Le Hamas
Préface de Dominique Vidal Khaled Hroub
Traduit de l’anglais par Laurence Decréau
Demopolis 240 pages, Paris, Avril 2008
On ne parle que du Hamas depuis que le mouvement islamiste a gagné les élections législatives en janvier 2006, au détriment d’un Fatah déphasé après les échecs des négociations de Camp David en 2000, la seconde Intifada et la mort de Yasser Arafat. Ayant pris la tête du gouvernement à dominante islamiste, puis, en avril 2007, d’un gouvernement d’union nationale avec son rival, le Hamas a fini par s’emparer violemment de tout le pouvoir à Gaza en juin 2007. Bien que placé sous les feux de l’actualité palestinienne et alors que sa percée s’inscrit dans une vague régionale, le mouvement de résistance, qui figure plus que jamais sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des Etats-Unis et d’Israël, n’a pas suscité, jusqu’ici, de livre de fond.
Comme l’écrit Dominique Vidal, historien et journaliste, dans sa préface, « le mouvement a progressivement plongé ses racines au plus profond de la société palestinienne ». Né sur les décombres de 40 ans de frustrations palestiniennes, en 1987, lors de la première Intifada, créé par le Cheikh Ahmed Yassine mort assassiné depuis, le « mouvement de résistance islamique » s’inspire des Frères musulmans dont il est issu afin de mener un combat nationaliste et religieux pour la libération de la Palestine. On retient, à juste titre, les attentats-kamikazes dont le mouvement s’est rendu coupable en Israël, son refus de négocier avec ce dernier et les atteintes aux libertés auxquelles il se livre à Gaza contre ses adversaires.
Mais, comme l’explique l’intellectuel palestinien Khaled Hroub dans son ouvrage du même nom, le Hamas ne se réduit pas, loin de là, à ces seules dimensions. Historiquement, politiquement, culturellement, religieusement et socialement, c’est à la fois le principal mouvement islamiste palestinien mais surtout une formidable alternative aux failles du Fatah, décrédibilisé par son échec stratégique, sa gestion corrompue et son absence de vie démocratique interne.
Le Hamas était idéologiquement le mieux placé pour faire face à l’impasse des accords, processus de paix devenu processus d’occupation : doublement du nombre de colons, désarabisation de Jérusalem-est, transformation de la Cisjordanie en bantoustans, multiplication des check-points, incursions israéliennes et contrôle effectif des Territoires face à une Autorité palestinienne impuissante.
Très présent sur le terrain social local depuis 20 ans, le Hamas - même si, comme l’écrit l’auteur, « il ne souhaitait pas gagner les élections » - a dû faire face à ses responsabilités à l’annonce des élections. Au lieu de négocier avec le vainqueur des premières élections démocratiques réalisées dans un pays arabe du Proche-Orient, l’Occident a imposé des sanctions à une population déjà frappée pour moitié par le chômage et vivant aux deux tiers avec moins de deux dollars par jour. L’instauration d’un gouvernement d’unité nationale s’inscrivant explicitement dans la perspective de deux Etats n’y a rien fait : l’embargo des Etats-Unis et de l’Europe a accéléré la radicalisation des éléments islamistes. En « punissant » les Palestiniens, l’Occident les a poussés un peu plus dans les bras de l’aile la plus radicale du Hamas.
Sur le fond, le livre revient dans un jeu de questions-réponses sur la structure, l’idéologie, la stratégie, les soutiens, les attentats kamikazes, l’enracinement progressif du Hamas dans l’histoire et le présent de la société palestinienne. Khaled Hroub a rencontré et interviewé les principaux dirigeants du mouvement pour mener son enquête et écrire son livre. C’est déjà une gageure.
Résumer le contenu du livre en quelques lignes est impossible et des choix s’imposent. Hroub commence par évoquer la Charte du mouvement, rédigée en 1988, et dont les dirigeants se sont petit à petit éloigné ; il revient sur les éléments les plus dérangeants du corpus idéologique du Hamas, à savoir la légitimité d’Israël, la conspiration faite contre les Arabes lors de la création de l’Etat hébreu en 1948, le caractère religieux du combat nationaliste. L’auteur revient ensuite sur ce qui fâche : le présupposé antisémite du mouvement, le présupposé anti-sionisme de ce dernier, l’avenir de la présence juive au Proche-Orient.
