Si le maire en est d’accord, vous pourriez peut-être maintenant entrer dans une phase que moi je veux bien assumer qui est celle de discuter avec vous. Parce que je crois que ce qui est intéressant dans cette soirée, c’est qu’elle vient dans le cadre d’un projet de coopération entre citoyens français et citoyens palestiniens, la ville de Givors dans votre région et la ville de Jabalya que représente notre ami Aïssa ; et je suis bien sûr là, moi aussi, pour répondre à toutes les questions qui concernent l’Autorité Palestinienne. Parce que je crois que ce qui est important c’est de réaliser que la coopération, ce que l’on appelle dans le langage des collectivités les jumelages, n’ont de sens que si c’est l’expression réelle d’un désir des citoyens d’une ville de partager avec les citoyens d’une autre ville ailleurs au monde : vous avez un jumelage avec le Mali, vous avez un jumelage avec l’Algérie, vous avez un jumelage avec l’ex Union Soviétique, vous avez un jumelage avec l’Allemagne, et maintenant vous êtes en train de mettre en place un jumelage avec la ville de Jabalya en Palestine.
Voilà douze ans que je travaille dans votre beau pays et tout à l’heure je disais à votre maire que si je dois faire le bilan du travail que j’ai fait. Une des choses qui m’a donné le plus de satisfaction, ce sont les accords de coopération décentralisée entre ville et ville, entre ville et camp, entre Conseil Général et région de Palestine, mais aussi Conseil Régional parce qu’il y a aussi des coopérations avec les Conseils Régionaux dans des régions de Palestine. J’ai vu moi-même, au fur et à mesure que j’ai appris la coopération décentralisée en France, pratique que je ne connaissais pas ailleurs, j’ai vu combien ce travail de citoyennes à citoyens, de jeunes de France avec des jeunes de chez nous était important dans la construction d’une vision d’un monde d’acceptation de l’autre, de respect de l’autre, d’un monde de tolérance, mais je préfère au mot tolérance que je trouve un peu dédaigneux, les mots de respect de l’autre. Et je pense que ce travail de respect de l’autre, qu’il soit Africain ou Algérien ou Allemand ou Palestinien est le début de l’acceptation du « vivre ensemble ». Pour moi, la République Française et Givors, Monsieur le Maire me racontait que la ville a accueilli une immigration italienne, algérienne, espagnole, est une ville qui représente très bien ce que c’est que la France entière aujourd’hui. Givors est un petit microcosme qui représente quelque chose de beaucoup plus large parce qu’il est évident que toute cette immigration a commencé il y a longtemps par la recherche du travail. Et aujourd’hui ce qui fait de cette république française une république laïque, c’est la possibilité de respect et de coexistence de toutes ses communautés et de tous ses citoyens dans un même respect du droit. Je crois que cette construction de la république que vous avez vécue dans les cent dernières années, en Palestine nous sommes en train d’en faire l’expérience malgré l’occupation.
Ce qui différencie Givors de Jabalya ou de la France et de la Palestine, c’est que vous avez mis fin à l’occupation en un jour. Vous avez gagné, vous vous êtes battus, vous avez résisté, la France a résisté en grande partie, les Alliés vous ont aidé aussi et vous avez abattu le régime nazi. Ce n’est malheureusement pas le cas en Palestine ; non seulement nous n’avons pas gagné de guerres contre l’armée israélienne, mais aucun état arabe n’a gagné une guerre. Il y a eu plus de six guerres entre Israël et les pays arabes, en 48, en 56, en 67, en 73, en 82 et les guerres contre la population civile que l’on appelle « Intifadas ». Dans aucune de ces guerres, même quand il s’agissait de l’armée syrienne ou égyptienne, on n’a jamais gagné la guerre. Donc, aujourd’hui, les Palestiniens se débarrassent de l’occupation militaire par petits bouts, par tranches.
