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L'épouventail.
Par
ABDOU
Les terroristes, ou ceux qui sont désignés en tant que tel dans un élan conformiste et unanimiste par la classe "politique" arabe dans son ensemble, reprochent aux puissances dominantes du monde, et à juste titre d’ailleurs, qu’ils sont responsables du maintien des régimes tyranniques qui les gouvernent, accusation qui est vraie, n'en déplaise aux flagorneurs et aux inquisiteurs.
Si on croit la propagande officielle, celle que débitent sans aucune vergogne les officines de propagande de ben Ali par exemple, le terrorisme serait le fait d'organisations radicales d'inspiration politique et religieuse, jalouses de la liberté et du bien-être dont jouit la civilisation occidentale, et par voie de conséquence, son prétendu représentant, le régime qui écrase
De toute évidence, le monde musulman cultive d'autres valeurs que celles qui obnubilent l'Occident. Contrairement à lui, et quelle qu'en soit la raison, il est certain que "le cul et le fric" ne sont pas des sujets de conversation prioritaires dans l'univers islamique, c'est vrai que dans beaucoup de situations ce qui veut apparaître comme de la pudeur, ou de la morale, n'est que de l’hypocrisie. Aussi anachronique que cela puisse paraître, principes et idéaux y ont encore un certain poids. Même si, hélas, l'extrémisme et l'obscurantisme qu'elle véhicule en constituent le centre, mais il s'agit plus d'un problème sociétal que spirituel ou religieux.
La société occidentale avec bien entendu tous ses trésors, invoque sans cesse la liberté, mais il s'agit toujours de la "liberté" pour les autres de s'aligner sur elle. Il est évident que cet impérialisme culturel entraîne chez nous qui en sommes victimes frustration et révolte.
Une autre cause de révolte réside dans l'agression étrangère permanente à laquelle sont soumis nos peuples, occupation des territoires palestiniens, guerre contre l'Irak, interventions militaires multiples un peu partout dans le monde. L'impuissance face à la brutalité et à l'arrogance de l'agresseur, et ses représentants qui nous oppriment, conduit infailliblement à des actes de désespoir.
Le terrorisme est donc souvent - mais pas toujours - un signe de faiblesse qui se manifeste lorsque tous les autres moyens de lutte collective sont inexistants ou inefficaces. Il émane en général d'une organisation, aussi rudimentaire soit-elle, et n'est que rarement l'acte d'un individu isolé.
Quand, par exception, un homme seul frappe un grand coup, on crie aussitôt à la démence. Quand c'est l'acte collectif d'un groupe, on crie au terrorisme, tout cela manque de sérieux et n'augure rien de bon
Comme la frustration nationale et la frustration culturelle, la frustration sociale peut elle aussi déboucher sur une riposte violente, cela coule de source, ignorer cela aussi, c'est prendre d'énormes risques pour l'avenir du monde.
Dans un monde Orwellien où les puissants prétendent agir au nom de la "démocratie" et des "droits de l'homme", où la mise en condition de la population est permanente, et où l'on peut faire croire n'importe quoi à n'importe qui, dès lors qu'on dispose des médias, l'histoire remet rarement les choses en place.
Les dictatures arabes mises en place et protégées par l'occident et leurs appareils ne se contentent pas de combattre la dissidence verbalement ils évoluent dans une stratégie globale et collective. Ils interviennent depuis toujours sur le terrain, partout : mise en place ou infiltration de groupes terroristes, préparation et organisation d'attentats, provocation, désinformation... quand des intellectuels ont osé dire que la cause du terrorisme est ultimement la misère du monde, entre autres dans le but de ralentir le va-t-en-guerre, on les a trouvés pathétiquement hors d'ordre, au pire on les a taxés d'irresponsables qui ne savent pas être reconnaissant envers la démocratie de pouvoir dire de telles sornettes.