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BAKCHICH.INFO VS SARKO/BEN ALI

 

Lorsque Sarkozy enfile les pantoufles tunisiennes de Chirac
Diplomatie / lundi 28 avril par Nicolas Beau

Alors que Nicolas Sarkozy déclarait dimanche qu’il se rendait en Tunisie, afin d’exprimer son « estime » et son « soutien » à son homologue tunisien, « Bakchich » a enquêté sur ce pays gangrené par une corruption généralisée et totalement verrouillé, sur lequel Zine El Abidine Ben Ali règne sans partage depuis 1987. La pauvre Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, qui fait partie du voyage, n’a pu qu’à la boucler ! A lire sans modération.

Surnommé « Bac moins trois » par ses sujets, Zine Ben Ali règne, depuis 1987 sur une Tunisie corrompue et totalement verrouillée. À l’Élysée, on ne tarit pas d’éloges sur le Royaume du jasmin et de la torture qui serait un solide rempart contre l’intégrisme. « Plutôt Ben Ali que Ben Laden », avait déja écrit Denis Jeambar dans l’Express.

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Ben Ali, Ubu roi
© Khalid

On risque, en fait, d’écoper à la fois de Ben Ali et de Ben Laden. Les prises d’otages de touristes se multiplient en effet dans le Sud tunisien ; et la société laïque laissée par Bourguiba s’islamise à grands pas. Plus grave, les classes moyennes s’appauvrissent rapidement.

En fait, Nicolas Sarkozy qui se rend en visite d’État en Tunisie du 28 au 30 avril compte sur Tunis pour faire aboutir son grand dessein d’Union méditerranéenne. Le président tunisien s’est posé habilement en partisan de ce vaste souk. Et il va falloir négocier un troc difficile : le silence des Français sur les atteintes de Ben Ali aux droits élémentaires contre le soutien diplomatique du régime tunisien. Avec Rama Yade dans les bagages, cela s’annonce coton !


 

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« Des trois pays du Maghreb, la Tunisie est celui avec lequel nous entretenons la relation la plus dense et la plus apaisée ». Voici ce que le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Lévitte, déclarait à quelques journalistes amis peu avant le départ, ce lundi 28 avril, de Sarko pour Tunis. On dirait du Chirac qui a toujours défendu, becs et ongles, son ami Ben Ali et « le miracle tunisien ». Ou encore de Charles Pasqua, qui n’aime rien tant que rejoindre son fils Pierre, longtemps sous la menace d’un mandat d’arrêt international, dans une des plus belles villas de Sidi Bou Saïd. C’est que Charlie aime profiter de quelques séances de thalassothérapie dans un des plus luxueux hôtels du pays. Tout comme Philippe Seguin, un natif de Tunisie et le plus constant soutien de Ben Ali. Ce qui explique qu’il ait été invité par son pote Sarkozy à l’accompagner à Tunis.

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Sarko en Tunisie
© Khalid

À l’Élysée, on veut à tout prix que cette visite d’État, qui s’étale sur trois jours, se passe bien. Trois jours dans un même pays, cela tient de l’exploit pour notre président zappeur. Mais bien plus que la signature de quelques contrats (Airbus, Alstom), ce séjour conditionne le succès du projet d’Union méditerranéenne. Un dossier suivi en direct au Château par Jean-David Lévitte et Henri Guaino, tous deux conseillers de Nicolas Sarkozy. Tunis est en effet l’une des rares capitales arabes à soutenir la France dans cette vaste usine à gaz (Lire dans Bakchich 

L’Audace de déplaire

Au mois de juin dernier, Paris était au plus mal avec Tunis. Cela faisait des années que Ben Ali et ses flics réclamaient la disparition de l’Audace. Cet excellent journal, qui défendait l’idée démocratique et la laïcité, n’était diffusé qu’à quelques centaines d’exemplaires. Le magazine n’était vendu, et de façon irrégulière, que dans quelques kiosques parisiens. Un seul journaliste, mais il est vrai de qualité, en assurait la réalisation. Peu importe ! Ben Ali exigeait de la France que cette publication soit anéantie. La paranoïa de ce régime de sous préfecture est sans limites. « Ben Ali est un flic, et c’est un flic qui est con », avait déclaré avec justesse Hubert Vedrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères.

