
par Al Faraby
— "Qu’est-ce que le téléphone arabe ?"
— "Le terme téléphone arabe est en référence au fait que le bouche à oreille est supposé être un moyen de communication plus répandu dans le peuple arabe."
— "Et pourquoi poses-tu cette question ?"
— "Parce qu’elle est au coeur des évènements tragiques qui se déroulent en ce moment au Liban"
— "D’après toi, ça se résumerait à un problème de téléphone"
— "Disons plutôt au moyen de communication qui a fait les preuves de son efficacité face à l’agression israélienne contre le Liban en juillet 2006"
— "Et quel est ce moyen ?"
— "Le réseau téléphonique commuté"
— "Ca mérite explication"
— "Un réseau téléphonique commuté (ou RTC) est un réseau de téléphone, dans lequel un poste d’abonné est relié à un central téléphonique par une paire de fils alimentés en batterie centrale
(la boucle locale). Les centraux sont eux-mêmes reliés entre eux."
— "Tu veux dire que tout passe par des fils et des centrales ?"
— "Parfaitement"
— "Mais c’est complètement archaïque comme système... ce qui prévaut aujourd’hui, et de plus en plus demain, c’est le satellitaire... le sans-fil"
— "T’as raison, sauf qu’aussi paradoxal que ceci peut apparaître, dans les conditions d’une guerre agressive dans laquelle ton ennemi a recours aux technologies les plus modernes de
communication, le plus recommandé pour toi, est justement de recourir à ce moyen archaïque"
— "Pour quelles raisons ?"
— "Mais parce que ça te permet d’assurer la plus grande indépendance vis-à-vis de lui, et donc, de limiter au maximum son influence sur toi"
— "Quelle influence peut-il avoir sur toi ?"
— "Par exemple, le brouillage, le détournement, la simulation, l’interruption, l’écoute... autant de méthodes pour neutraliser ton système de communication et remporter la guerre qu’il mène
contre toi"
— "Je commence à comprendre"
— "Comprendre quoi ?"
— "Pourquoi, dans certaines conditions, il est préférable d’avoir un RTC à sa disposition... surtout si ce RTC te permet de résister efficacement contre une armée agressive et
d’occupation"
— "C’est la raison pour laquelle les américains, via leurs représentaux politiques locaux, exigent le démantèlement du RTC détenu par le Hezbollah"
— "Et comment ce dernier a-t-il réagi ?"
— "En dénonçant vigoureusement cette mesure et en la considérant comme une volonté de désarmer la Résistance"
— "Et à quel moment cette exigence a-t-elle été exprimée ?"
— "La veille de la journée de grève générale décidée par la CGTL contre l’augmentation du coût de la vie"
— "Pas mal ! ... même le timing n’est pas neutre... c’est ce qu’on appelle chez nous - vouloir faire d’une pierre deux coups -"
— "Chez nous aussi... sauf que là, ils ont loupé les deux !"
(...)
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par ATTAC Liban
La violence dans les rues de Beyrouth est l’aboutissement de la violence verbale qui s’estt accumulée depuis deux ans, plus rapidement que la dette nationale. L’origine de cette violence de rue est à chercher dans les discours des chefs communautaires et des politiciens, les mêmes qui contrôlent le système politique et économique du Liban.
D’une part, l’opposition a utilisé l’appel à la grève de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) pour servir ses propres objectifs : elle a instrumentalisé les revendications des travailleurs pour exercer une pression politique sur ses adversaires du gouvernement. La direction de la Confédération s’est laissée ainsi entraîner par les desseins politiques de l’opposition. De fait, dès qu’ils ont été dans la rue, les « protestataires » ont tout oublié des revendications des travailleurs.
D’autre part, le gouvernement a appliqué sans état d’âme et dans son propre intérêt une politique allant dans le sens de la vision américaine du Nouveau Moyen-Orient [1]. Ses dirigeants ont encadré l’effondrement des structures de l’Etat, les institutions ont été paralysées, et les députés, communautaristes, ont fait du parlement une institution moribonde et sans utilité. Le gouvernement parle de majorité et de minorité comme si on était dans un régime laïc, alors qu’il a contribué à renforcer ce système communautaire qui ne représente d’aucune façon les réalités démographiques et politiques du Liban.
