Pluies de mai (I)
(Le transfert colossal des richesses)
Par Mizanoon
« Quand nous avions découvert le pétrole dans les années soixante dix, la Norvège était déjà une
démocratie avec des institutions bien solides. Il n’y avait pas de corruption, par contre si, qu’il avait un consensus politique sur la redistribution des bénéfices. Il était bien évident
que les ressources appartiennent au peuple et que le gouvernement était chargé de la gestion de ces bénéfices dans l’intérêt commun de tous. C’était le meilleur point de départ. Par conséquent
aujourd’hui, il y a des gens riches, mais aucune personne ne s’est faite millionnaire grâce au pétrole. » (Extrait d’un entretien avec le premier ministre norvégien Jonas Gahr Stoere publié par
le quotidien espagnol El Pais[1] )
I- Un déluge de milliards.
Émirats Airlines, une de ces compagnies aériennes aux couleurs de l’un de ces États du Golfe constitué par sept émirats ou sept tribus,qu’on connait sous les noms d’Abou Dhabi, Ajman,
Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn, vient d’injecter la « modique » somme de 20,200 milliards de dollars (14,155 milliards d’euros) dans les caisses de l’EADS, la
compagnie européenne qui construit, entre autres, l’avion Airbus et l’avion militaire Eurofighter. Elle l’a fait en signant à Paris un contrat ferme pour l’achat de 11 avions A-380 et 70
appareils du type A-350 XWB, un avion de long courrier. Le plus important contrat de toute l’histoire de la compagnie européenne[2], y compris celui qui sera signé par la Chine lors de la
dernière visite du président français, Nicolas Sarkozy, au mois de novembre 2007. De son côté l’autre compagnie aérienne, toujours du même état, mais de l’autre émirat, la DAE, Dubaï Aérospatial
Enterprise, a signé un autre contrat portant sur l’achat d’un nombre aussi important d’avions du même type dont le montant dépasse les 7,918 milliards d’euros. Quelques mois plutôt, c’était le
tour du Qatar de signer un autre contrat similaire qui a renfloué les mêmes caisses de l’EADS d’une somme non moins gigantesque, plus de 14 milliards d’euros.
Quant aux Saoudiens qui sont toujours les premiers à « s’intéresser » de près aux nouveautés non seulement dans le secteur de l’aéroport spatial militaire et civil, mais dans tous les secteurs de
pointe de la technologie, ils n’ont pratiquement jamais cessé de signer des contrats successifs, aussi monumentaux que singuliers, les uns que les autres, suivis inévitablement des pots de
vins milliardaires destinés aux émirs en actif. Avec l’Angleterre seulement ils ont, depuis l’époque de Thatcher, en 1985, établi un calendrier d’achats permanent. Deux intermédiaires qui avaient
joué le rôle déterminant dans la conclusion de ce contrat du siècle et par la suite dans l’acheminement à bon port les commissions aux différents princes sont[3] : Wafic Saïd un
multimillionnaire d’origine syrienne, mais avec résidence fiscale à Monaco, différents compte bancaire en Suisse et vit dans un palais à Oxford. L’autre est Mohammed Safadi aussi un
multimillionnaire. Il est un homme politique libanais qui dirigeait le ministère des travaux public et en même temps le PDG de Safadi Group. De ce contrat qui était un genre de troc bien
péculier et qui consiste à échanger des avions militaires de toute dernière génération contre du pétrole à raison de 600.000 barils par jour, le prince Bandar Bin Sultan, qui était ambassadeur à
Washington, va recevoir à lui seul sur une dizaine d’années 1,800 milliard de dollars[4]. Sultan son père qui exerçait à l’époque de ministre de la défense de la dynastie Saoud, recevra des
quantités non spécifiées, mais à plusieurs reprises et sous différentes formes dont, par exemple, le frais de mariage de l’une des ses filles, demi-sœur de Bandar, qui ont été réglés par les
soins de EADS System y compris des cadeaux millionnaires et les factures du voyage de noce. Et depuis les générations d’avions se sont succédées et le robinet du pétrole coule à flot en
Angleterre pour la prospérité des sujets de sa majesté et celle de la reine elle-même qu’on considère comme l’une des plus grosses fortunes du monde. Quant aux avions militaires livrés aux
