Et l’indépendance, dans tout ça ?
Par
Faouzia
Ce qui détruit les illusions, les siennes et celles des autres, la nature le punit avec toute la rigueur d'un tyran.
Friedrich Nietzsche
Bien des raisons font que je n’ai jamais cru profondément à l’indépendance de la Tunisie , et une de ces raisons l’assassinat d’un oncle yousséfiste par les tueurs bourguibistes pour ma grand-mère , la main rouge téléguidés par certains destouriens bourguibistes comme ZARG LAAYOUN le cousin du patriote SALAH BEN YOUSSIF qui sera liquidé par la suite par ce même individu sous les ordres de l’assassin Bourguiba, pour ses frères .Dans un cas comme dans un autre par les ennemis de la vraie indépendance de la Tunisie , ,je n’ai jamais cru à l’indépendance de mon pays , pourtant à dix ans , je me souviens des cris de joie et d’allégresse dans les rues de Tunis , de Mellassine jusqu’au TGM une marée humaine tanguait le premier 20 Mars , j’étais élève au lycée Caillot de la Marsa et les élèves du lycée « arabe » sont venus en masse nous chercher pour un foot et une journée à la plage , je n’ai jamais cru ni accordé une quelconque réalité à l’hérésie de cette indépendance bourguibienne. Je n’éprouve pas même le besoin de me revendiquer d’un parti unique protecteur , ni d’un autre parti,je n’ai jamais cru que le politique pouvait avoir une quelconque importance comparé au social et au culturel , là où toute forme de propagande est vraiment inutile , parce que ne pas croire en la finalité de l’action civique , n’est pas une position dogmatique soutenu par des principes fondamentaux,mais elle est du domaine du choix et du débat , notions malheureusement que peu de tunisiens , réduits à l’état de tubes digestifs par la dictature , comprennent et saisissent , elle est le sentiment que rien n’a de sens hors de la réalité pratique , non pas la réalité tunisienne , comme centre du monde, mais comme centre de sa propre circonférence, c’est-à-dire son indépendance.
Depuis que j’ai l’âge de raisonner en dehors de toute forme de tutorat, dont l’élevage scolastique n’en est pas un des moindres, être conscient de la seule réalité de sa véritable condition m’est apparu comme une disposition intellectuelle évidente face à des pouvoirs usurpateurs et imposteurs qui me forçaient à croire en leurs préceptes, sans jamais arriver à me formuler, non pas une preuve ontologique de l’indépendance de mon pays à tous les niveaux , et à mes yeux cela ne peut être que dans la démocratie, mais par des discours et des actes convaincants.Le sentiment que la Tunisie est indépendante, sans qu’un doute ne trouve prise et s’installe durablement dans mon esprit , et pis dans celui de la majorité des tunisiens , je n’en doute pas un instant . Mon doute est nourri de la méthode répressive , la seule fonction du régime , qui fait que rien ne saurait subsister qui ne trouve sa vérification concrètement, après qu’ayant soulevé toutes les divagations négationnistes de l’histoire du pays , qui relèvent de l’ineptie , comme l’évocation à un mirage et chimérique miracle tunisien entre autres mensonges et détournements , il n’en reste aucune qui trouve assez d’argument pour résister à mon vertigineux sentiment, qu’il n’existe pas de liberté , de démocratie et encore moins d’indépendance en Tunisie. Mon sentiment , de cette état de total dépendance , encore pire que tout ce que la Tunisie a connu , est accusateur à plus d’un objet, parce qu’il se trouve qu’il n’y a pas de lien de cause à effet entre l’existence de l’être tunisien qui serait inférieur à l’ensemble des êtres des pays vraiment indépendants , libres et démocratiques, parce qu’aucune manifestation indiscutable ne peut servir comme critère fondamental à établir que nous autres tunisiens , nous ne sommes pas mûrs pour vivre la démocratie et une réelle indépendance , sauf la haine , le parjure et la folie animale de ben Ali et de ses criminels complices. L’attitude révoltée de la majorité des tunisiens, même si elle est silencieuse, refoulée dans un morbide mutisme et un laisser-aller suicidaire, n’interdit cependant pas la question de la cohérence et de la résistance à ce qu’il y ait la possibilité d’un changement plutôt que rien, ce qui n’implique pas pour autant un sentiment de vengeance. L’étonnement à partir duquel un sens peut être cherché, n’oblige pas de s’accommoder d’une origine transcendantale de notre état et de notre avenir, malgré tout. Ce serait aller un peu vite en besogne, et faire insulte à l’intelligence des tunisiens, dont la richesse semble ne pas avoir de fin, que de ne pas croire en leur réveil et en leur révolte.
La véritable liberté et indépendance naissent du raisonnement et du sacrifice, pas de l’inquiétude quelle soit métaphysique ou autre. Ce vertige attentiste est une réponse malheureuse, non une origine , à un rêve national tunisien que l’intelligence dévoile à l’esprit , mais aussi pour beaucoup aux hérésies irresponsables des forces démocratiques , seules capables de sauver la Tunisie , et de pousser son peuple à la lumière..
