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Qui est responsable de la propagation de la violence dans le monde ?
Burhan Ghalioun
Si leurs manœuvres réussissent il ne faudra pas longtemps avant que le monde entier ne bascule sous la tutelle de régimes policiers ne songeant qu’à restaurer le pouvoir de la bureaucratie sous prétexte de faire front à la violence.
Au cours des deux dernières décennies, de nombreux gouvernements des grandes puissances et diverses forces politiques se sont servis de l’intensification des opérations violentes exécutées par certains courants islamistes liés à al-Qaeda ou utilisant son nom, pour gagner l’opinion mondiale à leurs politiques sécuritaires et l’aligner à leurs positions visant à transformer la guerre contre le terrorisme en pivot de la politique internationale. De ce fait, ils ont également contribué à la création du mythe d’al Qaeda devenue le pôle d’attraction de toutes ces forces et groupements suicidaires et nihilistes qui ne supportent plus l’ordre d’oppression mondial et rêvent effectivement de le ruiner et de lui substituer le chaos. Du côté des nombreux partisans de la riposte violente à la violence et de la limitation des libertés publiques, de la multiplication des dispositifs de harcèlement, d’inquisition, de surveillance, de tables d’écoute, qui menacent l’ensemble des libertés civiles, on se demande si la communauté internationale a déployé suffisamment d’efforts pour contrer le terrorisme. Ce faisant, on espère pousser à plus de raison et peut-être même à l’autocritique les catégories hésitant à cautionner les mesures sécuritaires rigoureuses citées plus haut à cause de la limitation des libertés publiques qu’elles entraînent.
En bref, les Etats et forces qui continuent à privilégier le recours à la guerre face au terrorisme afin d’imposer leur ordre du jour politique et stratégique propre, tentent, à l’instar du président Bush à Washington, d’acculer leurs contradicteurs en leur imputant implicitement la responsabilité de la propagation de la violence du fait qu’ils ne souscrivent pas à l’usage de tous les procédés et moyens réclamés par le pouvoir pour être investis dans sa bataille contre la violence. Si leurs manœuvres réussissent il ne faudra pas longtemps avant que le monde entier ne bascule sous la tutelle de régimes policiers ne songeant qu’à restaurer le pouvoir de la bureaucratie sous prétexte de faire front à la violence. Il ne s’agit pas là d’un danger probable mais d’un mal en incubation, d’autant plus que c’est l’Etat le plus grand qui en propage les germes dont il use comme bouclier pour parer à toutes les critiques dirigées contre sa politique d’aventurisme désastreux au Moyen-Orient, dans le Caucase et autres régions du monde.
Or, jamais le monde n’a connu de plus grande extension de la violence que depuis la promotion de la doctrine exhortant à la guerre contre le terrorisme à l’échelle planétaire. Une évaluation s’impose, à savoir si ce n’est pas cette doctrine elle-même et les stratégies qu’elle a impliquées qui sont responsables de l’extension du cercle de la violence plutôt que l’insuffisance des moyens déployés pour la contrer ou que l’hésitation d’une partie de l’opinion publique à cautionner ces moyens. Même qu’il n’est pas excessif de dire que l’élargissement du cercle de la violence prouve bien plus l’échec cuisant de la doctrine de la guerre mondiale contre le terrorisme qu’il ne confirme l’insuffisance des moyens mobilisés à son service. Une telle extension aurait été inimaginable si la communauté internationale s’était donné les moyens de résorber les problèmes internationaux générant la violence plutôt que de cautionner les efforts de guerre et d’éluder les vraies questions. Pourtant même à ce niveau, un tel échec était difficilement prévisible n’étaient les objectifs politiques fixés, lesquels n’avaient aucun rapport, de près ou de loin, avec l’anéantissement du terrorisme.
