Le penseur italien Benedetto Croce avait dit un jour que toute histoire est contemporaine et le récit, voulu historique, de « 300 » l’est sans aucun doute. Avec pour toile de fond une politique étrangère américaine de plus en plus belliqueuse, le spectateur est amené à faire le parallèle avec les « croisades » récemment lancées contre les « islamo-fascistes » par les néo-conservateurs, avec qui Frank Miller se reconnaît une certaine parenté, sauf que c’est l’Iran qui est la cible cette fois-ci [81]. Cependant, Miller et Snyder font une lecture particulièrement biaisée de la politique contemporaine i.e. une lecture où les victimes sont blâmées et où les agresseurs sont épargnés ou pis encore présentés comme des opprimés. La « guerre contre le terrorisme » récemment lancée par l’administration américaine a laissé les coudées franches à ceux qui dans leurs publications, articles de presse, émissions télé ou radio ont essayé par leurs attitudes textuelles d’expliquer et de justifier les politiques américaines en réduisant les « Orientaux » à des fanatiques obsédés par la terreur et l’effusion de sang. Pour donner à ce récit un semblant de vérité, les centres de pouvoir utilisent entre autres choses les travaux fallacieux de soi-disant érudits ou « experts », qui sévissent sur les chaînes américaines, comme le faisaient par le passé les puissances coloniales d’antan pour justifier l’occupation et soulager « le fardeau de l’homme blanc » menant sa mission civilisatrice auprès du « sauvage ». Certains auteurs comme Joseph Wheelan dans son livre Jefferson’s War sont caractéristiques de cette tendance à donner un nouveau tour à l’histoire. D’après lui, « Il était de notoriété publique chez les Américains cultivés que Tripoli, Tunis, Alger, et le Maroc étaient des Etats musulmans et qu’ils extorquaient des tributs des Européens par la terreur…Les Etats de Barbarie…représentaient une menace sérieuse et solide à l’Europe chrétienne et à l’Amérique [82]. On se contentera d’en retenir que l’auteur utilise des noms géographiques lorsqu’il se réfère à des entités politiques ou géographiques comme l’Europe et l’Amérique mais use d’un adjectif pour le moins très peu mélioratif lorsqu’il s’agit de désigner l’autre, celui qui n’est pas occidental, dans le cas présent, les Musulmans. Ainsi, « barbarie », terme au charme désuet, est remis au goût du jour pour servir essentiellement à désigner la zone géographique qui s’étend de l’Egypte au Maroc et que les Européens connaissaient sous le nom de « Côte barbare » [83]. ‘Séparés par 200 ans, les deux conflits peuvent sembler au premier regard ne pas avoir de points communs, à l’exception que des ennemis musulmans attaquent des civils américains. Les Etats de Barbarie exerçaient la terreur au nom de l’islam à des fins mercantiles, et non pas politiques, à l’inverse d’Al-Qaida et ses acolytes. Leurs déprédations n’ont pas eu lieu à New York ou Washington mais plutôt en Méditerranée et à l’est de l’atlantique à l’encontre de contractuels civils « infidèles » transportant des marchandises à bord de navires. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agissait de terreur perpétrée cyniquement au nom du « Jihad » islamique ; qui est le prétexte invoqué par Al-Qaida pour justifier le détournement d’avions pour les faire s’écraser dans les symboles les plus visibles de la puissance américaine. La réaction des Etats-Unis en 1801 étaient similaire à celle d’aujourd’hui : ‘dents pour dents” comme le résume Jefferson succinctement” [84].