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L’Union méditerranéenne vaut bien une grand-messe
Diplomatie / lundi 28 avril par Kader Atoum

Le projet sarkozyen d’union méditerranéenne n’est pas vraiment fédérateur. La visite en Tunisie sera l’occasion de convaincre – très difficilement – son homologue. Et les autres dirigeants du sud de la Mare Nostrum avec lui…

La visite d’État de trois jours en Tunisie de Nicolas Sarkozy devrait se concentrer sur le sommet de l’Union pour la Méditerranée qui se tiendra mi-juillet en France. Le président français vise, à travers ce déplacement, à inciter Zine El-Abidine Ben Ali, son homologue tunisien, à convaincre ses pairs maghrébins, l’algérien Abdelaziz Bouteflika, et le Libyen Mouammar Kadhafi, de participer à ce sommet. Une tâche qui s’annonce difficile. Le chef de la diplomatie tunisienne, Abdelwahab Abdallah, a compris que ni Alger ni Tripoli ne voulaient de ce projet.

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L’Union méditerranéenne… à deux
© Khalid

Les Algériens ont montré, dès le début, leur scepticisme envers ce projet méditerranéen. En privé, Bouteflika en dit pis que pendre. Les Libyens ont été plus directs et plus francs en indiquant qu’il serait impossible de faire partie d’une entité dans laquelle siège l’état d’Israël. Dans ce cadre, le ministre des Affaires étrangères, Abderrahmane Chalgham, aurait rappelé à son homologue tunisien que le Guide n’a pas encore avalé les déclarations de Nicolas Sarkozy qui ne « serre jamais la main à ceux qui n’acceptent pas la présence de l’État d’Israël dans le projet de l’Union pour la Méditerranée » ; et Chalgham d’ajouter en rapportant sur son patron : « Que Sarkozy fasse cette union avec les Israéliens, mais sans nous ».

Un projet mort-né ?

À Beyrouth, le premier ministre, Fouad Siniora, répète déjà devant ses proches collaborateurs qu’il sera délicat de participer à ce sommet, Israël continuant, explique t-il, à occuper une partie de notre territoire (les fermes de Chebâa au Sud-Liban). À Damas, le ministre des Affaires étrangères, Walid al-Mouallem, a d’emblée annoncé que son pays n’était pas prêt à faire un tel cadeau à Nicolas Sarkozy. Le responsable syrien a tenu à rappeler que ce dernier avait provoqué tous les pays arabes en insistant à faire du Salon du Livre un « événement israélien », à l’occasion de la création de l’État hébreu. Il avait reçu en grande pompe son président, Shimon Perès.

L’idée ne marche pas plus fort auprès des pays de l’Union européenne. Et ce, malgré le compromis de dernière minute qui a été conclu à Hanovre, le 3 mars dernier, entre Sarkozy et la chancelière allemande, Angela Merkel. En tout état de cause, les autres responsables européens ne cachent pas leur méfiance à l’égard du projet qui, d’après eux, servira de tremplin pour les ambitions du président français.

André Azoulay à la manoeuvre

Aujourd’hui, forums, séminaires et colloques se succèdent à Paris pour sauver la fameuse Union. Dernière manifestation en date, le « Forum de Paris-Euro-Méditerranée », tenu le 28 mars dernier à Paris et placé sous son Haut patronage. Les entreprises françaises, les institutions étatiques et privées telles que la Mairie de Paris ou des groupes de médias se sont bousculées pour sponsoriser cet événement. En dépit des discours complaisants d’un grand nombre des 72 intervenants, des voix se sont levées pour appeler à se méfier de la « démocratie impériale » et de sortir de l’ « élitisme ».

