Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

BELLES PAGES


RAMADAN 1428 : 13 septembre 2007


RAMADAN 1428

13 septembre 2007

D’après les prévisions scientifiques de l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides[1] le calendrier des fêtes musulmanes pour l’année hégirienne à venir devrait être[2] le suivant Incha Allah :

Début du ramadan (1428) = 13 septembre 2007

Laylat al-Qadr (1428) = 9 octobre 2007

Fin du ramadan (1428) = 12 octobre 2007

Îd al-fitr ou Küçük Bayram (1428) = 13 octobre 2007

Îd al-adhha ou Kurban Bayram ou Tabaski ou Tafaska[3] (1428) = 20 décembre 2007

Le croyant, éclairé par Dieu, selon Son Ordre divin cherche la science. Il aborde, avec le discernement que le Créateur lui a transmis dans Sa Miséricorde, les mystères infinis d’une création organisée dans la logique et la cohérence, selon un ordonnancement rigoureux fixé par la Volonté divine du seul Puissant, seul Sage et seul Savant !



[1] L’Institut de Mécanique céleste et de Calcul des Ephémérides est issu du célèbre Bureau des Longitudes créé en 1795 par la Convention Nationale.

Associé au C.N.R.S., il évolue dans le cadre de l’Observatoire de Paris et concourt à l’élaboration des éphémérides nationales.

Composé d’une trentaine de chercheurs permanents et d’une quinzaine d’étudiants stagiaires, il voit ses missions de service public définies et garanties par une Académie de seize membres et trente deux correspondants, laquelle Académie porte aujourd’hui encore le nom réputé de Bureau des Longitudes.

[2] Avec beaucoup de prudence désormais, (comme on le comprend), les éphémérides de l’Imcce font figurer la mention suivante :

NOTA BENE :

Les fêtes musulmanes sont données dans le calendrier perpétuel musulman. En fait les débuts des mois sont définis par l’observation du premier croissant de Lune, il convient donc de se renseigner directement auprès des instances religieuses musulmanes pour connaître le début et la fin de ces mois (principalement pour le jeûne du mois de Ramadan).

Que chacun fasse comme il l’entend, selon les données scientifiques d’une institution républicaine ou selon celles des « instances religieuses musulmanes », Oumma se contente de transmettre en toute indépendance. Avec les « instances religieuses musulmanes » en France, le débat sera sans doute sans fin tant que des critères clairs et transparents de décision pour une pratique contemporaine ne seront pas déterminés.

[3] Nous donnons les noms de ces fêtes, (aux désignations par ailleurs multiples dans une même aire géographique), dans le domaine maghrébin, turc, africain de l’ouest et berbère. Si nos visiteurs souhaitent voir figurer des manières de nommer ces célébrations dans une région qui leur est familière, qu’ils nous signalent les vocables en usage chez eux, même dans les endroits les moins connus et qu’ils nous fassent part des usages particuliers, sortant de l’ordinaire, qu’ils auront pu connaître.

µµµµµµµµµµµµµµµµ


Le Nichan islamophobe

Par Jean-Michel Cros

L’un des apports majeurs des Lumières à notre culture a été la relativisation des absolus qui, seule, permet la possibilité d’une élévation de l’esprit à l’universel ; le cosmopolitisme et le détour par l’Orient ont été deux des principaux outils utilisés alors pour nous permettre de voir que les fanatismes particuliers, les intolérances régionales, n’étaient pas des faits de nature, allant de soi, mais des constructions idéologiques aux conséquences politiques, qui pouvaient avoir des effets dramatiques sur les existences individuelles.

Le cosmopolitisme, avec ce qu’il implique d’empathie pour les cultures étrangères, a été « le sceau d’une nouvelle liberté et de l’émancipation de l’individu qui explore les limites du monde naturel, découvre un espace sans bornes et s’ouvre à l’expérience de “l’autre”. »[1] Il implique « la recherche d’une attitude intellectuelle commune, d’une mentalité universaliste et d’un style de vie qui dépasse les particularismes nationaux. »[2]

Grâce au truchement de l’Orient, un regard neuf sur de vieilles habitudes posé par des étrangers – des Persans pour Montesquieu par exemple – a permis de considérer en termes nouveaux des concepts tenus jusque là pour acquis, a permis de sortir du particulier pour accéder à l’Universel, la Raison, la Justice, la Nature

Cet héritage, qui a fondé notamment l’introduction dans nos systèmes de droit, de la liberté de la conscience individuelle, est aujourd’hui paradoxalement en péril alors qu’en apparence il n’a jamais été autant revendiqué.

En péril effet, car dès que se pose aujourd’hui la question de la visibilité de l’islam, que ce soit en termes individuels – le port du voile pour les femmes, ou collectif – la construction de lieux de culte, l’édification d’un minaret, les musulmans sont renvoyés au « communautarisme », à un obscurantisme supposé, mieux : décrété, face aux lumières dont seraient porteurs leurs adversaires.