Attac Liban avait vu dans la grève générale une occasion unique pour tous les travailleurs du Liban de faire pression sur le gouvernement, en vue de l’augmentation du salaire minimum et de la satisfaction des besoins vitaux des citoyens du pays. De plus en plus nombreux vivent dans des conditions de pauvreté, de malnutrition et d’insécurité économique, politique et sociale, à une époque de « tsunami économique »global.
Attac Liban dénonce l’utilisation systématique des revendications sociales et économiques par l’opposition, à des fins politiques (politiciennes). N’est-il pas étonnant que les revendications des ouvriers, des paysans et des catégories les plus pauvres aient disparu des discours des dirigeants de l’opposition ? N’est-il pas étrange que la Confédération générale du travail n’ait pas condamné les milices, pour avoir anéanti ce qui aurait pu se transformer en une action de masse capable de faire pression sur ce gouvernement néolibéral, et de freiner sa politique économique opportuniste et suicidaire ?
Attac Liban exprime avec force sa conviction que la crise a été précipitée par le régime communautaire. La pratique politique communautaire s’est reconfigurée à l’époque de la globalisation et de la reconstruction pour laisser le champ libre à l’élite des nantis et des puissants, pour livrer un peu plus les droits inaliénables du peuple aux intérêts des firmes multinationales, et pour fabriquer une société qui fonctionne à l’encontre d’une logique de reconstruction du Liban sur la base des principes de la démocratie, de la justice sociale et de l’équité économique.
Nous, militants d’Attac Liban, réaffirmons que le système communautaire libanais institutionnalise la pauvreté, la concurrence, la pénurie, quand les chefs communautaires se posent en intermédiaires entre le gouvernement et les affamés de leur communauté. L’élite au pouvoir devient le seul recours face aux difficultés sociales et économiques causées par les politiques néolibérales de privatisation et d’érosion des systèmes de protection.
Attac Liban condamne les actions de rue de toutes les milices. Ces actions manifestent leur mépris flagrant de la sécurité et du bien être de dizaines de milliers de Libanais innocents. Mais nous reconnaissons que leur comportement est surpassé par la culpabilité de leurs leaders communautaires.
Dans ce déferlement de violence, comme dans la violence quotidienne rampante causée par la négligence économique de l’Etat depuis la fin de la guerre civile, nous, militants d’Attac Liban, exerçons notre droit démocratique de ne pas choisir entre : le parti néolibéral et ses politiques antisociales, qui ont entrainé le creusement du fossé entre les riches et les pauvres ; et le parti qui prétend être solidaire du mouvement social, mais qui exploite l’injustice économique et l’absence de représentation démocratique dans le sens de ses intérêts propres.
Attac Liban défend une culture laïque et démocratique. Nous appelons à l’ouverture d’un débat national, excluant les (actuelles) élites politiques qui devraient être bannies de la vie politique. Le débat national devrait rassembler des représentants de toutes les régions du Liban, y compris du monde ouvrier, des coopératives agricoles, des organisations environnementalistes, des organisations de la société civile, des associations locales, des militants pour les droits des femmes et les droits humains, des Palestiniens des camps de réfugiés, des organisations de défense des droits des enfants, des minorités, des étudiants, des intellectuels, des universitaires et des artistes. L’objectif de ce débat devrait être de forger un nouveau système politique pour le Liban, qui représente les intérêts des catégories les plus larges de son peuple, et non ceux des élites au pouvoir, des nantis ou des investisseurs internationaux.
par Al Faraby
— "Je vous assure, Fouad est un chic type, courageux et tout... non vraiment, il mérite toute notre aide"
— "Comment comptez-vous l’aider ?"
