Le soleil n'éclaire plus le monde républicain et démocrate tunisien, dévalisé, spolié, plongé dans les ténèbres de la mendicité par un régime aux abois qui a fini d'exécuter à la perfection l'une des dispositions de ce qui semble être sa lettre de mission à la tête du pays : tuer, entre autres secteurs du développement, la culture et la politique. Face à ce drame , tous les repères de la Tunisie profonde se sont effacés et la faillite , la désolation caressent tristement le pays dans ses gerçures , pays où des criminels sans aucune conscience confirment, chaque jour, leur incompétence sur leur trône d’illégitimités et de violences : violence verbale, violence physique , violence partout et en toutes circonstances ,voile de la honte sur une nation défaite et soumise à ses échecs. La liberté et la dignité n'éclairent pas le peuple tunisien, et sa part de responsabilité n’est pas moindre, c’est une nation sans humanité et déchue. Elle ne fait plus marcher son âme et son esprit, elle périclite délétère dans une chute sans fin et sans adresse. Mais cela est le cadet de leur souci, les criminels et leurs complices de ce monde indigne se complaisent à favoriser le malheur et l’ignorance, l’exploitation et la mort. Un peuple réduit en esclavage, c’est une part de la mémoire humaine qui meurt. Face à cette situation, ils choisissent de promouvoir le mensonge à la place des véritables solutions de sortie de crise, le mensonge qui est en train de devenir en Tunisie la marchandise la mieux vendue. Les sociétés nationales sont en banqueroute à cause du favoritisme , des détournements , des pillages et du crime organisé , les clans de la dictature règnent en seigneurs de guerre et ont droit de vie et de mort sur leurs sujets , et de leur promptitude à pomper dans les caisses de façon frauduleuse pour alimenter leurs comptes bancaires personnels ou entretenir leurs clientèles politiques , ils font de la Tunisie un état maffieux sans loi ni foi , sans constitution , sans institutions et sans peuple.
L'espoir n'éclaire plus le cœur de la jeunesse tunisienne livrée de plus en plus au chômage , à la prostitution , à l’ignorance , à la drogue , à l’alcoolisme et au suicide ; elle compte ses chances avec des miettes de pain parce que son pays est livré au pillage systématique des tyrans. Avec ces derniers, on assiste à un film dans lequel tous les coups sont permis.
Le peuple tunisien a un besoin vital de liberté, de démocratie et d’honneur comme il a besoin de manger, de se soigner, de faire bénéficier à ses enfants d'un bon système éducatif, d'une bonne politique agricole, industrielle, de l'emploi et du logement. Le peuple tunisien a besoin de transparence dans la gestion de ses deniers. Le peuple tunisien a besoin de sécurité, de respect et de vérité.
Les ONG à une ou deux exceptions prés, et certains partis, plutôt groupuscules politiques tunisiens sont nuls. Ce n’est pas une opinion qu’on peut discuter ou nuancer, ce n’est pas un procès en instance, c’est un verdict sans appel, un stigmate, que nul, d’ailleurs, ne conteste. Il arrive même que la sentence – pour ces nuls se bougent un out petit peu - soit déclinée sans que cela ne fasse pâlir de honte, ou réagir de colère les qq. militants laudateurs de ces coquilles vides , pétrifiées, par ailleurs figures de proue de tout ce qui peut se ramasser comme « honneurs « ou subventions sonnantes et trébuchantes.Les organisations ou mouvements représentatifs et réprimés en tant que tels , vénérables ou méritants tournent en rond dans le bricolage et la coercition , défenseurs des valeurs fondamentales et démocratiques , valeurs démocraties ballottées dans les chantages et le réalisme nécrophage de la dictature tunisienne,sans que les intéressés y trouvent à redire. Comment nier cette évidence ?
Pour être devenu un lieu commun de la « politique » tunisienne, l’incapacité déclarée des partis ne cesse de surprendre. Les partis en question ont tout de même une histoire glorieuse qui ne se réduit pas au combat contre le protectorat français. Le syndicalisme tunisien a été un grand syndicalisme qui avait su rester en phase avec les formations politiques, à l’époque de la colonisation et les tout début du règne du dictateur Bourguiba, mais ni lui, ni les partis qui ont démontré leur capacité à garder leur autonomie face au pouvoir dictatorial n’ont su imposer la mobilisation et la prise de conscience d’un peuple camé aux entournures, ainsi la plus part de ces partis ont démérité de la démocratie et ils sont gagnés depuis par un engourdissement pathétique et semblent carrément hors jeu.
La carence des partis en tant que tels pose problème. Les manifestations, les symptômes de nullité sont patents .Les tunisiens ne sont guère passionnés par le changement et la politique. À vrai dire, rien ne s’y passe qui ressemblerait à une activité citoyenne digne de ce nom : débats, confrontations, grèves, manifestations, refus de l’arbitraire, désobéissance civile, pressions sur la dictature d’une façon cohérente et déterminée et contestations des abus de toutes sortes qui doucement mais sûrement finissent de détruire la Tunisie.