Monsieur Aïssa vient de me dire, là, il y a une heure, comment va-t-on faire pour rentrer : nous habitons Gaza et notre seule porte de sortie est maintenant fermée à clé. Le responsable du passage à Raffah lui a dit : « Essaie de passer par la Jordanie parce qu’on ne te laissera pas rentrer. » Pour aller en Jordanie, il faut avant tout un visa du gouvernement jordanien ; puis il faut pouvoir rentrer à partir de la Jordanie par les frontières israéliennes, traverser Israël et avoir un permis pour arriver à Gaza. Vous imaginez la complexité d’une situation où, même lorsqu’on met fin à une partie de l’occupation, il n’y a pas vraiment une souveraineté palestinienne. Comment une Autorité palestinienne peut décemment essayer d’organiser non seulement la sécurité de tous les citoyens palestiniens mais aussi organiser la vie, la vie politique, la vie économique, la vie sociale ou culturelle, la vie des citoyens qui veulent bouger parce que c’est un tout petit pays : on vous a dit 30 km à Gaza, 500 km en Cisjordanie. Vous imaginez, tout le monde ne travaille pas là où il habite. On peut habiter Givors et travailler à Lyon ou vice-versa. Ils ne peuvent pas aller dans un endroit parce que les barrages militaires l’interdisent.
Jusqu’à aujourd’hui, l’armée israélienne n’a pas quitté la bande de Gaza. Honnêtement, si vous regardez les médias, quelle impression avez-vous ? Que c’est fini, qu’il n’y a plus ni armée ni colons à Gaza. Les journalistes me disent : « Est-ce que vous êtes soulagée ? » Je dis « Soulagée de quoi ? Que l’occupation militaire est terminée ? Mais vous n’avez pas bien regardé les nouvelles. Ce qui est terminé, c’est la présence des colons. Mais les soldats sont encore là. Tous les soldats israéliens sont encore à Gaza ; à tel point, qu’hier une malheureuse bande de jeunes gens jouait près d’une colonie et un petit garçon un peu trop curieux a voulu écarter les barbelés pour voir comment ils ont détruit Neve Dekalim une des colonies ; il s’est fait tirer une balle dans le crâne et il en est mort. Il voulait juste regarder comme les enfants du jardin ; les enfants vivent depuis 38 ans avec le bruit des chars et des tanks et lorsqu’on leur dit qu’ils sont partis, ils veulent s’assurer que vraiment il n’y a plus rien. C’est vous dire combien c’est difficile aujourd’hui, avec la manière dont on présente les choses, de réaliser que non seulement à Gaza, ils ne sont pas partis mais qu’ils détiennent encore toutes les clés des frontières.
Vous savez que l’Union européenne a mis beaucoup d’argent pour construire l’aéroport ; en ce moment même, votre ministre des affaires étrangères Monsieur Douste-Blazy est à Gaza pour parler de la reconstruction du port qui exige plusieurs années ; il ne va pas devenir opérationnel dans quelques semaines. Et puis, il faut arriver à un accord pour savoir qui détient les portes de Gaza. Il faut bien savoir que Gaza n’a ni pétrole, ni phosphates, ni diamants et ne peut vivre que du commerce, c’est-à-dire de l’import, de l’export. Et pour entrer ou sortir, il faut circuler. Toute l’approche de l’économie mondiale, aujourd’hui, c’est le commerce, c’est la circulation : des capitaux, des commodités et des personnes. Comment fait-on pour créer réellement une économie s’il n’y a pas circulation ? C’est toute la question. Israël est tellement traité comme l’Etat chéri du monde, un peu l’Etat au-dessus du droit... Regardez, grâce à Dieu, chaque fois qu’un chef, respectivement de droite ou de gauche a violé le droit international, Saddam lorsqu’il a occupé le Koweït, Milosevic lorsqu’il s’est attaqué aux Bosniaques, lorsque les Indonésiens ont occupé le Timor Oriental, il y a eu une réaction de la communauté internationale, des membres du Conseil de Sécurité, même des membres de l’OTAN. On l’a vu dans les Balkans, pour obliger celui qui occupe le territoire par la force, celui qui lance son armée dans une offensive militaire à reculer ; sauf dans le cas d’Israël. Pas une fois.