Ceci pour dire que dès le départ, derrière la guerre mondiale contre le terrorisme se dissimulaient divers ordres du jour convergeant tous vers l’objectif des forces mondiales hégémoniques qui cherchaient à monopoliser l’initiative aux dépens des espoirs de changement et de transformation positive conformes à l’intérêt des peuples et couches démunies. Cette entreprise avait débuté en 1998, avec l’organisation à Charm El-Cheikh, de la première conférence internationale contre le terrorisme qui se proposait de crédibiliser les politiques expansionnistes d’Israël, de l’aider à isoler le peuple palestinien, à briser sa volonté et son moral afin de permettre à Tel-Aviv de conserver puis d’annexer les territoires occupés. Par la suite, cette guerre est devenue la couverture théorique et idéologique justifiant les politiques américaines de suprématie, au Moyen-Orient notamment, avant de se transformer en pivot et en ordre du jour principal de la politique internationale, dans un contexte où l’instrumentalisation de la guerre contre le terrorisme devenait l’option de tous les régimes en place pour esquiver les problèmes internes et s’affranchir des responsabilités.
Que la guerre contre le terrorisme ait en fait servi à développer le terrorisme s’explique dans la mesure où les peuples exposés à la menace, ou comme en Palestine et en Irak, exposés à l’anéantissement national et au dépérissement, font face à un défi jamais connu auparavant - celui de la mobilisation de l’ensemble de l’opinion internationale contre leurs droits et, au-delà, celui de la justification des politiques adoptées par les forces violant ces droits. Jamais contrainte colonialiste n’a joui d’une période de grâce plus longue ni d’une adhésion plus grande quant aux politiques américaines explicitement colonialistes au Moyen-Orient, dans le Caucase et en Afrique, qu’au cours des deux dernières décennies. Jamais non plus Israël n’a connu de conjoncture plus favorable pour étendre ses colonies, renforcer sa présence dans les territoires palestiniens et syriens occupés et bafouer les intérêts des peuples, qu’au cours des vingt ans passés.
Toutefois, ce ne sont pas uniquement les grands Etats qui ont fait emploi de la guerre contre le terrorisme pour restaurer leur contrôle et récupérer l’initiative dans les zones d’influence qui commençaient à leur échapper ; les régimes oligarchiques arabes et autres ont usé du même prétexte et en usent toujours pour renforcer leur contrôle interne, boucher l’horizon des réformes démocratiques et renforcer la poigne d’un petit nombre de personnes à l’appétit féroce sur les ressources comme sur le destin de leurs peuples.
Et ainsi la guerre contre le terrorisme s’est transformée en une enseigne masquant la guerre ouverte contre les peuples dans le monde entier, contre la liberté, les intérêts et le futur de leurs individus. Elle sert de couverture pour dissimuler le monopole des décisions, le pillage des Etats, la marginalisation des sociétés, l’éclosion de mafias internationales qui se concertent derrière le dos des peuples et à leurs dépens, dissimulant le troc d’intérêts et l’échange de services sous des devises et discours propagandistes onctueux. Une telle situation ne pouvait aboutir qu’à une plus grande dégradation des conditions de vie des peuples avec l’aggravation de l’insécurité individuelle, la recrudescence des mesures répressives, des contraintes et enlèvements, l’intensification des phénomènes de pauvreté et du chômage, la transgression des lois et le rétrécissement du champ optionnel pour tous les habitants.
Cette situation n’a pas seulement créé des conditions plus favorables à l’embrigadement d’une jeunesse privée d’horizons et d’espoir, cherchant une issue après la faillite de tous les moyens économiques y compris ceux tablant sur l’émigration vers les pays riches et les chances de travail dans les pays du Golfe et en Europe, mais elle a aussi fourni davantage de justifications à la logique de la violence et de sa cause. Autant les mesures de sécurité arbitraires - dont les incarnations les plus éloquentes en sont les camps de détention de Guantanamo et d’Abou Ghraib, les politiques du siège imposé au peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie, l’harcèlement des activistes politiques et civils dans la plupart des Etats arabes, pour des raisons dérisoires ou même sans raison - ont détruit la crédibilité des systèmes politiques et les solutions fondées sur le respect de l’autre, les valeurs de justice et d’égalité, le respect minutieux des lois, autant la profanation de ces mêmes valeurs et lois de la part des groupes terroristes est devenue chose habituelle et acceptable aux yeux de larges parts de l’opinion et a justifié aux yeux de nombreux jeunes chômeurs et révoltés l’emprunt de la voie du crime, de l’action illégale et même terroriste.
