| Cosmopolitik : la Tunisie vue par un dissident |
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COSM0POLITIK : le petit papillon de RSP.
- Moncef Marzouki, médecin, écrivain et homme politique tunisien - Kasper Ly Netterstrøm, étudiant à Sciences Po Des liens en relation avec le thème : http://www.moncefmarzouki.net/ http://tunisiawatch.rsfblog.org/ Rejoignez également le groupe facebook « Résistance tunisienne »Voici le lien pour écouter l'interwiew du professeru M.MARZOUKI http://www.rsp.fm/public/index.php?option=com_content&task=view&id=388&Itemid=48 ****************************************
Sarkozy invité dans un bar clandestin
C'EST A PEINE si le brouhaha s’apaise un peu, le temps pour les clients du bar de saisir au vol quelques bribes du discours de Nicolas Sarkozy. Le
journal télévisé de 20 heures, lundi 28 avril, vient de commencer. Quand apparaissent les deux présidents enlacés, le Français et le Tunisien, les visages se renfrognent. "Eh ! Tu nous l’as déjà servie, cette chanson !" s’esclaffe un chômeur. De Pierre Mendès France, en passant par Mitterrand, c’est toujours la même rengaine : la Tunisie est un amour pour la France. Chez Fritchou, un bar clandestin, les bavardages vont bon train. Sur la table du milieu, il y a un soupçon de vie. Les traits empreints de lassitude, ils fument et boivent du mauvais alcool. "Je n’ai personne qui crie, je viens ici et je picole" dit un type tailladé de coups de couteau, une vraie carte géographique. "Pour parler, on parle ! De tout et de n’importe quoi. Le Ben Ali ? Sarkozy ? Je m’en tape complètement", lance un compère dans un ricanement sinistre. - Tu m’as dit une fois, me semble-t-il que tu pensais que les chefs français qui disent aimer les Tunisiens, s’ils les aimaient réellement, devraient vivre comme les Tunisiens. C’est bien cela, non ? - Ouais, dit le balafré. Et spécialement quand ce chef s’appelle Sarkozy. - Cela signifie que nos amis de France doivent s’attabler à la table et se servir une bouteille de boukha et se taper une khahba en fin de partie ? - C’est ça même. - Et pourquoi donc ? - Pour me prouver qu’ils m’aiment vraiment, dit le balafré. Autrement, je les crois pas. Ce Sarkozy qui m’aime et qui s’occupe du sort de mon pays. Il devrait, quand il s’invite chez moi, aller dormir dans les taudis Hay Ettadhamen qui sont faits pour tout ce qu’on veut sauf pour dormir. Il devrait aussi manger dans des gargotes, surtout dans les petits villages où toutes les argenteries sont bien graisseuses. Faudrait aussi qu’il attende pendant une heure le bus bondé pour journaliers et aides ménagères. Et puis même il devrait envoyer ses enfants dans les écoles pour bicos. C’est des écoles qui sont presque toujours de l’autre côté du Chemin de fer, dans des gourbis qu’on peut pas croire que ça existerait. Quand notre ami Sarkozy aura fait l’expérience de la gargote, de mon lit, de l’école de mon fils, du bus de ma femme, alors on verra son vrai sentiment. - Si tu espères que nos bons chefs français vont traverser toutes ces épreuves, c’est que tu les prends pour des surhommes. - Pourquoi ? J’ai bien voyagé dans des wagons de marchandises et je ne suis pas un surhomme, moi. D’ailleurs, comment ce peuple qui a peur du blizzard et des moustiques a pu nous coloniser ? - Tu radotes. - Je crois au partage égal. Ces gentils Français qui m’aiment bien, ils doivent partager avec moi les transports collectifs, non ? En plus, j’aimerais bien que mes amis de France essayent une fois de se servir des chiottes des gares du Nord. Y a rien sur la terre, rien, vous m’entendez, qui est comparable à des toilettes dans une gare du Nord. La moitié du temps, y a pas de glace, pas de papier, parfois même y a pas de WC. - Mmm - Ca suffit pas que ce chef français soit gentil avec moi, qu’il me serre la main et qu’il me dise que je suis bien dans un pays bien. Je le sais que je suis un homme bien. Ce que je veux, c’est mon pays devienne un pays bien. C’est pourquoi, si tous ces présidents français qui défilent depuis Pierre Mendès France, apprennent sérieusement ce que c’est que d’être privé de sa liberté, je vous parie qu’ils changeront d’avis. - A vrai dire, même moi, si j’étais un chef français, quelle que soit mon amitié pour la Tunisie, je serais incapable de m’exposer aux avanies du sous développement rien que pour prouver mon amour des Tunisiens. - Moi non plus, dit le balafré. - Alors, toi non plus, tu ne serais pas si courageux que cela ? - Bien sûr. Mais je serais comme un chef français. A la place de Sarkozy, je serais à ma place. Taoufik Ben Brik ***************************
Jean-Pierre Jouyet : "La Tunisie n'est pas la Corée du Nord"
Répondant aux critiques du socialiste Pierre Moscovici sur les déclarations du chef de l'Etat à Tunis, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes juge qu'il ne faut pas "caricaturer la situation d'un pays ami de la France".
