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LETTRE D'EN TUNISIE


45 Chaque semaine, plusieurs centaines de nomades sont refoulés par voie ferrée vers différentes directions (Sfax, Souk El Arba, le Kef et gares intermédiaires). Beaucoup d’autres partaient de leur plein gré utilisant leurs propres moyens de transport (les Souassi notamment) ou demandaient eux-mêmes, à cause de leur condition misérable, d’être refoulés utilisant ainsi les moyens de transport qui leur permettaient de revenir dans leurs régions.48 D’autres simulaient un départ, mais, en fait, ils ne partaient jamais vraiment ou ne partaient que pour revenir ultérieurement.49

46 Les personnes devant être refoulées, sont prévenues huit jours à l’avance, rassemblées à quatre ou cinq heures du matin, et conduites en camion avec leurs familles, leurs matériels, pour être embarquées près de Djebel- Djelloud dans un train de marchandises spécial, composé de wagons fermés. Chaque wagon était surveillé par deux spahis. Il leur était distribué du pain pendant le trajet et à l’arrivée.

47 Quand la distance était proche, le refoulement se faisait à pied, sauf pour les vieillards et les malades qui devaient être théoriquement refoulés par chemin de fer. Les convois étaient escortés par des spahis de l’Oudjak. Les frais de transport sont imputés au secrétariat général du gouvernement.

48 Ces conditions de refoulement engendraient souvent des pertes humaines. En effet, d’après certains rapports, plusieurs individus meurent de faim, de fatigue et de froid au moment des refoulements.50 Ce qui prouve que les précautions prises n’étaient pas toujours appliquées à la lettre et que les moyens mis en place ne correspondaient pas au développement spectaculaire du phénomène de l’exode.

49 Mais avant d’être refoulés, ces individus étaient rassemblés provisoirement dans des sortes de camps créés à cet effet. C’est ce qu’on appelait les « camps d’hébergement provisoires »

2 - Le problème de l’hébergement transitoire des indésirables

50 En attendant le refoulement des indésirables vers leurs régions d’origine, les responsables se trouvaient dans l’obligation de garder le contrôle sur les éléments arrêtés pour vagabondage ou mendicité ou encore pour construction de baraques. Quels étaient donc les lieux qui hébergeaient les « indésirables »

51 Jusqu’en 1941, les vagabonds arrêtés étaient incarcérés dans la prison civile de Tunis. Un rapport du préfet directeur des services de sécurité à l’Amiral Esteva, Résident Général de France à Tunis, du 5 décembre 1940 affirme que :

les individus indésirables ou sans moyens d’existence, tels que vagabonds et mendiants, appréhendés par les services de sécurité dans les villes de la Régence, étaient habituellement déposés dans les prisons civiles, en vertu de billets d’écrou administratifs établis par les contrôleurs civils, en attendant d’être refoulés sur leurs caïdats d’origine..
Rassemblés à la prison civile de Tunis qui servait ainsi de relais, ils étaient ensuite dirigés sur leurs régions.
Mais cette pratique d’écrou, outre son illégalité, donnait lieu à des abus criants. Certains individus étaient… maintenus en détention illégale à la prison civile de Tunis pendant des durées indéterminées qui atteignaient souvent plusieurs mois, dans l’attente de la formation du convoi et du mouvement des escortes. Elle constituait en outre un grave danger pour l’hygiène des établissements pénitentiaires en raison de l’état psychologique lamentable et du degré extrême de saleté de la majorité des individus écroués qui risquaient la contamination.51

52 Cette situation s’était encore aggravée du fait du surpeuplement des prisons. C’est ainsi que la prison civile de Tunis vers laquelle affluait la majorité des indésirables écroués et dont la capacité de logement est prévue pour une population pénale normale de 800 détenus, en a compté au début des années 1940 en permanence un chiffre qui dépassait les 1800 individus. Les multiples dangers d’une telle situation ont conduit le gouvernement à supprimer théoriquement cette pratique, et le contrôleur civil de Tunis se trouvait parfois dans l’obligation de libérer ces vagabonds.52