Le refus, par ces derniers, d’examiner notre propre tradition avec un regard critique, cette incapacité, bien souvent, à le faire, classe la pensée islamophobe parmi les anti-lumières.

En posant la perfection lumineuse de soi en opposition avec l’obscure incapacité du musulman essentialisé, la pensée islamophobe procède par un double refus : refus de ce que nous sommes et de ce qu’est l’Autre. Refus de ce que nous sommes en rejetant, chez nous, l’existence de la part d’ombre que toute civilisation porte en elle, refus de ce qu’est l’Autre en le confinant à l’obscurité, quels que soient ses propos, quel que soit son raisonnement : ainsi, le fameux « double langage » dont sont systématiquement accusés les musulmans, ainsi la condamnation de la violence chez ce dernier, couplée à un déni de la violence psychologique mise en œuvre par toutes les « … phobies ».

S’ajoute à cela – j’ai déjà parlé d’essentialisation – une généralité des concepts appliquée à l’islam et au monde musulman, qui masque plus qu’elle n’explique, qui dissimule ce qu’elle prétend révéler. Les Lumière nous avaient pourtant appris que les mots trop grands, trop abstraits ou trop vagues recouvrent en réalité les faits les plus dissemblables.

Il nous est apparu nécessaires de réagir contre ce détournement intellectuel, contre cette captation d’héritage, de montrer que les Lumières résidaient bien « dans la force de l’intelligence critique à se mesurer avec la pluralité et la différence »[3] .

L’Ordre du Nichan islamophobe a été créé dans ce but.

Qu’est-ce qu’un « nichan » ? Ce mot est d’origine persane et signifie, marque, signe, ou distinction. Adopté dans l’Empire ottoman, il va servir à désigner les ordres de type européen (ordre d’Osman, Madjidiye, Hamidiye…), qui seront créés à partir de l’époque des Tanzimat (les réformes), initiées par le Sultan Mahmud II. L’Empire ottoman sera suivi par la Perse (ordre du Lion et du Soleil en 1808), puis par la Tunisie, avec la création du Nichan Iftikhar par Mustafa Pacha Bey (1835-1837) à la fin de son règne.

Ce dernier ordre intéresse plus particulièrement la France puisque, après l’instauration du protectorat sur la Tunisie, en 1881, il sera intégré à ce que l’on appelait alors les « ordres coloniaux » : décernés par les Beys, il était porté comme les décorations françaises, mais après elles. Très esthétique, cette décoration donnait à ceux qui le portaient- la dynastie husseinite n’en pouvant mais - un parfum de colonie, une apparence de connaissance des « indigènes », l’assurance de servir « une certaine idée de la France », en dépit du portrait qu’en a dressé Albert Memmi : « Des politiciens, chargés de façonner l’histoire, presque sans connaissances historiques, toujours surpris par l’évènement, refusant ou incapables de prévoir. »[4]

Leur descendance, surtout intellectuelle, semble aujourd’hui avoir cru et s’être multipliée bruyamment ; elle a simplement remplacé une certaine idée de la France par une idée certaine de soi et s’agite devant les écrans de télévision, fait du tapage sur les ondes, surfe sur de mauvaises vagues. Elle se trouve dans les milieux les plus divers, les plus inattendus. Il est inutile d’en nommer les membres : ils se reconnaîtront.

Comme l’écrit toujours Albert Memmi : « Les assimilés de fraîche date se situent généralement bien au-delà du colonisateur moyen. Ils pratiquent une surenchère colonisatrice ; étalent un mépris orgueilleux du colonisé et rappellent avec insistance leur noblesse d’emprunt, que vient démentir souvent une brutalité roturière et leur avidité. Trop étonnés encore de leurs privilèges, ils les savourent et les défendent avec âpreté. Et lorsque la colonisation vient à être en péril, ils lui fournissent ses défenseurs les plus dynamiques, ses troupes de choc, et quelquefois ses provocateurs. »[5]

Tant d’efforts méritaient plus qu’une gloire éphémère ; tant de trésors de mauvaise foi devaient briller au grand jour. Il fallait faire quelque chose : nous l’avons fait.

L’idée d’une décoration nous est venue alors que nous passions en revue l’actualité la plus récente : concurrence entre pourfendeurs déclarés de l’islam pour entrer à l’Académie française, riche moisson des dernières campagnes électorales, dans lesquelles il a été question de moutons égorgés dans les baignoires, de traque des sans papiers, de nettoyages au karcher, création d’un ministère de l’identité nationale, nominations ministérielles inspirées… Bref, nous nous sommes dits que nous aussi, qui n’avions jamais été putes, pouvions ne pas être non plus soumis à l’idéologie du moment qui consiste précisément à proclamer la fin des idéologies, à pleurer sur le sort des ouvriers et à passer ses vacances sur un yacht, à prétendre lutter contre les délinquants et à nommer ministre un élu mis en examen pour prise illégale d’intérêt.