Hroub ne manque pas de signaler que le Hamas reste délibérément flou sur certains aspects des rapports entre Juifs et Musulmans, entre Israéliens et Palestiniens. Et évidemment sur la question de la reconnaissance d’Israël, clé de l’affaire. Ce n’est pas « inenvisageable » selon lui. Parce que « le pragmatisme et le réalisme dont font preuve ce mouvement face aux problèmes laisse la porte ouverte à un tel dénouement ». C’est peut être aller vite en besogne mais « il faudrait [quand même] que le climat se prêt à un pas aussi décisif ». On en est loin autant pour Israël que pour la Palestine. Longuement, Hroub démontre brillamment l’évolution « pragmatique » du Hamas entre 1988 et 2008, sa place dans le coeur meurtri des Palestiniens et dans le coeur blessé des Arabes. Et vingt années de lutte, cela compte.
Voilà pour le présent. Mais quel sera l’avenir dans la bande de Gaza du Hamas et la Cisjordanie du Fatah… Et du Hamas ? Quel est l’avenir des relations du Hamas avec le monde arabe ? Avec l’Occident ? Difficile de le dire comme toujours au Proche-Orient. Tout peut basculer d’un jour à l’autre. Interrogeant une personne à Gaza sur les raisons de son vote pour le Hamas, il obtint cette réponse « Quand je vote pour le Hamas, je vote pour Allah ».
Est-ce à dire que la prochaine étape, après la prise de Gaza par Haniyeh, sera l’implantation radicale et dangereuse d’Al Quaida ? L’auteur ne cache pas sa crainte, même si le Hamas veille. C’est dire qu’il lui faut se normaliser, et passer du statut de mouvement de résistance Ne reculant pas devant des méthodes terroristes (c’est à dire ciblant des civils innocents) à celui de mouvement politique « fréquentable ». On rachète tout le monde dans le monde d’aujourd’hui. Mouammar Kadhafi le sait bien. Alors, pour rassurer, s’il le peut, le Hamas a tendance – mais est-il crédible ? - à répéter : « We are Erdogan, not Taliban ». Un Hamas plutôt tendance Erdogan, du nom du premier ministre turc « islamo-démocrate conservateur », comme on dit à Ankara, que tendance « Fous de Dieu » comme à Kaboul.
Beaucoup d’incertitudes subsistent, l’auteur le reconnaît. Mais laissons lui le mot de la fin : « Les différences entre ces deux mouvements sont considérables, jusque dans leur nature. C’est pour cette raison que le Hamas tient absolument à garder ses distances avec Al Qaida et ne veut surtout pas s’engager dans une coopération ».
A la bataille mondiale de l’organisation d’Oussama Ben Laden, terrorisme inclus, contre les nouveaux croisés de l’Occident, le Hamas oppose une lutte visant à rendre un territoire aux Palestiniens, un pays à part entière où ils puissent vivre libres. Et l’on ne compte plus les déclarations de ses dirigeants, Ismaïl Haniyeh en tête, selon lesquelles ce territoire pourrait se trouver aux côtés d’Israël, et non prendre sa place...Encore faut-il que s’ouvre l’espace d’un dialogue politique, auquel Khaled Hroub, avec son livre, entend contribuer avec conviction, sans préjugés et en respectant le recul nécessaire face à l’actualité.
Khaled Hroub est né dans un camp de réfugiés palestiniens à proximité de Bethléem. Universitaire et journaliste, il dirige le programme d’études des médias arabes de l’Université de Cambridge, en Grande-Bretagne. Il écrit ponctuellement dans les colonnes de Al Hayat, Herald Tribune, Middle-East Journal et la Revue d’Etudes Palestiniennes et est membre du Queen’s college à Oxford.
La puissance du lobby pro-israël aux Etats-unis est telle - surtout dans le camp Démocrate - qu’on comprend qu’un candidat ne veuille pas risquer de s’aliéner des voix d’électeurs. Mais néanmoins, on aurait préféré voir le candidat du “changement” adopter une attitude plus intelligente vis à vis des initiatives de son ancien mentor, Jimmy Carter.
Mais les Etats-unis sont devenus un pays d’hystériques, ces 8 dernières années… quand un éditorialiste réputé en vient à écrire que le simple fait de parler avec le Hamas ou de critiquer Israël c’est “planter les graines de la destruction de la Civilisation Occidentale”, c’est vraiment qu’au niveau des mentalités, on en est revenu au 12è siècle et la grande croisade…
[Tim Carr - IES News Service - 23/04/2008 - Trad. Grégoire Seither]
Pauvre Jimmy Carter. Tout ce qu’il voulait c’était initier des pourparlers en vue d’arriver à la paix. Mais tout ce qu’il a reçu c’est une volée de bois vert, de l’Administration Bush, de la Secrétaire d’Etat, du gouvernement israélien, des grands groupes de presse… et même des candidats à la présidence !