53 Pour résoudre le problème de l’hébergement des indésirables arrêtés, la commission des nomades qui s’est tenue le 6 juin 1939 avait envisagé la création d’un camp d’hébergement transitoire destiné à recevoir les vagabonds installés à Tunis et en instance de refoulement. 53 Un camp d’hébergement des mendiants et des nomades fut installé vers la fin de l’année 194154 par le bureau municipal d’hygiène sur l’ancien emplacement du marché des laines, place des chevaux, où se trouvaient des bâtiments susceptibles d’être aménagés pour abriter séparément, hommes et femmes, dans de bonnes conditions d’hygiène. On peut y héberger, épouiller, et vacciner les nomades ramassés dans les rues de Tunis, par les services de la sécurité en attendant leur rapatriement.55

54 Ce centre d’hébergement peut contenir trois cents personnes. Les vagabonds appréhendés y sont conduits et gardés jusqu’à leur identification, leur dépouillement et leur renvoi dans leur cheikhat d’origine ; ce centre avait un caractère permanent.56 Théoriquement, ce camp était destiné à recevoir et grouper ces vagabonds durant un certain nombre de jours (moins de 48 heures),57 au besoin durant une journée ou même si possible, quelques heures seulement. Il était placé sous le contrôle de la police et des services d’hygiène et comprend une chambre de sûreté.58 En 1956 un deuxième centre d’hébergement fut créé à El Mohammadia, il était placé sous la direction des services de sécurité en vertu de la circulaire ministérielle n° 17 du 29 mars 1956.

55  Le rassemblement de ces indésirables posait des problèmes de crédit à prévoir pour le remboursement des frais de leur nourriture pendant leur séjour au centre d’hébergement.59 La nourriture des refoulés était assurée par le fourneau économique à titre remboursable par le gouvernement tunisien sur la base de 6 francs par jour et par individu.60

56 Cependant, toutes ces mesures « d’épuration », délicates et onéreuses, se sont révélées souvent inefficaces. Peu à peu, vagabonds et nomades refoulés regagnaient la ville, quand ils parvenaient à esquiver les rafles, et l’opération était à recommencer. En 1937, des statistiques montrent que 20% des rapatriés ou refoulés sont revenus à Tunis.

57 « Les indésirables » bédouins étaient considérés par le pouvoir, de même que par les citadins de la capitale comme un fléau, ou un corps étranger dont on doit se débarrasser, des marginaux qu’on doit exclure du paysage urbain61.

58 Pourtant certains bédouins dont on reconnaissait la bonne conduite et qui réussissaient à trouver un travail ou un métier fixe qui leur procurait des moyens légaux de survivre tant bien que mal, étaient acceptés.

59 Mais d’une façon générale, ces « mal-aimés » étaient, il faut bien le dire, des marginaux et des exclus de la société tunisienne.