À l’Élysée, on continue de répéter tous azimuts que c’est déjà dans la poche. « Il suffit de voir avec quel enthousiasme la Tunisie, l’Égypte et le Maroc , accueillent le projet du président pour mesurer l’impact de sa réussite », disait l’un des proches conseillers de Sarkozy en marge du Forum de Paris, en présence d’André Azoulay, conseiller économique du roi du Maroc, Mohamed VI. Ce conseiller un peu sur le déclin a oublié que le Maroc, la Tunisie ou l’Égypte ne représentent pas tous les états de la rive sud de la Méditerranée !

Si l’Audace n’était pas interdit, les Tunisiens promettraient de mettre fin à toute coopération en matière de terrorisme. La menace fut jugée réelle, place Beauvau : on dépêcha à Tunis, durant l’été dernier, de hauts responsables de la DST. Lesquels parvinrent, à leur retour, à négocier en douceur, avec le responsable de L’Audace, à qui on donna une nationalité française, la disparition de ce dangereux libellé. Bien joué !

La coopération entre les deux pays put reprendre. La femme de l’ambassadeur put reprendre ses parties de bridge au club de la présidente tunisienne, l’irrésistible Leila Ben Ali. Et le projet d’Union méditerranéenne du Château peut désormais être soutenu vigoureusement par ces amis si sûrs. « Une relation apaisée », comme on dit désormais à l’Élysée…

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Les vacances secrètes de Ben Ali à l’Ile Maurice

À la mi-mars, le président Ben Ali est parti avec ses militaires à l’Ile Maurice pour quelques jours de farniente. Si les médias tunisiens se sont tus, les Mauriciens, eux, se souviennent très bien de l’escapade présidentielle.

Le bruit court dans les beaux salons de Tunis : le président Ben Ali aurait discrètement pris quelques jours de vacances à l’Ile Maurice, à la mi-mars 2008. Très exactement pendant la semaine du 12 mars qui coïncide avec la fête nationale de cette île chérie des people de la terre entière. Oui, mais voilà, les médias tunisiens, pas franchement réputés pour leur indépendance (Lire dans Bakchich : Tolérance zéro envers les médias), n’ont bien entendu point pipé mot de l’escapade de leur président vénéré.

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Ben Ali en vacances
© Khalid

Ainsi, le quotidien La Presse, sorte de Pravda local, s’est débrouillé pour faire exister le chef de l’État dans ses éditions. Par exemple, le 10 mars, ses lecteurs pouvaient lire que Ben Ali a reçu « un message des membres de la Cour des comptes et des participants au colloque sur “La cour des comptes et les défis de la gestion publique” ». Ce qui leur fait une belle jambe. Rebelote le 11 mars où l’on pouvait découvrir que le chef de l’État tunisien a écrit à l’Émir du Qatar une missive dégoulinante de bons sentiments. La présidence tunisienne, quant à elle, ne s’est guère embarrassée de tant de salamaleks puisqu’à la même période, son site Web indiquait sobrement : « pas d’activités (présidentielles) pour le 10 mars 2008 ». Et pour le 11 mars , ô surprise !, que Ben Ali a envoyé un message de félicitations au président mauricien à l’occasion de la fête nationale de l’île.

Un jet privé, et beaucoup de militaires

Difficile pourtant d’ignorer que Ben Ali a déserté quelques jours durant le pays du jasmin : sans doute par crainte d’être renversé par un quarteron de gradés, il a emporté dans ses bagages ses généraux. Et cela, les médias de l’Ile Maurice s’en souviennent très bien. Dans l’édition du 22 mars 2008 de l’hebdomadaire local L’Express, on pouvait lire ce « confidentiel » anodin intitulé « Le président Ben Ali dans son jet » : « Le président tunisien Abzin (sic !) Ben Ali, qui était en visite privée chez nous la semaine dernière, était accompagné de pas moins de 18 soldats, ce qui a donné du fil à retordre aux services de sécurité à l’aéroport de Plaisance ».

