L’idéologie globale de la peur ou la globalisation du syndrome israélien
par Tariq RAMADAN
Nous vivons une époque étrange et difficile. A l’ère de la mondialisation, on a pu penser que les débats idéologiques allaient forcément se concentrer sur la détermination des choix économiques et politiques. On voyait poindre l’opposition frontale et inéluctable entre les partisans d’un capitalisme sans frontière, néo-libéral et librement auto-régulé, et les défenseurs d’une économie à visage humain, élaborée au nom d’une autre mondialisation, fondée sur une idée de l’homme et de l’éthique économique et politique. La confrontation existe, il va sans dire, mais nous assistons aujourd’hui à un phénomène qui traverse indifféremment les deux camps et a des effets tangibles, patents, quotidiens sur les partisans respectifs. Pour la première fois à cette échelle, nous assistons à la naissance d’une idéologie qui s’imprime en amont des idéologies politiques et économiques traditionnelles, une idéologie qui a cette particularité de ne se fonder sur aucune élaboration intellectuelle particulière, une idéologie sans « idée » ni idéaux mais qui produit exactement le même effet, quant à la lecture du monde et des événements, que les plus sophistiquées des idéologies politiques.
Nous le disions, les effets de cette idéologie sont transversaux et touchent les intellectuels et les partis de gauche comme de droite, le Sud comme le Nord, l’Occident comme le reste du monde. Elle produit des fractures et des tensions nouvelles et inattendues à l’intérieur des anciennes appartenances, des vieilles filiations politiques, des habitudes partisanes centenaires : la nouvelle idéologie de la peur divise de façon surprenante et redessine la cartographie des adhésions politiques et idéologiques. La peur, de même que la méfiance et le soupçon qu’elle enfante, ne sont ni de gauche, ni de droite, ni athées, ni bouddhistes, ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans... ils sont humains et viscéraux, jusqu’aux émotions et à l’irrationalité qu’ils produisent.
L’idéologie de la peur
Le terrorisme global et la guerre globale contre le terrorisme nourrissent de façon égale et pernicieuse l’idéologie globale de la peur. Que l’on visite les pays occidentaux ou les pays du Sud, notamment à majorité musulmane, on s’aperçoit que la peur est partout présente, partout installée, et a des effets patents sur la façon dont les être humains observent le monde. On peut déterminer en tout cas quatre effets majeurs sur le terrain : la peur crée de façon naturelle, et parfois inconsciente, un rapport de méfiance et de potentiel conflit avec « l’autre ». Une vision binaire de la réalité s’installe qui dessine les contours d’un « nous » qui nous protège et d’un « eux » qui nous menacent. Le second effet tient à la prééminence absolue de l’émotion et de l’émotivité dans le rapport à l’autre et aux événements. La peur fixe le cadre et les émotions sœurs déterminent les analyses : on constate des faits, on condamne leurs conséquences, on rejette des individus comme leurs motivations ou leurs actions, mais le principe de causalité semble avoir disparu de nos analyses. Nos « bonnes raisons » et nos « justes causes » sont louées par le grand public sans grand discernement alors qu’à l’inverse leurs « mauvaises raisons » et leurs « maléfiques desseins » sont condamnées sans différenciation. La peur nous autorise à faire l’économie de toute explication, de toute compréhension, de toute analyse destinée à comprendre autrui, son univers et ses espoirs. Dans l’ordre de la peur et du soupçon, comprendre l’autre, c’est déjà le justifier ; appréhender ses raisons, serait lui donner raison déjà. Curieuse et dangereuse réduction qui transforme le réel en une série de faits et l’autre en une série d’actions sans lien causal, sans histoire ni historicité, sans raison ni rationalité. L’émotion ne comprend pas : elle apprécie ou condamne et ce que l’individu « sent » fonde l’argumentaire de ses jugements. La troisième conséquence est paradoxale et déroutante : à l’ère de la communication, les êtres humains semblent de moins en moins informés. Dans l’exacte logique des deux phénomènes susmentionnés, on assiste à la multiplication des « autoroutes de la communication » qui diffusent un surnombre d’informations en temps réel, saturent les intelligences et les empêchent de mettre les faits en perspective. L’ère de la communication et une ère de non information : on y subit la réalité et les faits, on semble n’avoir aucune prise sur leur détermination et leur transformation. Emportés par les émotions, enfermés dans des logiques binaires et réductrices, perdus dans le flot des « événements en temps réel » et des « politiques en direct », il devient impossible de voir, de comprendre ou simplement d’entendre l’autre. L’idéologie de la peur produit une surdité dévastatrice : l’univers et les raisons de l’autre sont inaudibles et chercher à mieux entendre est un indice, au mieux, de son propre mal être ou, au pire, de viles trahisons. Entre « nous » et « eux » se sont construits des « murs virtuels » qui dessinent les frontières de nos nouvelles identités et appartenances... protégées en de-ça, menacées au-delà.