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Les arguments de notre combat pour la future indépendance doivent être de l’ordre esthétique, considérant de la beauté dans nos certitudes, que nous opposerons à la laideur de ceux qui n’en ressentent rien. Nous devons à l’instar de nos frères humains libres, fondre le sens de l’humanité sur la conscience de la liberté, contre le népotisme et l’arbitraire de la dictature toute puissante, aux comportements dépassant les bornes révulsives de son autocratie.
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VIVA LA VIDA
Par
Nasser Hammami
« La possibilité, pour le pouvoir exécutif, de jeter un homme en prison sans formuler aucune charge reconnue par la loi contre lui, et notamment de lui refuser le jugement par ses pairs, est odieuse au plus haut degré et elle est le fondement de tout gouvernement totalitaire, qu'il soit nazi ou communiste. »
Winston Churchill
Au sourire sinistre et communicatif du verdict de la cour de l’injustice se refermant sur moi succède, peu à peu, un silence de fin du monde , 19 ans et des poussières c’est trois fois rien dans la vie d’un être humain , à ce qu’il paraît , car pour moi et à cet instant la plus part des choses qui font la vie toute court sont du domaine de l’inconnu , la vie , une partie de foot à 15 contre 15 , une partie de rami et les longueurs océanes des longues siestes des vacances d’été après la plage à Soliman , et puis les nuits sur le scooter , ou dans les « nakls irrifio » à parcourir les festivals , et puis cette terrible et douce chose si belle à imaginer , si suave , si lourde à porter dans mon Golgotha des sentiments , le corps d’une femme , celui imaginé dans le geste ,dans l’œil rêveur , rieur d’un flip de passage ou d’un sermon naturel qui n’ira jamais me monter ses nuits , sous l’œil morve de cette putain de grande ourse , marie toi mon amour , j’en ai pour trois ans et des années lumières à détartrer malgré moi les canines de la bête , putain de leurs race maudite d’ATTFEL BOURGUIBA , avec leurs flics , leur terreur , leurs saloperies innommés , je suis un HOMME , je ne serais jamais un numéro , j’ai la trique pour ne jamais vieillir d’une seconde à partir de leur instant assassin et pendant trois ans, bordel tout d’un coup dans ma petite tête le temps a un sens , un sens unique avec un arrière goût d’impuissance , mais un sens quand même , c’est vrai que la vieillesse est un naufrage .Pendant ce vol qualifié de JUSTICE je chierais sur leurs scalps , et j’irais dans le mot et le geste , parce que je le veux , exorciser le bonheur de toutes ses tares et ses insignifiances , je serais mon propre bonheur , mon juge , mon procureur , mon bourreau , mon maton , ma république à moi tout seul , sale race de corrompus ..ATTFEL BOURGUIBA. ... Surtout ne plus penser à ma bouche elle qui comme dans la chanson a embrassé , bu mordu , bien plus souvent qu’à son tour , je suis né entouré de femmes au 7 eme ciel de leurs horreurs qu’ils appellent l’ère du changement, l’ère des ténèbres oui…, je ne pouvais avoir d’autre destinée que celle de voleur de sentiments en tout , je suis un voleur , j’ai pris trois ans pour vol aggravé , celui de ma liberté , laissez venir à moi mes frères voleurs qui remplissent les prisons de la honte en Tunisie , il n’y’a pas d’emmurés ! il y’a des hommes fiers et libres qui bandent debout face à l’infini des choses , leur âmes traversières , ce sont des passes murailles ,ceux qui sont le plus à plaindre , ce sont les gisants , ou les cons assis à se refaire pour perpette dans des pokers menteurs , les cons qui déambulent dans les rues tunisiennes de la peine et du mépris , ici ne survivent que les idées libres , pour les compromissions et les dénis circulez braves gens et allez voir ailleurs si LAZARE s’est réveillé de son sommeil de dégoût.... Ne plus penser pour ne pas craquer sur l’immatériel et le congru, pour ne pas être vraiment défait, on est vaincu quand on se limite et on s’ignore, quand on renonce à la poésie, à la misère et à se foutre de sa propre gueule, moi aussi je ne renoncerais jamais à faire mes courses avec la folie... Déposer mon piètre vécu de néo taulard au pied de ma belle jeunesse et veiller à ce que son temps avec moi suspend son vol de charognard, du moins pour trois belles années, l’épiderme et la texture tiendront le coup, il suffit d’avoir la foi, les ours hibernent pendant combien de temps ? Et bien ils faudrait que tout mon monde s’habitue, je serais un putain d’ours du désert qui hibernera trois ans, voilà tout, il n’ya pas de quoi en faire tout un monde ...ce corps abusifs, des fois traître et encombrant, Le disposer... Lui assigner une place, Créer l’illusion de l’utilité d’un geste. Reste à vivre... Même pas à vivre, à exister seulement... A végéter animalement, organiquement... Mais surtout, surtout ne plus penser... Repousser les images, toujours les mêmes : celles d’hier, d’ailleurs, du temps qui ne reviendra plus avant tant de temps... Ne pas penser... Ne pas reprendre les ultimes phrases de la dernière conversation... Les mots que la séparation ont rendu si douloureux... Si déchirants... Ne pas penser... Se dire seulement qu’il fait froid, qu’il fait triste... S’éparpiller dans les détails, se fixer aux automatismes... Cuillère, fourchette, assiette, bol... Manque rien... Non rien, pour fonctionner, pour subir...