Le secrétaire d'État français chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet "La Tunisie n'est pas la Corée du Nord, c'est caricaturer la situation d'un pays ami de la France", a lancé Jean-Pierre Jouyet lors de la séance des questions au gouvernement, en l'absence du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Le député PS Pierre Moscovici avait précédemment vivement dénoncé les propos du président, pour qui "l'espace des libertés" progresse en Tunisie. Il a accusé Nicolas Sarkozy de "trahison des démocrates tunisiens" et de "complaisance" face "aux violations quotidiennes des droits de l'Homme en Tunisie et dans le monde". C'est ce que disait "mot pour mot" Hubert Védrine "Nous n'avons jamais caché que la France souhaitait qu'une évolution politique accompagne maintenant les succès du développement économique et social, les progrès sur le statut de la femme ou la tolérance religieuse", a répondu Jean-Pierre Jouyet. "Cette ouverture, c'est aux Tunisiens eux-mêmes d'en fixer le rythme, le contenu, les modalités, mais elle est aujourd'hui indispensable et possible", a-t-il ajouté, en assurant que c'est ce que disait "mot pour mot" l'ex-ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine. "Ce n'est pas en stigmatisant, en s'érigeant en donneurs de leçon que l'on fait avancer les choses", a-t-il encore dit. Nicolas Sarkozy a achevé mercredi une visite d'Etat en Tunisie, qui a suscité un tollé chez les défenseurs des droits de l'Homme. *******************************
"Ben Ali doit sa longévité à la France"
Comment réagissez-vous aux déclarations de Nicolas Sarkozy estimant que "l'espace des libertés progresse" en Tunisie ?- Il doit certainement avoir un bon décimètre pour mesurer cela. Cet espace des libertés a bien été gagné, mais par Ben Ali, et non pas par les droits-de-l'hommistes ou par les citoyens tunisiens. Ben Ali a gagné des libertés contre les Tunisiens. Ben Ali et Sarkozy sont tout simplement en train de s'auto-congratuler. Nicolas Sarkozy a refusé de se poser en "donneur de leçons" au nom de l'amitié franco-tunisienne. Des protestations françaises pourraient-elles cependant faire évoluer la situation en Tunisie ? - C'est une question que l'on ne devrait même pas poser. Depuis Mendès-France, en passant par De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac… jusqu'à Sarkozy, la France n'a jamais vraiment envoyé de sermons à la Tunisie. Bourguiba ou Ben Ali n'ont jamais entendu dire par la France qu'ils devraient donner davantage de libertés à la Tunisie. La France en serait pourtant capable, car c'est l'ancien colonisateur et la Tunisie est encore aujourd'hui quasiment une colonie française. Ben Ali doit sa longévité à la France. Quant à savoir si la France pourrait agir en faveur des droits de l'homme en Tunisie… Je ne crois pas. Elle pourrait nous aider en laissant faire les citoyens tunisiens, c'est-à-dire en s'écartant quelque peu. Aujourd'hui, Paris aide encore Ben Ali à asseoir son régime. Comment peut être perçue une telle attitude du président de la République française par les Tunisiens ? - Nous nous attendions à ça, d'autant plus que nous avons déjà été leurrés par les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy. Mitterrand ou Chirac ont fait de même. Mais Sarkozy, c'est le chef d'œuvre puisqu'il va jusqu'à féliciter Ben Ali pour ses soi-disant réalisations. De qui se moque-t-il ? Les Tunisiens ont cru pendant un moment que la France, terre de la Boétie, pourrait aider à la liberté ici. Aujourd'hui, on assiste plutôt à "L'Avare" de Molière. *******************
"D'abord une déception, ensuite une inquiétude"
Nicolas Sarkozy a salué hier l'engagement de la Tunisie dans "la promotion des droits universels et des libertés fondamentales". L'Etat tunisien est-il véritablement sur