— "J’ai déjà ordonné à l’USS Cole d’appareiller vers le Liban en appui à l’armée libanaise et en avertissement à la Syrie et à l’Iran"
— "Pourtant ces deux pays ont déclaré que ce qui ce passe au Liban relève des affaires intérieures"
— "Non, non et non... à chaque fois qu’on laisse les peuples s’occuper de leurs affaires intérieures, c’est la catastrophe pour nous"
— "Vous êtes donc pour une intervention au Liban"
— "La démocratie est en danger dans ce pays et il est de notre devoir d’intervenir pour la sauver, car elle représente une garantie essentielle pour la sécurité d’Israël"
— "Même votre ami Olmert a déclaré que ce qui se passe au Liban est une affaire entre libanais"
— "Oui mais il a ajouté qu’Israël suivait de très près ce qui s’y passe... ce grand pays démocratique ne peut pas rester indifférent à ce qui ce passe à ses frontières"
— "Justement"
— "Justement quoi ?"
— "C’est l’unique pays au monde dont ne connaît pas les frontières"
— "C’est ça la véritable démocratie... des pays ouverts les uns aux autres, avec des capitaux et des marchandises qui circulent sans entraves... plus besoin de frontières"
— "Sauf pour les hommes"
— "Pas tous... certains ne méritent même pas d’exister tellement leur comportement est inacceptable"
— "Et que font-ils ?"
— "Ils s’inventent des droits et se donnent des moyens pour les défendre, ils s’imaginent qu’ils peuvent construire des choses en dehors du modèle occidental"
— "Vous parlez des iraniens et des syriens ?"
— "Pas seulement, de leurs alliés libanais aussi... c’est pour ça que l’aide à apporter à Fouad devient urgente"
— "En somme, il faut que tout le monde comprenne qu’il n’existe qu’un modèle à suivre"
— "Absolument, et d’une manière définitive... on ne va quand même pas revenir dessus chaque fois que des peuples veulent s’occuper de leurs affaires"
— "Ce n’est pas très démocratique ce que vous dites !"
— "C’est en tout cas celle correspondant à notre modèle"
— "D’autres modèles peuvent exister, peuvent s’inventer, peuvent s’imaginer..."
— "C’était vrai à une époque, mais cette page-là est définitivement pliée... notre modèle a démontré qu’il était le seul viable, le seul universel..."
— "C’est donc la fin de l’Histoire"
— "Vous savez, toute chose a une fin... c’est la loi de la nature"
— "Votre modèle aussi"
— "... ?!?"
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par Kader Atoum
Après la victoire militaire du Hezbollah à Beyrouth, la donne a changé au Liban. Les Américains ne se battront pas pour la majorité gouvernementale, tout comme les pays arabes dits « modérés ». Tour des bouleversements géopolitiques en cours.
Les mauvais calculs des Forces du 14 mars (nom de la majorité parlementaire), dirigées par le sunnite Saad Hariri, le druze Walid Joumblat, et les deux chrétiens maronites Samir Geagea et Amine Gemayel, ont offert un beau cadeau au Hezbollah et à l’opposition. La victoire militaire à Beyrouth bien sûr, mais surtout la possibilité d’imposer ses conditions. Ce sera notamment le cas avec une nouvelle loi électorale et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Ce qui devrait changer toute la donne dans la région : l’opposition sera majoritaire et, par là-même, la Syrie reprendra sa revanche. L’erreur majeure commise par l’actuelle majorité a été de trop miser sur l’Arabie Saoudite, l’Égypte et les États-Unis, beaucoup moins sur la France dont les positions étaient jugées « floues et molles » par Sâad Hariri. Pour preuve, excepté des déclarations menaçantes ces derniers jours, ces pays ont fini par accepter le fait accompli sur le terrain. La déclaration du chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, soulignant qu’un rôle positif de la Syrie dans l’apaisement de la situation au Liban est le « bienvenu » n’était rien d’autre qu’un message à ses alliés libanais pour qu’ils cèdent et dialoguent avec leurs ennemis.
Sur tous les plans (militaire, politique et médiatique), la « bataille » de Beyrouth a montré la fragilité et le manque de vision de Saâd Hariri et de ses lieutenants. Ces derniers, lors d’un récent voyage à Paris, déclaraient que le « Tayar d’Al-Moustakbal » (le Courant du futur), leur soi-disant parti politique, était prêt à toutes les éventualités. Et que le Hezbollah ne tombera pas dans le piège en retournant ses armes contre les Libanais et non contre Israël. Les proches de Hariri ont même laissé entendre que leur milice était bien formée à la guérilla urbaine… Les milles et quelques combattants de ce courant sunnite recrutés dans les villages du nord du Liban et parqués dans des sociétés écrans de sécurité créées pour l’occasion, n’ont pas résisté plus de douze heures. Sans parler du discours communautaire employé qui n’a jamais mobilisé les sunnites des régions voisines à venir défendre Beyrouth.