Les plus navrants ont été les commentaires de Barack Obama, qu’une partie de l’opinion considérait comme un potentiel candidat du changement dans la politique étrangère U.S. Parlant devant un groupe de leaders de la communauté juive, dans une synagogue de Philadephie, Obama a critiqué l’initiative de Carter, déclarant que , “Hamas n’est pas un Etat, Hamas est une organisation terroriste. De toute évidence ils ont développé une forte influence dans les territoires Palestiniens, mais ils ne contrôlent pas l’appareil du pouvoir.“
Cette distinction est surprenant, étant donné le fait que Obama a fréquemment signalé sa volonté de “parler à tout le monde” et que le Hamas est une organisation politique qui - démocratiquement parlant - représente la grande majorité du peuple Palestinien, formant la majorité des élus au parlement palestinien.
Si le fait de détenir le siège de Premier Ministre à la suite d’une élection démocratique n’est pas synonyme de “détenir l’appareil du pouvoir”, alors on peut se demander quel est le critère retenu par M. Obama.
Obama a également sacrifié à l’obligation de se présenter comme un ami inconditionnel d’Israël, déclarant que, s’il était élu, “il ferait le nécessaire pour qu’Israël puisse se défendre contre toute attaque,” - même si, ici encore, son choix des mots était intéressant, étant donné qu’il ne s’est pas explicitement engagé à aller en guerre pour le compte d’Israël, comme l’ont fait John McCain et Hillary Clinton.
Carter a également été lacéré par les médias étatsuniens qui n’ont parlé de son voyage que pour le critiquer. La page éditoriale du Washington Post’ - un traditionnel terrain de jeu des néo-cons U.S. - s’est surpassé en accusant Carter d’aller embrasser des brutes sanguinaires. Selon le Post, le Hamas est une bande de “terroristes” qui “n’hésite pas à frapper des civils” comme par exemple la ville israélienne de Sderot, soumise à “des attaques quotidiennes de missiles du Hamas”. Le Post fait semblant d’ignorer qu’en matière de “frappes contre des civils” c’est Israël qui est champion toutes catégories. Lors de ses raids contre des “militants”, elle laisse généralement plusieurs civils innocents, dont des enfants en bas âge, sur le carreau. Alors que les “attaques quotidiennes” contre Sderot n’ont pour l’instant tué qu’une seule personne l’année dernière, le représailles israéliennes ont tué, pendant la même période, près d’un millier de Palestiniens, la majorité des enfants et des civils innocents
Pour l’influent Business Daily : “Jimmy Carter est le pire de nos anciens présidents, il honore la mémoire de Yasser Arafat tout en embrassant des terroristes assassins. Au lieu de faire la bise aux terroristes, Jimmy Carter ferait mieux d’aller se recueillir sur les tombes de leurs victimes”.
Pour Benjamin Shapiro, éditorialiste réputé dans plusieurs quotidiens U.S., c’est carrément la civilisation occidentale qui est en danger : “Jimmy Carter est un agent du mal. C’est douloureux de devoir traiter un ancien président U.S. de partisan des ténèbres. Mais il est dangereux de laisser un homme comme Jimmy Carter hanter la planète, drappé dans la cape de la réputation américaine et plantant les graines de la destruction de la Civilisation Occidentale. “
Le député du Michigan, Joe Knollenberg est tellement en colère contre Carter qu’il a demandé au Congrès de bloquer tous les financements fédéraux alloués au Centre Carter, expliquant que “l’Amérique doit parler d’une seule voix contre nos ennemis terroristes”.
Allant encore plus loin, la député de Caroline du Nord, Sue Myrick a demandé à Condoleeza Rice de retirer son passeport à Jimmy Carter. “Cet homme est malade, il doit être mis en quarantaine, on ne peut le laisser sortir de chez lui pour aller semer ces idées malades à travers le monde”.
Du coté du Congrès, Howard Berman, le nouveau directeur de la commission des Affaires étrangères (House Foreign Affairs Committee), s’est plaint du fait que Jimmy Carter “n’est pas neutre quand il s’agit du Moyen Orient et d’Israël”. Berman, par contre qui est membre honoraire du parti Likud israélien et participe activement à tous les groupes de pression pro-Israël à Washington, est d’une neutralité absolue sur la question.
Ironiquement, il serait bon de rappeler à toutes ces ofraies que Carter est un des présidents U.S. qui a fait le plus pour la paix en Israël , pas seulement pour les politiciens d’extrème droite qui ont la faveur actuellement à Washington. C’est lui qui, en 1979, a négocié l’accord de paix avec l’Egypte qui a ouvert la voie à la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes.
Il a toujours été un porte-parole honnète, même si parfois un peu pontifiant, qui a eu le courage de reconnaître que, dans les territoires occupés, Israël a mis en place un système proche de l’apartheid. C’est une réalité que la presse israélienne n’hésite pas à dénoncer mais qu’il est interdit de mentionner aux Etats-unis, sauf à se faire traiter d’antisémite par les “groupies” du lobby pro-israël qui courent après le “vote juif”.