C’est pour cela qu’il n’est pas étrange que la guerre mondiale déclarée au terrorisme soit la cause première de la propagation de la violence et du terrorisme dans la mesure où cette guerre était en fait dirigée contre l’indépendance, la souveraineté, la liberté des peuples et l’exercice de leurs droits. S’il est impossible à n’importe quelle personne raisonnable de ne pas condamner les actions terroristes, il est également impensable de ne pas condamner pour le même crime et plus sévèrement encore ceux qui, par leurs politiques hostiles et l’indifférence outrancière affichée à l’égard des intérêts des gens, de leurs droits et de leurs sentiments, ont transformé et continuent de transformer les jeunes du Moyen-Orient eux-même en hors-la-loi et certains en criminels.
Burhan Ghalioun est professeur de sociologie politique à la Sorbonne nouvelle Paris III. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la société et la politique du monde arabe, il est l’une des figures intellectuelles les plus engagées dans le mouvement de démocratisation de la Syrie et du monde arabe.
Burhan Ghalioun
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Le bonheur à deux
Héba Qotb est l'une des pionnières de la sexologie en Egypte, à qui incombe le rôle de briser le tabou des relations intimes. Rebelle et réservée, elle concilie habilement les antagonismes.
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La thérapeute du logis
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« Je n'aime pas les eaux stagnantes et je suis fascinée par les flots. Puisque nous sommes arrivés sur terre, il ne faut pas rester les bras croisés et attendre qu'un changement tombe du ciel ». Héba Qotb résume ainsi sa manière de voir les choses. La jeune lycéenne qui refusait autrefois que les garçons fassent la loi dans la cour de son école, est devenue l'une des premières sexologues féminins en Egypte. Détentrice à 37 ans d'un magistère et de deux doctorats, son style vestimentaire classique et assez élégant reflète le sérieux de son caractère. Ses yeux pétillent chaque fois que l'on évoque son travail, lequel constitue pour elle l'objectif d'une vie. Car c'est l'une des rares femmes ayant pris la responsabilité de briser le tabou sexuel qui prévaut en Egypte. Elle collabore d'ailleurs avec d'autres afin de divulguer une culture sexuelle et corriger certaines notions faussées. « Il est temps d'aborder cette question longuement gardée sous silence. Elle constituait une zone d'ombre que nul n'osait approcher, bien qu'elle soit vitale », dit Héba Qotb. Son téléphone portable ne cesse de sonner, les demandes de consultations affluent. Par courrier électronique, elle reçoit chaque jour des centaines d'appels au secours.
Ses articles dans les magazines hebdomadaires Al-Ahram Al-Arabi et Koll Al-Nass sont très attendus. Elle entre également en contact direct avec les jeunes à travers le premier magazine électronique du genre, Boss we toll (Jette un coup d'oil), afin de fournir une pure information scientifique. Ce, sans oublier les tournées effectuées dans nombre de pays arabes, lui attribuant une renommée régionale.
En préparant une thèse de doctorat en médecine légale, Héba Qotb a dû examiner de près les affaires de viols et s'est alors rendu compte du vide énorme qui caractérise les études sur la sexualité. Pour avoir plus de détails sur la vie intime des Egyptiens, cette jeune femme voilée a eu recours à des références islamiques et médicales très diversifiées. Des lectures sur la charia (loi islamique) ont été inévitables pour mieux connaître les droits des deux sexes dans la relation intime. Surprise ! Elle découvre que ses connaissances sur la vie sexuelle sont très modestes. Beaucoup d'informations lui manquaient. La tradition joue en effet le beau rôle dans la déformation des connaissances en la matière. « Certaines coutumes nocives, notamment l'excision, provoquent la frigidité des femmes. Pourtant, le droit de la femme à la jouissance sexuelle est garanti par la charia alors que la tradition ne fait d'elle qu'un objet de satisfaction pour son partenaire. Par exemple, les gouttes de sang, signe du dépucelage pour les Orientaux, n'est pas la seule preuve de l'honneur de la fille. Parfois, avec un hymen élastique, la jeune mariée est injustement condamnée par son entourage », précise la sexologue, soulignant les méfaits des préjugés sur la vie du couple. « Les parents insistent parfois à intervenir dans les moindres détails de la nuit de noces. De quoi engendrer une ambiance électrique et rendre le premier rapport difficile ». Et d'ajouter : « Je me suis posé la question : comment puis-je être médecin alors que j'ignore beaucoup de choses là-dessus ? ».