L’entretien de cette « idéologie de la peur » est devenue une arme politique et notamment dans les stratégies opportunistes des grandes puissances économiques de notre époque. Loin des vrais débats politiques, à distance de la critique objective des conséquences de l’ordre économique mondial ; on maintient un état de peur et de vulnérabilité qui permet les politiques sécuritaires les plus dangereuses et les plus discriminatoires ; les mesures d’exceptions liberticides (quant aux droits humains et citoyens), les plus alarmantes et les plus graves. Les idéologies du rejet de l’autre ou les multinationales de l’armement voient ainsi naître une idéologie sur mesure ... qui dit la définitive et intrinsèque culpabilité de l’autre et l’impérative nécessité de s’en protéger par les mesures de sécurité ou par les armes, c’est selon.
Globalisation du syndrome israélien
L’observateur de la société israélienne et de ses gouvernements successifs ne peut être que frappé par la similarité des logiques qui ont parcouru ladite société et ce qui est en train de se produire à l’échelle globale. Depuis les années quarante, l’histoire de la constitution de l’Etat d’Israël a été nourrie par la peur, par le sentiment de la nécessaire protection et de la méfiance de l’autre. Après les horreurs nazies et les exterminations, après la douloureuse expérience européenne ; Israël se présentait pour certains comme, tout à la fois, un refuge et une possible réconciliation avec soi-même en tant que sujets de l’Histoire. Les années ont passé mais les mêmes logiques ont perduré : les profonds sentiments de méfiance, la perception de soi victimaire, la réalité de l’insécurité, l’inflation permanente des mesures de politique sécuritaire, la perception de l’hostilité, avouée ou non, du monde environnant.
Au point d’inverser les rôles et les perspectives : la société israélienne, bien plus riche que la plupart des sociétés alentours, incommensurablement mieux armée que l’ensemble des pays arabes réunis, à la pointe de la technologie et véritable puissance économique régionale et internationale se percevait, et se perçoit encore, comme victime de la velléité destructrice des pays voisins, de leur opposition centenaire et du terrorisme des Palestiniens ou, plus globalement, des musulmans extrémistes. La puissance régionale est devenue « une victime » de « l’horreur » de l’autre, de sa « folie », de sa « haine », de son « irrationalité », de sa « démence meurtrière ». Autant de qualificatifs qui justifient, en aval, une politique sécuritaire qui admet - par nécessité - les infractions aux principes du droit international ou au respect de la vie des civils et des innocents, qui recourt « modérément » à l’usage de la torture et s’arme de législations différenciées et clairement discriminatoires à l’égard de certains citoyens encore « arabes » ou trop engagés en tant que chrétiens ou musulmans. La victime se protège et se défend. Il n’y aurait donc rien d’anormal à cela.