cette voie ?- Le diagnostique du président est au minimum un diagnostique très faux. Il suffit, pour s'en rendre compte, de prendre connaissance des nombreux rapports des organisations internationales qui font état des infractions multiples aux droits de l'homme en Tunisie. La dernière association indépendante a avoir été reconnue par la Tunisie remonte à 1989. Il s'agit de l'Association tunisienne des femmes démocrates. Depuis, rien. Les défenseurs des droits de l'homme sont harcelés. Même leurs proches subissent des pressions. La Ligue tunisienne des droit de l'homme, qui est la plus vieille organisation des pays de la ligue arabe, est empêchée d'agir. Des forces armées campent en permanence devant le siège à Tunis. On compte des centaines de détenus d'opinion. Quotidiennement Madame Belahssen, présidente de la FIDH, est traitée de manière odieuse et sexiste dans la presse tunisienne. Nicolas Sarkozy a également déclaré qu'il ne voulait pas s'ériger en "donneur de leçons"... - La défense des droits de l'homme, depuis la déclaration universelle en 1948, a fait du respect de ces droits une responsabilité universelle et partagée. Rappeler à un Etat le respect des droits, c'est tout simplement remplir cette mission. Nicolas Sarkozy, une heure à peine après son élection, s'était engagé à faire du respect des droits de l'homme une des priorités de son mandat. Or ce n'est pas le cas. La Tunisie a signé librement des conventions internationales. Le lui rappeler simplement, ce n'est pas se poser en "donneur de leçons". D'autre part, la Tunisie a été le premier pays de la méditerranée à signer en 1995 un accord d'association avec l'Europe qui stipule clairement que les relations sont basées sur le respect des droits de l'homme. C'est une déception pour les défenseurs tunisiens qu'on ne contribue pas au respect de leurs droits. Ils avaient encore à l'esprit une phrase que Jacques Chirac avait prononcé dans le cadre de son mandat: "le premier droit des hommes est celui de manger". Mais les tunisiens ne sont pas seulement des ventres. Ils veulent aussi le droit d'opinion et d'association. C'était déjà une forme de mépris. Qu'attendiez-vous de la visite de Nicolas Sarkozy ? Pensez-vous que les intérêts économiques en jeu aient pris le pas sur le respect et la défense des droits de l'homme ? - Nous sommes pour le développement économique. Il n'y a pas d'opposition entre les droits de l'homme et l'économie. Avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy, j'ai participé à une réunion avec Rama Yade. Nous avons longuement informé le gouvernement de la situation en Tunisie. C'est d'abord une déception, ensuite une inquiétude, à la veille de la présidence française de l'Union européenne. Car si l'Europe abandonne les droits de l'homme, qui va tenter de les faire respecter ? J'ose espérer que la question a été abordée en privé par le président. A l'heure de la reprise du processus de Barcelone qui doit consolider une union de paix au sein des pays de la méditerranée, on ne peut pas écarter la question des droits de l'homme. Interview de Driss El Yazami par Estelle Gross **************************************
Le discours de Nicolas Sarkozy
à Tunis le 28 avril 2008
Voici le discours prononcé le lundi 28 avril par Nicolas Sarkozy lors du dîner d'Etat offert par Ben Ali, président de la République tunisienne. Monsieur le Président de la République, Permettez-moi d’abord de vous remercier pour la chaleur et la qualité de l’accueil que vous nous avez, une nouvelle fois, réservé, ainsi que pour les paroles si amicales que vous venez de prononcer. J’ai souhaité faire du renouveau de la relation entre nos deux pays une priorité de mon action et c’est déjà la seconde fois que je me rends en Tunisie depuis mon élection, il y a moins d’un an. Et pour chacun de ceux qui m’accompagnent autant que pour moi-même, c’est toujours une grande