Dans ce cas, l’essence précède l’existence ; à l’époque déjà, les « Orientaux » pouvaient être réduits à des terroristes. Ce n’est pas l’essence qui a changé mais bien les objectifs de ces derniers. Si auparavant le terrorisme était utilisé avec tant d’ardeur, c’était pour l’intérêt financier que l’on pouvait en tirer. Aujourd’hui, il s’agit de pouvoir réaliser des objectifs politiques. Assiégé, l’ « Occident » vertueux et immaculé n’a d’autre choix que de se défendre coûte que coûte. Dans cette même veine, Zack Snyder fait des Perses des fanatiques, conquérants violents et impitoyables. Ce choix pose le principe d’un « Orient » qui serait un tout stabile et constant, intrinsèquement et intemporellement différencié de l’« Occident ». Si les raisons de leur utilisation varient d’une époque à l’autre, les stéréotypes sont de toutes façons recyclés ad nauseam. Ainsi, la sensualité et le caractère belliqueux utilisés par le passé pour se référer à d’autres populations orientales sont-ils devenus traits indéracinables des Musulmans. Cette essence, telle qu’elle est perçue au travers du prisme orientaliste est telle qu’elle est parfois interprétée en termes métaphysiques est tant historique, en ce qu’elle remonte à des temps immémoriaux, qu’anhistorique puisqu’elle enferme son objet dans une « spécificité non-évolutive » [85] plutôt que de le replacer dans son contexte historique comme cela se fait pour d’autres nations ou cultures. Il s’ensuit que des catégories essentielles de peuples sont créées de manière pseudo scientifique et que l’on se retrouve face à des ensembles typologiques putatifs comme homo africanus, homo arabicus, homo judaicus, homo persianus... etc. Ces catégories de peuples considérés comme des étrangers non occidentaux sont incapables de rivaliser avec l’« Occidental ». D’après Hegel, ils sont pré-politiques et pré-historiques puisque sur l’échelle de l’évolution humaine, les échelons inférieurs sont occupés par les Orientaux et les échelons supérieurs par les Allemands, alors qu’Emmanuel Kant pense que les Orientaux ne sont pas faits pour produire ou apprécier le beau et le sublime [86]. « Un oriental vit en orient ; il mène une vie orientale aisée dans un état de despotisme et de sensualité orientaux ; profondément teinté d’un sentiment fataliste » [87].
Autre thème avec lequel le film prend des libertés : la dialectique entre raison et mysticisme. Alors que les Spartiates sont décrits comme des individus doués de raison, les Perses s’en voient complètement dépourvus. L’homo persianus est « prêt à écraser la Grèce, îlot de raison et de liberté dans une mer de mysticisme et de tyrannie », comme l’écrivait Frank Miller. En ce qui concerne une sous-catégorie d’Orientaux, c’est-à-dire les Arabes, H.A.R. Gibb est d’avis que les grands philosophes arabes et musulmans n’étaient que des exceptions dues à une forme d’accident de l’histoire puisque ‘ l’esprit arabe ; qu’il s’agisse de sa relation avec le monde extérieur ou lorsqu’il est engagé dans un processus intellectuel ; ne peut se défaire de ce sentiment intense pour l’individualité et la démarcation des événements concrets…C’est là... la raison qui explique l’aversion que les musulmans ressentent envers la rationalité ... le rejet du mode de pensée rationnel flanqué d’une éthique utilitariste indélébile provient, par conséquent, non pas de ce que l’on appelle l’« obscurantisme » des théologiens musulmans mais plutôt de l’atomisme et la dissemblance qui caractérisent l’imagination arabe » [88].
Ces perceptions différentialistes ont été utilisées sans relâche pour fournir explications pseudo-rationelles et exégèses ad hominem au fait que les Orientaux avaient manqué le train de la Modernité. Faisant un usage fallacieux de l’historiographie, des « experts » autoproclamés ergotent sur les insuffisances inhérentes à l’esprit oriental et se livrent à un anthropocentrisme mêlé d’occidocentrisme pour justifier leurs convictions suprématistes. Ce faisant, ils ignorent sciemment le fait que la Modernité, engendrée par ce que l’on a appelé les valeurs et les idées des Lumières, a été imposée aux autres non blancs par la force du canon. Ces ‘endroits vierges sur la carte’ [89] que l’on appelait Afrique et Orient étaient devenus ‘un lieu ténébreux’ à qui les apôtres blancs ont eu pour devoir suprême d’apporter la lumière.