Renseignement pris auprès du journaliste à l’origine de cette brève, Ben Ali est arrivé à Maurice en jet privé. Et, en voyant ses militaires, dont certains en uniforme, bousculer le protocole, les policiers mauriciens ont cru pendant quelques secondes à un coup d’État contre… le président sud-africain Thabo Mbeki ! Ce dernier se trouvait en effet sur place puisqu’il était l’invité d’honneur de la fête nationale mauricienne… Et le journaliste de L’Express de souligner : « on n’a pas l’habitude de ce genre de comportement chez nous ». Toujours selon ce dernier, le séjour de Ben Ali s’est toutefois déroulé plus calmement : « séjour à l’hôtel Royal Palm, un palace mauricien, avec sa fille et son gendre ainsi que sa garde prétorienne ».

Toujours est-il que le 17 mars, Ben Ali reprenait du service à Carthage puisque le site web de la présidence tunisienne annonçait à grands coups de cirage de pompes qu’il a reçu « le grand écusson de l’Union Arabe de l’Artisanat et des métiers » et remettait le prix du « Président de la république pour la promotion de l’artisanat ». On respire…

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Tolérance zéro envers les médias
Bakchich TV / lundi 28 avril par La princesse enchantée, Pat Ethic

Au royaume tunisien du père Zine Ben Ubu, la liberté d’expression n’existe pas. Et gare aux récalcitrants !

Le charmant régime tunisien du président Ben Ali ne recule devant rien pour museler les médias. Le chef de l’État figure d’ailleurs lui-même sur la liste des « prédateurs de la presse » érigée par l’ONG Reporters sans frontières (RSF). Un privilège qu’il partage avec les dirigeants de Corée du Nord, d’Érythrée ou encore de Guinée Équatoriale. La classe ! Il faut dire que la situation des médias dans la Tunisie de Ben Ali est tout simplement catastrophique. Dans l’édition 2008 du rapport annuel de RSF, on peut ainsi lire en guise d’introduction : « le chef de l’État contrôle le pays depuis 20 ans d’une main de fer et rien ne laisse augurer d’une quelconque ouverture ». Terrible quand on sait que Ben Ali a toutes les chances d’être réélu avec un score à la soviétique l’année prochaine…

2008 démarre sur les chapeaux de roues

Rien que pour l’année 2007, RSF indique que « pas moins de dix journalistes ont été agressés par la police et trois médias censurés. (…) Trois journalistes ont été poursuivis en justice. Deux d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme. » Quant à 2008, et bien, elle commence sur les chapeaux de roues ! On déplore déjà deux agressions policières. Ainsi, le 3 mars, Sihem Bensedrine, journaliste et présidente du Groupe de travail pour la liberté de la presse en Afrique du Nord ainsi que son mari, Omar Mestiri, directeur de la publication Kalima ont été séquestrés six heures durant et malmenés par la flicaille tunisienne qui a en outre copié le contenu de leurs ordinateurs. Puis, le 24 avril, la voiture de l’épouse du journaliste et opposant Taoufik Ben Brik a été vandalisée alors qu’une semaine plutôt des policiers ont menacé ce dernier de s’en prendre à sa famille. En à peine un trimestre, on déplore également la confirmation de la condamnation à un an de prison du journaliste Slim Boukhdir qui travaille comme correspondant du journal londonien Al Quds Al Arabi et du site web de la chaîne arabe Al-Arabiya. Sans oublier la lente asphyxie de l’hebdomadaire Al-Maoukif qui est régulièrement saisi de façon arbitraire.

L’envoyé spécial de Libé poignardé

Avec une liberté d’expression réduite à néant, les médias tunisiens sont sans surprise réduits à chanter les louanges du régime. Comme on peut le voir sur cette vidéo réalisée à partir des JT de la télévision tunisienne, il n’y en a que pour Ben Ali !