joie de retrouver la Tunisie. L’un de nos plus grands auteurs, Flaubert disait, avec une certaine justesse, qu’en Tunisie « le climat y est si doux que l'on oublie d'y mourir ». A travers l’Histoire, qui n’a succombé aux charmes de cette Tunisie ? Je pense à Ulysse et à ses aventures qui, de passage sur l’Ile des Lotophages, l’actuelle Djerba, ne parvenait plus à en faire revenir ses hommes. Vous avez noté que nous ne nous sommes pas arrêtés à Djerba. Je pense aux Phéniciens, qui se sont installés ici pour porter leur civilisation à son plus haut degré de raffinement. Je pense à Hannibal le Carthaginois qui a puisé dans ces lieux sa fougue, et pourquoi ne pas le dire, son inspiration de stratège. Je pense à Saint-Augustin et Ibn Khaldoun qui y ont enraciné, ici en Tunisie, leurs visions de la foi et de la Cité. Tous ont aimé votre terre qui allie beauté et ouverture sur le monde. La Tunisie est le cœur de la Méditerranée. Et c’est ici que se rejoignent les côtes orientales et occidentales de notre mer commune. Tunis est aussi proche de Nice que Nice ne l'est de Dunkerque ! La Tunisie, méditerranéenne au nord, saharienne au sud, terre natale de plusieurs papes tout en abritant l’une des premières villes saintes de l'Islam et, de surcroît, l’une des plus anciennes synagogues, bâtie sur une pierre du temple de Salomon, la Tunisie est donc un carrefour, le carrefour de l’Histoire et le carrefour des civilisations. La Tunisie, c’est d’abord l’œuvre de la volonté des hommes et, pourquoi ne pas le dire, Monsieur le Président de la République, j’aime votre proverbe, ce proverbe tunisien : « la différence entre un désert et un jardin n’est pas l’eau mais l’homme ». C’est cet héritage historique assumé dans sa diversité qui fait l’identité de la Tunisie et qui explique son ouverture et son esprit de tolérance. Je sais, Monsieur le Président, le prix que vous attachez au dialogue des civilisations. Une chaire de l’Université de Tunis porte votre nom pour permettre à de grands esprits arabes et européens de se rencontrer, d'échanger et de bâtir dans ce respect mutuel sans lequel il n'y aurait ni paix, ni harmonie, ce dialogue indispensable, et Dieu sait que l’Orient et l’Occident ont besoin de dialoguer et que nous autres, nous avons besoin de trouver les voies de l’ouverture de la rencontre et de l’échange avec le monde arabe. Vous avez été, Monsieur le Président, parmi les premiers à apporter votre appui au projet d'Union pour la Méditerranée. Cela ne m’a pas surpris. Après tout, pionnière dans ses relations avec l'Europe, la Tunisie a été le premier pays à avoir signé, dès 1995, un accord d'association avec l’Union européenne et la Tunisie est le seul pays aujourd'hui, au sud de la Méditerranée, à avoir mis en place une zone de libre échange avec l'Europe pour les produits industriels ? La Tunisie a bien compris que l'initiative de la France, vise à associer sur un pied d'égalité, -et j’insiste sur ce mot- et à travers des projets concrets et -j’insiste sur les projets concrets-, l'ensemble des Etats et des peuples, qui partagent une communauté de destin autour de notre mer commune. Je sais pouvoir trouver ici, dans cette Carthage, qui symbolise ce que la Méditerranée a apporté de plus beau et de plus riche aux échanges entre les hommes, l’inspiration et le soutien qui feront de l’Union pour la Méditerranée le plus beau des cadeaux que nous puissions faire à nos enfants. Entre nos deux pays, entre nos deux peuples, la géographie et l’histoire ont tissé des liens exceptionnels. Ah quand même Monsieur le Président de la République, les Tunisiens ne peuvent pas oublier que c’est dès 1577 que la France fut le premier pays à nouer des relations diplomatiques avec la Tunisie ! Je veux dire le premier pays d’Europe. Alors, nous avons en partage une histoire faite de quelques ombres mais il