saoudiens, Dieu seul sait où ils se trouvent. Cet accord historique avec les anglais et qui porte nom Al Yamamah est toujours en vigueur. Avec les autres européens, comme la France, l’Allemagne
ou l’Italie, il y a des engagements du même genre dans le domaine militaire ou civil bien qu’on en parle beaucoup moins. Mais le gros, la part du lion, dans toutes « ces transactions commerciales
milliardaires» revient évidemment aux États-Unis. Le tout dernier contrat de fourniture d’armements signé avec les américains s’élève à 20,000.000.000 milliards de dollars. D’autre part et
dans la seule période de janvier à octobre 2007, les saoudiens ont injecté dans les caisses des différentes compagnies américaines 12,560.000.000 milliards de dollars. Les Émirats, leur emboitant
le pas, ont à leur tour et pour la même période apporté 8,277.900.000 milliards de dollars.[5]
À part les retombées financières immenses qui ouvrent tous les horizons aux industries de toute sorte, chaque contrat consolide des dizaines de milliers de postes de travail et génère en même
temps des milliers d’autres. Selon le Centre de l’Économie et de la Défense de l’Université de York en Angleterre, le dernier contrat des 72 Eurofighter achetés par les saoudiens et qui
était menacé de suspension, à la suite des révélations faites autour des pots de vin versés aux émirs, par le journal de Londres, The Guardian et la BBC, aurait supprimé, si les menaces des
saoudiens avaient été mises à exécution, d’un seul coup 50.000 emplois. Par contre en le scellant, les saoudiens assurent les 50.000[6] postes en question et en ajoutent 11.000
supplémentaires. D’ailleurs Lord Goldsmith, l’équivalent de procureur du Royaume Uni, sous l’instance du premier ministre Tony Blair, s’est appuyé particulièrement sur cette question pour
ordonner l’arrêt de l’enquête sur ces pots de vin qui était en cours. Et ainsi entre l’honneur et les barques, Lord Goldsmith a choisi les barques. Mieux dit, dans ce cas, les
avions[7].
À part les milliers de postes de travail en question, des milliers d’autres, dans le cadre du service après-vente avec ses « monteurs » et ses « techniciens » occidentaux qui se déplacent en
Arabie, pour un séjour plus que confortable et hautement lucratif qui dure quelques années, pour veiller à la maintenance et au montage des produits fournis qui arrivent généralement en pièces
détachées dans des milliers de containers. Le séjour des uns se termine quand celui de milliers d’autres commencent à la suite d’un nouveau contrat signé pour renouveler le « matériel périmé ».
Qu’il s’agisse d’avions militaires ou des chars ou de tout autre produit. Depuis plus d’un demi siècle les saoudiens ont été régulièrement au rendez-vous, ont renouvelé sans faille et
chronologiquement toutes ces opérations milliardaires. Faut-il encore souligner que tout ce gigantesque matériel de guerre n’a jamais été utilisé dans une guerre en défense du territoire et
n’a été ni même exhibé dans les simples défilés de circonstance. La sécurité du territoire « saoudien » relève depuis l’époque du président américain Roosevelt des prérogatives du Département de
la Défense US, le Pentagone. Et d’ailleurs depuis plus d’un demi-siècle, la sécurité des tous les autres territoires du Golfe, à exception de l’Irak jusqu’à 2003, et, de l’Iran
jusqu’à nouvel ordre, se trouve aussi confiée aux mêmes américains et subsidiairement aux anglais et à tous les autres européens dont la France. En effet, selon les propos tenus à plusieurs
reprises par l’ancien président français Jacques Chirac et repris littéralement par le nouveau président Sarkozy, la région du Golfe fait indiscutablement partie des intérêts vitaux de la France.
Peu avant la relève présidentielle, Chirac qui était en visite aux sous-marins nucléaires de toute nouvelle génération en Bretagne française, avait laissé entendre que la France n’hésiterait pas
un seul instant à défendre ses intérêts où qu’ils se trouvent, utilisant tous les moyens y compris le nucléaire. Il n’y a pas de doute là-dessus !