Pour tous ceux qui sont toujours prêts à aller réduire quelques khroumirs imaginaires, pour tous ceux dont la raideur de l’intransigeance semble avoir devancé l’invention du béton armé, pour tous ces rabâcheurs de poncifs pour lesquels on pourrait créer le ministère de l’insistance publique et dont les arguments semblent un échafaudage à répétition qui relève d’un art si poussé qu’il parvient à l’invraisemblable, pour tous ces pontifes autoproclamés fulminant des bulles « Digitus in oculo », pour ces tartuffes nés choqués mais prêts à lever la jambe plus haut que les autres, nous avons décidé de créer une décoration : le Nichan islamophobe.

Cette décoration sera remise solennellement tous les ans, avec un diplôme, à la personne publique qui se sera le plus illustrée par des propos ou des actions islamophobes. La plus grande publicité sera donnée à cet évènement, car les auteurs de ces actes méritent d’être connus et reconnus. Ils ou elles pourront ensuite être reçus pour être mis à la porte, leurs journaux achetés pour servir de papier d’emballage.

Le jury annoncera tous les ans la liste des nominés, le nom du vainqueur étant communiqué peu de temps après, le diplôme, dont vous pouvez voir le modèle sur la photo ci-après, sera établi à son nom et lui sera remis en mains propres. Après avoir eu tant de courage – paraît-il - pour écrire le texte ou déclarer les propos primés, nos verrons bien s’il a celui de venir chercher son prix, la remise étant bien entendu publique.

En même temps, nous allons créer un prix littéraire, le « Prix Elissa Rhaïs ».

Qui était Elissa Rhaïs ? Née Rosine Boumendil, vraisemblablement illettrée, elle a publié sous le son nom des romans en réalité écrits par son neveu, dans lequel elle met principalement en scène des femmes d’Afrique du Nord (« Saada la Marocaine », « L’Andalouse », « La fille des Pachas »…). Son imposture sera découverte au moment où l’on souhaitera lui accorder la légion d’honneur, l’enquête qui est faite dans ce cas ayant révélé l’illettrisme de l’auteur…

Il ne s’agit pas au demeurant dans notre esprit, d’une critique d’Elissa Rhaïs elle-même, dont les romans rendent compte de façon souvent juste de la réalité coloniale, des rapports interreligieux ou intercommunautaires, mais de montrer la persistance du prisme « orientaliste »[6] dans ce que ce terme peut avoir de négatif, par la manière dont la question de l’islam est abordée aujourd’hui et de la faveur bruyante avec laquelle, hier comme aujourd’hui, on accueille les auteurs qui présentent de l’Autre, l’Oriental, le musulman, de façon fantasmatique, sans forcément de rapport avec la réalité, mais de manière à flatter les préjugés les plus ordinaires.

Ce qui plaisait en effet à l’époque chez Elissa Rhaïs était non pas la réalité coloniale évoquée ci-dessus, mais le cliché, la « couleur locale », l’impression de percer à travers ses pages les mystère de « l’Orient » - en l’occurrence le Maghreb, qui veut dire Occident. Ce prix récompensera le livre, que ce soit un roman, un essai, un ouvrage d’histoire… qui sera le plus fantasmatique sur l’islam ou le monde musulman. Les décisions du jury seront sans appel.

Les membres qui composeront le jury de ce double prix seront communiqués prochainement. D’ores et déjà, nous vous invitons à nous signaler tout acte, tout propos ou tout écrit susceptible de recevoir le prix ou la décoration, et nous nous ferons un plaisir de vous informer de la suite des évènements qui s’annonce passionnante…



[1] FRIJHOFF (Willem), Cosmopolitisme, in Le Monde des Lumières, (sous la direction de) FERRONE V. et ROCHE D., éd Fayard, 1999, p. 33 ;

[2] Idem ;

[3] ROCHE (Daniel) et FERRONE (Vincenzo), Historiographie des Lumières, in Le Monde des Lumières, op. cit., p. 554.

[4] In Portrait du colonisé – Portrait du colonisateur, éd. Gallimard, coll. Folio actuel, 2004, p. 71

[5] Idem p. 40

[6] Au sens où l’entend Edward Saïd

µµµµµµµµµ

Ni Dieu, ni sexe

Par Jean-Michel Cros

L’ouvrage de Martine GOZLAN, Le sexe d’Allah, veut se donner pour but de retrouver, caché sous le masque de la violence islamiste, le sens vrai du Coran et de la civilisation musulmane, porteuse de sensualité.

Bien loin d’être un ouvrage d’herméneutique, qui nous inviterait à découvrir le sens vrai des Écritures, cet ouvrage s’inscrit dans la vague islamophobe contemporaine, qui se déverse sur les médias et la classe politique.

Pour asséner sa démonstration, l’auteur utilise une méthodologie contestable et des sources marginales. Elle prétend, à partir de cela, exprimer une connaissance sur l’islam et la sexualité musulmane.

I - La méthodologie et les sources utilisées :

A - La méthodologie :

Prétendant communiquer une connaissance sur l’objet de sa recherche - ce qui serait une démarche légitime, l’auteur ne fait en réalité qu’exprimer une opinion sans hiérarchiser ni classifier les sources utilisées.