Notes
1 - Sebag (P.), « Le bidonville de Borgel», in Cahiers de Tunisie, n°23-24, 1958, pp. 267-309. Le rôle des mouvements migratoires dans la formation de la population tunisoise a été plus d’une fois mis en évidence : Lepidi (J.), « Tunis dans la démographies tunisienne », in Bulletin économique et social de la Tunisie, juin 1995, pp.18-22 ; Vibert (J.), « Tableau de l’économie tunisienne », in Bulletin économique et social de la Tunisie, octobre 1951, p. 33.
2 - Ibid.
3 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 41, lettre du secrétaire général du gouvernement tunisien au cheikh el médina, en date du 4 mai 1935.
4 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 221, lettre du contrôleur civil de Tunis au résident général de France, en date du 27 Mai 1936.
5 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier1, pièce 96, lettre du contrôleur civil de Tabarka au secrétaire général du gouvernement tunisien.
6 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 197, procès verbal de la commission réunie le 14 mars 1938, pour envisager des mesures propres à enrayer le nomadisme autour de Tunis.
7 - Pour avoir plus de données sur la crise des années trente voir : El Annabi (H.), La crise de 1929 et ses conséquences en Tunisie, mémoire de C.A.R en histoire préparé sous la direction de Béchir Tlili, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Tunis 1975, 175 p.
8 - Les années de sécheresse que subit la Tunisie et qui ruinèrent les pasteurs semi nomades et certains petits cultivateurs furent également une des causes de l’afflux de populations, mais la confrontation des cartes de 1947 (apport 1946) et de 1948 montre que c’est entre ces deux dates que l’implantation fut la plus forte. Cité in Dardel (J.-B.) Klibi (Ch.), « Un faubourg clandestin de Tunis : le Djebel Lahmar ». In Cahiers de Tunisie, n°10, 2ème- 3èmetrimestre, 1955, p.216.
9 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 191, lettre du contrôleur civil à Tunis au résident général de France à Tunis en date du 24 juin 1937.
10 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 25, circulaire du premier ministre aux caïds, en date du 24 février 1934.
11 - D’après la définition de P. Sebag, le terme de « chiffonnier » désigne mal une activité qui comporte, certes, la récupération des chiffons, mais aussi des vieux papiers, des os et des boites en fer-blan, au Msob, le dépôt d’ordure de la ville. En arabe parlé, on emploie le terme khurdâji, dérivé de khurdâ, qui signifie ici vieillerie, rebut. En arabe régulier, le mot khurda signifie quincaillerie, mercerie, et khurdâji quincaillier, mercier.
12 - La Nahdha du 19 avril 1936, article éditorial intitulé « Aggravation de la situation économique et nécessité d’y remédier promptement ».
13 - Voir Desanti (D.), L’année où le monde a tremblé : 1947, Ed, Albin Michel, Paris 1976, 398 p.
14 - Dardel (J.-B.) Klibi (Ch.), « Un faubourg clandestin de Tunis : le Djebel Lahmar ». In Cahiers de Tunisie, n°10, 2ème- 3ème trimestres, 1955, pp.211-224.
15 - Ibid.
16 - Le rôle du colonisateur dans les mutations des propriétés agricoles a été plus d’une fois mis en évidence : Berdah (A.), Essai sur certains remèdes pour pallier la crise économique et rurale en Tunisie, Tunis, 1935, 231 p. (Thèse de droit, université de Lyon); Poncet (J.), La colonisation et l’agriculture européennes en Tunisie depuis 1881 à nos jours, Ed, Mouton, Paris -La Haye, 1962, 700 p ; Moussa (M.- L.- F.), L’Etat et l’agriculture en Tunisie, Publication du Centre d’Etudes et de Recherches de l’Université de Droit, d’Economie et de Gestion de Tunis, 1988,634p. Spielmann (V.), Les grands domaines nord –africains. Comment et pourquoi l’on colonise ? Orléans, imprimerie coopérative La Laborieuse, Alger, Ed. du trait d’union, s.d. 112 p.