Les médias étrangers n’échappent pas non plus à cette chape de plomb et toute publication un brin critique pour la smala de Carthage est illico bloquée en douane. Pire, à l’instar de leurs confrères tunisiens, les journalistes étrangers sont également la cible d’agressions physiques de la part de la flicaille de Ben Ali. Dernier épisode en date : en novembre 2005, l’envoyé spécial de Libération, Christophe Boltanski, a été poignardé et aspergé de gaz lacrymogène sous le regard placide de policiers, à Tunis. Dans un registre moins dramatique, Bakchich ne résiste pas au plaisir de rappeler la mésaventure survenue en 1995 au chef du bureau AFP de Tunis, Nabil Jumbert, dont Carthage voulait se débarrasser, et que rapportent les journalistes Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi dans leur livre Notre ami Ben Ali : « Dans un parking, en plein jour, une jeune fille s’affale devant lui (Nabil Jumbert) et hurle de douleur. Comme il se précipite pour lui venir en aide, la Tunisienne se met à hurler au viol. Une plainte est déposée au commissariat de police. Il faudra une intervention de l’ambassade de France pour “exfiltrer” le malheureux journaliste ».

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Les magouilles des Ben Ali, Trabelsi, Materi and Co.
Pillage / lundi 28 avril par La princesse enchantée

C’est de notoriété publique : la Tunisie est pillée sans vergogne par la voyoucratie qui règne à Carthage. « Bakchich » exhume ses archives qui récapitulent les derniers méfaits des clans Ben Ali, Trabelsi et Matéri. Terrible !

Les exploits des Trabelsi

Imed, Belhassen… Honnis par les Tunisiens, ils ont en commun de s’appeler Trabelsi, d’aimer bâfrer et d’être apparenté à Leïla, l’épouse du président Ben Ali.

Patrimoine historique : Belhassen Trabelsi y fait ses emplettes

Le frère de Leïla, première dame de Tunisie, Belhassen Trabelsi, a encore fait de jolis achats. Il a mis la main sur un terrain de Sidi Bou Saïd, jadis propriété du Mufti de Tunis, et sur lequel il veut bâtir une vilaine bicoque de deux étages. Autre conquête immobilière de cet incorrigible : un jardin public de Tunis où il a fait construire un showroom pour les automobiles Ford, dont il est le représentant en Tunisie. Il faut le comprendre : depuis que les Émiratis ont investi dans le secteur immobilier, les prix se sont envolés…

Cerise sur le gâteau, Belhassen Trabelsi a également acheté pour la très modique somme de 60 000 dinars un lopin de terre de huit hectares situé dans une zone classée monument historique par les Nations Unies. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du site archéologique des Citernes de Carthage. Ni une ni deux, Trabelsi a fait déclasser son lopin avec l’approbation du ministère tunisien de la Culture. L’Unesco a eu beau protester, rien n’y a fait.

Mais il n’y a pas que le patrimoine historique tunisien que Belhassen siphonne. La compagnie aérienne nationale, Tunisair, en fait aussi les frais puisque cet indécrottable glouton utilise gratuitement ses différents services (réparation, catering, entretien des avions…) pour assurer la survie de sa propre compagnie, Karthago Airlines.

Imed Trabelsi : du yacht volé aux casinos, tout est bon à prendre !

Officiellement, Imed Trabelsi est le fils de Moncef Trabelsi, frère aîné de la première dame Leïla Ben Ali. Ceux qui savent soutiennent qu’il n’est pas le neveu de la pharaonne Leïla mais son propre fils issu d’un autre lit. Méfiance toutefois ! L’affaire est sensible et a valu à des courageux ayant ouvert cette boîte de Pandore d’être embastillés. Cet imbroglio familial n’empêche pas pour autant le rejeton Trabelsi de mener ses affaires comme il l’entend. Un joli mandat d’arrêt international a d’ailleurs été délivré contre lui par la justice française dans la truculente affaire du yacht volé du patron de la banque d’affaires Lazard Frères (relire un article de Bakchich ici).