La quête commence alors. Il fallait trouver une université acceptant qu'elle suive ses études dans ce domaine par correspondance, car en tant que mère de trois filles et enseignante à la faculté de médecine de l'Université du Caire, elle ne pouvait se rendre à l'étranger. Seules sept universités octroyaient ce degré. Et Héba Qotb choisit l'Université de Floride, où elle travaille actuellement en tant que consultante en thérapie sexuelle et éducation. Elle est en outre membre de l'Académie américaine, Clinical Sexologists.
Aujourd'hui, la clinique de Héba Qotb fait office d'une sorte de Mecque. Nombreux sont ceux qui viennent demander son aide, en toute discrétion. Ils viennent remédier à un problème déjà existant ou améliorer leurs performances pour éviter les infidélités conjugales. « J'organise quatre stages pour enseigner l'harmonie sexuelle. Le premier à l'attention des personnes qui s'apprêtent à se marier, visant à leur donner une idée générale sur le sexe. Le deuxième s'adresse aux adolescents afin de leur donner les bonnes informations. Le troisième concerne les femmes mariées depuis longtemps et qui souffrent de monotonie dans la relation intime. Et enfin, un quatrième stage vise à former des spécialistes chargés de répondre aux interrogations des gens via des numéros gratuits ».
Mais devenir sexologue dans une société égyptienne très conservatrice n'est pas chose facile. Les gens n'ont pas l'habitude de recourir à ce genre de service connu en Occident depuis plus de 50 ans. Plusieurs hésitent à consulter un spécialiste et s'ils le font, ils réclament de le faire sous le sceau du secret. Sur ce, le Dr Héba Qotb reçoit ses patients, sur rendez-vous ; ils appartiennent majoritairement à un certain rang social, d'où une antichambre quasiment vide la plupart du temps.
Elle est en fait parfaitement consciente de l'ampleur des problèmes sexuels à même de séparer les couples, en silence. Et montre du doigt une tradition stérile et une culture « malade ». « C'est la charia, que beaucoup d'Egyptiens respectent énormément, qui est mon arme de défense. Elle s'avère plus puissante que la tradition lorsqu'il s'agit de convaincre et de lutter contre certaines mauvaises habitudes ».
A travers ses lectures de la charia, elle a découvert que le Coran et les hadiths ont abordé les moindres détails de la relation intime du couple. Les propos du prophète étaient très explicites à cet égard. « Je me suis sentie très fière de ma religion, familière de la sexologie depuis plus de 14 siècles alors que l'Occident ne l'a connue qu'il y a 50 ans ». Elle se tait un moment pour réfléchir. Plusieurs détails lui viennent à l'esprit. « Je me souviens du jour où je suis allée aux Etats-Unis pour passer un examen préliminaire à la thèse ; chaque candidat devait parler pendant 10 minutes sur un sujet de son choix relatif à la relation sexuelle. C'était une table ronde. Dès que j'ai évoqué le sexe en islam, le comité a été très attentif et m'a accordé un temps supplémentaire pour m'exprimer. Le lendemain, tous les candidats devaient passer un autre examen, moi seule en étais dispensée ». D'abord prise de panique, elle apprend ensuite que le comité estime qu'elle a un niveau supérieur aux autres candidats et qu'elle pouvait passer directement à la thèse. « J'ai tout de suite voulu commencer la thèse sur le sujet qui me tenait à cour : la relation sexuelle dans l'islam ».
Le voile qui couvre ses cheveux est en effet loin de voiler sa force tranquille. Cette force qui la marquait depuis sa jeunesse et qui transparaît à travers sa douceur et son sens de l'humour, exacerbé par une éducation très ouverte. Car la petite Héba avait toujours son mot à dire. Elève du Lycée français, elle se comportait souvent en leader parmi ses camarades. Et lorsqu'une bataille se déclenchait dans sa classe mixte, les fillettes demandaient son aide. « Je pratiquais le karaté et lorsque l'une de mes collègues appelait au secours car un garçon l'agaçait, je ne tardais pas à battre ce dernier, lui infligeant une bonne leçon. Je voulais prouver que la fille pouvait être l'égale du garçon, même quand il s'agit de muscles ».