« L’œuvre caritative des Habous fut souvent l’objet d’abus des Oukils. Ainsi, le décret de 1898, tenta de mettre fin à cette pratique, mais de procéder légalement à la concession des biens Habous par l’enzel qui est une enchère publique léguant le droit d’exploitation au locataire sur une période qui s’étend sur 20 ans et qui lui ouvre le droit d’acquisition de la terre. Il faut dire que cette opération avait largement contribué au passage des terres Habous vers la colonisation agricole. De nombreux Habous ont pu ainsi devenir purement et simplement des lots de colonisation. Le plus souvent ces terres se trouvent dans les régions fertiles du Cap Bon et du Sahel. La surface totale des terres cultivables en Tunisie est estimée à 5 millions d’hectares, « en 1939 la masse totale des terres européennes est estimée à 7 ou 800 mille hectares …Les Français (la statistique d’après guerre, estime à 3,400,(le nombre de familles françaises vivant de l’agriculture en 1945) détiennent 774,000 ha », Poncet (J.), « La colonisation et l’agriculture européennes en Tunisie de 1881 à nos jours, Paris, mouton, 1961, pp. 321 et 327 » cité in : Chérif (F.), La Tunisie dans la seconde guerre mondiale : impacts et attitudes (avril 1938- mai 1943), thèse de doctorat, sous la direction de Martin (J), volume I, soutenue en Sorbonne (Paris IV) le 17 février 2001, p. 293.
17 - Pour avoir plus de détails, voir Sauvy (A.), La machine et le chômage, le progrès technique et l’emploi. Ed. Dunod / Bordas 1980, 383 p.
18 - Voir Sebag (P), op. cit.
19 - Voir Dardel (J.-B.) et Klibi (Ch.), op. cit.
20 - Tunis- midi du 8 Mai 1936, article de T.E « La dangereuse invasion ».
21 - Dardel (J.-B.) et Klibi (S. Ch.), op. cit, p. 215.
22 - Archives Nationales de la Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 248, lettre du haut commissaire de France en Tunisie au Premier ministre, en date du 3 décembre 1955.
23 - Archives Nationales de la Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 61, rapport du capitaine Touya, sur les mesures à prendre contre les nomades de la région de Fouchana, en date du le 19 juin 1941.
24 - Dans son rapport adressé au Résident Général le 27 mai 1936, le contrôleur civil de Tunis affirme que cette population misérable s’approvisionne parfois des poubelles au bien au marché aux croûtons de la porte de Sidi Abdesselem.
25 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 181, lettre du ministre de la santé publique au premier ministre, en date du janvier 1948.
26 - Voir Burnet (E.), « pour une étude scientifique de l’alimentation en Tunisie», in Cahiers de Tunisie, n°12, 4ème trimestrs, 1955, pp. 495-642.
27 - Archives Nationales de la Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, note pour le chef du service de l’administration régionale et communale, en date du 13 avril 1931.
28 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier, 1 pièce 245, lettre du Dr. J. Reynold, médecin-chef du bureau d’hygiène de la ville de Tunis au vice président délégué de la municipalité de Tunis, en date du 29 juin 1940.
29 - Sebag (P), « Enquête sur les salariés de la région de Tunis », colloque sur les niveaux de vie en Tunisie, Presses Universitaires de France, 1956, pp. 38-47.
Dans cette étude, Sebag, en collaboration avec le Dr Benzina-Ben Cheikh, de M.Lahmi, B.Lazar,J. Lévigne, H. Nizard, J. Poncet, M.Turki et du Dr G. Valensi, a été amené à conclure son chapitre réservé à l’alimentation et l’habillement, en soulignant que la dénutrition est inévitable pour les familles dont les ressources sont inférieur à 2.500francs ; qu’elle est possible pour les familles dont les ressources sont comprises entre 2.500 et 4.500 francs et même pour celles dont les ressources sont comprises entre 4.500 et 6.500 francs. La mal nutrition est inévitable pour les familles dont les ressources sont comprises entre 2.500 et 4.500 francs, et elle est encore possible pour les familles dont les ressources sont comprises entre 4.500 et 6.500 francs.
30 - Il existe deux sortes de Habous (ou Waqf, en orient arabe) : les Habous publics et les Habous privés. A défaut d’indication de la fondation du réseau, le Habous qui est une propriété terrienne ou bien immobilier est effectué de droit aux pauvres et aux indigents.
Les Habous privés ou particuliers sont ceux dont les bénéficiaires, généralement des descendants du constituant, sont encore en vie. A cette catégorie se rattachent les Habous de Zaouïas ou sanctuaires des marabouts dont les descendants restent bénéficiaires, à charge d’entretenir et de pourvoir aux besoins du culte, conformément à la volonté du constituant. Jusqu’en 1871, les Habous publics étaient confiés au « Oukil » (administrateur), nommé par le Bey. Il gérait les immeubles de rapport et en affectait les revenus avec œuvres instituées par le constituant, pour leur rémunération, ces gérants prélevaient sur la recette, une remise fixée généralement à 6,25 % (Kharouba)