De son côté, surprenant tout le monde, le Hezbollah a continué sur sa lancée en s’attaquant au fief de Walid Joumblat, dans les montagnes druzes. Ce qui a contraint ce dernier à remettre ses armes à son vieil adversaire politique, le druze Talal Arslan qui, à son tour, les a donnés à l’armée libanaise. Quoi qu’il en soit, malgré les rencontres de Joumblat et de Hariri avec des émissaires étrangers et arabes, ces deux personnalités libanaises étaient de facto placées en « résidence surveillée », par le Hezbollah qui pouvaient les arrêter à tout moment.
La récente réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire où la Syrie, représentée par son ambassadeur auprès de La Ligue Arabe et non par son ministre des Affaires étrangères, est parvenue à contrecarrer toute condamnation du Hezbollah représente un tournant majeur de la crise libanaise. Pire, la délégation arabe qui s’est rendue à Beyrouth, dirigée par le Premier ministre du Qatar, montre que le camp des « modérés » à savoir l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie a perdu. Et qu’il était incapable de peser sur la situation.
En tout état de cause, le grand perdant des derniers évènements au Liban restent les États-Unis qui viennent, avec la victoire du Hezbollah et de ses alliés iraniens et syriens, de perdre une carte importante après les revers essuyés en Irak et en Palestine. Dans ce contexte, la « conquête » de Beyrouth par le Hezbollah chiite est avant tout un message adressé à l’administration américaine à la veille de l’arrivée de George W. Bush en Israël pour participer aux festivités des 60 ans de la création de l’Etat hébreu. Le président américain, qui s’est contenté de condamner verbalement le Hezbollah, d’affirmer son soutien au gouvernement de la majorité dirigé par Fouad Siniora et d’annoncer l’étude d’aides à l’armée libanaise, a finalement convaincu ses alliés, les Forces du 14 mars, que Washington n’est pas prêt à se « mouiller » pour eux. Dans ce contexte, à Beyrouth, rares sont ceux qui voient comment la majorité gouvernementale pourrait renaître de ces cendres. Surtout après que le Hezbollah et ses alliés aient démontré qu’ils peuvent, à tout moment et sans l’aide des Syriens, envahir presque toutes les régions du Liban.
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par Jeff Halper
Effectivement, nous, les Juifs israéliens, avons beaucoup à célébrer. Seulement, il semble que quelque chose n’allait pas. Le gala des 60 ans d’Israël a paru excessif, et la joie exprimée par haut-parleurs, à plein volume, quelle que peu artificielle et forcée. Les célébrations ont été, c’est vrai, plus militaristes et triomphalistes que d’habitude. Evidemment, ni les Palestiniens, ni l’Occupation n’ont été autorisés à prendre place dans les récits minutieux qui ont couvert cette journée de l’Indépendance, mais les leitmotivs et expositions militaires, la présence de milliers de soldats et policiers dans chaque lieu public, ont donné le sentiment d’une inquiétude sous-jacente. Quelque chose d’autre était là, une chose non dite, mais troublante. Je l’appelle, l’esprit frappeur palestinien.
Peut-être que notre triomphalisme retentissant n’aurait pas dû en faire autant lors de ces célébrations compte tenu d’un fait inquiétant : la solution à deux Etats, que même Olmert prétend être le seul espoir pour Israël de garder un Etat juif, cette solution est en train de disparaître sous nos yeux. Quiconque connaît les blocs imposants des colonies d’Israël, la fragmentation des territoires palestiniens et leur incorporation irréversible à Israël grâce à un dédale de routes modernes réservées aux seuls Israéliens et à bien d’autres « faits accomplis », quiconque a passé une heure en Cisjordanie peut observer distinctement que tel est bien le cas. L’expansion de la matrice de contrôle d’Israël sur tous les territoires occupés, associée à la protection de l’Amérique contre toute pression internationale en faveur d’un retrait significatif, a rendu l’Etat palestinien viable, et donc une véritable solution à deux Etats, irréalisables.