Notons tout d’abord quel est le cadre implicite de cette recherche, le mètre étalon de toute appréciation sur l’islam : il s’agit d’une vision catholique et romaine du monde, qui délégitime tout ce qui n’en ressort pas : ainsi, page 52 : « Pas de confessionnal à Médine. » Pourquoi y en aurait-il eu un ? La question semble ne pas se poser...

Passons rapidement sur des erreurs factuelles : p. 136, le philosophe persan Sohravardi est qualifié de « soufi » - ce qu’il n’a jamais été, ou quelques curiosités de langage : p. 103, on nous décrit « l’époque abbasside, sûre d’elle et dominatrice » , curieuse référence à un propos jugé fort sévèrement en son temps ; p. 165 l’auteur nous dit que l’intégrisme devient « total » : Y a-t-il donc un intégrisme incomplet ? ou partiel ? Il est difficile d’y répondre à la lecture de ce livre.

L’auteur se fait ensuite juge de la qualité de la recherche orientaliste : tout ce qui sort de son champ de vision est illégitime : « Il est significatif que toute la recherche musulmane contemporaine libre et fertile (sic) ait axé ses travaux sur l’esthétique et l’érotisme » (p. 88). Henry Corbin sur le shi’isme, Robert Mantran, Gilles Veinstein et Nicolas Vatin sur l’Empire ottoman, Jacques Berque pour le Maghreb - et cette liste est loin d’être limitative - n’ont -ils pas travaillé de façon libre et féconde ? Leurs immenses travaux ne nous ont-ils pas permis de mieux comprendre la religion et la société de l’Autre, en l’occurrence musulman ? Cette cécité volontaire, si elle doit nous indiquer quelque chose, pointe du doigt tout l’intérêt qui s’attache à la méconnaissance.

Méconnaissance de la forme et du fond du sujet se révèlent également dans la mise en perspective des sources utilisée : sont cités pêle mêle des scientifiques et des romanciers, le « témoignage » de ces derniers étant valorisé, celui des premier étant délégitimé. Un intellectuel internationalement reconnu pour la qualité de ses travaux, Seyyed Hossein Nasr, se voit qualifié de « père la pudeur [...] angoissé par l’exubérance mahométane » (p. 56) : une opinion non autorisée a donc plus de valeur que le résultat d’une recherche rigoureuse.

Par ailleurs, l’auteur établit ses propres critères de référence, en refusant, pour parler de l’islam, ce que dit l’islam lui-même : à propos de la hiérarchie des « hadith », qui revêtent une autorité différente selon la catégorie à laquelle ils appartiennent, M. Gozlan écrit : « Il nous importe peu de savoir si les hadith sont « faibles » ou « forts » selon la classification des théologiens dans la chaîne de transmission des traditions » (p. 159). Il est effectivement beaucoup plus facile de récuser ce que disent les musulmans sur eux-mêmes si on procède au préalable à un « bricolage » intellectuel en assignant l’Autre à ce qu’on veut qu’il soit et non pour ce qu’il est.

En revanche, les citations tirées de romans sont nombreuses et semblent, à propos de l’islam, avoir une autorité plus grande que les textes canoniques eux-mêmes. Quelques exemples : p. 41, Amin Zaoui, et son roman La soumission , est mis sur le même plan que le hadith ; p. 86, Malek Chebel justifie la « nostalgie éperdue » - la référence au passé est une constante de l’ouvrage - des premiers émois au hammam ; p. 185, c’est au tour de la romancière libanaise Hanan el-Cheikh...

De manière plus grave, d’autres auteurs sont cités non pas parce que ce qu’ils écrivent est pertinent, ce qui devrait être le critère de toute recherche, mais parce que leur origine et leur sexe rend pertinent ce qu’ils écrivent ; Fatima Mernissi et Leïla Babès font les frais de cette méthode : p. 58, on peut lire : « S’il faut faire toute sa place à Mernissi, c’est qu’elle est, non seulement une intellectuelle, mais une croyante. Pas seulement une enquêtrice [c’est nous qui soulignons]  : une actrice. [...] Femme, c’est une amoureuse. »  ; l’actrice, la femme amoureuse, sont préférables à l’enquêtrice de qualité qu’est Fatima Mernissi. Page 124, c’est au tour de Leïla Babès à être convoquée comme témoin à charge au procès, face à Tareq Oubrou, dont on nous dit, page suivante, qu’il s’énerve. Il n’est effectivement pas présenté à son avantage dans ce débat. Pour autant, peut-on faire l’économie, lorsque l’on parle de ce dernier auteur, de toute la réflexion qu’il a engagée sur ce qu’il appelle « la chariah de minorité » ? De fait, c’est un débat moins croustillant et moins « vendeur » que le sexe, mais dont les conséquences pour la société française et les musulmans qui y vivent peuvent être autrement plus fécondes.