Les sites Internet dissidents connaissent un foisonnement réel avec des résultats de qualité inégale, les titres « historiques » ronronnent et, même lorsqu’ils font peau neuve, ont de la peine à retrouver leur influence perdue souvent par la suffisance, l’incompétence et une ligne éditoriale qui dénigre en premier lieu et bien plus que la dictature, les réalités tunisiennes et tous ceux qui exigent le respect de leurs différences. Avec la morosité et le recul des partis et simultanément l’émergence d’un net dynamique, audacieuse, qui en veut, on assiste à une curieuse inversion des rôles, des perceptions et des attentes de l’opinion, plutôt d’une opinion « informée ». C’est le monde à l’envers. Ce sont les sites du net qui font de la politique et les partis qui commentent. Il n’est pas certain que cette substitution des rôles, cette confusion des genres, soit bénéfique pour la démocratie. Le net gagnerait à résister aux tentations du clanisme et des réclusions, de l'unanimisme et de l’uniformité politiques, il gagnerait à respecter scrupuleusement les exigences d’un médias qui consiste d’abord - on l’oublie trop souvent dans notre communauté - à rechercher la vérité et à la dire modestement, en provoquant le débat et le choc des idées, c’est la base même de la tolérance et de l’acte citoyen.
Mais il faut reconnaître aussi que bien souvent la nécessité fait loi, les incursions du net hors de ses frontières ne font que souligner l’impéritie des partis politiques tunisiens. Les velléités « entristes » des sites n’auront peut-être qu’un temps, mais on ne voit pas, pour le moment, comment les partis pourront sortir de leur léthargie sans leur concours. Leur carence a de quoi préoccuper tous ceux qui ont à cœur l’avenir de la démocratie en Tunisie. Car, faut-il le rappeler, les partis sont consubstantiels à la démocratie, il n’y a point de démocratie sans partis , et ceux-ci doivent aux tunisiens d’être visible , de s’affirmer , et d’imposer leurs différences les uns aux autres et surtout à la dictature , cela ne peut se faire sans un travail de fond , une remise en cause radicale des méthodes qui ont donnés la preuve de leurs échecs depuis plus de cinquante ans , et surtout énormément de sacrifices et d’assumassions dans leur engagement à libérer et à démocratiser le pays.
Les partis sont faibles parce que la dictature de ben Ali, est trop forte. En d’autres termes, c’est la prépondérance de la dictature fille légitime de la colonisation et du renoncement des élites tunisiennes qui est la cause du déclin des partis, et de l’anémie de la vie politique. Il suffirait donc à ces derniers de changer de stratégie , la seule stratégie en vérité qui leur reste , c’est celle de l’humilité et du rassemblement sur un objectif minimum et commun , réduire les prérogatives de certains francs tireurs qui croient en leur destinée d’une façon obscène , ce qui à mon avis , la grève d’octobre en a donné un aperçu , pourra réanimer la politique et le militantisme , et la scène publique par la même occasion..
À vrai dire, chacun peut constater que le dictateur n’a pas inventé l’eau chaude, il comble un vide plutôt qu’il n’empêche ou inhibe les initiatives inexistantes du bloc démocratique. En mobilisant les compétences qui sont à son service contre le peuple tunisien, le régime de ben Ali aura à cœur d’accélérer les réformes et les grands chantiers qui sont en train de transformer le pays dans un sens encore plus dramatique pour l’égalité, la liberté et la justice des tunisiens. l’ activisme de la dictature est sans doute le fruit de son coefficient personnel et des aides que lui procurent ses commanditaires étrangers , mais il s’explique aussi par les carences et les défaillances des protagonistes en titre de la vie politique de l’opposition à ben Ali. Le petit peuple ne s’y trompe pas : «on sait ce que l’on a et en face c’est l’inconnu , aujourd’hui par rapport à d’autres , on mange , on s’habille ect……… »
L’explication est ailleurs. Le mal réside dans le déphasage des partis par rapport aux temps nouveaux, et des réalités tunisiennes. La Tunisie a profondément changé, mais les partis n’ont pas pris toute la mesure du changement. Ils sont traditionnels dans leur tête, et pas parce qu’ils sont anciens, mais plutôt parce qu’ils sont sans projets. Ils sont dépassés, désorientés, paumés parce que, paradoxalement, ils ont atteint leur principal objectif, celui d’exister et de paraître, et n’ont pas su s’en donner de nouveaux, c'est-à-dire dans l’essentiel, la prise du pouvoir et l’instauration des libertés en Tunisie.
Ils n’ont jamais compris qu’il y a une autre manière de faire de la politique au sein du bloc démocratique tunisien, moins noble, plus modeste, plus terre à terre. Cette classe politique tarde visiblement à s’en accommoder. Il n’est même pas certain qu’elle puisse y parvenir tellement les habitudes sont tenaces et les mentalités bornées. Une chose reste sûre : tant que les partis ne se seront pas adaptés à la nouvelle Tunisie , ce qui implique un profond changement des mentalités et des comportements, une véritable mise à niveau politique, ils risquent fort de persévérer dans leur nullité et d’avoir leur avenir derrière eux.