II-Des frontières électroniques impénétrables
Tout cela n’empêche pas les proches conseillers, américains et surtout anglais du « royaume saoudien » de recommander, à titre de mesures de sécurité supplémentaires, la construction d’une
muraille d’une longueur de 885 kilomètres, tout au long de la frontière avec l’Irak[8], tel comme l’a déclaré, le ministre de l’intérieur de la Maison Saoud, Mansour Al Turki au journal Al
Hayat édité à Londres tout en affirmant que les travaux seront complètement achevés en 2009. Cette «œuvre grandiose » est déjà adjugée, sans nécessité de passer par un appel d’offre international
à une compagnie américaine, comme il se doit, une filiale de la plus que fameuse Haliburton, la compagnie qui était dirigée par le vice président américain Dick Cheney et pour laquelle ce dernier
garde toujours une nostalgie particulière. On parle d’un coût de 8,5 milliards de dollars. Leurs cousins, la Maison Assabbah du Koweït avaient déjà dans les années 90 élevé le même genre de
muraille, aussi tout au long de la frontière avec l’Irak. C’est une barrière de 210 kilomètres. Les autorités responsables de cette principauté qui a été, de tous les temps et surtout depuis sa
création officielle par les anglais, en 1963, la source des principaux malheurs pour les irakiens, de l’époque du président Abdel Karim Kassem, et de beaucoup de malheurs pour une grande
partie des peuples arabes, des plus proches aux plus lointains, ne chercheraient pas, dit-on, essentiellement à éviter une quelconque invasion, car ils considéraient que Saddam Hussein ne
renoncerait jamais à son projet, mais surtout à atténuer le sentiment d’insécurité qui s’était répandu au sein de la population. Bien à présent, Saddam n’est plus, l’Irak est totalement détruit
et occupé par plus d’un demi-million de entre mercenaires de tous les pays du monde et militaires et paramilitaires américains avec leurs gigantesques bases qui poussent comme des champignons non
seulement en Irak, mais aussi au Koweït où se trouve l’une des plus importantes et ensuite dans toutes les autres principautés sans exception aucune. Avec une présence américaine et occidentale
directe qui existait bien avant 1990 dans toute la région et renforcée à présent d’une manière massive avec l’occupation de l’Irak, la question que tout observateur logiquement se pose est la
suivante : À quoi servent tous ces achats milliardaires de matériels de guerre? – À moins que ça ne soit pour renforcer d’une manière constante l’industrie militaire occidentale, il n’y a aucune
autre logique qui justifie un déboursement de quantités aussi astronomiques et d’une manière continue. Pour certains experts, c’est le domaine le plus approprié pour la corruption à sa plus
grande échelle à laquelle se sont habitués les uns et les autres.
Au moment où les frontières intérieures en Europe viennent d’être supprimées les unes après les autres, créant ainsi le vaste et uni espace Schengen où plus de 400 millions d’européens circulent
déjà librement, de Malte jusqu’à la mer baltique, les constructions des murs et murailles au sein du monde arabe vont bon train. Encore une fois les grandes compagnies occidentales spécialistes
en la matière, comme on va le voir un peu plus loin, ont beaucoup d’avenir devant elles. Effectivement les émirs et les rois du Golfe ou leurs protecteurs ont donné des idées aux autorités
algériennes. « Pour en finir avec la porosité des frontières, l’Algérie a pris finalement la décision de les blinder[9] avec un système de toute dernière génération. Il s’agit d’un projet
qui constitue, sans aucun doute, le plus grand verrouillage électronique du monde. Les 6.500 kilomètres de frontières terrestres que l’Algérie a l’intention de verrouiller doublent ou
presque les 3.326 kilomètres de la ligne de démarcation entre les E.U et le Mexique. L’Algérie partage des frontières avec six pays en plus du Sahara Occidentale. Le coût de ce blindage, à base
de technologie militaire, s’élève à plusieurs milliards d’euros, ce qui pour Alger ne représente aucun problème, car les réserves en devises disponibles dans les caisses de la banque centrale à
Alger dépassent les 68,000.000.000 milliards d’euros.» Écrit le journal El Pais et ajoute : « Cinq grandes entreprises et consortiums ont déjà déposé leurs cahiers des charges au mois d’octobre
dernier (…) Parmi les entreprises qui se sont présentées au concours figurent la compagnie espagnole Indra, une des compagnies promotrices du Système Intégré de Vigilance Électronique (SIVE)
associée à la française Alcatel. C’est grâce au système SIVE que fonctionne actuellement un contrôle étanche des côtes andalouses et des Iles Canaries. Les autres quatre aspirants sont le
consortium français Thales-Communications & Systèmes, l’italien Selex, l’allemand EADS et l’américain Raytheon.» Dans l’article cité, il n’y a pas de précisions sur le coût de ce
verrouillage, mais si pour les 885 kilomètres les saoudiens vont payer 8,500 milliards[10] d’euros, on peut aisément multiplier ce chiffre à presque dix fois plus pour l’Algérie, vu la longueur
de ses frontières. Donc ce sont entre 70 et 80 milliards d’euros qui sont l’objet de l’enjeu qui opposent les différentes compagnies. Selon le même journal, lors de sa dernière visite au début du
mois de novembre dernier, le président français Sarkozy a fait le lobbyng en faveur des compagnies françaises. Son argument auprès des autorités algériennes se basait sur le fait que les
dernières années, les entreprises françaises avaient décroché très peu des gros contrats publics en Algérie.
