Le patriote tunisien, celui qui s'assume et résiste à la déferlante barbare d'une dictature comme celle de BEN ALI, constitue un beau cas d’appartenance multiple. Il rend particulièrement évidente une vérité universelle : chacun est une foule. Il abrite des sentiments différents, qui cohabitent en lui de façon harmonieuse ou chaotique et se révèlent en fonction des lieux, des moments et des personnes avec qui il se trouve, de là l'importance de l'environnement, la cohérence des luttes et des objectif, de là peut se révéler l'être tunisien qui tout en étant pacifique et civilisé est résolu et déterminé à libérer son pays et à se prendre en charge. On est témoin de cette pluralité ou de cette complexité chez les peuples libres et ce depuis des siècles de relations civilisation elles intense, pourtant nous autres tunisiens on est mis sous contrôle total, surpris et incrédule, voire choqué par notre propre impuissance, c’est peut-être parce que notre mode d’organisation sociale, notre atavisme soumis à nos traditions et nos coutumes nous pousse à nous amputer de toutes nos dimensions humaines, pour en privilégier une seule, celle qui correspond à leur ordre violent et établi par les mauvaises habitudes et la résignation , une tendance qu’a encore amplifiée l’avènement de la mondialisation.
Commentaires
Anna
Ce don de soi, la solidarité pour nous libérer de nos tares, libérer notre pays et surtout en premier lieu notre esprit, ce don de soi et cette solidarité est partout dans la société tunisienne. Cet état d'esprit est un mode de circulation des biens et des services au service du lien social, oui mon amie chacun doit être l'autre, chacun est la foule. Ce lien noue des relations sincères, humaines et véritables et oblige à rendre. Voilà ce qui doit être l'étonnant point d'ancrage de notre combat à quelque niveau que ce soit.
L'utilitarisme qui évacue l'existence du don moderne forme depuis toujours dans notre civilisation un système social total et permet de tisser des cohérences nécessaires à la pérennité de notre culture, malgré tout, nous ne devons jamais l'oublier.
Derbali
L’attitude qui semble être la plus évidente, des tunisiens, me semble-il face à la politique et a fortiori face à une politique qui se veut engagé par l'opposition démocratique est une certaine méfiance. La politique de l'opposition tunisienne depuis pas mal de temps partage trop de son champ sémantique, de ses concepts, avec une certaine façon de faire la politique pour être au dessus de tout soupçon aux yeux de celui qui cherche à faire évoluer la société. Charisme, présence, aura, capacité d’exprimer le désir des foules et de les émouvoir coûte que coûte, le plus révoltant c’est les n’importe quel moyens qui s’imposent pour ce faire, qui ne sont toujours que des petits moyens, serviles, claniques et tribaux, ils procèdent comme s’ils avaient toute l’éternité devant eux, même au prix de certains reniements et de certains opportunismes qui versent des fois dans le populisme le plus absurde, tout ces mots et ces expressions peuvent être utilisés tant pour caractériser certains opposants, ainsi que pour définir le tyran. Et cette confusion des genres malheureusement sert ben Ali bien plus que les démocrates.
De plus, la fonction dominante de la politique alternative tunisienne semblerait être celle de fournir de la diversion, et nourrir certains ego que de s'inscrire dans un travail d'ensemble, transparent et rigoureux, simple à lire, à saisir par les tunisiens, et au-delà des lignes virtuels de démarcations qu’imposent les appareils au débat public neutre sur les contingences des forces supposées mais cohérant dans la stratégie et la visibilité de l’objectif à atteindre, pour avoir une chance de les mobiliser et les pousser à l’engagement. Une certaine politique, une évidente forme de militantisme qui caractérise presque toutes les formations politiques de l'opposition tunisienne est encore trop imprégnée de l’idéologie de la politique pour la politique, et se donner une visibilité sans aucun contenu, sans aucune rigueur des principes, pour ne pas se considérer comme parachèvement, comme aboutissement sans extériorité qui ne soit pas perçue comme dégradante. Cette conception de la politique empêche donc l’opposition dans son ensemble de faire signe vers cette extériorité, de montrer que le dénouement ne peut avoir lieu dans la sphère propre de la politique politicienne, celle des épiceries et des réclusions, mais dans la politique du pragmatisme et du mouvement
Notre politique d'opposition tunisienne est aussi empreinte d’énormes ambigüités. Dans son acceptation la plus lâche, elle peut n’être que charité ou vain humanitarisme. Et il est essentiel dans notre lamentable situation, même si cela n’aura pas d’effectivité directe, qu’à certains moments, un certain nombre de personnes manifestent le fait qu’ils veulent autre chose que ce qui est et qui n'a donné aucun résultat , le moindre résultat depuis cinquante ans, c'est essentiel, parce que ce groupement fera émerger d'autres alternatives dans le champ des possibles. Ces alternatives portées par ce groupe solidaire entre eux, au delà des différences culturelles, idéologiques et stratégiques, et parfois, souvent, avec autrui, ont trois destinataires: le public tunisien sans aucune exclusive, auquel il s’adresse directement, l’ensemble de la société conviée le plus souvent à le joindre pour poursuivre ensemble la lutte, l’État ou le Pouvoir dictatorial qui, même s’il est absent de la scène civilisée du débat civique et public, est interpellé voire défié. Le défi à ses vérités est l’ultime recours, l’arme mortelle au quelle la dictature ne pourra pas résister car ses modèles et ses projections sont enlisées dans le sable mouvant su vide républicain qu’elle n’a jamais cessé de faire au sein même de la nation tunisienne. à force d’occuper le vide et de le remplir par le vide, la dictature isolée dans sa folie finira par épuiser ses soutiens les plus implacables, soutiens intérieurs et extérieurs sans qui elle n’est qu’un vulgaire tigre de papier
L’émergence donc dans le champ des possibles d’autres voix et d’autres voies rend ce dernier destinataire d’autant plus coupable de ses actes dont on l’incrimine, puisque il ne pourra plus prétendre qu’il ne savait pas, qu’il ne pouvait faire autrement. C’est là toute la valeur que peut prendre la solidarité entre opposants tunisiens, quand elle permet ce genre d’assemblée.
Biju