Qu’importe, cela n’empêche guère Imed Trabelsi de faire cracher les chefs d’entreprises tunisiens ! Tous les jours, à 8 heures pétantes, il téléphone à plusieurs d’entre eux et leur dit en substance : « Je suis le gendre du président Ben Ali. Il va effectuer un déplacement vers chez vous. Je vous propose un abonnement de 3 000 dinars (2 000 euros) pour préparer les banderoles de bienvenue. Je vous envoie tout de suite quelqu’un chercher le chèque. »

Autre épisode de la vie du rejeton Trabelsi qui en dit long sur ses mœurs : celui du Manhattan. Aaah, le Manhattan… L’an dernier, pour fêter l’anniversaire de sa fille, le consul des États-Unis à Tunis a réservé cette discothèque bien connue d’Hammamet. Faisant fi des portiers qui lui refusaient l’entrée arguant qu’il s’agissait d’une soirée privée, Imed Trabelsi parvient à s’imposer. N’est-il pas le gendre du président Ben Ali ? Sauf qu’à force de draguer lourdement les invitées américaines, italiennes et françaises présentes, Imed a fini par énerver le consul, l’obligeant à passer un coup de fil salvateur. Quelques minutes plus tard, l’intrus se trouvait sous bonne garde dans un 4x4 qui l’a ramené à Tunis. Le président Ben Ali n’a pas jugé utile de protester.

Sakher Materi, chef de gang

En 2004, Sakher Materi a épousé l’aînée de Leïla et du président Ben Ali, Nesrine, d’où son sobriquet de Monsieur Gendre. Ce jeune homme n’est pas un inconnu de la famille Ben Ali. Il est le fils de l’officier Moncef Materi, un ami de promo de Ben Ali, du temps de Saint-Cyr, qui avait tenté de renverser Bourguiba en 1962. Une amitié de longue date que Ben Ali s’est empressé d’oublier, du temps de Bourguiba, puis de renouer une fois aux commandes du pays. Pour le plus grand bonheur de Sakher qui bâfre sans retenue. Un seul exemple : voulant mettre le grappin sur la Banque du Sud (plombée par des créances douteuses) au moment de sa privatisation, il a tout bonnement emprunté à ladite banque l’argent nécessaire pour acquérir des parts avant de les revendre au prix fort, et d’investir ses 17 millions d’euros de plus-value chez le fournisseur officiel de voitures de la smala au pouvoir : Enakl, représentant exclusif de Volkswagen, Audi et Renault véhicules industriels. Sans parler des marinas qu’il a construit dans la banlieue de la capitale tunisienne.

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Ben Ali tire les oreilles de Materi
© Khalid

Dans le gang des Materi, Sakher n’est pas le seul à dérailler. Ainsi, son oncle, le puissant hommes d’affaires franco-tunisien Tahar Materi, qui préside entre autres les laboratoires pharmaceutiques Adwya, vient d’être mis en examen en France par le juge Ramaël pour « atteinte à la vie privée » et « usage de faux » dans une sale affaire d’ordre privée avec son épouse. La pauvre avait été jetée quelques temps en prison en Tunisie.

Les Ben Ali pas en reste

La sœur du Général-Président, Najet Ben Ali, a raflé plus de 60% du marché tunisien de la friperie. N’étant pas de ce milieu, elle a décidé de « vendre » cette concession à des professionnels triés sur le volet et qui, moyennant finances, revendent les fripes en question. Il leur est toutefois formellement interdit de mettre la main sur les vêtements de luxe (soieries, fourrures…) qui représentent en moyenne 10 % de la marchandise. Celles-ci sont réservées à sœur Najet qui les asticote et les revend au prix fort (et du neuf) dans les sept boutiques de luxe qu’elle possède en Europe.

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Le siphonage de Tunisair
Prédation économique / lundi 28 avril par La princesse enchantée

Des avions de Tunisair « flanqués au sol » parce qu’on en pique les pièces pour réparer les carlingues de la compagnie Karthago Airlines, propriété du frère de Leila Ben Ali ! Voici en tout cas le contenu édifiant de mystérieux courriers qui circulent parmi les cadres de Tunisair.