Le tout dernier épisode concernant les achats multiples des saoudiens et indépendamment de l’affaire de corruption qui l’a éclaté au grand jour, que Blair a pu avant son départ étouffer et qui a
porté, comme on l’a vu plus haut sur l’achat des 72 avions militaires du type « Typhoon », le nom que les anglais donnent eux, à l’Eurofighter, pour une somme de plus de 15 milliards d’euros[11],
c’est celui d’une autre compagnie Saoudienne dite NAS (National Air Service) qui vient à son tour de signer, dans la même foulée de cette « boulimie » d’achats à laquelle s’adonnent les princes
du Golfe, un contrat pour l’achat de 20 avions du type A-320 et une option d’achat pour 15 autres. Alors que l’autre compagnie aérienne saoudienne, la Saudia Arabian Airlines, s’est engagée, de
son côté, pour l’achat de 22 A-320. Sachant que le prix sur catalogue d’un appareil, s’élève pour l’A-320 à 44,7 millions d’euros et pour l’A-350 à 161 millions d’euros. Tous ces contrats ont été
« travaillés » par les experts occidentaux au cours de la foire de l’aérospatial qui s’est tenue dernièrement à Dubaï. Le président de l’Airbus, Thomas Enders, a qualifié ces achats de pluies de
mai. Il ne se trompe point. Ce sont des authentiques pluies torrentielles qui ont rendu la confiance et le sourire à la gigantesque compagnie européenne qui se trouvait dans des grandes
difficultés financières au point d’avoir pensé à des licenciements massifs dans plusieurs de ses succursales dans les différentes régions européennes. À présent se sont les dirigeants
syndicaux qui se sentent préoccupés quant à la livraison de tous ces appareils dans les délais prévus.
III-D’autres « investissements » milliardaires
Les mêmes Émirats ou les hommes d’affaires catalogués comme tels, viennent de renflouer à raison de plus de 10 milliards de dollars le consortium financier américain « Citigroup » en prenant
possession des presque 5%[12] des actions de cette compagnie. La veille Dubaï a renfloué les caisses de la compagnie japonaise Sony en achetant aussi, entre 3,5% et 5%, des actions. Dans le
même article sous le titre « Les Fonds Souverains » publié dans le journal déjà cité, l’expert en la matière, Joaquim Estefania écrit : « En septembre [dernier 2007 NDR] l’Émirat de Abou Dhabi
avait déjà acheté une partie de Carlyle, un holding financier américain. Ainsi la nouveauté dans ces acquisitions dans la compagnie Citigroup, dans celle de Sony, dans celle de la compagnie
fabricante des microprocesseurs AMD, celle du groupe aéronautique EADS ou dans celle du groupe des casinos MGM Mirage, indiquent bien qu’on est passé de l’exception à la règle. » Avant ces
les hommes de Dubaï ou d’Abou Dhabi, le prince El Walid Ibn Tallal Ibn Saoud avait versé à lui seul et au même titre d’achat d’actions, presque la même quantité, ce qui équivaut à
3,5%[13]. De toute manière ces achats ou ces actions ne sont que les toutes dernières « acquisitions » milliardaires. L’auteur de l’article insiste sur la nationalité de ces capitaux souverains
en les qualifiant des « capitaux publics arabes ». La duplicité diplomatique ou journalistique dans cette qualification est de taille. Car les capitaux ne sont ni publics ni arabes. Et
l’auteur le sait parfaitement. Ce sont des capitaux, obéissant à la règle du jeu de l’économie mondialisée ne font, par l’obligation qu’exige le fonctionnement du sytème, que transiter par les
mains de ces émirs pour se retrouver, en toute légalité, de nouveau dans le circuit financier mondial, qui au fond n’est autre que celui occidental. Que se passage dans le circuit rapporte des
dividendes aux émirs c’est évident, mais les dividendes aussi repartent Parce que si ces capitaux étaient réellement souverains, publics et arabes comme l’écrit M.Estefania, ils ne se
trouveraient ni entre les mains de ces individus ni s’investir ailleurs que dans le développement urgent et général dans le monde arabe pour le bien être de ses peuples et leur progrès. Mais
évidemment ce n’est pas le cas sinon tout à fait son contraire et par conséquent le retard sidéral de la société arabe par rapport à la société occidentale ne fait que prendre de plus en
plus de l’extension.