Un zoom arrière nous donne une image globale du monde actuel qui ressemble étrangement à ces considérations et postures. La « guerre » qui a été déclenchée pour réduire à néant le terrorisme s’appuie désormais sur les mêmes logiques à l’échelle globale. Les néo-conservateurs américains, et leurs acolytes européens, entretiennent et nourrissent un sentiment permanent de peur dont ils usent comme d’une idéologie effective. Leurs politiques s’appuient sur le sentiment d’insécurité et une vision binaire du monde : l’impératif est de se protéger au moyen des politiques sécuritaires et liberticides les plus dures, et pour certaines clairement discriminatoires, puisque désormais l’Occident est « la première victime du terrorisme ». Les pays les plus nantis et les mieux armés de la planète sont menacés et leurs citoyens doivent comprendre qu’il va falloir revoir les lois et, à la baisse, leurs droits... pour leur propre sécurité. Pour faire face à la menace, et pour apaiser leurs peurs, ils seront désormais mieux contrôlés, très filmés et constamment surveillés. Le syndrome israélien de l’état de siège et du renversement du rapport de force, sur les plans de la perception et de la symbolique, joue ici à plein : ce ne sont pas nos politiques que l’autre critique, c’est notre existence qu’il nie ; ce n’est pas nos contradictions que son opposition révèle, ce sont nos valeurs et notre civilisation qu’il déteste ; ce ne sont pas nos responsabilités qu’il faut questionner mais bien sa haine, son nihilisme, sa démence et, peut-être, pourquoi pas, ses croyances et sa religion.
Au demeurant, l’idéologie de la peur a comme conséquence dramatique de transformer toutes les sociétés et tous leurs actrices et acteurs en victimes. Au moment même où on entretient en Occident l’idée que notre civilisation est menacée, on voit s’installer dans les sociétés majoritairement musulmanes, et même dans les communautés établies en Europe ou aux Etats-Unis, les mêmes réflexes émotifs, craintifs et victimaires : « ils » n’aiment pas l’islam et les musulmans, « ils » nous ciblent, nous discriminent et sont clairement racistes et xénophobes. « Leur » guerre contre « le terrorisme islamiste » est « un prétexte pour s’en prendre à l’islam et à tous les musulmans ». De fait, partout le même sentiment, partout la même attitude : nous assistons à l’émergence d’une idéologie qui nous transforme tous en « victimes » incapables de penser « l’autre » qu’en termes de menace potentielle ; colonisés par la peur, il devient impossible d’accéder à la rationalité de l’autre, voire même de l’entendre ou d’appréhender sa souffrance et ses frustrations. Nous sommes tous, chacun d’entre nous, aux prises avec ces mêmes tentations frileuses, fermées et sectaires...
S’il est une réponse adéquate...
Il nous faut nous libérer de nos peurs, maîtriser nos émotions manichéennes, renouer avec l’esprit critique, le sens de la complexité et l’écoute. Il faut nous réconcilier avec l’intelligence, la nôtre et celle d’autrui. Il faut que nous redevenions des « sujets », tout simplement. Tout simplement... et cela est pourtant si difficile.
Les musulmans, qu’ils vivent en Occident ou dans les pays majoritairement musulmans ne doivent en aucune manière endosser l’idéologie de la peur ou tomber dans le piège des lectures binaires, simplistes et caricaturales du monde. En entretenant l’idée, devenue obsessionnelle, qu’ils sont dominés (ou minoritaires), mal aimés, stigmatisés ou marginalisés, ils font inconsciemment le jeu des propagateurs de cette idéologie de l’émotif qui cherchent à construire des murs, à creuser des tranchées, à propager les préjugés, à nourrir l’insécurité et à créer les conflits. Ses propagandistes n’ont de cesse de répandre l’idée que l’islam et les musulmans sont les menaces de l’avenir et en entrant dans la spirale infinie de la justification et de la défense, les musulmans confirment et entretiennent les termes d’un débat tronqué, vicié et, au fond, malsain.