Avoir transformé l’occupation en un fait politique permanent conduit à ce qu’aujourd’hui, la question de la coexistence, de la paix et de la réconciliation s’est déplacée de Cisjordanie et Gaza vers le pays tout entier, vers une Palestine/Israël indivisible. Telle est la véritable signification des 60 ans. En effet, si un Etat palestinien viable ne peut être distinct d’Israël, alors le conflit devient un conflit qui recouvre l’ensemble du pays, de la Méditerranée jusqu’au Jourdain. Notre focalisation sur 1948 [lors de ces célébrations] soulève des questions que nous aurions préféré laissées de côté, des évènements et des politiques que nous avions effacés pendant les six décennies passées.
Les Palestiniens se sont-ils vraiment sauvé, ou est-ce nous, les Juifs israéliens, qui les avons chassés ? Si près de la moitié des habitants de cette partie de la Palestine qui fut affectée aux Juifs par les Nations unies en 1947 étaient arabes, par quel moyen avons-nous pu transformer ce petit bout de territoire en un « Etat juif » ? Le sionisme alors est-il innocent de crimes de guerre, ou avons-nous en réalité conduit une campagne atroce de nettoyage ethnique jusque bien au-delà des frontières de la partition ? Dans ce contexte, l’occupation de l’ensemble du territoire de Palestine est-elle la conséquence d’un mauvais calcul de la Jordanie ou, selon un point de vue exprimé 40 ans plus tard, est-elle en réalité « l’achèvement » inévitable de 1948, comme Rabin et beaucoup d’autres avec lui l’ont déclaré ? Comment pouvons-nous concilier notre soi-disant volonté de paix avec une annexion méthodique des territoires occupés, incluant presque 250 colonies ? Peut-on vraiment s’attendre à « gagner », à entraver les aspirations des Palestiniens à la liberté dans leur patrie et pour toujours ? et si on le croit, quelle sorte de société aurons-nous donc, de quoi nos enfants vont-ils hériter ? En effet, pendant que nous nous permettons de parler au nom de la juiverie mondiale, pouvons-nous croire que notre diaspora - fondamentalement libérale et non tribale comme le judaïsme en Israël - soutiendra des crimes de guerre qui ne feraient que saper la base morale de la communauté, ses convictions et sa foi ?
Puis, vient la question la plus difficile de toutes : si c’est nous qui avons éliminé toute solution réaliste à deux Etats - la création d’un Etat-prison palestinien tronqué sur 15% de la Palestine historique, du style des bantoustans d’Afrique du Sud, ne sera jamais une solution au conflit - alors, comment allons-nous mettre fin à notre conflit vieux d’un siècle ? Comment allons-nous traiter avec une entité binationale Palestine/Israël, qui sera, pour une grande part, notre propre création ?
Pour échapper à toutes ces questions, nous avons développé un certain nombre de mécanismes, retardant éternellement une solution politique qui n’est que l’une de ces questions. Il nous suffit d’ « affirmer » simplement notre soutien à une solution à deux Etats pour être considérés comme des gens désireux de faire la paix et raisonnables. Les partisans de deux Etats veulent simplement l’ « idée » d’un Etat palestinien, un processus sans fin « vers » cet Etat, afin d’échapper à la confrontation avec la réalité que nous avons créée. Tant qu’un Etat palestinien paraît rester possible, aucune pression ne s’exerce. Ainsi, beaucoup d’Israéliens, de Juifs de la diaspora, et d’autres - dont des personnalités qui cherchent et d’autres au contraire qui sont radicales, telles Noam Chomsky et Uri Avnery, de concert avec la Paix Maintenant, Brit Tzedek, Rabbis Michael Lerner et Arthur Waskow et les membres des Rabbins pour les droits humains - beaucoup se cramponnent avec ténacité à la solution à deux Etats, tous refusant d’admettre qu’elle n’est plus viable.