Fille du peintre Gamal Qotb, elle a vécu dans une maison qui n'était qu'un large atelier où l'on organisait régulièrement un salon culturel. Ainsi, dès l'âge de 7 ans, elle a fréquenté la majorité des intellectuels de l'époque tels Youssef Al-Sébaï, Ihsane Abdel-Qoddous, Youssef Idriss et Naguib Mahfouz. Son père illustrait les couvertures de toutes leurs ouvres. « Même si parfois je ne comprenais pas ce qu'ils disaient vu mon jeune âge, j'insistais à assister à leurs rencontres pour apprendre. Plus tard, je commentais chacune de leurs réunions, dans des discussions interminables avec mon père ». Duranla Foire du livre, la maison Qotb se transformait en un grand salon accueillant les intellectuels de tout le monde arabe, notamment ceux en provenance du Liban tels Mounir Baalbaki, auteur du dictionnaire Al-Mawrid, et Jabbour Abdel-Nour, auteur d'Al-Manhal.
Héba a appris ainsi à être une femme rebelle. Outre cette ouverture d'esprit, elle a hérité des doigts de son père. Des doigts longs, agiles et effilés qui la destinaient à faire carrière de chirurgienne et à jouer au piano. « J'aime jouer au piano, lire, nager et surtout accomplir mes tâches de mère. Car ma propre mère, également artiste, avait préféré se consacrer à sa vie de famille ».
Son agenda surchargé, ses voyages à l'étranger et son travail universitaire lui laissent quand même le temps de rêver. Son mari, également médecin, rêve avec elle. Le corps humain représente pour tous les deux une matière d'étude scientifique, aucunement objet d'embarras. Pour ce, son époux ne lui a posé aucun problème, ne se dressant guère contre ses aspirations. « Mon ambition n'a pas de limites. Je veux laisser une trace, changer, inculquer aux gens une culture sexuelle comme il faut, dans l'ultime but de rendre la vie des couples plus gaie. Car j'ai l'impression que la joie conjugale s'évapore. Je veux apprendre aux gens que la jouissance est accessible s'il y a une satisfaction psychique et un désir de combler son partenaire ». L'homme doit comprendre que vu la nature cyclique et émotionnelle de la femme, elle peut parfois ne pas avoir envie de passer à l'acte. La spécialiste ne peut s'empêcher de donner la prescription suivante : le bonheur à deux.
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Dina Darwich
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Despotic secularism
It is true that in history, secular values have converged with tolerance and democratisation. But it hasn't been Turkey's experience.
A few months ago, I wrote an article on the dangers posed by dogmatic forms of secularism, for which the editor chose the rather provocative title "the sickness of secularism". The response was a flood of comments ranging from charges of "obscurantism", "crazed religionism" and "hatred of modernity", to accusations of being a "reason hater" and a "friend of fanaticism and totalitarianism".
Recent events in Turkey have, however, confirmed the soundness of much of what was expressed in that piece, in my eyes. I am now more convinced than ever that there is no secularism, per se, ever associated with democracy, openness, tolerance and other lofty political values, and no religion, per se, ever linked to intolerance, irrationality, violence, fanaticism and all that is deficient and disturbing. Neither has a monopoly over virtue or evil. Secularism may be allied to repression and despotism; religion to democratisation and openness. In Turkey today, the generals, secularism's self-appointed "absolute guardians", are the ones threatening to suspend the democratic process and overthrow the elected government and the Islamist-rooted AKP government the one defending democracy and pluralism, and appealing to the nation to uphold them.
These recent events have brought chilling echoes of Turkey's recent history, which saw its generals intervene four times to overthrow its elected governments, in defence of secularism and Kemalism.
The first such coup, led by General Cemal Gursel on May 27 1960, ousted president Celal Bayar, removed the cabinet from power, dissolved parliament and dramatically culminated in the execution of the prime minister, Adnan Menderes. The many charges levelled at Menderes and his government included the relaxation of laws restricting the role of Islam and minorities in public. The two following coups were staged in 1971 and 1980, against the Demirel-led governments. The last, commonly described as a "soft coup", took place in 1997, when the military forced Prime Minister Necmettin Erbakan out of power, sending tanks into the streets to "protect the republic's secularist heritage". And if it were not for fear of international isolation, loss of vital foreign investment and damage to the country's bid for EU membership, the army would no doubt have added another to its long list of coups by now.