. Saadallah (M.) Cheikh El Médina. Encyclopédie coloniale et maritime, 1942, pp.161-164 » ; cité in Chérif (F.), op. cit.
31 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 12: lettre du résident général au contrôleur civil en date du 5 juin 1931 ; pièce 122, lettre du contrôleur civil au résident général de la république de France à Tunis en date du 27 Mai 1936 ; Sebag (P.), « Le bidonville de Borgel », in cahiers de Tunisie, n°23-24, 1958.
32 - Ces gourbis villes ont déjà fait l’objet de quelques travaux : Rondot (P.), « L’élimination des gourbis villes et l’étude des migrations humaines dans la Tunisie du Nord », in Bulletin économique et social de la Tunisie. août 1954, pp. 84-90 ; Dardel (J.-B.) et Klibi (Ch.), op. cit.
33 - Dardel (J.-B.) Et Klibi (S. Ch.), op. cit.
34 - Timoumi (H.), Histoire sociale de la Tunisie1881- 1956, paru en arabe, Dar Mouhamed Ali El Hami, première édition, 1997, p. 146.
35 - Le choix du terrain s’effectuait après négociations au cours de commissions composées d’un délégué du secrétariat général, du docteur chef du service de l’hygiène, d’un ingénieur des travaux de la ville d’un représentant de la municipalité de Tunis, du Caïd de la banlieue et d’un délégué de l’administration des Habous ; pour examiner ce choix sous l’angle salubrité, surveillance policière, protection des environs, proximité des grands centres industriels pouvant occuper de la main d’œuvre et également pour fixer l’indemnisation à la Djamaia.  
36 - Dans son enquête sur le bidonville de Borgel, Paul Sebag définit les baraques comme suit : leur charpente se réduit à quelques madriers grossièrement assemblés. Les parois en sont formées de planches inégales, fixées à grand renfort de clous, aux quelles s’ajoutent souvent des morceaux de tôle trouvés ça et là : fûts d’asphalte, bidons de lubrifiant, panneaux publicitaires de fer émaillé, sont encore reconnaissables en plus d’un endroit. Et le toit, à simple ou double pente, est fait de planches que recouvrent une vieille bâche ou des plaques de tôle : le vent l’emporterait si de grosses pierres et un amoncellement d’objets divers ne le maintenaient solidement.
37 - Sebag distingue entre les baraques et les gourbis, en effet certains de ces derniers sont en « tûb » .Pour les construire, on a commencé par malaxer terre, paille et eau, pour obtenir une boue consistante. Puis, le mélange a été coulé dans des moules en bois et l’on a formé de grosses briques, mises a sécher au soleil. Ces adobes, liées entre elles avec un peu de terre humide, constituent les parois. Quant au toit, à pente simple ou double, il se résume à des plaques de tôle recouverte d’une épaisse couche de glaise. D’autres gourbis sont plus robustes.
38 - Ce périmètre est très étendu, il va de Megrine, cité Lescure, Ben Arous, Mghira,englobant tout le lac de Sédjoumi, arrive presque au Bardo et à mi-chemin de l’Ariana et de l’Aouina, c'est-à-dire à quatre où à cinq kilomètres au nord et au sud et à trois kilomètres à l’ouest.
39 - Archives Nationales de la Tunisie, série E, carton 234, dossier 3, sous dossier 14, pièce 18, lettre du délégué à l’administration tunisienne au directeur général des finances à Tunis, en date du 23 septembre 1936.
40 - Oudjak : détachement de soldats d’origine turque.
41 - Tékia : sorte d’association caritative musulmane.
42 - Voir Journal Officiel Tunisien (JOT) du 6 mai 1933, et du 26 mars 1935.
43 - Archives Nationales de la Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 67, lettre du contrôleur civil de Thala au secrétaire général du gouvernement tunisien, en date du 7 mai 1935.
44 - Personnes originaires de la Tripolitaine.
45 - Archives Nationales de la Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 88 et 91, lettre du contrôleur civil de Tunis au secrétaire général du gouvernement tunisien, en date du 4 juin 1935.