Agitant l’épouvantail d’une altérité essentiellement menaçante à l’instar des films précédents ; « 300 » met des moyens esthétiques à la disposition d’une politique étrangère américaine aux visées de plus en plus impérialistes. “…Les empires se sont toujours souciés d’extraire les richesses des provinces en faveur du centre sans le moindre égard aux droits des peuples assujettis. Ces richesses ne sont sans doute pas destinées à toutes les classes sociales de la nation impériale – En fait, certains parmi les couches sociales inférieures doivent combattre et payer de leurs vies pour sauvegarder l’empire- il n’en demeure pas moins qu’elles bénéficient toujours l’élite. ” [90] Dans le droit fil d’une longue tradition d’attitudes suprématistes, de stéréotypes et de pratiques différentialistes élaborées et utilisés par les Orientalistes, Franck Miller et Zach Snyder ont recyclé de vieux clichés pour les apposer à l’ennemi du jour. De ce point de vue-là, « 300 » avec sa skiagraphie esthétisée et intellectuellement fallacieuse, n’est qu’un non-événement de plus.
NOTES:
[1] Extrait du hérem contre Spinoza qui fut exclu de la communauté juive d’Amsterdam le 27 juillet 1656 Spinoza. Le texte intégral du hérem dans : Méchoulan, Henry, Etre Juif à Amsterdam au temps de Spinoza. Albin Michel, 1991, pp.140-141.
[2] Withaker, Ben, “Japan’s Outcast : The Problem of the Burakumin”, in Ben Whitaker (éd.), The Fourth World : Victims of Group Oppression, Londres, Sidwick and Jackson, 1972, p.337, cité dans Elias, Norbert et Scotson, L. John. Logiques d’Exclusion. Fayard, 1997.
[3] Rancière J, La Mésentente. Paris, Galilée, 1995. p.45.
[4] Arendt, Hannah. « Imperialism », The Origins of Totalitarianism. Harvest Book. New York, 1997.
[5] “Established and Outsiders” Elias, Norbert et Scotson, L. John. Logiques d’Exclusion. Fayard, 1997.
[6] Bourdieu, Pierre. La Domination Masculine. Paris. Le Seuil. 1998 ; Langage et Pouvoir Symbolique. Paris. Le Seuil. 2001.
[7] Allen, V.L., & Wilder, D.A.. Categorization, belief similarity, and group discrimination. Journal of Personality and Social Psychology, 32, 971-977. 1975 ; Brewer, M.B. In group bias in the minimal intergroup situation : A cognitive-motivational analysis. Psychological Bulletin, 86, 307-324. 1979 ; Tsui, A.S., Egan, T.D., & O’Reilly, C.A. Being Different : Relational demography and organizational attachement. Administrative Science Quarterly, 37, 549-579. 1992.
[8] Adorno, T.W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D.J., & Sanford. The Authoritarian Personality. New York. Harper. 1950 ; Allport, G.W. The Nature of Prejudice. Cambridge, MA : Addison-Wesley. 1954 ; Pettigrew, T. Prejudice. Cambridge, MA : Harvard University Press. 1982.
[9] Bobo, L. Group Conflict, prejudice and the paradox of contemporary racial attitudes. In P.A. Katz & D.A. Taylor (Eds.), Eliminating Racism : Profiles in Controversy. New York : Plenum. pp. 85-116 ; Sherif, M. Group Conflict and Co-operation. London. Routledge & Kegan Paul. 1967 ; Sidanius, J., & Pratto, F. Social Dominance : An intergroup theory of social hierarchy and oppression. New York : Cambridge University Press. 1999.
[10] Brewer, M.B., & Campbell, D.T. Ethnocentrism and Intergroup Attitudes. New Yok : Wiley. 1976 ; Brewer, M.B., & Miller, N. Intergroup Relations. Buckingham, UK : Open University Press. 1996 ; Sumner W.G. Folkways. New York : Ginn. 1906 ; Tajfel, H., & Turner, J.C. The Social Identity Theory of Intergroup Behavior. In Worche & W.G. Austin (Eds.), The Psychology of Intergroup Relations. Chicago : Nelson-Hall. 1986. pp. 7-24.
[11] Sidanius, J., & Pratto, F. The Inevitabilty of oppression and the dynamics of social dominance. In P. Sniderman, P.E. Tetlock, & E.G. Carmines (Eds.), Prejudice, Politics, and the American Dilemma. Stanford, CA : Stanford University Press. 1993. pp. 173-211.
[12] Fiske, S.T, Controlling other people. American Psychologist, 48, 621-628. 1993 ; Bourdieu, Pierre. La Domination Masculine. Paris. Le Seuil. 1998 ; Langage et Pouvoir Symbolique. Paris. Le Seuil. 2001 ; Ibid., Sidanius, J., & Pratto, F. 1999.