When secularism becomes an ally of the military institution and its generals, it turns into a vehicle for violence and coercion. Despotism is a complex structure, capable of exploiting all ideology, religious or secular, for cover and legitimation. The generals would not be expected to admit that their actions are motivated by concern over the loss of privileges enjoyed since the birth of the Kemalist republic. They thus conveniently hide behind the facade of defending secularism and the values of the republic. What the Turkish generals have done for the last few decades - and what the Jacobins and the "sans culottes" in France, and Stalin in the Soviet Union did before them - was to turn secularity from a procedural system, based on separation of state and religious institutions, into a closed dogma, armed with the state's apparatus and instruments of violence.
According to most political thinkers, secularity is a generator of social cohesion and builder of political consensus. This has not been Turkey's experience, however. Its coercive brand of secularism has only deepened polarisation along religious and ethnic lines in the country, setting the state against civil society. Turkey is many societies within one, each with its own discourse and separate legitimacy. Instead of acting as the bridge between these isolated spheres, the state has fostered schism and fragmentation, pitting secularist against religious, Turk against Kurd, "enlightened vanguard" against masses.
To ensure survival in the absence of national consensus, Turkish secularism has had to protect itself, with the army as its means of coercion. For decades, Turkish political life has been plagued by two strategies at loggerheads: a state representing the will of the generals, versus one representating the popular will. Perhaps if the Erdogan government is to be credited with anything, it is with helping to narrow the gulf between the state and civil society. In an extraordinary twist to the unfolding drama, the prime minister proposed amending the constitution to allow the president to be elected by popular vote. Outwitting the generals, he declared: "If we cannot get the parliament to choose a president, we will take this subject to the people and we will find a way to open presidential elections to our people." The amendment would help curb the military institution's authority over the state, helping redress the balance in favour of society and its elected government. In a telling statement, delivered at the onset of the current crisis, his government's spokesman infuriated the generals by saying that: "the army is at the service of government, not above it." The crisis is no longer just about who is elected president. It is about who will rule Turkey.
It is undoubtedly true that in many historical instances, secularity has converged with tolerance and democratisation. Indeed, one could not possibly imagine Europe's achievements in the last three centuries without the secularisation process that dismantled ecclesiastical authority and freed the civil state from its grip. But this is by no means a necessary, absolute, or universal rule. Turkey's modern history testifies to this fact.
Two models seem to have ended in failure in the Muslim world. One is based on top-down secularism, the other on top-down Islamism. Turkey is the embodiment of the first, Iran of the second. Both states dictate their ideologies to their citizens, interfering even in the most personal aspects of their lives, such as dress. Secular intervention forces a woman to bear her hair in the first; its religious sibling to cover it in the second. Both are repressive in varying degrees, both have generated tensions within sectors of their societies opposed to official state ideology. Neither represents a model worthy of emulation in the region, or capable of delivering it of its many crises.
The way out of the deadlock, it seems, lies neither in one or the other but in a neutral, non-interventionist state. For purging the state of its totalitarian tendencies begins with the humbling recognition that it is only a set of institutions and procedures, designed to adminster citizens' affairs and attend to their needs. It is neither the representative of God on earth, nor the incarnation of absolute reason. In its hands are neither the keys of people's salvation, nor those of their enlightenment.
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Europe's Islamic self
The boundaries of western identity are not neutral, they are constructed by culture and politics and deliberately exclude Islam's contribution.
"Identity is oneness in substance," Aristotle tells us, meaning it is given, permanent and unalterable. To a large extent, this definition of identity still governs Europe's consciousness. This is particularly so since the 17th century, with the end of wars of religion, the emergence of the European state system, the gradual secularisation of governments and the establishment of capitalism. Alongside these, the decline of the Ottoman empire and the new technological developments in shipping and weaponry that paved the way for overseas expansion and colonialism, meant that a rising Europe embarked on a quest to assert its uniqueness and purity. The guiding question in this search for identity was: What is it that Europe has which other cultures and countries lack? What is the source of its singularity, of its triumph over other nations?