Le 40è anniversaire de 1967 était relié à l’occupation. Si nous avions traité alors cette question avec sagesse et justice, Israël aurait pu aujourd’hui être un Etat juif vivant en paix avec ses voisins sur 78% de la Terre d’Israël, une vrai motif alors pour des célébrations. Cette année, cette focalisation sur les 60 ans, sur 1948, est une affaire tout à fait différente. Si nous voulons sauver une présence nationale juive en Israël/Palestine, il ne nous reste plus qu’à affronter avec courage ce que nous avons fait en 1948 et la réalité binationale que nous avons encouragée depuis 1967. Nous ne pouvons plus accuser les Palestiniens de nos dilemmes ; ils ont accepté la solution à deux Etats en 1988. Non, c’est nous, les triomphants, nous qui croyions (et qui croyons toujours) que la puissance militaire associée à notre capacité à être des victimes pourraient vaincre la volonté d’un peuple pour sa liberté, c’est nous qui portons le fardeau de la responsabilité de cette situation antisioniste, toujours absolument prévisible.
Ce n’est qu’en conciliant nos célébrations et les pertes des Palestiniens que nous pourrons finalement arriver à un accord sur la présence, « dans notre pays », d’un autre peuple, avec des revendications et des droits égaux, ouvrant la voix à une paix juste, à une réconciliation et à la garantie d’une présence nationale juive sur la Terre d’Israël - quelle qu’en soit la forme politique. Si difficile qu’il soit, un tel réexamen peut en fait nous permettre de réaliser l’aspiration initiale et ultime du sionisme : un véritable retour au foyer de la nation juive, au cœur de sa civilisation. Notre âme errante et l’esprit frappeur palestinien pourront finalement se reposer. « Ce » sera alors un motif pour une célébration véritable, libre.
Jeff Halper est le coordinateur du Comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD).
Il peut être joint à l’adresse : jeff@icahd.org
Du même auteur :
"Stratégie d’Israël pour une occupation définitive"
"Quelle feuille de route ?"
"Il ne s’agit pas seulement de territoire, mais de viabilité"
CounterPunch - traduction : JPP
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Analyse de Abdel Bari Atwane : La réalité de l’équilibre des forces au Liban.
Les événements des quatre derniers jours ont révélé la réalité de l’équilibre des forces au Liban.
Lorsque des dirigeants de la majorité gouvernementale, tels que Saad Hariri et Walid Joumblatt, se retrouvent encerclés dans leurs quartiers généraux respectifs, incapables d’en sortir et obligés d’appeler l’armée à la rescousse pour assurer leur sécurité, cela signifie qu’il n’y a qu’une seule force ayant la haute main sur le pays et capable d’imposer sa volonté.
Nous ne croyons pas que le groupe gouvernemental ignore cette vérité, ainsi que les moindres détails de la situation militaire sur le terrain et ceci nous amène à poser cette question simple: pourquoi a-t-il donc pris la décision De pousser brusquement à l’escalade et de prendre des mesures qu’ils se savait incapable d’exécuter sur le terrain, telles que la révocation du Lieutenant Colonel Wafik Chekir, responsable de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth et le démantèlement du réseau de télécommunications et des caméras du Hezbollah, jugés illégaux ?
La réponse à ces deux questions, ainsi qu’aux questions annexes, se résume dans une de ces deux hypothèses : ou bien que le groupe gouvernemental soit tout simplement naïf, ce que nous écartons d’emblée ; ou bien alors que des forces étrangères lui ont recommandé l’escalade et la provocation du Hezbollah, dans le but de pousser à une guerre civile d’usure, ce qui est, à notre sens, plus probable.
Il y a un consensus, dans les milieux de « l’alliance arabe des modérés », sur la nécessité de liquider la résistance et son armement au Liban, ce qui coïncide avec les desseins des israéliens et des américains. Il n’est pas exclu, dans ces conditions, que ces derniers aient incité leurs alliés au Liban, qui représentent la légitimité constitutionnelle, d’agir rapidement et de provoquer le Hezbollah afin de le pousser à faire usage de ses armes dans un conflit interne. Cela leur permet de prétendre que l’armement n’était pas destiné, à l’origine, à être utilisé contre Israël pour libérer les terres libanaises occupées, mais pour étendre la domination du Hezbollah sur le pays et changer ainsi la donne constitutionnelle.