Il faut vous rappeler que la résolution 242 qui dit qu’Israël doit se retirer de la bande de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, date de 38 ans. Ça veut dire que trois générations de Palestiniens attendent l’application d’une résolution qui oblige Israël à se retirer. Et vous penseriez que si Israël refuse, des sanctions seront prises ? Vous, par exemple, Européens vous allez dire « Ecoutez, si vous ne respectez pas le droit, ne nous demandez pas à être votre premier partenaire économique, votre premier partenaire technologique ». Vous savez que l’Union Européenne achète les deux tiers de l’exportation israélienne sans taxe ; ça veut dire que vous achetez les produits israéliens au même prix que ceux faits à Givors. C’est un énorme avantage. C’est cela le Traité d’association qu’il y a entre Israël et l’Union Européenne. Mais vous avez des droits en retour ; vous pouvez dire à Israël « si tu veux être notre partenaire, il faut aussi respecter le droit des Palestiniens » ! Alors pourquoi on ne demande rien à Israël ? C’est une question qu’il est légitime de demander parce que si on ne la pose pas, on fait la politique de l’autruche qui va nous mener vers un plus grand désastre.
Moi je pense qu’il y a plusieurs raisons. La première c’est qu’Israël dans la tête des gens est encore perçu comme l’Etat victime du génocide ; et l’Europe a une telle culpabilité à l’égard de ce qui s’est passé pendant la seconde guerre mondiale, qu’elle ne sait pas comment traiter de ce sujet sans qu’on ne lui sorte les démons de l’antisémitisme en lui disant « Ah ! mais est-ce que ce ne serait pas par antisémitisme » ? Mais vous leur dites « vous avez un Etat, vous avez une armée, pourquoi avez-vous besoin d’aller tuer des populations civiles » ? Donc, les gens se taisent. C’est très grave parce qu’entre temps, ça va de mal en pire.
Il y a autre chose qui est la politique américaine. Les Américains, contrairement aux Européens, n’ont pas de problème de culpabilité parce qu’il n’y a pas eu de génocide des populations juives aux Etats-Unis. Par contre, ils ont l’impression qu’Israël est leur instrument, l’instrument d’une politique impériale, d’un politique militariste et hégémonique. Regardez, comme par hasard, Monsieur Bush et Monsieur Sharon parlent tous les deux d’une politique unilatérale. Tous les deux voulaient la guerre en Irak, tous les deux veulent les assassinats de ceux qui ne leur plaisent pas, tous les deux parlent de déclencher des guerres contre ce qu’ils appellent l’axe du mal. Ils se ressemblent comme deux frères jumeaux et donc il y a alliance idéologique et politique. Mais nous sommes arrivés à un moment de relations dans le monde où, comme l’a dit notre ami Issa, il y a les chaînes satellitaires, il y a les images que les courageux journalistes, quelquefois au risque de leur vie, montrent. On ne peut pas continuer à mentir et à dire qu’ils ont été obligés de tuer l’enfant Dora qui était dans les bras de son père et qu’on a tué parce que soi-disant il était terroriste ; c’était un enfant que son père protégeait.
Donc ceci est en train d’alimenter un sentiment de colère, un sentiment d’injustice, un sentiment dans le monde arabe et musulman qu’il y a deux poids et deux mesures ; que lorsque que c’est Milosevic ou un tiers qui viole le droit, tout de suite il est sanctionné. Lorsque c’est Ariel Sharon, on lui pardonne parce qu’il serait au-dessus du droit.C’est très très grave parce que ça alimente la colère, la haine et la violence. Lorsqu’en France dans certains quartiers, vous voyez les disputes qu’il y a entre jeunes arabes et jeunes juifs, -moi je vais beaucoup parler dans les banlieues et j’ai d’ailleurs été à Vaulx en Velin chez votre collègue, je vais dans toutes les banlieues de France où il y a des tensions dans les quartiers- je demande aux gens « pourquoi vous vous bagarrez , pourquoi vous vous intéressez à nous ? » Je vais avec un ami israélien qui s’appelle Michel Warschawski et avec un journaliste qui s’appelle Dominique Vidal. Je leur dis « Pourquoi vous vous intéressez à nous ? » Ils disent « parce que c’est une question de justice. Jusqu’à quand on va tolérer que le droit des Palestiniens qui font partie des Arabes doit être bafoué et qu’Israël a le droit de tout faire ? Elle peut voler l’eau, elle vole la terre, elle vole l’identité des Palestiniens et on continue à la chouchouter. » Je crois que ce sentiment de deux poids et deux mesures, que ce sentiment d’injustice est en train de nourrir une forme de frustration qui malheureusement donne des alibis à des vrais terroristes comme Monsieur Ben Laden qui dit « vous voyez que le monde traite les musulmans d’une manière et le reste du monde d’une autre manière ». Je crois que pour toutes ces raisons, nous sommes arrivés à un moment où il y a des responsabilités, je dirai avant tout européennes, parce que c’est vrai que cette histoire du génocide juif qui est tragique n’a pas eu lieu ni en Palestine, ni au Maroc, ni en Syrie, ni en Tunisie, ni au Liban ; elle a eu lieu en Europe : en Pologne, en Hollande, en Lithuanie, en Ukraine où on a assassiné des populations entières uniquement parce qu’elles été nées juives.