[13] Ibid., Norbert et Scotson, L. John. 1997.
[14] Dayan-Herzbrun, Sonia. Du Paria à l’Elu : autour de Thomas Mann. Dans Le paria, une figure de la modernité. Revue Tumultes, n°21-22, novembre 2003. Paris, Editions Kimé, p.201.
[15] [Dans la civilisation traditionnelle des Indes] Individu n’appartenant à aucune caste, considéré comme un être impur dont le contact est une souillure et rejeté de ce fait par l’ensemble de la société. Synon. intouchable. Les castes inférieures [dans l’Inde], les parias, sont des êtres vils par nature ; ils sont la chose des castes supérieures, dont les membres ont seuls conscience de la dignité de la personne (COUSIN, Hist. philos. mod., t.3, 1847, p.321). Brahmes affinés et superbes, dédaigneux des costumes et des parures, vont moins vêtus encore que les hommes de moyenne caste ou que les parias (LOTI, Inde sans Angl., 1903, p.65). Cf. Paria dans le Dictionnaire le Trésor de la Langue Française.
[16] « …Pareas vient de Duarte Barbosa (1516) qui a servi le roi du Portugal en Inde de 1500 à 1517. Cf. Duarte Barbosa, The Book of Duarte Barbosa, An Account of the Countries Bordering on the Indian Ocean and their Inhabitants…Completed around the year 1518, tr.Mansel Longworth Dames, New Delhi, Asian Educational Services, 1989, vol. 1, pp.53-58 in Varikas, Eleni “La Figure du Paria : Une Exception qui Eclaire la Règle”, Revue Tumultes, n°21-22, novembre 2003. Paris, Editions Kimé, p.88-89.
[17] « Pariah States » ou « Rogue States » sont des expressions souvent utilisées dans les médias américains pour désigner des Etats (l’Irak, l’Iran, Cuba et la Libye, cette dernière a été retirée de cette liste après l’amélioration des rapports avec l’administration de G. Bush) perçus par les Etats-Unis comme ennemis ou « indisciplinés ». L’idée de discipline fait penser à l’expression « Pariah Dogs » ou chien errant ou sans maître et partant l’idée que les Etats-Unis incarnent le rôle du maître qui est en droit de discipliner et punir les individus dont il a la charge et qui ne se comportent pas conformément à ses dictats.
[18] Zinn, Howard. A People’s History of The United States : 1492-Present. Harper Collins, New York, 1980. Voire également : Brandon, William. The Last Americans : The Indian in American Culture. New York : McGraw-Hill, 1974 ; Jennings, Francis. The Invasion of America : Indians, Colonialism, and the Cant of Conquest. Chapel Hill : University of North Carolina Press, 1975 ; de las Casas, Bartolomé. History of the Indies. New York : Harper and Row, 1971 ; Nash, Gary B. Red, White, and Black : The Peoples of Early America. Englewood Cliffs : Prentice-Hall, 1970.
[19] Etant donné qu’ils partageaient initialement la même condition de servitude, les serviteurs blancs et noires s’identifiaient à la même cause et se reconnaissaient dans cette même expérience ou histoire « lacrymale » (Benbassa. E). Ils arrivait souvent que les deux fuyaient ensemble jusqu’à ce que des lois différentialistes furent promulguées dans les colonies pour rompre cette solidarité naissante. Takaki Ronald. A Different Mirror : A History of Multicultural America. Back Bay Books ; New York. 1993
[20] . Ils allaient importer dans le nouveau monde la division raciale qu’ils avaient imposée aux peuples colonisés. Ainsi, les Irlandais étaient perçus comme indolents et naturellement paresseux. Vivant comme des bêtes sauvages, ils étaient également considérés criminels et souvent enclins à dérober l’Anglais de ses possessions. Les colonisateurs anglais se considéraient responsables par une injonction divine de civiliser les Irlandais en habitant leur terre barbare. Ils mirent en place une structure sociale différenciée qui prohibait aux irlandais le port d’habits anglais ou d’armes. « …aucun irlandais né de la race irlandaise et éduqué en tant qu’irlandais n’est en droit d’acquérir un lopin de terre, être éligible, faire partie d’un jury ou faire office de témoin dans un procès »Muldoon, James, « The Indian as Irishman, » Essex Institute Historical Collections, vol. III. Octobre 1975. p 284. En outre, il était interdit aux Irlandais de contracter mariage avec les Anglais. L’état de sauvagerie était défini initialement en relation avec les Irlandais, désormais il allait être appliqué aux indiens d’Amérique. Voir également : Nicholas P. Canny, « The Ideology of English Colonization : From Ireland to America, William and Mary Quarterly, 3rd series, vol. 30, n°4. Octobre 1973 ; Jennings, Francis. The Invasion of America : Indians, Colonialism, and the Cant of Conquest. New York, 1976. In White Supremacy : A Comparative Study in American and Southern African History. New York, 1971 ; Quinn David B. The Elizabethans and the Irish. Ithaca, New York, 1966.