Internationalisation de la crise
En fait, ils veulent internationaliser la crise libanaise et permettre aux Etats-Unis, à Israël et à la France et, peut-être aussi à certains pays arabes, d’intervenir militairement et d’envoyer des troupes au Liban, sous prétexte de venir au secours d’un gouvernement légitime, présidé par Fouad Séniora. Les vaisseaux de guerre américains mouillent toujours au large des côtes libanaises, à l’affût de l’occasion d’intervenir d’urgence. Si cela viendrait à se faire, le coût en sera très élevé.
Les Etats-Unis et Israël ne peuvent pas déclarer la guerre à la résistance au Liban sans la moindre justification légitime. L’administration américaine ne peut recourir de nouveau aux allégations mensongères après avoir été discréditée. Le front libanais est calme et les forces des nations unies, qui accomplissent convenablement leur mission à la frontière, n’ont pas enregistré de violation de la part de la résistance. Bien au contraire, elles ont enregistré de nombreuses violations par l’aviation israélienne de l’espace aérien libnais.
La réunion urgente des ministres arabes des affaires étrangères, qui se tient aujourd’hui à la demande de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, les deux pôles de l’axe modéré constitué par Condolezza Rize, est le premier pas vers l’internationalisation de la crise libanaise et l’offre de couverture légale arabe à l’intervention américaine et israélienne. C’est le préambule à une guerre régionale impliquant la Syrie et l’Iran.
Quand le porte-parole égyptien déclare que son pays ne peut accepter qu’une force, soutenue par l’Iran, domine le Liban, cela correspond à une déclaration de guerre contre la résistance et l’annonce d’une prochaine intervention contre elle. Pourquoi donc, ce même porte-parole n’a-t-il pas déclaré autant, concernant l’occupation américaine de l’Irak et israélienne de la Palestine ? Et comment tolère-t-il le blocus de Gaza et l’interdiction de son ravitaillement en hydrocarbures alors que l’Egypte fournit du gaz à bas prix à Israël?
Les projets pour la région :
Il faut reconnaître, sans trop de complications théoriques, qu’il y a deux projets fondamentaux dans la région arabe : le premier, adopté par la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et les fractions de la résistance palestinienne, est celui de la résistance. Le second, qui comprend les pays arabes de l’axe modéré, a, au contraire, choisi de s’aligner sur le camp américain et ses plans de domination et de consécration de la suprématie militaire israélienne.
C’est le choix de la résistance et la persévérance dans cette voie, qui ont permis à Hamas de maîtriser la bande de Gaza et au Hezbollah de maîtriser Beyrouth.
Le second projet, celui de l’alignement sur les américains, a donné la preuve de son échec et son refus par les peuples arabes. Les arabes favorables au projet américain n’ont jamais réussi à faire démanteler une seule colonie ou un seul des 700 barrages israéliens en Cisjordanie, malgré les nombreux services rendus gratuitement aux américains : engagement dans la guerre contre le terrorisme, participation efficace dans le soutien à l’occupation de l’Irak, attaque contre les groupes islamiques et leur encerclement.
Il est vrai que le Hezbollah est soutenu par l’Iran, ainsi que le Hamas. Si l’Iran a réussi à disposer d’une position dominante au Liban, à travers le premier, et à prendre pied à Gaza par l’intermédiaire du second, cela est bien la conséquence de l’impuissance officielle arabe, la complicité des régimes arabes avec le projet américain et l’absence de tout projet réel pour récupérer la dignité bafouée et pour soutenir les causes nationales. Il y a actuellement un projet iranien, un autre turc, un troisième indien, un quatrième chinois, et il n’y a nulle trace d’un projet arabe.