Il est toujours difficile de s’exprimer sur un sujet tabou en Tunisie comme les mouroirs de la dictature. Encore plus lorsque l’on est soi-même été enfermé en vivant , ce qui est pour moi un véritable cauchemar encore aujourd’hui loin de l’enfer , le laps de temps que j’avais vécu en ces lieux , trois ans ce n’est rien par rapport aux vies déchues , laminées de tous ceux que j’ai laissé derrière , ou ceux qui sont des morts vivants comme Nabil qui erre , déambule , surveillé , on surveille autant les vivants que les morts et les cadavres dans le cercueil ben Ali , dans les rues de son quartier. Dans les mouroirs de la dictature tunisienne, L’individu est placé hors du temps, dans un monde fait d’isolement, de détresse, d’extrême précarité psychologique et dont personne n’a idée s’il n’a pas été dans la gueule de la bête immonde. Dans les pénitenciers de ben Ali, on respire la mort, mais on n’existe plus ! Chacun est « doté » d’un stigmate, c’est sa seule carte d’identité. En un instant, vous tombez dans un monde imaginaire, irréel,le néant et l’absurde dont vous n’avez jamais pu imaginer l’existence dans notre beau pays , la Tunisie des plages et de la joie de vivre à ce qu’il paraît ,écrasant de toute sa triste laideur maquillée la vie de 10 millions d’âme , la Tunisie du sable fin , des touristes et de la joie de vivre affichée partout sur la mappemonde, pays des droits et de la sécurité selon le maton de Carthage , pays d’un désespoir sans fin , pays en danger de morts , ce que des invasions , des guerres , des colonialismes et des razzias barbares n’avaient jamais réussit à faire , Ben Ali et ses tueurs sont entrain de réussir à le faire , à l’accomplir , détruire une civilisations de millions d’année d’âge , même les vestiges et les ruines finiront par être vendus pour de vulgaires devises à des musées et des collections privées qui feront de notre vie et notre histoire des objets de curiosité d’un peuple disparu. D’un seul coup, toutes les valeurs avec lesquelles j’avais vécu, évolué et bâti mes rêves et mon existence, étaient tombés tombées et se sont évaporées comme larmes au soleil.
Malheur aux faibles ou à l’individu en dépression. Il y a donc une double exclusion à subir pour certains : celle de la liberté et celle de ses tortionnaires.
La surpopulation carcérale, la promiscuité, l’insalubrité, l’insécurité, concourent à fragiliser psychologiquement la personne incarcérée. Les barreaux aux fenêtres sont une contrainte majeure qui occulte la vision de l’extérieur, ne laissant apparaître que les murs et une minuscule cour bitumée bordée de barbelés. « A force de ne plus avoir de responsabilités, plus d’activités, plus de buts, plus de visions douces et apaisantes de la nature elle-même, vous avez l’impression de stagner sinon de régresser. »
L’environnement de la prison a une influence directe sur les sens qui se réduisent à leur plus simple expression. Que se soit c’est la faculté de voir, de percevoir la lumière, les couleurs, la forme ou le relief des objets. Le béton, la pénombre, le gris et le noir, les lames vives de la haine et de la peur dans leur vision intérieur, impuissante et pudique étaient notre pain et lot quotidien.... Oubliées les paroles de mon amour, la douceur de sa voix et sa fureur juvénile. Oublié le silence reposant du genoux de ma mère et ses doigts qui frisent mes cheveux et son sourire qui remplit mon sommeil. Réels sont les hurlements des cabrans qui vous réveillent et vous font sursauter à chaque instant. Ce qui me manquait le plus est de ne pas pouvoir serrer mes êtres chers dans mes bras, m’assoire sur un banc cinq minutes avec elle et rêver d’un avenir qui sera vraiment nôtre, parce qu’on l’aura choisi.
La majorité des tunisiens n’a pas conscience que n’importe qui peut se retrouver jeté dans une oubliette , un puit de mort du jour au lendemain, que n’importe qui peut être touché par le drame de l’arbitraire et de la violence de la dictature, de près ou de loin. Tôt ou tard, pour sauver notre pays, nos familles, notre propre peau de plus en plus de tunisiens se devront d’ouvrir les yeux, et là, ils devront se convaincre de l’utilité de la démocratisation du pays et de cette fuite dans le néant où nous embarque le régime de ben Ali. Car, à l’heure actuelle, rien n’est fait ou presque pour résister vraiment à cette horreur, et redevenir des êtres humains tout simplement.