[21] L’état plébéien dans l’antiquité romaine désigne celui qui est privé de parole publique. « Un homme sans inscription symbolique et muet ». J. Borreil, « Le combat des « muets du mutisme civil », in J. Borreil (sous la dir. de), Les Sauvages dans la Cité : auto-émancipation et instruction des prolétaires au XIXe siècle, Seyssel, Champs Vallon, 1985, p. 22.
[22] « Caliban » serait une anagramme de « Canibal ».
[23] En proclamant que « …nous sommes honteusement devenus indianisés », le révérend Matter faisaient référence aux dangers qui guettaient la société puritaine de l’intérieur et qui menaçaient de la transformer en société dégénérée comme celle des indiens d’Amérique ; une société pleine de vices et encline à l’indolence et la luxure. Etre « indianisé » signifiait être au service du diable. Matter Colon, On Witchcraft : Being, The Wonders of the Invisible World. (New York, originally published in 1692), p.53 in Takaki Ronald. A Different Mirror : A History of Multicultural America. Back Bay Books ; New York. 1993, p. 41 ; Simpson William, “Cultural Bias in the New England Puritans’ Perception of Indians,” William and Mary Quarterly, 3rd series, vol. 38. Janvier 1981. pp. 62, 70.
[24] Thomas Jefferson écrivant au Frère John Baptist de Coigne, chef de Kaskaskia, juin 1781 et à John Page, août 1776, in Andrew A. Lipscomb and Albert E. Bergh (eds.), Writings of Thomas Jefferson, 20 vols. Washington D.C., 1904. vol.16, p. 372 ; vol.4, pp.270-271.
[25] « Benjamin Franklin : Un Américain à Paris », exposition du 5 décembre 2007 au 9 mars 2008 au musée Carnavalet.
[26] Labaree & Wilcox, The Papers of Benjamin Franklin, 4:231.
[27] Hunt H. Michael. Ideology and U.S. Foreign Policy. Yale University, 1987, pp.53-54.
[28] Weinberg Albert K., Manifest Destiny : A Study of Nationalist Expansionism in American History. Baltimore, 1935, p. 83.
[29] Cité dans : Andrist Ralph K. The Long Death : The Last Days of the Plains Indians. New York, 1964, p. 154.
[30] Saïd Edward. “The Clash of Definitions” Reflections on Exile and Other Essays. Cambridge, MA : Harvard University Press. 2000 ; p. 574.
[31] Saïd Edward, Orientalism. Vintage Books. New York, 1979. p. 43.
[32] Pour une généalogie du vocable “barbare” voir : Droit Roger-Pol. Généalogie des Barbares. Odile Jacob, Paris. 2007.
[33] Waltz James Calvin. “Western European Attitudes Toward the Muslims Before the Crusades”. Thèse de Doctorat, Michigan State University, 1963 in Suleiman W. Michael. Arabs in the Mind of America. Amana Books. 1988. p.8.
[34] Daniel Norman. Islam and the West : The Making of an Image ; Islam, Europe and Empire. Edinburgh University Press, 1966 ; Southern R.W. Western Views of Islam in the Middle Ages. Cambridge, Harvard University Press, 1962.
[35] Cromer, « Modern Egypt » in Saïd, Orientalism. p. 38
[36] Ibid.
[37] Nasir J. Sari. The Arabs and the English. Longman, London. 1979.
[38] Montgomery James A. Arabia and the Bible. Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1934.