Plus pitoyable encore, p. 141, aucune distinction n’est opérée entre un témoignage sur les talibans et la « doxa » musulmane ; il est d’ailleurs piquant de remarquer à ce propos que M. Gozlan procède de la même manière que ces islamistes qu’elle prétend pourfendre, en ne distinguant pas entre politique et pratiques sociales d’une part, et religion d’autre part.

B - Les sources utilisées :

Nous avons déjà signalé plus haut qu’une partie des sources utilisées l’était de manière incorrecte : elles sont redéfinies par l’auteur non pour ce qu’elles montrent mais dans le but d’assigner l’Autre dans le rôle que l’on veut lui voir jouer.

Un mention spéciale doit être faite ici des Mille et Une Nuits, livre posé comme texte fondateur de la culture musulmane (cf. p. 10), et qui permettrait de mesurer le passage de « l’élégie orgiaque » « dont les soupirs inspirent toute [c’est nous qui soulignons] la civilisation islamique » (id.) à une actualité mortifère.

Les Mille et une Nuits sont citées à maintes reprises :

  • p 15 : on nous explique la vie d’une parfaite épouse qui « cumule les agréments de la conversation la plus suave et du sex-appeal le plus torride » ;

  • p. 18 les Mille et une Nuits sont qualifiées de texte « érotico-prophétique », puisqu’il anticipe, p. 19, « le GIA, les talibans, les wahhabites saoudiens » ;

Par la suite l’auteur nous renseigne plus précisément sur ce qui semble être ses propres fantasmes : les femmes de toutes conditions « impatientes de forniquer » (p. 93) deviennent, p. 93, celles qui, « citadine[s] ou paysanne[s] choisi[ssent] et pren[nent] ses amants ».

De la même manière que les islamistes se tournent vers un passé idéalisé - en l’occurrence, souvent, la période des quatre premiers Khalifes - l’auteur procède à une double idéalisation :

  • celle d’un texte marginal dans la culture arabe d’une part ; en effet, recueil de contes populaires autant d’origine persane qu’arabe, si les Mille et Une Nuit ont eu un rôle central, c’est plus grâce à la traduction d’Antoine Galland et au rôle considérable qu’elles ont joué dans la formation de l’image d’un Orient idéalisé pour l’Occident, que dans le monde musulman proprement dit.

  • D’autre part, M. Gozlan, avec constance, idéalise un passé dans lequel aurait régné une sexualité débridée, propre aux Orientaux. Les mythes orientalistes du harem et du hammam sont constants tout au long de l’ouvrage.

Au-delà de l’épanouissement sexuel qu’ont pu effectivement trouver de bons auteurs en Afrique du Nord, de Flaubert à Montherlant et qu’aujourd’hui, loin des clichés littéraires, on appellerait le tourisme sexuel, le propos de M. Gozlan n’est en réalité qu’un appel aux arabo-musulmans à retrouver les valeurs du passé qu’on leur assigne, en vertu d’une vision orientaliste - au sens où l’entend Edward Saïd - de leur monde ; au-delà d’un prétendu propos libertaire, celui de Mme Gozlan est en réalité profondément réactionnaire et réducteur : il appartient à l’Autre d’être conforme à l’image et aux prouesses sexuelles que l’on attend de lui. Nous, Occidentaux, pourrons toujours penser à sa place.

Cette méthodologie aléatoire et ces sources partielles sont mises au service d’une idéologie particulière qui prétend délivrer une parole pertinente sur l’islam.

II - L’idéologie et ses fantasmes :

A - L’orientalisme :

L’ouvrage s’inscrit dans une idéologie ancienne, celle de l’orientalisme colonial.

Outre les approximations habituelles comme la confusion entre « sérail » (qui signifie en réalité « palais » en turc) et « harem » (qui est « l’interdit » : en l’occurrence la résidence des femmes) p. 13, le texte joue systématiquement sur le fantasme des femmes captives livrées à la concupiscence masculine : « Les maîtres sont obsédés par les vapeurs d’attente qui montent du harem pléthorique. [...] combien de foules femelles rivées à un seul homme, torturées par son indifférence ou électrisées par son approche ! ».

Au fantasme du harem, à propos duquel l’auteur semble ignorer que la polygamie n’a jamais été une pratique universelle en islam, ne serait-ce que pour des raisons économiques, s’ajoute celui de la jalousie : « Quand le calife s’en va-t-en guerre, que va-t-il se tramer derrière le moucharabieh ? » L’utilisation de mots « exotiques » (calife, moucharabieh) pour donner de la légitimité au propos n’en cache pas moins une antienne que l’on connaît depuis Montesquieu et les Lettres Persanes : Usbek découvrant les frasques de ses femmes révèle la personnalité profonde de l’Oriental, autoritaire, indifférent, cruel et sans pitié.