46 - En 1936 les princes Hamouda et Sadok bey, opposés de tout temps à ce que les nomades se trouvant chez eux ou sous leur protection, soient expulsés, malgré l’ordre beylical de 1933 qui suffit pour amener les princes à se débarrasser des nomades qu’ils avaient chez eux: les princes étaient invités à établir la liste des nomades à leurs services. Le ministère d’Etat délivrait à chacun une carte d’identité ; les dispositions à prendre à ce sujet appartiennent au secrétariat général du gouvernement (ministère d’Etat, les nomades non munis de cartes étaient refoulés).
47 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 75, lettre de Lakhdar Ben Mohamed El Ammi au résident général de France à Tunis, en date du 13 mai 1935.
48 - Dans ce contexte on peut citer la lettre écrite le 13 mai 1935 par un jeune de 17 ans, né à Om El Araiss, prés de Gafsa : je désire y retrouver afin de trouver un travail dans la mine de cet endroit… ma mère est morte, mon père et toute ma famille sont au pays. Je meurs de faim à Tunis. Je vous demande monsieur le président de bien vouloir me donner une lettre de recommandation pour l’ingénieur de la mine afin qu’il me donne du travail, puis je vous demande encore un billet de chemin de fer pour Omm El Araiss, et des vêtements convenables
49 - Archives Nationales de Tunisie, série, A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 88 et 91 lettre du contrôleur civil à Tunis au secrétaire général du gouvernement tunisien à Tunis, en date du 4 juin 1935.
50 - Dans son rapport au secrétaire général du gouvernement français à Tunis, le caïd de Mdjez El Bab écrit le 24 février 1942 qu’une caravane de 112 hommes fut refoulée de Tunis vers Medjez El Bab le 18 février 1942. À l’arrivée du convoi à Bordj Toum, quatre hommes décédaient, à l’examen de ces vagabonds le médecin de l’assistance publique, a fait connaître qu’ils avaient succombé à la faim, à la fatigue et au froid. D’autre part, ces vagabonds n’étaient que très légèrement vêtus.
51 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 255, lettre du préfet directeur des services de sécurité à l’Amiral Esteva, résident général de France à Tunis, en date du15 décembre 1940.
52 - Ibid.
53 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 1, pièce 260, note pour le secrétaire général du gouvernement tunisien.
54 - Archives nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, lettre du résident délégué de la municipalité , au préfet secrétaire général du gouvernement tunisien à Tunis, en date du 8 décembre 1941.
55 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 14, lettre du directeur de l’assistance de la santé publique au préfet, secrétaire général du gouvernement tunisien à Tunis, en date du 10 janvier 1942.
56 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, procès verbal de la commission de nomadisme réunis à Dar El Bey le 17mai 1941 sous la direction de Binoche, préfet, secrétaire général du gouvernement tunisien ; en vue de mettre au point des mesures pour arrêter l’exode vers Tunis des vagabonds et des nomades.
57 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 143, lettre du secrétaire du gouvernement tunisien au directeur général des contrôles à Tunis, en date du mois d’août 1944.
58 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, procès verbal de la commission de nomadisme chargée de mettre au point les mesures à prendre pour indiquer l’exode vers Tunis des vagabonds et des nomades, réunie à Dar el bey le 17 mai 1941 sous la présidence de Binoche, préfet, secrétaire général du gouvernement tunisien.
59 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, lettre du préfet secrétaire général du gouvernement tunisien au délégué de la section d’Etat à Tunis, en date du 30 janvier.
60 - Archives Nationales de Tunisie, série A, carton 4, dossier 18, sous dossier 3, pièce 134, note pour le préfet secrétaire général du gouvernement tunisien, en date du 5 février 1942.
61 - Voir Berque (Jaques), « Médinas, villes neuves et bidonvilles », in Cahiers de Tunisie, n° 21-22, 1958, pp. 7-42.

Zeïneb Mejri, « « Les indésirables » bédouins dans la région de Tunis entre 1930 et 1956 », Cahiers de la Méditerranée, vol. 69, Être marginal en Méditerranée (XVIe - XXIe siècle),


Doctorante - Université de Jendouba
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