IV-La doctrine Carter.
Durant les deux tiers du vingtième siècle, l’énergie fossile, pétrole et gaz, a constitué la colonne vertébrale de l’industrie occidentale. Ce qui, sans nul doute, a permis
l’avancement vertigineux qu’on connaît aujourd’hui. Et ça va continuer à l’être encore, au moins durant tout le vingt et unième siècle. La plus grande partie de cette énergie est extraite du
monde arabe et particulièrement de la région du Golfe. Une région considérée, à juste titre, comme la principale source de l’énergie dans monde. En effet les réserves confirmées sont dans cet
ordre[14] : « Arabie Saoudite » 264,2 milliards de barils, l’Iran 137,5 milliards de barils, l’Irak 115 milliards (Plusieurs sources et experts en la matière, irakiens et autres, situent le
chiffre des réserves de l’Irak au dessus de celui de l’Arabie.) le Koweït 101,5 milliards de barils, les Émirats 97,8 milliards. Ce ne sont là que les chiffres les plus importants, car il reste
encore des réserves dans plusieurs autres pays arabes dans la même région d’abord, comme le Qatar, Oman, Bahreïn et même le Yémen bien qu’assez modestes, pour le moment, et dans le Maghreb arabe
comme la Libye avec 39,1milliards de barils, l’Algérie presque autant ou plus, et, ça sans compter les réserves de gaz qui sont immenses dans tous ces pays cités. Déjà en 1980 l’ex président
américain Jimmy Carter avait promulgué ce qu’on appelle la Doctrine Carter déclarant les « États-Unis disposés à utiliser tous les moyens nécessaires y compris les forces militaires pour garantir
l’accès au pétrole du Moyen Orient afin de fournir les quantités nécessaires pour le fonctionnement sans problème de l’économie globale. » Et depuis tous les présidents américains qui se
succèdent ont maintenu cette doctrine en vigueur et agissent en conséquence. Georges Bush I et Georges Bush II, ne sont pas réellement l’exception, mais ils sont arrivés au « mauvais »
moment, puisque la région se trouve pratiquement depuis 1980 en flammes. Et comme le soutient Carter l’affaire ne se limite pas au mandat d’un président américain ou deux. C’est une question
d’intérêts vitaux sans lesquels l’économie globale cesse de fonctionner. Au moins comme elle fonctionne en ce moment. En remplissant les poches des puissants au détriment des peuples en général
et des peuples arabes dans ce cas précis.
Entre saoudiens et consorts du Golfe se sont plus de vingt millions de barils de pétrole qui sont acheminés quotidiennement vers le monde occidental qui se répartissent ainsi : Arabie : 11.035
millions de barils, les Émirats : 2.751 millions de barils, le Koweït 2.643 millions de barils, l’Iran 4.049 millions de barils et ce, sans compter ce qui se fait au Qatar ni dans les autres
sultanats du Golfe. Et à ces millions de barils de pétrole s’ajoutent les milliards de m3 de gaz. La traduction en argent, selon le prix en cours, donne des sommes colossales qui vont, comme on
l’a vu à travers toutes ces transactions militaires ou civiles, retourner dans le circuit de l’économie occidental sans délai. Les émirs et leurs hommes d’affaires qui à peine représentent une
infime minorité, non seulement au niveau du monde arabe en général, mais même au niveau de la seule région du Golfe. Dans la plupart de ces émirats ou principautés, la population autochtone
représente avec les conseillers occidentaux qui sont, par la force des choses, bien chez-eux, à peine les 10% de la population. Les 90% sont dans leur majorité des émigrés de différents pays
asiatiques comme l’Inde, le Pakistan le Bengladesh ou des Philippines. Quand les anglais au début du 20ième siècle avaient commencé à découper la région en émirats attribuant à telle tribu, telle
territoire et ou telle autre, les intentions politiques avaient d’autres objectifs que l’exploitation du pétrole ou du gaz qui ne va apparaître, d’une forme très modeste vers la fin des années
trente. Il se trouve qu’aujourd’hui, dans toutes ces principautés ou émirats créées artificiellement, dans la plupart, il n’y a pas la population suffisante au point de créer le même phénomène
que celui qui se trouve dans les autres régions arabes ou musulmanes, l’élite dans l’opulence et le reste de la population dans la misère. Ici, comme on l’a vu avec le mur de démarcation entre le