y a aussi beaucoup de lumière. Aujourd'hui, sans oublier le passé, nous voulons, vous et moi, regarder résolument vers l'avenir ! Que de choses rapprochent et lient indéfectiblement nos deux peuples ! Paradoxalement, il nous faut veiller à ce que ces liens si étroits, si denses, si naturels et parfois si complexes ne tombent pas dans la routine car rien n'est jamais acquis pour toujours. Nous devons sans cesse revitaliser cette relation pour qu'elle réponde aux aspirations nouvelles de nos sociétés. J'ai voulu que la délégation française incarne cette large communauté d'hommes et de femmes qui partage un même attachement à nos deux pays. Ces Françaises et ces Français dont les racines sont en Tunisie et qui restent liés au pays de leurs parents et de leurs ancêtres ; mais aussi, Monsieur le Président de la République, ces Tunisiens qui se sont installés en France et y ont fait souche sans oublier la terre d'où ils viennent. Les hautes responsabilités qu’ils occupent dans toutes les sphères de l’Etat et de la société témoignent de leurs qualités. 600.000 Tunisiens ou Franco-tunisiens vivent dans l'harmonie en France, et 25.000 compatriotes résident heureux ici, en Tunisie. Je veux saluer l'accord exemplaire qui vient d'être signé entre nos Ministres qui va faciliter la circulation des personnes, des familles et des professionnels. La France est un pays ouvert et accueillant pour ceux qui veulent y venir régulièrement. Au premier rang des échanges, et c’est peut-être le plus important pour l'avenir, est la question du partage du savoir. 10.000 étudiants tunisiens fréquentent nos grandes écoles et nos universités. C’est une tradition bien ancienne. Déjà, au XVIIème siècle, on trouvait ce que l'on appellerait aujourd'hui un ''accord d'équivalence'' permettant aux lycéens tunisiens d'accéder librement à la Sorbonne ? Il est remarquable que les Tunisiens constituent le premier contingent étranger à l’Ecole polytechnique. A l'Université de Dauphine, le vice-président a été consacré en 2005 meilleur jeune économiste de France, il est franco-tunisien. Aujourd'hui, il nous revient de mettre en place des formes nouvelles d'échanges culturels et éducatifs. Je soutiens la création tout-à-fait originale de l'Université Dauphine-Tunis. Voici un établissement tuniso-français de grande qualité. Inséré de manière harmonieuse dans le tissu éducatif tunisien, ce pôle universitaire d'excellence a vocation à rayonner en Méditerranée et en Afrique. Face à une compétition internationale de plus en plus féroce, nos cadres doivent s’allier, nos chercheurs doivent s’allier, nos entreprises doivent s’allier. C’est cette alliance qui fera notre force, pour améliorer notre compétitivité et notre attractivité. Pour que les civilisations se rencontrent, pour que les hommes se parlent, il faut la confiance. A ceux qui pensent que l'humanisme est une invention occidentale et qui regardent donc les autres avec un peu de suffisance, je veux rappeler que Tunis a aboli l'esclavage en 1846, deux ans avant Paris, et que la Tunisie fut, en 1861, le premier pays arabe à se doter d’une constitution. Plus tard, le Président Bourguiba a fait, le jour même de l'indépendance de votre pays, un double choix fondamental : celui de la modernité pour les Tunisiens, femmes et hommes, et celui de l'amitié avec la France. L'année même de l'expédition de Suez, alors que la guerre en Algérie déployait ses drames, ce choix n'était pas un choix évident. Il a été courageux et visionnaire pour l’amélioration et la modernisation de la société, je pense notamment à la condition de la femme tunisienne, avec l'adoption du Code du Statut Personnel. Je veux dire qu’un tel statut était en avance non seulement sur les pays de la région mais aussi sur des pays européens où le principe d'égalité ne s'appliquait pas alors totalement à la