Philosophers, clergymen, statesmen, travellers, artists and writers all mobilised to define the secrets of this uniqueness. Some, such as Kant and Hegel traced it to Christianity and the Hellenistic Greek tradition. Some, such as Montesquieu (and later Marx and Engels) to Europe's socio-political order; others like Weber referred it to its economic system. To all, Europe was the seat of reason and order, the realm of freedom and subjectivity.
Although modernity's "grand narratives" have been severely battered by post-modernity's hammer, attacking its faith in the universal, given, meta-historical and timeless, these categories have remained central to the west's self-definition. Its discourse of identity is still largely dominated by the belief in the peculiarity, superiority and universality of its values, of which Fukuyama's cry of the end of history is a pertinent example. Humanity has reached the pinnacle of its progress with the American liberal model. It is the ultimate embodiment of rationality, nothing less than the incarnation of history's spirit.
The truth, however, is that this pure, absolute and uniform identity which Europe - and later the west - has constructed for itself, along with its manufactured history, with its metamorphoses from the Greek, to the medieval Christian, to the modern, is little more than myth and illusion. The "west", as it conceives of itself, is a gigantic lie. Although the Greek Hellenistic and the Christian traditions were undoubtedly vital in the west's evolution, so too were other elements from which it has sought to distance itself and assert its difference.
At the forefront of these expelled forefathers, these banished ancestors, is the Islamic. It is the missing link in Europe's self-narrative, occupying the imaginary vacuum it likes to refer to as "the dark ages". By all accounts, this period in Europe's history is worthy of its association with darkness and decadence, with its superstitions, waves of persecution and bouts of plague. But European history is not world history. When compared with Baghdad, wrote historian Z Oldenbourg: "Paris, Mainz, London and Milan, were not even like modern provincial cities compared to a capital. They were little better than African villages or townships." This idea does not stand up within the entire European context. When London was little more than a collection of huts built along the banks of a muddy river, a few hundreds of miles away, Cordoba, Granada and Seville were vibrant, flourishing metropolises which gave the continent its first universities, street lights, pavements, sewage systems, windmills and public parks.
A balanced conception of identity largely depends on a profound reading of history, one that avoids reductionism, superficiality, glorification or vilification. The outcome of this revision process is a recognition that the perceived "other" is in reality intrinsic to the self. Without the gifts of Islamic civilisation in philosophy and astronomy, mathematics and physics, art and architecture, "modern" Europe would have been virtually impossible.
Try as it may to expel the Islamic factor from its constructed self, Europe cannot. It remains inhabited, haunted by it, both by direct intellectual and cultural influence and through negation and the desire to form an identity that is a series of contrasts, set against an imaginary Islam.
Neither can Europe refer to geography as a ground for self-definition. Far from being fixed, geographic frontiers change constantly, according to politics and power balances.
Until recently, eastern Europe was seen as lying outside the European framework, culturally tarnished by its prolonged encounter with the Ottomans and its briefer experience of socialism. And today, questions over whether Russia, Ukraine, Georgia and Turkey fall within Europe's borders or outside it still generate heated debate.
The parameters of identity are not neutral, pre-given or natural. They are enclosed by culture and politics. Europe is a cultural and political construct. If that were not the case, few would have questioned the "Europeanness" of former socialist orthodox Russia, or former Ottoman Muslim Turkey. And if Ukraine's Orange Revolution had reached the outcome desired by Europe without the intervention of Kremlin-backed counter-revolutionaries, it would have found itself only a few years away from full membership of the EU.
But the most striking instance of the shift of Europe's identity in the last few decades has been caused by immigration, which brought new races and religions into Europe's bosom. The dismantling of modern-day empires and economic constraints moved the relationship between metropolis and colony from the outside to the inside. Yesterday's colonials became today's immigrants. Indians, Algerians and other obscure colonial subjects made London and Paris their homes. From outsiders on the periphery of the empire in distant overseas colonies, they turned into outsiders on the periphery of capitals and industrial cities. Distant, alien Islam, in opposition to which Europe manufactured its identity, was now part of its national borders.