C’est trop facile. En France aussi puisqu’il y a eu 70 000 déportés qui sont morts dans les camps ; mais je dis les autres parce qu’à mon avis en France il y a eu aussi 220.000 juifs sauvés. Donc, je dis que c’est normal que l’Europe ait un sentiment de culpabilité, mais est-ce que cela doit mener à l’aveuglement face à la politique de Sharon qui tenterait non seulement de détruire les Palestiniens mais de détruire aussi l’avenir des Israéliens ? C’est très simple : nous sommes aujourd’hui 3 millions et demi de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza ; nous sommes 1 million 300.000 en Israël, c’est-à-dire citoyens israéliens, chrétiens ou musulmans ; et 5 millions dans la diaspora. Dans 10 ans, il y aura autant de Palestiniens et d’Israéliens entre la Méditerranée et la rivière du Jourdain parce que sur les 6 millions d’Israéliens, 1 million ne sont pas juifs : la plupart sont venus d’Union Soviétique et ne sont pas juifs mais se sont déclarés juifs pour quitter l’Union Soviétique. Et puis, il y a les Palestiniens, chrétiens et musulmans. Donc très vite, nous allons arriver à avoir le même nombre. Israël acceptera-t-elle officiellement de dire « je suis un état juif » et donc tout ce qui n’est pas juif, les 4 millions de Palestiniens n’auront pas les mêmes droits que les citoyens juifs. Si elle dit cela, elle sera la nouvelle Afrique du Sud. Si elle ne veut pas faire cela, il faut qu’elle se sépare des Territoires Palestiniens et dise « moi, je veux faire un état juif pour les citoyens juifs et que les Palestiniens alors fassent leur état ». Nous avons, nous, pendant des années, pensé faire un état laïc comme vous les Français ; il ne sera pas aussi important que la France mais plus petit mais on peut faire un état laïc. Les Israéliens ne veulent pas un état laïc ; ils veulent un état juif qui ne sera pas laïc puisque le citoyen non juif n’est pas considéré israélien.
Pour toutes ces raisons-là, il y a dans Ariel Sharon une vision presque suicidaire presque autiste ; il se cache la vérité. Malgré le fait que nous n’avons pas encore construit un Etat palestinien, le courage des gens qui continuent à envoyer leurs enfants dans les écoles, qui continuent à construire des maisons pour leurs familles, à aller au travail, ceux qui continuent à rester sur leurs terres, vous pouvez vous demander « mais pourquoi les Israéliens font cela ? » Il y a une explication : pour faire partir les gens. Parce que le premier nettoyage ethnique, c’était en 1948 en Palestine où il y avait 200.000 Juifs en Palestine pour 900.000 Palestiniens. En 24 heures, la situation s’est complètement renversée parce qu’on a expulsé 750.000 Palestiniens pour amener tous les survivants de la communauté juive d’Europe qui sont venus à leur place ; il fallait vider le pays qui était à majorité arabe pour en faire un pays à majorité juive. Après toutes les tentatives d’achat des terres en 1948, l’Agence juive, c’est-à-dire les précurseurs de l’état, ne possédait que 6%desterres.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un moment où les Palestiniens, s’ils avaient dû partir en 1948 ou maintenant à cause de la répression, à cause du chômage, à cause de la barbarie, mais qu’ils ont résisté depuis 57 ans, ça veut dire qu’ils ne partiront pas et qu’ils ont décidé de rester. Chez nous, ça s’appelle « sumut », ça veut dire la résistance dans le fait de rester sur le sol de sa patrie : pas la résistance en prenant des armes mais celle de refuser d’être expulsé. Tout le travail de construction de ce qu’on appelle les services sociaux dans une municipalité ou dans une collectivité, c’est de donner les moyens à ceux qui ont décidé de rester, ceux qui veulent des écoles, des hôpitaux, des centres culturels, des théâtres, des centres pour la mère et pour l’enfant, ceux qui veulent profiter de la construction d’une démocratie à partir de la base, avec des