[39] Balibar Etienne et Wallerstein Immanuel, Race, Nation, Classe : Les identités ambiguës. La Découverte, Paris 1988. p. 34.
[40] J’emprunte ce terme à Jack Shaheen dans son anthologie des films hollywoodiens anti-arabes : Reel Bad Arabs : How Hollywood Vilifies a People. Olive Branch Press. New York. 2001.
[41] L’acteur américain Richard Dreyfuss déclara dans une entrevue que les films d’Holywood ont eu plus d’impact sur lui que les manuels scolaires, les instituteurs ou même ses propres parents. « This Morning » sur CBS, le 10 juillet 1999.
[42] Henry Kissinger, « Stone’s Nixon », Washington Post, le 24 janvier 1996.
[43] Entre 1870 et 1924 de lois drastiques furent promulguées pour limiter le flux migratoires principalement en provenance d’Asie. Ayant encore des passeports ottomans, les Arabes étaient considérés asiatiques.
[44] Weiss Ken et Goodgold Ed. To Be Continued…New York. Crown. 1972. pp. 335-36.
[45] Le 16 mars 1968, les soldats américains massacrèrent plus de 500 civils vietnamiens en majorité femmes et enfants à My Lai, un village de la République du Vietnam.
[46] Une mitraillette très légère et compacte de fabrication israélienne développée par Uziel Gal durant les années 1940.
[47] Sweet Mathew. “Movie Targets : Arabs Are the Latest People to Suffer the Racial Stereotyping of Hollywood,” The Independent. Le 30 juillet 2000.
[48] BBC News, 26 octobre 2000.
[49] Ibid.
[50] New York Times, 26 octobre 2000.
[51] The Daily News, 25 octobre 2000.
[52] Dans un article du magazine Israelinsider paru le 27 mars 2008, on peut lire le titre suivant : “Barack Obama est-il un Loup Musulman dans une Laine Chrétienne ? » ; New York Times, le 9 mars 2008 « Obama and the Bigots ».
[53] Bourdieu, Pierre “Ce que Parler Veut Dire, Paris, Fayard 1982. p. 150.
[54] Voir à titre d’exemple : Frentz S. Thomas et Farell B. Thomas, « Conversion of America’s Consciousness : The Rethoric of the Exorcist,” Quarterly Journal of Speech 61 (février 1975) ; Gans J. Herbert ; “The Exorcist : A Devilish Attack on Women,” Social Policy 5 (1) ; Kermode Mark, The Exorcist, 2nd ed. ; Kinder Marsha et Houston Beverle, “Seeing Is Believing : The Exorcist and Don’t Look Now,’ in American Horror : Essays on The Modern American Horror Film, ed. Waller A. Gregory ; Williams Tony, Hearths of Darkness : The Family in The American Horror Film.
[55] Kermode, The Exorcist, pp.23-28.
[56] Comporesi Pierro, The Fear of Hell : Images of Damnation and Salvation in Early Medieval Europe. Pennsylvania State University Press, 1991. p. 75.
[57] Cette mise en scène de l’orient nous fait penser à la description faite par Dante Alighieri dans la Divine Comédie. Il y a lieu de signaler à cet égard qu’au cours de son parcours dans les cercles de L’Enfer ; et plus précisément dans le cercle le plus bas, Dante trouve le prophète Mahomet et son neveu Ali subissant le châtiment éternel qui consiste à sectionner leurs corps en deux pour avoir semé la discorde et les schismes dans la communauté religieuse de l’humanité. Dante Alighieri. La Divine Comédie. Ed. Flammarion (édition bilingue français - italien). 2006.
[58] Une image subliminale qui renvoie aux groupes palestiniens tels le FPLP, Septembre Noir ou le FDLP, les années 70 étant le début des actions à l’échelle internationale des groupes armés palestiniens qui se sont fait connaître par les détournements d’avions ou les attentats comme l’enlèvement des athlètes israéliens pendant les jeux olympiques de Munich.