C’est, somme toute, notre conception de l’homme et de la vie qui est en jeu ici. Plus que de simples questions de politique, ce sont des problèmes de convictions, de foi, de compréhension, d’éthique et de comportement qui sont soulevés par cette nouvelle idéologie et les défis de notre époque. S’il est une vision, et une réponse, à développer contre l’idéologie de la peur, c’est d’abord et avant tout de s’en libérer. Cet acte de « libération » est exactement le sens de l’expérience spirituelle : quand l’émotion invite à se laisser-aller, la spiritualité exige de s’éduquer. C’est bien un effort d’éducation qui est requis afin de réussir à marier la quête de sens et de Dieu avec le respect des principes de justice, de liberté et de fraternité humaine. Contre toutes les tentations d’enfermement et de regards manichéens sur le réel, c’est encore un « jihad intellectuel » qui est exigé pour résister (jihâd veut littéralement dire effort et résistance) pour accéder à l’universalité du message, qui transcende les particularismes, et permet de comprendre les horizons des valeurs universelles communes. C’est cette entreprise de l’intelligence critique et de la compréhension qui nous permettra de revisiter les concepts islamiques que des définitions historiques, contextualisées ou spécialisées ont parfois réduites, étriquées, voire tronquées. Les notions de « sharî’a », de « fiqh », de « ulûm islamiyya » (sciences islamiques) sont à revisiter, à élaborer à la lumière des principes islamiques qui nous appellent à l’universel et non à travers les prismes étriqués des attitudes de « dominés », de « minorités » ou encore d’ « immigrés », « à intégrer ».
C’est cette réforme, au fond révolutionnaire au sens littéral du mot, que nous devons entreprendre pour résister à l’idéologie de la peur. Certaines de nos lectures des sources islamiques sont une aubaine pour les propagateurs de cette idéologie qui entretient la peur pour justifier la guerre, les politiques liberticides et les discriminations institutionnalisées. La réforme dont nous avons besoin ne nie aucun des principes de l’islam, de ses fondamentaux et de sa pratique, mais elle renoue avec la confiance en soi et, ce faisant, nous fait dépasser la peur de l’autre, l’obsession de l’adversité et la promotion d’identités fermées, réactives et sclérosées. L’esprit originel du message de l’islam, nous invite et nous apprend à nous ouvrir sur le monde, à intégrer le bien d’où qu’il vienne, à comprendre que chacun de nous a des identités multiples et en mouvement, que la diversité est une école de l’humilité et du respect et que l’humanité est une comme Dieu est Un.
Les peurs sont transversales comme le deviennent les fractures. Au sein des sociétés occidentales, on perçoit les signes d’une tension entre ceux qui se définissent contre les autres et ne veulent en aucun cas prendre le risque de la rencontre et ceux qui comprennent qu’il existe des valeurs communes à partager et des partenariats à créer. Les mêmes clivages existent au sein des sociétés et des communautés musulmanes. A celles et à ceux qui revendiquent et acceptent le principe des valeurs communes et sont prêts à dépasser les peurs, il faut conseiller de ne pas se laisser tromper par les extrémismes de l’autre car alors les extrêmes auraient gagné. L’urgence et la priorité aujourd’hui est que se rencontrent les femmes et les hommes de tous les univers, de toutes les convictions et religions au nom des principes universels communs, de la dignité des êtres humains et de l’esprit critique. Vaincre l’idéologie de la peur et du tout émotif requiert une intelligence critique exigeante et une éthique du débat et de l’écoute. D’aucuns les associent à la foi et à la spiritualité, d’autres à leur seule conscience mais tous les comprennent comme les qualités impératives de leur humanité
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Deux articles dans le Guardian
Why Muslims must guard against the satisfactions of complaint
At the second Guardian forum, a pervasive, and understandable, sense of frustration was lifted by words of tough love
Madeleine Bunting
Monday November 21, 2005
The Guardian
A year on from the Guardian’s first experiment in bringing together young Muslims for an evening of discussion, we did it again. The mood of the forum, held last week, had shifted in unexpected ways ; there was less anger from the 60-odd participants from across the UK, but what had replaced it was, perhaps, even more worrying - a pervasive sense of frustration. Much of it is targeted at the government, but some is also directed at the Muslim community itself - why can’t it make itself heard ? Why can’t it address its problems of poverty and educational underachievement ? And the persistent questions about representation : who claims to speak for "the community" and why ? The self-criticism among this group of largely university-educated Muslims is never far from the surface.