Cette idéologie est à proprement parler réactionnaire : les références nostalgiques à un « bon vieux temps » qui n’a jamais existé ailleurs que dans la littérature reviennent comme un leitmotiv ; en outre, p. 32, le « témoignage » d’un « écrivain algérien » n’est là que pour conforter le refus traditionnel du fait musulman, qui ne serait que le masque superficiel d’une réalité profonde, ante islamique, qui ne demanderait qu’à émerger. Comme la colonisation avait « inventé » Volubilis et valorisé tout le passé romain de l’Afrique du Nord, l’auteur oppose la « tolérance » ante islamique, au fanatisme musulman. Sait-elle, à ce propos, qu’à la différence de ce qui se passe en islam, les filles sont traditionnellement exclues de la succession de leurs parents chez les Kabyles ?

C’est sur le fondement de cette vision que l’auteur, en fin de volume, somme les musulmans de « commencer » leur histoire !

Cette idéologie est la clé de lecture des deux éléments essentiels de l’ouvrage : l’islam et le sexe.

B - L’islam et le sexe :

L’islam tel qu’il est décrit dans l’ouvrage est essentiellement une création « sui generis » , qui semble être le fruit d’une grande confusion.

L’auteur fait tout d’abord la preuve d’une méconnaissance des concepts de base, qui devraient être acquis lorsque l’on parle d’une religion, concepts d’autant plus facilement accessibles, du moins en principe, lorsqu’il s’agit d’une religion monothéiste, qui se fonde sur des écrits.

L’auteur, dans son souci d’opposer la supposée tolérance ante islamique et le fanatisme musulman, méconnaît tout d’abord profondément le sens de l’Hégire ; elle écrit ainsi (p. 39) : 

« Du passé, table rase.

« Départ vers Yatrib. Emigration, Héjire.

« Islam, An I ».

Si tel était le cas, s’il avait été effectivement fait table rase du passé, comment se fait-il que ce que l’on appelle les versets « mecquois » du Coran aient été conservés ? Pourquoi celui-ci ne se limite-t-il pas aux versets « médinois » ? Plus largement, pourquoi, alors, la révélation mohammedienne prend-elle le soin de s’inscrire dans la lignée des monothéismes antérieurs, qui ne sont pas abolis mais complétés ?

Cette « table rase » n’est que l’une des idées fausses de l’ouvrage.

En second lieu, l’auteur retient un sens totalement littéral du Coran (serait-elle une salafiste qui s’ignore ?) en nous disant par exemple (p. 27) que « ... la récompense suprême dans l’au-delà consiste à faire l’amour à perpétuité ». Ce faisant, elle ignore des pans entiers et des siècles d’exégèse, qui ont appris à ceux qui le veulent bien la multiplicité des profondeurs ésotériques du texte exotérique.

Plus anecdotiquement, en écrivant (p. 11) que « L’Islam, lui, adopte dès le départ une position langoureuse. Son prophète est un sensuel. Le magnétisme qu’il dégage est nimbé d’érotisme », M. Gozlan méconnaît là encore tout le courant issu, notamment, de Ruzbehan de Shiraz, qui a fait de la beauté l’une des voies d’accès à la connaissance de Dieu. Cette voie est toujours active dans le monde musulman et est en particulier pratiquée par certains courants soufis.

Mais comment le saurait-elle, puisque les musulmans, selon elle, « récitent précisément le Coran, notamment dans les madrassas du Pakistan et d’Indonésie, les école du fanatisme, sans avoir la moindre idée de ce qu’il recèle  ». Les lumières de la science et de l’entendement sont décidément étrangères aux musulmans, tout juste capables d’ânonner un texte qu’ils ne font même pas l’effort de comprendre. Avec moins de talent que lui, M. Gozlan, reprend les propos que Renan tenait au XIX° siècle sur le « cercle de fer » qui enserrait la tête des « croyants ».

Cette référence est déjà bien moderne : l’auteur va puiser plus loin encore dans le passé.

Un autre aspect est ici plus grave et touche au statut de la révélation. M. Gozlan reprend ici à son compte l’idéologie médiévale - que l’on croyait oubliée - d’une religion fabriquée de toutes pièces par un imposteur pour justifier ses besoins et envies du moment : « Un verset tombe à pic pour combler cet oubli... » (p. 42), « [...] pour faire taire les médisants, il recueille fort à propos de l’ange Gabriel la révélation suivante... » (p. 45), « Et le verset du voile (sourate 24, verset 31) lui fut imposé sous la pression des circonstances » (p. 92).

La modernité de M. Gozlan ne va pas jusqu’à Vatican II...