[59] Il n’est pas inhabituel que le discours orientaliste au cinéma recourt également au trope du cow-boy avec son regard colonialiste, son raisonnement scientifique et cartésien, sa civilisation et son sex-appeal dominant les individus aux antipodes de la vertu qu’il représente. Aussi, la culture orientale est-elle pour lui antithétique avec la sienne et un rapport masculin/féminin est ainsi institué par le récit cinématographique qui dote le héros occidental d’une puissance phallique qui lui permet de pénétrer le corps féminisé de l’Orient pour en déceler tous les mystères et le révéler nu au regard du spectateur qui s’identifie ainsi au héros. Indiana Jones, Robinson Crusoe, Phileas Fogg et Laurence d’Arabie sont autant d’exemples de ce rapport dominant/dominé. Voir : Shohat Ella, “Gender and Culture of Empire : Toward a Feminist Ethnography of the Cinema” in Bernstein Matthew et Studlar Gaylyn (eds.).Visions of The East. Rutgers University Press. 1997.
[60] Ellis John. Visible Fictions : Cinema, Television, Video. Routledge. London, 1992. pp.45-47
[61] Dans sans étude sur les représentations des arabes dans la revue National Geographic, Linda Steet établit la relation normative dans les fouilles archéologiques dans laquelle l’archéologue occidental se tient debout supervisant à partir d’un point surélevé les terrassiers arabes creusant le sol. Steet Linda. Veils and Daggers. Temple University Press. Philadelphia. pp.103-104.
[62] Daniel Norman. Islam and the West. Oneworld Publications. 2000. P.17.
[63] Paul Oppenheimer identifie six signifiants du « mal » dans les discours artistiques : un paysage exotique et temporellement différencié, un mélange surréaliste de naturalisme et du fantastique, un sentiment d’impuissance et de vulnérabilité, l’effondrement du langage, la représentation du mal dans son degré le plus extrême (opulence somptueuse/misère absolue), mouvements ou actions répétitives, les êtres maléfiques étant condamnés à une incessante activité et à un appétit insatiable. Oppenheimer Paul. Evil and the Demonic : A New Theory of Monstrous Behavior. NYU Press. 1999. p.6.
[64] « Ils nous détestent », « Ils détestent notre mode de vie »…etc sont des phrases très récurrentes dans les discours de George Bush II notamment depuis les événements du 11 septembre, qui ont été largement capitalisés pour dédouaner et naturaliser ce discours d’exclusion.
[65] Sur les rapports entre armée et genre, voir : Jeffords Susan. The Remasculinization of America : Gender and the Vietnam War. Indiana University Press. 1989.
[66] Sur ce thème du masculin/féminin dans le rapport dominant/dominé, colonisateur/colonisé, voir Edward Saïd, « L’Orientalisme » ; Shohat Ella, “Gender and Culture of Empire : Toward a Feminist Ethnography of the Cinema” in Bernstein Matthew et Studlar Gaylyn (eds.).Visions of The East.
[67] Schiller Herbert I. « Manipulating Hearts and Minds », in Triumph of the Image : The Media’s War in the Persian Gulf, a Global Perspective, ed. Hamid Mawlana, George Gerbner, Herbert I. Schiller. Westview Press. 1992.
[68] Cette histoire a été largement diffusée dans les médias américains alors même qu’elle était totalement fausse. Quelques années plus tard, on apprendra sans trop de tapage médiatique que la jeune fille qui avait témoigné devant le congrès et dont on avait caché le nom de famille pour « protéger sa famille des représailles irakiennes », n’était en fait autre que la fille d’un émir koweïtien, qui a effectué un témoignage monté de toute pièce par la firme américaine de relations publiques Hill & Knowlton.
[69] « Congratulations. You just shot yourself a rag-head ». “rag-head”, “towel-head”, “Camel Jockey”, “Sand nigger”…etc sont autant d’appellations péjoratives courantes dans la société américaine pour designer les Arabes. Voir le roman sur la vie d’une Arabe-Américaine dans un lycée américain pendant la guerre du Golfe : Erian Alicia : Towel Head. Simon & Schuster. New York 2005.
[70] Ces scènes ont induit la fausse perception chez certains critiques de cinéma, Jack Shaheen par exemple, que « Les Trois Rois » était un film anti-guerre qui rompait avec les stéréotypes anti-arabes.
[71] Dans ce tableau intitulé « Le Charmeur de Serpent », Jean-Léon Gérôme dépeint un jeun enfant nu debout avec un serpent autour du coup. Un groupe d’hommes, avec au centre un vieux notable à la barbe blanche, regarde le spectacle. Sterling and Francine Clark. Art Institute, Williamstown, Massachusetts.