Many find these changes hard to swallow. To a large extent, this unease explains the rise of the far right and the deepening sense of identity crisis in countries such as France and in others in central and southern Europe. Time is needed before these countries come to terms with accelerating change, before Islam and Muslims are recognised as part of the fabric of European society and identity. No doubt it is easier to accept couscous and curry than it is to accept those who bring them in, along with their mosques, hijabs and beards, but it's only a matter of time.
حركة النهضة التونسية 26 سنة من الظهور السياسي: الزرع والحصاد
حاوره الطاهر العبيدي / تونس أونلاين نت
تتوالى المناسبات والأعياد الوطنية، وتتعاقب السنوات وتتوارى الأعوام، والبعض هناك في السجون، محروما من اللقاء بالعائلة واستنشاق الحرية، والتخلص من صرير الأبواب الموصدة والقلاع المسيجة، والبعض الآخر في المنافي يحملون في صدورهم جروح فقدان الأحبّة، والحرمان من العودة والتيمم بتراب الوطن، ليبقى الأفق السياسي التونسي ضبابيا تجاه ملف المساجين السياسيين، رماديا تجاه واقع الحريات، ممّا جعل البلد مشارا له بالأصابع.. لمحاولة الإيضاح والاستيضاح، طرحنا جملة من العناوين على الأستاذ محمد النوري، أحد قيادات النهضة في المهجر، والباحث الاقتصادي والخبير السابق بالجامعة العربية، لاستبيان رأيه حول: مسيرة حركة النهضة (النتائج / والإخفاقات)، الاقتصاد التونسي ( معجزة / أم ادعاء)، المصالحة ( خيار / أم سراب)، حركة 18 أكتوبر / ( رهان أم اضطرار)، وغيرها من النقاط الساخنة في هذا الحوار.
باعتبارك باحث اقتصادي و مناضل إسلامي في نفس الوقت، كيف تنظر إلى الوضع الاقتصادي والاجتماعي بالبلاد، وما مدى صحّة مقولة معجزة الاقتصاد التونسي، الذي يسوّق له كنموذج ويتباهى به أمام دول الجوار، في مناخ العولمة وفي ظل الشراكة الأورومتوسطية؟
بسم الله والصلاة والسلام على رسول الله/ أشكركم على إتاحة هذه الفرصة للتحاور في قضايانا وهموم بلدنا،
بالنسبة للوضع الاقتصادي والاجتماعي بتونس، يبدو من الضروري جدا تحييد هذا الأمر عن كل موقف أو توظيف سياسي لأي طرف كان، والابتعاد قدر الممكن عن منطق التهوين والتهويل معا، لأن في كلا الموقفين إضرارا بالحقيقة، وقفزا على الواقع ومسّا بمصلحة البلاد، فضلا على أنه لا يخدم أيّ هدف وطني نبيل على الإطلاق.
تونس حققت طيلة الخمسين سنة الماضية تقدّما اقتصاديا ملحوظا لا يمكن إغفاله أو تجاهله. حصل ذلك في مجالات عدّة مثل البنية التحتية والإدارة والخدمات والإنتاج والدخل الفردي والتعليم والصحة والتنمية البشرية بشكل عام حيث تحتل تونس المرتبة 87 من ضمن 177 دولة مصنفة وهي بالمناسبة مرتبة متوسطة ومتواضعة، ليست بالقياسية حتى يروّج البعض للمعجزة الاقتصادية ولا بالسلبية جدا حتى يحذر البعض الآخر من الكارثة!
مشكلة السياسة والسياسيين في تونس هي هنا! عندما نخوض في قضايانا وهمومنا غير السياسية، الاقتصاد مثلا، غالبا ما نتناوله بخلفية سياسية بعيدة عن الموضوعية والدقة، فيخيّل لغير المطلع على حقيقة الشأن التونسي وتعقيداته، عندما يستمع للخطاب الرسمي وبعض المروّجين له، أنه إزاء حالة استثنائية تقترب من المعجزة أو هي المعجزة ذاتها، فتتحول تونس بجرّة قلم عبر هذا الخطاب الدعائي إلى جنة اقتصادية أوٌ سويسرا إفريقية، ضاربا بعرض الحائط كل المعضلات الهيكلية المزمنة التي تنخر جسم الاقت