La reprise de l’imagerie médiévale concerne l’autre aspect fondamental de ce livre : le sexe. Au principe est le sexe : la phrase « Dans l’état de barbarie auquel l’intégrisme a réduit l’Islam, le sexe occupe une place exorbitante » ouvre l’ouvrage (p. 9). L’angoisse devant le sexe qui « tenaille » l’islam (p . 27) est la clé explicative du monde musulman et plus particulièrement de l’islamisme : c’est un nanti frustré qui a niqué les « Twin Towers » (Baudelaire savait déjà que « seule le brute baise bien ») ; « [...] le sexe organise la furie de tous les désaxés du Djihad » (p. 20) : que l’islamisme ait des causes politiques, sociales et économiques que des orientalistes comme François Burgat ou Olivier Roy aient décortiquées depuis des années ne semble pas effleurer notre auteur - il sont sans doute relégués dans la catégorie des chercheurs ni libres ni féconds. Non, le sexe seul est le critère explicatif. Curieusement, le sexe ne semble pas expliquer la guerre contre l’Iraq déclarée à l’initiative de George Bush : pertinent dans un cas, le critère ne le serait-il plus dans un autre ? Peut-on en rechercher l’explication p. 98 ? Un paragraphe me paraît éclairant : « Avec celui qu’elles appellent [de divers noms] ses femmes fantasmatiques ont le dessus en amour [c’est nous qui soulignons]. Comme la statue de Shéhérazade sculptée par Mohamed Ghani. « Sur » l’homme au propre et au figuré. Le montant comme des amazones. Cavalières émérites, l ’épuisant sous la chevauchée » . Et plus loin (p. 99) : « En terre d’Islam, le sexe féminin, le vrai, celui qui déclenche l’érection et sa projection sublimée [...] est un sexe actif, tout-puissant, tout-conquérant » La nostalgie qui parcourt le livre ne serait-elle pas en réalité celle-là ?

Sur ce chapitre, une fois encore, et comme les auteurs médiévaux qui accusaient le Prophète Mohammed de tous les vices, M. Gozlan écrit : « [...le monde musulman, nimbé contre vents et marées par l’aura érotique de son messager, a inventé un art d’aimer et de jouir, qui a fascine l’univers. » (p. 65). Si l’on ajoute cela à ce que nous avons dit plus haut, des sourates révélées pour justifier l’obsession sexuelle supposée du Prophète, M. Gozlan renoue avec la tradition médiévale des VIII° - XII° siècles, féconde en biographies fictives et polémiques de celui-ci, qui ont eu pour but avoué de préparer les esprits à la croisade et à la reconquête.

C’est ici que le propos est grave. Ce livre ne mériterait pas de retenir l’attention pour ses qualités intrinsèques : il n’a aucune valeur scientifique. Il s’inscrit en revanche dans la vague islamophobe, entretenue sous couvert de professionnalisme par une catégorie de « journalistes » , de « chercheurs » qui, sous couvert de dénoncer les excès de l’islamisme, reconstruisent un islam « sur un monde imaginaire, puisant dans les différents registres de notre mémoire collective » comme l’écrit fort justement Vincent Geisser dans La nouvelle islamophobie (p. 20).

Quel est en fait le message que nous délivre l’ouvrage de Martine Gozlan au moment où, en période électorale, les thèmes de l’insécurité refont leur apparition : sous une apparence libertaire, se cache une réalité : la présence d’une forte immigration musulmane qui n’a le choix qu’entre l’obsession névrotique du sexe ou la pratique d’une sexualité débridée, justifiée par les commandements de sa religion. Le message est clair : pères, gardez vos femmes et vos filles, le danger est à nos portes.

Nous savions les classes laborieuses dangereuses et vicieuses. Nous savons désormais que certains journalistes ne le sont pas moins.

Jean-Michel Cros
**********************
Yasmina et un bouhi nommé Nicolas

Par Akram Belkaïd

Vendredi, vingt-quatre août, treize heures trente, Paris, boulevard Montmartre, magasin Virgin, temple consumériste où l’on célèbre officiellement « la culture du plaisir » et pas toujours l’inverse. Slalomant entre les bacs qui débordent de compilations sous cellophane, une employée dans son gilet rouge traîne un chariot. La voici qui s’arrête devant le présentoir vedette du magasin. Elle commence par enlever les exemplaires du dernier roman d’Amélie Nothomb et les remplace par des piles du livre de Yasmina Reza.

Immédiatement, une, cinq, quinze mains happent l’ouvrage. « Plus fort qu’Harry Potter ! » s’exclame la vendeuse qui continue de déballer tandis que d’autres clients piochent directement dans les cartons éventrés. Titre : « l’aube le soir ou la nuit ». Sujet : Nicolas Sarkozy, que la romancière a suivi de près, avec l’accord de l’intéressé, tout au long de sa campagne électorale et même quelques semaines après son élection.

Encore « lui », allez-vous me dire et vous aurez raison. Oui, « lui », toujours, partout, en permanence, le matin, midi, le soir, télés, radios, journaux et maintenant livres aussi. C’est « lui », l’homme-orchestre, le sauveur de la France, l’homme providentiel qu’une foule sans cesse grandissante de courtisans célèbre et encense. C’est lui, la Sublime Porte hexagonale, l’Espoir de l’Europe, le… le… Bon, j’arrête. De cette omniprésence médiatique et extatique, je vous ai déjà parlé et il est inutile de me répéter.