[72] La question de la tortue se voit accorder un traitement différent dans le cinéma américain depuis le scandale d’Abou Ghraib. La série télévisée « 24 », produite par Twentieth Century Fox, montre par exemple le héros recourant à la tortue pour « un motif noble », qui consiste à obtenir des informations rapidement afin d’éviter la mort de civils innocents. Un long débat concernant l’opportunité de recourir à la torture et comment définir un acte de tortue ne finit pas d’agiter la société américaine.
[73] Cette scène est une reproduction d’une célèbre image gravée dans l’inconscient collectif de la génération du Vietnam : Le Général Nguyen Ngoc Loan qui exécute à bout portant un prisonnier menotté du Front de Libération Nationale à Saigon en 1968. Franklin H. Bruce. Vietnam and Other American Fantasies. University of Massachusetts Press. 2001. p.14.
[74] Cette scène s’appuie sur le fait que l’administration américaine sous Bush père avait incité les Chiites irakiens à se soulever pendant la guerre du Golfe et a fini par les abandonner à leur sort.
[75] Ce mythe a été utilisé ad nauseam dans les films sur la guerre du Vietnam. Askoy Asu et Robins Kevin, « Extermination Angels : Morality, Violence and Technology in the Gulf War » in Triumph of the Image : The Media’s War in the Persian Gulf, a Global Perspective, ed. Hamid Mawlana, George Gerbner, Herbert I. Schiller. Westview Press. 1992.
[76] Terme adapté du concept littéraire “attitude textuelle” décrit par Edward Saïd. Il fait référence à la tendance humaine qui consiste à préférer l’autorité d’un texte ; souvent simpliste voire viciée, à l’expérience directe de la réalité telle qu’elle est produite par des personnes physiques et réelles et les diverses cultures. Voltaire dans Candide ainsi que Cervantès dans son œuvre Don Quichotte se sont tous deux moqués de cette perception myope de la réalité telle qu’elle est présentée par le support textuel ; le cas échéant médiatique et cinématographique. Aux yeux de ces deux écrivains, la complexité de l’expérience humaine ne saurait être saisie dans sa totalité simplement par un texte.
[77] See Raphael Patai’s The Arab Mind (Long Island, NY ; Hatherleigh Press, 1973) p. 133.
[78] Ibid, p. 136.
[79] Ibid, p. 136.
[80] Ibid, p. 137.
[81] Les Américains ont beaucoup de mal à faire la distinction entre les populations du Moyen-Orient : Arabes, Turcs, Iraniens…etc. Lorsque la révolution iranienne eut lieu et la crise des otages américains éclata, le stigmate social a touché la communauté arabe aux Etats-Unis, qui plus est chrétienne en majorité.
[82] Joseph Wheelan’s Jefferson’s War : America’s First War on Terror 1801-1805 (Carroll & Graff Publishers, NY 2003), pp. 33-35.
[83] C’est ce même terme qui a donné lieu par la suite au vocable « berbère » ; terme récusé par les populations qu’il est supposé désigner, en l’occurrence les populations d’Afrique du nord, ces derniers lui préférant le terme « Amazigh ».
[84] See Joseph Wheelan’s Jefferson’s War : America’s First War on Terror 1801-1805 (Carroll & Graff Publishers, NY 2003) p. XXII.
[85] Anwar Abdel Malek, ‘Orientalism in Crisis’, Diogenes 44, Winter 1963 : 107-108.
[86] See Hegel’s Philosophy of History (New York : Dover Publications, 1956) and I. Kant’s Observations on the Feeling of the Beautiful and the Sublime (Berkeley : University of California Press, 1960).
[87] Edward W. Said, Orientalism : Vintage Books, October 1979. p. 102
[88] H.A.R. Gibb, Modern Trends in Islam (Chicago, University of Chicago Press, 1947) p. 7.
[89] Joseph Conrad, Heart of Darkness. (Wordsworth Classics, Hertfordshire, 1995) p. 35-40.
[90] Rahul Mahjan. The New Crusade : America’s War on Terrorism. New York : Monthly Review, 2002. p. 102-103.