institutions ; c’est ça qui leur donnera les moyens de rester sur le sol de leur patrie. Ils réalisent très bien que nous ne pourrons pas changer Ariel Sharon et je ne suis même pas sûre que Jacques Chirac pourrait changer Ariel Sharon. Les seuls qui pourraient changer Sharon, c’est sa population, c’est la majorité de son propre peuple. Peut-être que Monsieur Bush peut faire pression sur Sharon mais je ne suis pas sûre qu’il en soit capable aujourd’hui. Par contre, ce que vous pouvez faire, c’est travailler sur des accords de coopération décentralisée, permettre à la municipalité que les services assurés aux citoyens, pas vous seuls, mais vous avec d’autres collectivités, françaises ou de la région du Rhône, d’autres collectivités européennes. Car nous avons maintenant en France un réseau de villes françaises jumelées avec des villes palestiniennes qui compte maintenant plus de 30 villes. Ça, c’est un travail qui permet aux gens de rester dans leurs pays, de continuer à croire qu’ils ne sont pas seuls. Vous savez, qu’est-ce qui amène le racisme, qu’est-ce qui amène la haine, qu’est-ce qui amène le terrorisme ? C’est le sentiment que vous êtes abandonnés. Prenez un citoyen français, enfermez-le dans un appartement, sans lui donner à manger et qu’il ait le droit de ne rien faire, qu’il n’ait aucun droit, qu’il ne puisse pas sortir. Qu’est-ce qu’il fait ? Il va s’attaquer au premier venu, il peut même s’attaquer à un enfant qui sort sur le palier de l’appartement.
C’est donc très important que les Palestiniens aient le sentiment, même modeste, je ne parle pas de grand projet parce qu’il y a d’abord l’Etat Français, il y a des coopérations importantes ; on parle de plusieurs millions d’euros dans de grands projets, que ce soit d’infrastructures, de question d’eau, la France a beaucoup investi dans l’Eau à gaza et est maintenant impliquée dans la construction du port ; mais ça n’a pas le même sens que le travail de citoyens à citoyens. Les coopérations d’Etat à Etat restent abstraites mais la coopération comme voir le maire de Givors arriver avec son conseil municipal à Jabalya qu’il va visiter et qu’il souhaite réparer le petit jardin que l’armée a détruit, puis voir arriver les entreprises qui viennent et remettent en place les balançoires, l’eau et la fontaine... bref, créer une confiance dans les êtres humains au-delà de la frontière nationale, que les gens comprennent qu’il y a aussi des êtres humains qui sont d’une autre culture, d’un autre continent, qui vivent dans le centre et dans une petite ville qui s’appelle Givors et qu’ils ne sont pas indifférents. Ça redonne confiance avant tout dans l’humanité et dans les populations du monde. Et si on a foi dans l’humanité, on n’a plus besoin de désespérer même si c’est une affaire longue et qui demandera de la construction.
Il y a 22 pays arabes, mais ce n’est pas dans un pays arabe que le président Arafat a été soigné, puis renvoyé avec les honneurs qui lui étaient dus mais c’est à partir d’un pays aimé, parce qu’il a beaucoup aimé la France et ce pays aussi en retour. C’est très riche de signification sur le fait que ce qui fait la proximité et la solidarité, ce ne sont pas les relations de sang, ce n’est pas qu’on est né dans une tribu mais qu’on ait choisi d’être des frères et des sœurs parce qu’on partage ensemble des valeurs communes, le respect des droits de chacun et la conviction qu’ensemble on peut bâtir un meilleur lendemain. Je pense que c’est ça le ciment de tout ce qui doit être le 21è siècle. Je crois que la coopération décentralisée, en mettant face à face des citoyens qui n’ont pas d’ambition politique, de grands schémas politiques, permet cette expression-là. Elle apporte en tout cas aux Palestiniens beaucoup de force.
Excusez-moi, j’ai dit que je n’allais pas beaucoup parler, mais je vous ai vus me regarder tous sans lever la main et je me suis laissé emporter.