femme. Monsieur le Président, vous avez repris cet héritage et cette vision. La situation juridique et matérielle de la femme tunisienne s'est encore améliorée grâce à votre souci de veiller à ce que le droit de la femme soit une réalité vécue et non de simples textes juridiques. Des femmes occupent des postes de responsabilité à la fois dans le public et dans le privé. Et je veux noter que l’UNESCO a récemment honoré deux physiciennes tunisiennes de très haut niveau. La scolarisation dans le primaire et dans le secondaire des femmes, des jeunes filles est comparable en Tunisie à celle des pays de l'OCDE. Et ce sera bientôt le cas pour l'enseignement supérieur, comme nous souhaiterions qu’il en soit ainsi dans tous les pays arabes. Et, en terme de revenus, la Tunisie va rejoindre d'ici la fin de la prochaine décennie des pays européens comme le Portugal ou la Grèce. Signataire des grandes conventions des Nations unies, votre pays s'est engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, en respectant -et Monsieur le Président de la République, j’y suis très sensible, parce que c’est une question qui m’a toujours passionné- un moratoire strict sur la peine capitale à laquelle naturellement j’ai toujours été opposé à titre personnel. Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants, que je veux saluer, et qui font écho à ce que disait déjà feu le Président Bourguiba lorsqu’il confiait : « Je suis réaliste. Etre réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible ». Je sais d’où vous venez Monsieur le Président de la République, d’où vient la Tunisie et la Tunisie peut se comparer sans rougir à tant d’autres pays. Ces signaux, ces réformes s’inscrivent sur un chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus sans lesquels un pays n’est pas un grand pays. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons. J’ai pleinement confiance dans votre volonté de voir continuer à élargir l’espace des libertés en Tunisie. Nous en avons parlé vous et moi. Je veux dire pour terminer ma conviction que sur la base de la relation de confiance qui existe entre la Tunisie et la France à laquelle je suis très attaché, nous pouvons bâtir ensemble un avenir meilleur. C’est l’enseignement que nous devons conserver d’un Tunisien illustre, le poète latin d’origine berbère Terence, qui avait coutume de dire : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Un avenir meilleur pour nos enfants, qui passe par le règlement des conflits au Proche-Orient. Il ne faut pas que l’espoir retombe. Je l’ai dit à mes amis israéliens. La sécurité d'Israël passe par l’arrêt complet de la colonisation. Etre un ami, c’est dire ce que l’on pense. Cela passe aussi par la création d'un Etat palestinien moderne et viable. Cela passe également par la sécurité garantie à l’Etat d’Israël. Je n’ai pas deux discours, un discours à Paris et un autre discours dans d’autres capitales. Je veux aussi et enfin rendre hommage, Monsieur le Président de la République, à votre lutte déterminée contre le terrorisme, qui est le véritable ennemi de la démocratie. Et croyez bien que pour la France, la lutte contre le terrorisme engagée ici, c’est important. Car qui peut croire que si demain, après-demain, un régime de type taliban s’installait dans l’un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’ils sont en sécurité ? Et j’appelle chacun à réfléchir à cela. Et c’est bien la raison pour laquelle je souhaite que l’énergie du futur, le nucléaire, des pays comme le vôtre puissiez y accéder. Parce que, grâce à l’énergie du futur, on aura le développement et la croissance et donc la misère qui reculera. Et vous savez parfaitement que les terroristes se nourrissent de la misère et de l’exploitation des peuples. Et c’est par le savoir et par la croissance qu’on luttera contre les terroristes. Et je sais aussi