Kowëit et l’Irak pour donner un certain sentiment de sécurité, il s’agit de donner un certain sentiment de satisfaction à tout ce monde très réduit dans son nombre, mais très puissant dans ses
moyens financiers. Donc on va importer du monde pour créer des misérables. Non seulement on résout la question psychique, mais en même temps on leur fournit de la main d’œuvre nécessaire. On a
fait venir des gens de l’Inde (3,5 millions répartis sur tous les états du Golfe), du Pakistan, du Bengladesh, des Phillipines, de Malaisie, de Sri Lanka (600.000) mais pour des raisons bien
évidente, le moins que possible d’arabes. Et comme partout, au bout d’un certain temps, ces gens qui passent des années dans des situations d’esclavage finissent par se rebeller. Ils touchent
moins de 100€ par mois pour des longues journées de travail et vivent entassés dans des baraquements insalubres. Les saoudiens détiennent le plus grand nombre de ces nouveaux esclaves. En 2004,
leur nombre atteignait 8,8millions. (Le 1/3 de la population dans ce royaume de la Maison Saoud considéré le plus peuplé de tous les autres états du Golfe)
Human Rights Watch, une parmi plusieurs autres organisations humanitaires a relevé des cas de privation de droit à peine croyables. On leur interdisait de s’arrêter de travailler, pour
boire ou pour manger. Tout dernièrement, en octobre dernier, 40.000 ouvriers ont refusé durant plusieurs jours d’aller au travail à Dubai[15]. De toute manière cette question nécessiterait, sans
le moindre doute, un autre espace que celui-ci. De toute manière les organisations internationales de droits humains qualifient la situation de ces employés de « Servitude par contrat.». De son
côté, HRW, dans un récent rapport sur les domestiques srilankaises, dénonce les abus physiques, verbaux, sexuels et les violations pures et simples. Ce qui dit bien long sur le sujet et sur la
nature de cette élite du Golfe. Mais le plus curieux, c’est surtout l’attitude des gouvernements démocratiques occidentaux, car parler de l’attitude des gouvernements des pays d’où sont
originaires ces emigrés ça relève de la naïveté, car ces gouvernements s’intéressent uniquement aux transferts des devises que ces pauvres êtres humains réussissent à faire à leurs familles. Dans
certains cas ils constituent jusqu’à 10% du PIB de ces pays.
V- L’économie de guerre.
Par ailleurs il est évident que ces investissements gigantesques dans les différentes industries de pointe occidentales rapportent des dividendes considérables, mais ils sont aussi à l’origine,
inévitablement, des dégâts éminemment plus considérables dans le reste du monde arabe. Car non seulement les pays arabes se voient privés de moyens financiers extraordinaires qui auraient
pu leur permettre de poser les jalons et les infrastructures colossales pour construire une grande et réelle économie et ainsi réduire leur retard, mais le fait que tous ces capitaux sont
réinvestis dans l’économie occidentale fait élargir le fossé immense qui sépare le monde arabe du progrès et l’enfonce chaque jour un plus dans la misère et la précarité. En toute logique
objective ces émirs, avec les moyens considérables mis à leur disposition, oeuvrent inévitablement contre le développement du monde arabe et musulman. C’est vrai un tel développement ne va pas
dans leurs intérêts. Ni dans les leurs ni dans ceux de leurs créateurs et protecteurs occidentaux. Si le pétrole et le gaz étaient gérés de la même manière qu’en Norvège, on n’aurait pas eu des
rois, des émirs et des satrapes, qui au fond et même avec leurs extravagances milliardaires stupéfiantes, ne servent que d’hommes de paille derrière lesquels s’organise le pillage
systématique auxquels s’adonnent, à cœur joie, les occidentaux et que l’ex-président Cartar appelle « l’économie globale ». Joseph Stiglitz, l’ancien chef économiste à la Banque mondiale, entre
1997 et 2000 et prix le Nobel de l’économie en 2001 et très connu pour ses critiques acerbes des institutions financières et particulièrement le Fond Monétaire International, décrit mieux
