était surtout bon pour la bourse des Africains…
Je ne commenterai pas les menaces d’Al-Qaïda contre Delanoë, je trouve que les Frères font n’importe quoi. Pour une fois qu’il y a un maire français - et peut-être prochain candidat à la présidence
de la République - né du côté de chez nous, en Tunisie, il fallait le soutenir. Sait-on jamais, si l’idée lui venait, à Bertrand, de se faire musulman, nous aurions probablement un mahométan à la
tête de l’État français…
De fait, ce que je voulais commenter, c’était tout à fait autre chose. Une nouvelle importante pour l’Orientale que je suis et pour qui l’Occident était jusque-là le modèle de la libération des
femmes. Enfin, pour aller vite. La nouvelle en question concerne une pratique de chirurgie esthétique qui séduit des centaines de femmes américaines. Elle consiste à se refaire recoudre l’hymen
pour quelques milliers de dollars, et ce dans le souci de plaire à son amant.
D’ici à ce que les islamistes, soucieux, quant à eux, de damner le pion à l’Occident et de se détourner de ses mœurs, prêchent le contraire, et voilà les musulmanes affranchies sans le vouloir,
grâce à une fatwa des plus inédites : « Chères sœurs, ne faites plus cas de vos hymens ! Haro sur la virginité, cette mode occidentale ! »