The problem is that the frustration - and its close relative, defensiveness - threaten to drown out all other discussions. It leaves little room these days for the outrage and horror one might have still expected in comments on the atrocities of 7/7. That’s troubling. In one exchange, participants pondered the respective responsibilities of Tony Blair and the bombers for the July attacks : 50/50, said one ; 80/20 Blair, said another ; while the last concluded that the attacks were Blair’s fault alone. The impulse to apportion blame very simply on Iraq and Blair has overwhelmed the soul searching widely apparent back in July ; yes, Iraq was a major factor, but there were others. Some things, however repetitive, still need to be said ; namely, that the July attacks were a terrible misuse of Islam. They were, as the Islamic scholar Tariq Ramadan told the forum participants, not just "un-Islamic, they were anti-Islamic".
It’s not that the frustration and the defensiveness are not understandable. They are. At every turn, there is a sense of vague definitions spewing from the machinery of government policymaking - what is meant by "glorifying terrorism", "extremism", "radicalism" ? And then there are the thinly concealed intentions ; for example, the government’s current proposals to regulate "places of worship" aimed at mosques is an unprecedented intrusion of the state into the affairs of a religious institution that could take Muslim alienation to a whole new level. The widely held perception is of a community under siege, and such is the bankruptcy of trust in relations with government that the efforts of the Home Office minister Paul Goggins made little headway with his interlocutors in the forum last week.
And there are other causes of that defensiveness in the development of British Muslim identity, which we are still only beginning to grasp - some are well below the radar of headline news. As ever, eavesdropping on a community talking to itself, as we did last week, throws up new insights : for example, non-Muslim Britain hasn’t begun to grasp how big an obstacle alcohol is to Muslims’ participation. As alcohol consumption has soared in the past two decades, Muslims have been left to negotiate its centrality in British social life - at work, school or university, or as neighbours - with great difficulty. Alcohol is probably now one of the most effective and unquestioned forms of exclusion practised in the UK, affecting every kind of social network.
So there are very good reasons for the defensiveness and frustration ; the problem is if they overwhelm a more positive, imaginative engagement with Britain. The glimpses one sees of the latter are fascinating ; for example, Dilwar Hussain, one of a new generation of young British Islamic scholars, talked last week of how British law enshrines the five principles of sharia more closely than many Muslim-majority countries. He opened up the possibility of a British Islam which could find easy translation into a language of human rights, social justice and democracy. But this positive vision has to turn round the political energy among many Muslims that is currently framed around what they oppose. Ramadan warned : "It’s easier to be against something than for something." The temptations of an emotionally satisfying culture of complaint are clearly evident, and where they were most striking last week was in discussions about British political life.
The problems stem back to 2003 when the mobilisation of the Muslim community into mainstream politics was initially celebrated as an unexpected windfall of the international crisis over Iraq. But what we misread was how profound would be the ensuing disillusionment. "We got hundreds and thousands out on the streets and it had no impact whatsoever," runs the argument, and the conclusion drawn is apathy ("What’s the point ?") or active disengagement ("There is no point").