Le conflit au Liban n’est pas un conflit sunnite chiite, comme voudraient le faire croire l’axe des modérés et ses médias. C’est un conflit entre un projet de résistance et un autre de soumission, un conflit entre ceux qui se trouvent dans le camp des guerres américaines contre notre nation et ceux qui se trouvent dans les tranchées d’en face, un conflit entre ceux qui ont vaincu et humilié Israël et ceux qui ont perdu leurs guerres contre lui.
Les Palestiniens, tous sunnites, n’ont aucune haine contre les chiites ou le Hezbollah. Au contraire, ils le soutiennent, à l’exception d’une minorité de salafistes. Cela est aussi valable pour la grande majorité des peuples arabes, du Maghreb et du Machrek.
Aussi les tentatives permanentes pour diaboliser les chiites et le Hezbollah pour des motifs « américains », sont vouées à l’échec, tout comme ont échoué celles qui avaient visé la gauche auparavant.
C’est l’administration américaine actuelle qui a introduit et tente de propager le virus du sectarisme confessionnels, de transposer le modèle irakien un peu partout dans la région et d’utiliser les régimes alliés pour leur fournir la couverture médiatique et les justifications religieuses. Les Etats-Unis se sont alliés aux chiites contre les sunnites en Irak et aux sunnites contre les chiites au Liban. Ils sont contre ceux résistent qu’ils soient sunnites ou chiites.
Les critères américains pour cataloguer les amis et les ennemis sont Israël et le positionnement par rapport aux projets américains dans la région. Aussi celui qui lutte contre Israël et se déclare pour la résistance en Irak est d’emblée un ennemi mortel qui doit être sanctionné et marginalisé, indépendamment de sa confession ou de sa secte. Au contraire, celui qui accepte de coexister avec Israël et ferme les yeux sur ses massacres, et qui soutient l’occupation américaine de l’Irak est l’allié et l’ami qui mérite appui et soutien.
La neutralité libanaise :
La neutralité libanaise est un mensonge auquel ne croit que celui qui l’a inventé. Le Liban ne peut pas être neutre dans une région à feu, menacée dans sa sécurité, ses ressources et sa foi. Comment peut-il être neutre avec sa composition confessionnelle compliquée, aux ramifications régionales et internationales et ses directions majoritairement corrompues et vendues ? Comment peut-il l’être dans un contexte de tension et de conflit entre puissances, dont l’une, Israël, implantée par la force et ne pouvant vivre que par l’agression ? L’autre, la Syrie, avec sa position hautement stratégique et sa longue tradition historique et géographique, ayant toujours des terres occupées ?
Les périodes de stabilité au Liban ont été courtes, correspondaient souvent à des armistices et l’ont été surtout avant l’implantation de l’Etat hébreu. Même les dix dernières années, n’ont connu qu’une stabilité relative et artificielle, fruit d’une entente syro- saoudite sous le patronage américain et en l’absence d’hostilité israélienne. Actuellement, l’entente syro- saoudite s’est effondrée et s’est transformée même en une animosité manifeste, le patronage américain a pris fin et Israël se prépare à la guerre, dans l’espoir de rehausser un peu le prestige de son armée, écrasé au cours de la guerre de juillet 2006, et c’est ce qui explique le climat actuel d’escalade.
Nous ne croyons pas à une issue immédiate pour la crise actuelle, tant la boule de violence grossit de jour en jour et parce que les Etats-Unis et Israël souhaitent que se poursuivent les affrontements afin d’entraîner l’Iran et la Syrie, d’une manière ou d’une autre, dans une guerre régionale.
Tous les libanais, sans exception, sont les victimes de ce projet diabolique.
Ressasser des formules telles que « le retour au dialogue » ou « l’appel aux sages » pour intervenir afin d’éviter au pays une guerre destructrice, c’est moudre du vent.
Le Liban est malheureusement l’expression des équilibres régionaux et un terrain de confrontation arabe et internationale. Aussi l’entente interne ne peut se réaliser qu’à l’ombre d’une entente internationale et ceci n’est pas acquis actuellement.
Nous le disons avec amertume, le Liban est un instrument, sa décision n’a jamais été indépendante et souveraine un jour, le prestige de son régime a toujours été relatif et c’est pour ces raisons que nous voyons l’avenir obscur et même très obscur !
Abdel Bari Atwane