quiconque la globalisation. Au cours d’une conférence organisée le 18 décembre 2007 entre la Faculté Latinoaméricaine des Sciences Sociales et le Secrétariat de Planification de la république de
l’Équateur, il a dit entre autres : « La Globalisation a été conçue pour créer plus de dividendes au système financier et pour un plus grand transfert d’argent des pays en voie de développement
vers les pays industrialisés.» Quant à l’ex Directeur Général de l’Unesco, Federico Mayor Zaragoza, dans un de ses innombrables articles et écrits très critiques avec la mondialisation écrit[16]
: « La FAO publie des chiffres bouleversants : Aux environs de 60.000 personnes meurent chaque jour par inanition…Au lieu de se rétrécir les brèches, entre les riches et les pauvres n’ont fait
que s’élargir… Qu’on veuille ou non le reconnaître, depuis le milieu de l’année 2007, nous sommes voués, avec plus ou moins de résistances, vers une véritable économie de guerre qui concentre
tout le pouvoir économique entre très peu de mains. Un pouvoir qui recourt à toute sorte de d’excuses et d’alibis pour atteindre des proportions colossales. La guerre d’Irak, déclarée à partir de
faux arguments et prétextes a donné un élan extraordinaire à l’appareil belliqueux-industriel…À présent aux installations des boucliers anti-missiles, qui signifient la rupture des accords de
Reykjavik entre les deux grandes superpuissances, s’ajoute le réarmement massif non seulement d’Israël, mais de tous les états du Golfe : 46,000.000.000 milliards d’euros… La menace de guerre
contre l’Iran, ancien allié, coûtera des milliers de vies humaines, victimes du cercle vicieux de l’économie du marché qui perpétue la pauvreté et l’économie de guerre qui, une fois de plus, veut
trouver des solutions aux grands problèmes auxquels s’affronte l’humanité en utilisant la force. Les États-Unis, en tant que leader, vont de l’avant et les autres pays riches observent et
laissent faire…La globalisation ne s’arrête pas aux conditions de travail, aux mécanismes de pouvoir ou au respect des droits humains. À travers des OPA et des mégafusions, le panorama du monde
prend des aspects insolites, les inégalités ne font qu’augmenter, mais ce qui est encore pire, c’est l’absence des responsabilités qui correspondent à ceux qui remplissent la fonction de
gouvernement au nom des citoyens. Non seulement les aspects économiques et sociaux, sinon l’impact négatif sur environnement, l’uniformité culturelle, la disparition des références morales, le
tout émanant d’un pouvoir sans visage, alors que les grandes compagnies multinationales abusent et désabusent à leur guise, en toute tranquillité et en toute impunité…Il est impératif que
l’Espagne au sein de l’Europe et l’Europe dans le monde, se rendent compte que « se sentir bien chez soi » ne peut se faire au détriment du plus grand nombre des habitants de la terre.»
Pourtant les chefs d’état occidentaux persistent et signent. À la veille de la Noël le président français a fait son voyage éclair, Paris-Kaboul, pour élever le moral des troupes françaises qui
combattent au nom de la « communauté internationale » le terrorisme dit-il.! Alors que selon toutes les analyses et les informations recueillies sur ce pays envahi depuis octobre 2001, indiquent
que l’année 2007 a été la plus violente et malgré toutes les forces de l’OTAN sur le terrain, la résistance des talibans gagne du terrain et réduit le pouvoir de M.Karzai à la seule « zone
verte » de la capitale. Le même voyage de M.Sarkozy a été aussi réalisé par le chef du gouvernement italien et les chefs des autres pays occidentaux ayant des troupes déployées dans ce pays entre
autres. De son côté le chef du gouvernement espagnol qui a conversé, à travers le système de vidéo conférence, avec les troupes espagnoles, en mission dans le monde en général, pour
féliciter les soldats et leurs familles pour le « sacrifice » qu’ils consentent avec enthousiasme et « abnégation » dans l’accomplissement de la mission dictée par la « communauté
internationale et qualifie leur présence en Afghanistan, d’humanitaire et de reconstruction ! Et ainsi on apprend que les troupes espagnoles en « missions humanitaires » se trouvent
aujourd’hui réparties sur les trois continents…