Une lettre anonyme de cinq pages dactylographiées se ballade au sein du personnel de Tunisair et met en émoi la direction de la vénérable compagnie aérienne, jadis fierté nationale. Poétiquement intitulée « Les nouveaux magouilleurs du ciel ou la danse du loup », cette longue missive relate dans le détail comment Tunisair se fait siphonner par Karthago Airlines, propriété du glouton Belhassen Trabelsi, frère de la vénéneuse Leila Ben Ali, pharaonne de Carthage et épouse du chef de l’État tunisien.

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Leïla et Belhassen Trabelsi
© Khalid

Très en verve, le corbeau débute sa lettre par une « analyse » des mœurs économiques et financières sous Ben Ali. En clair dans le texte : « vingt ans de bénalisme ont parachevé tout ce qui restait et nous rattachait encore à la Tunisie d’un point de vue institutionnel, politique, économique, social et éthique. Aux valeurs morales, délaissées, mais universellement reconnues, de sincérité, vérité, condamnation du vol, franchise, honnêteté, bravoure, bannissement de la corruption aide, entraide, loyauté…. La société tunisienne sous le règne de Ben Ali a cédé place et épousé les valeurs de mensonge, vol, hypocrisie, traîtrise, corruption, égoïsme, opportunisme, fraude, prostitution. À l’image de son chef, la vitrine est rose mais le jardin secret est gris, voire obscur. » Un constat qui, soit dit en passant, est aujourd’hui largement partagé par la bourgeoisie d’affaires tunisienne, lasse d’être rackettée par les « saigneurs » du benalisme.

Le « laxisme » à la tête de Tunisair

Pour le corbeau, les « magouilleurs du ciel » n’ont pas échappé à l’effet Ben Ali. À le lire, « ces minables n’ont pas inventé la lune. La règle est simple : tu offres tes services gratuitement à l’une des familles qui pillent la Tunisie, la plus influente du moment, et tu grimpes rapidement tous les échelons jusqu’à la plus haute sphère du pouvoir. » Il en tient pour preuve les « cadeaux » offerts par certains dirigeants de Tunisair à la compagnie Karthago Airlines de Belhassen Trabelsi.

Extrait édifiant de sa lettre anonyme : « sachez que les repas à bord [de Karthago] sont offerts par Tunisair Catering, les services sont offerts par Tunisair Handling, les frais d’entretien, de maintenance et d’engineering des moteurs des avions sont à la charge de Tunisair Technics. À telle enseigne que les six appareils, propriété de Karthago Airlines, ont le privilège d’être entretenus en priorité, quotidiennement, avant ceux de Tunisair. (…) Plus que ça, il arrive le plus souvent qu’en cas de rupture de stock des pièces de rechange chez Tunisair, la pièce recherchée sera démontée de l’appareil de Tunisair flanqué au sol et remontée dans le moteur de l’avion de Karthago Airlines. Et ce, afin de rentabiliser au plus le nombre d’heures de vol des appareil de Karthago Airlines aux dépens de ceux de Tunisair. (…) Il arrive le plus souvent que l’appareil de Karthago Airlines s’opère en 4 ou 6 heures (avec des équipes de mécaniciens de renfort) et deux ou trois, voire quatre appareils appartenant à Tunisair en attente de 2 à 4 mois soient flanqués au sol. (…) Tous ces frais, je le répète sont gratis. »

À ces mœurs financières déliquescentes s’ajoutent des affaires de mœurs tout court qui concourent un peu plus à écœurer le management de Tunisair. Dernier extrait de cette lettre, pour la route : « le laxisme a frappé (et frappe toujours) de plein fouet dans la gestion quotidienne des affaires de Tunisair. (…) Une vidéo pornographique a circulé dans des milieux lumineux montrant un acte sexuel complet photographié par un appareil GSM entre un passager suisse et une hôtesse de l’air tunisienne dans les toilettes du vol TU0814 reliant Le Caire à Tunis. » Rien que cela !

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Gafsa la rebelle est en ébullition
Émeutes / lundi 28 avril par La princesse enchantée

Les manifestations et grèves se multiplient dans la région minière de Gafsa. Les forces de l’ordre sont débordées et le charmant régime de Ben Ali peine à ramener le calme. Même la matraque ne marche plus !