Revenons au livre de Reza. Je ne l’ai pas acheté tout de suite, me contentant d’observer la ronde folle autour du présentoir. C’est fascinant le succès immédiat d’un livre, toutes ces personnes différentes qui, l’espace d’un achat, sont liées par le même acte, le même objet et qui en tireront des satisfactions très certainement différentes. Bien sûr, il ne faut pas négliger les effets du martelage promotionnel qui tourne à plein régime mais cela ne suffit pas toujours à convaincre les uns et les autres de bourse délier.

« Toi aussi ! Tu cherches l’overdose, ou quoi ? », a presque hurlé un ami rencontré à la sortie de la petite librairie de quartier où j’ai fini par céder à la tentation. Je pourrais, pour me défendre, dire que c’est le libraire, un farfelu en qui j’ai toute confiance, qui m’a encouragé à sauter le pas mais ce serait exagérer sa responsabilité et diminuer la mienne. Oui, c’est vrai, j’en ai ras la casquette de « lui » mais je n’ai pas su me refuser un tel plaisir.

Car, pour tout vous dire, je n’ai pas été déçu par « l’aube le soir ou la nuit ». Bien au contraire, ce fut une lecture passionnante, admirative et pleine d’enseignements. Ni pamphlet, ni hagiographie (malgré quelques zestes de syndrome de Stockholm), c’est plutôt une caméra avec plans resserrés sur « lui » que l’on suit en permanence. Et les images restituées valent leur pesant d’or.

Qu’apprend-t-on de ce livre dont un passage relate de manière délicieuse l’entretien entre Abdelaziz Bouteflika et Nicolas Sarkozy ? Et bien, il s’en dégage, entre autre, une vérité cruelle : la France est présidée par un « bouhi » ou un « garrite » autrement dit un « plouc » (c’est comme elle a dit Reza…). Quelqu’un qui aime le clinquant, le doré, qui a des phrases toutes faites sur l’amour, tout et n’importe quoi, qui s’habille riche mais mal, qui ne cesse de s’émerveiller de côtoyer le show-biz bas de gamme et qui sait se montrer grossier, pour ne pas dire plus, en petit comité.

De manière moins évidente, car les indices à ce sujet ne sont pas fréquents, se dessine en filigrane la personnalité cynique d’un homme politique pour qui la fin justifie tous les moyens. On le savait déjà avec sa drague nauséabonde de l’extrême-droite, mais le livre apporte une précieuse confirmation.

Et en méditant cette lecture on se dit – comme on se l’est souvent répété au cours des derniers mois : « La France, dirigée par ’ça’ ? ». Et puis, l’on se reprend. « Et alors ? », nous dit une petite voix. « Est-ce mieux ailleurs ? Bush et les Etats-Unis, c’est moins affligeant peut-être ? ». On s’en veut aussitôt pour cette faiblesse passagère puisque relativiser est le premier pas vers le fatalisme. C’est ce qui anesthésie l’indignation et fait avaler toutes les couleuvres.

Un peu honteux, on s’exhorte à ne pas baisser la garde même si rien ne semble pouvoir déranger l’ordre installé depuis mai. « Ce n’est pas sûr que le fait d’être nulle soit forcément un handicap en France », affirme, dans le livre, Nicolas Sarkozy à propos de Ségolène Royal. Terrible phrase que l’on pourrait renvoyer à la figure de celui qui l’a prononcée. Oui, c’est bien cela. Pour des raisons qui m’échappent encore, il y a aujourd’hui en France une immense et efficace prime à la « nullitude ».

Une nullité mâtinée de « beaufitude » que, singeant les amateurs de franglais, je pourrais facilement qualifier de « borderline », tant les frontières entre ce qui est droit ou pas sont brouillées. Est-il par exemple normal que les vacances d’un président en exercice soient payées par un homme d’affaires ? Surtout, est-il normal que cela ne fasse même pas débat ? Mais à quoi faut-il s’attendre quand personne ne s’indigne de voir qu’un ancien président est hébergé par la famille d’un dirigeant étranger…

Quand je m’interroge à haute voix sur cette étrange mansuétude populaire, j’ai souvent droit à des regards méprisants ou irrités. On me parle, comme ce banquier d’affaires, de « dangereuse glissade vers le populisme ». Pire, on me rétorque, argument censé être imparable, que l’opinion publique a toujours raison et qu’il me faudrait enfin accepter la défaite de la gauche à la présidentielle.

Voilà bien où nous en sommes. Le mélange des genres fait fureur et parler de principes à respecter équivaut à prononcer des insanités en public. Et plus on objecte et proteste et plus on est noyé par le débit incessant de ceux qui attendent d’être admis à la cour tandis que d’autres montent le son et leur ton dans le seul espoir de profiter des bienfaits de « l’ouverture ». Tout cela, à terme, ne mènera ce pays guère loin mais pourquoi s’en faire puisque l’opinion publique parait si satisfaite ?

Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 août 2007

Akram Belkaïd

Journaliste à la rubrique internationale du quotidien la Tribune, Akram Belkaïd est l’auteur du livre « Un regard calme sur l’Algérie » aux éditions du Seuil.

******************
بين بوش العراقي... ونيكسون الفيتنامي!

عبž
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article