qu’on ne combat pas les terroristes -j’ai été ministre de l’Intérieur- avec les méthodes des terroristes. Et c’est pourquoi je suis si attaché à la coopération entre nos services. La France est fière d'être le premier partenaire de la Tunisie dans tous les domaines. Soyez convaincu, Monsieur le Président de la République, qu'elle entend rester résolument aux côtés de la Tunisie pour vous aider à poursuivre l'œuvre de modernisation et de développement qui est la vôtre. Et je mesure bien ce que cela peut représenter comme effort dans un pays comme le vôtre que de tirer toute la société vers le développement, vers le savoir et vers le respect des individus. La relation entre nos deux pays est faite de confiance, de respect, d'estime et d'amitié. Elle est tournée vers l'avenir. C'est fort de cette conviction Monsieur le Président de la République que je veux lever mon verre à votre bonheur personnel, au bonheur de votre famille si cruellement endeuillée, il y a peu de temps, lever mon verre au bonheur de votre peuple et de la Tunisie et vous dire, Monsieur le Président de la République, au nom de la délégation que je conduis et, si elle le permet, au nom de mon épouse, combien nous avons été sensibles à la chaleur de votre accueil. Mesdames et Messieurs, Vive la Tunisie ! Vive la France ! Vive l’amitié entre les peuples tunisien et français ! *********************************
Sarko, les droits de l'homme et la courte vue
C'EST une rupture…Peut-être pas celle annoncée, mais c’est une rupture. En voyage chez le président tunisien Ben Ali, Nicolas Sarkozy a fait du zèle.Depuis vingt
ans, le régime du président Ben Ali est régulièrement épinglé par les ONG pour ses violations des droits de l'Homme. Des actes de torture ont été récemment dénoncés par les
Nations-Unies, des militants des droits de l’homme sont traqués, la censure règne en maitre. Par pure curiosité, allez sur les sites d’Amnesty International ou de Human Rights Watch
et vous serez édifiés. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à affirmer, malgré cela, que "l'espace des libertés progresse" et que « ce sont des signaux encourageants que je veux
saluer", ajoutant qu’il voyait « pas au nom de quoi je m'érigerais en donneur de leçons" !,laissant à Ben Ali le beau rôle puisque le président tunisien a indiqué être "conscient" que
beaucoup restait à faire en matière des droits de l'Homme en Tunisie et affirmé "accepter volontiers la critique" ! Mais Ben Ali est maintenu au pouvoir grâce au soutien de la France
et il le lui rend bien : treize Airbus assortie de trois options pour un montant d'un milliard d'euros et la construction d'une centrale thermique pour environ 360 millions d'euros,
selon la même source, sans parler d’un accord-cadre de coopération en matière de nucléaire civil ! Qui en Mars 2007 disait : « Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux
droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits
des femmes » ? Nicolas Sarkozy. Or qu’a fait hier le même Nicolas Sarkozy ? Il est allé jusqu’à encourager Ben Ali à poursuivre dans la voie autoritaire, affirmant: "Qui peut croire
que si, demain, après demain, un régime du type taliban s'installait dans un de vos pays, au nord de l'Afrique, l'Europe et la France pourraient considérer qu'elles sont en
sécurité?".Or c’est exactement ce raisonnement spécieux qui, partout dans le monde musulman, fait le lit de l’extrémisme islamiste. Il faudrait fermer les yeux sur les actes de
torture couramment pratiqués en Tunisie, au nom de la lutte contre le terrorisme. Or, ce n’est pas seulement moralement discutable, du fait que l’on accepte pour certains pays ce que
nous refusons chez nous, mais c’est politiquement à courte vue. Ce sont les régimes autoritaires qui ont fait le lit d’Al Qaïda et de ses variantes salafistes. Jean-Marcel
Bouguereau( |