Oubliée du « mirage » économique tunisien, la région du gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest du pays, se meurt à petit feu. Déjà délaissée du temps de Bourguiba, ce qui reste aujourd’hui de l’exploitation des phosphates ne suffit pas à nourrir les habitants, touchés par un taux de chômage record. Alors, lorsqu’en janvier dernier la Compagnie des Phosphates de Gafsa, la CPG, l’un des rares gros employeurs de la région, organise un concours pour recruter, c’est l’espoir au sein de la population.

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Ben Ali et les rebelles
© Khalid

Las, on ne se refait pas et le népotisme est une pratique bien ancrée au pays du jasmin ! Selon un habitant de Gafsa, « plus de 60 postes ont été attribués à des personnes du gouvernorat voisin dont est issu le gouverneur de Gafsa et ses deux cousins, à savoir le président de la CPG et le directeur de l’usine chimique locale ». Résultat : un vaste mouvement de grève et de manifestations qui dure maintenant depuis plus de trois mois et touche principalement les trois villes minières de Redeyef, Oum Elaraïes et Métlaoui. Ouvriers, diplômés chômeurs, lycéens et habitants : tout le monde s’y met, parfois à coups de jets de pierres. Les manifestants ont même installé pendant un mois et demi des tentes de manière à bloquer la circulation des trains entre les carrières et les usines, gelant ainsi les activités de l’industrie du phosphate.

La matraque, y a que ça de vrai !

Dans un premier temps, les autorités tunisiennes, réputées pour avoir la matraque facile, se sont contentées d’adopter une stratégie d’encerclement des manifestants sans intervention massive. Des milliers de policiers ont d’ailleurs été rapatriés des quatre coins du pays pour assurer le service d’ordre. Objectif des autorités : éviter un embrasement de la région, ce qui en dit long sur les tensions qui y règnent. Il faut dire que, comme en témoignent ces deux vidéos, on assiste dans la région à des scènes rarissimes en Tunisie depuis que le général-président-à-vie Ben Ali s’est emparé du pouvoir en 1987 : (jeter un oeil sur cette vidéo et sur celle-ci).

Puis, début avril, la flicaille a repris ses bonnes vieilles habitudes répressives. Le 6 avril, une manifestation organisée dans les rues de Redeyef a violemment été dissoute et une trentaine de personnes auraient été arrêtées. Puis, le lendemain, des responsables locaux de la grande centrale syndicale l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens ainsi que des leaders grévistes ont été embastillés après avoir été passés à tabac par la police, toujours à Redeyef. La rafle a eu lieu alors qu’ils revenaient de Tunis où ils avaient assisté à une réunion. Boujemaa Echrayti, secrétaire général du syndicat de la santé de Redeyef, Taïeb Ben Othman, enseignant syndicaliste, et Adnane Hajji, secrétaire général du syndicat de l’enseignement de base de Redeyef, ont notamment été arrêtés.

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Les islamistes aussi s’y mettent

Décidément, la région de Gafsa est bien agitée. Selon un touriste français de passage, il y a quelques semaines de cela, une horde de barbus s’est ruée sur des 4x4 de touristes qui passaient par là, sans doute pour tenter de kidnapper quelques Européens comme cela a été le cas de deux Autrichiens enlevés en Tunisie le 22 février dernier. Toujours d’après ce touriste bavard, s’était ensuivie une féroce bagarre avec les forces de l’ordre tunisiennes qui ont réussi à mettre, non sans peine, en déroute les barbus. Mais pour combien de temps ?

La P.E.

S’il semble que la plupart des syndicalistes aient depuis recouvré la liberté, la situation reste néanmoins explosive dans la région de Gafsa. Le charmant régime du président Ben Ali ferait bien de se méfier et de se souvenir que celle-ci est le berceau du syndicalisme tunisien qui, dans le passé, a su donner de la voix contre le régime… ALI

 

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