That disillusionment is fed by specific Muslim dilemmas ; for starters, in a democracy the political priorities of a minority, however passionately held, will never make much headway. The welfare of Chechnya and Kashmir, even Palestine, is never going to be the guiding principle of British foreign policy. Plus there is an awkward alignment between key Muslim concerns and the traditions of all three main parties. Many Muslims might tend towards the Conservatives on morality issues, Labour on social justice and Liberal Democrats on foreign policy, while Respect too often seems like a wasted vote.
These are some of the reasons why Hizb ut-Tahrir, with its bizarre ideology advocating an Islamic caliphate, continues to attract clever, idealistic young Muslims. Much like many of their non-Muslim peers, they think they can’t get their views heard in British politics and democracy doesn’t work. They only differ from their non-Muslim contemporaries in the solution they propose.These particular Muslim predicaments are underscored by a problem endemic in British political culture - a weak tradition of citizenship. In place of a powerful concept of citizen’s rights and responsibilities, we are still subjects of a hereditary monarchy. We use nationalism not citizenship to generate a sense of belonging and entitlement ; that disables an immigrant minority. And this is where Ramadan’s move to the UK could be so important. Steeped in a French republican tradition of strong citizenship, he is remarkably challenging of his Muslim audiences. Who else can talk about the passivity and victim mentality of the Muslim community, as he did in the forum last week, and still get spontaneous applause ? Who else challenges the community to stop complaining about not being consulted by the government, but organise themselves so effectively that the government has no choice but to listen ? Who else argues that if Muslims want British-trained imams, they’ll have to pay for them instead of donating to international solidarity campaigns ? You can best help the oppressed around the world by being a good citizen here, he stoutly commented.
This is tough love, and it is to the considerable credit of his audience that they want it. The question is whether it prompts the kind of energetic, critically engaged citizenship Ramadan calls for, or whether - a danger he well knows - it makes no headway against the satisfactions of complaint.
Islamic voice of reason speaks out, but the anger remains
Last week the Guardian brought together a diverse group of young Muslims to debate life after the London bombs. Two moods emerged : a desire to address extremism in their midst, and disaffection with British foreign policy
Patrick Barkham, Polly Curtis and Joseph Harker
Monday November 21, 2005
The Guardian
A text message may seem a mundane way of communicating but in the hands of Ajmal Masroor it is truly radical. Masroor, 34, one of a new breed of British imams, gives sermons in English and discusses problems with Muslims at his mosque on his mobile phone. This unusual tool of his trade is one small sign of many young Muslims’ quiet determination to change their communities in the wake of the scrutiny, criticism and hostility brought on by the terrorist attacks of July 7.
There is not always defensiveness and denial in the Muslim response to the bombs detonated in London, which placed Islam at the centre of a national debate. But the influential Muslim scholar Tariq Ramadan, addressing the second annual Guardian Muslim Youth Forum last week, said young Muslims must stop complaining, be clear about the source of their problems and get themselves organised into "critical citizens". Unlike the riots in France, the bombs in Britain were "a religious problem, so you should deal with that," he told them.
The teachers, IT professionals, counsellors, community workers, politicians, academics, students and imams who debated together at the forum were clear : the diverse Muslim communities are interrogating themselves more than anyone else. There was, however, anger that their own reflections were not matched by a spirit of self-criticism in government or an acceptance that its policies in Iraq and Afghanistan helped extremism take root. Since July, Tony Blair’s administration has mixed anti-terror laws and an attempted new dialogue with young Muslims. Many still felt dissatisfied with how politicians are talking and listening to them.
Political engagement
Anger at Labour’s foreign policy would not dissipate by the next election, according to most delegates. Having ignored so many voices over Iraq, the government should now hold a public inquiry into July 7, according to Inayat Bunglawala of the Muslim Council of Britain. "Perhaps many in the Muslim community had kept their heads down for too long to this threat of terrorism. But if elements of the Muslim community have been in denial, the government has been totally in denial about the impact of its own policies, especially foreign policies, and how they may have contributed to the growth in extremism. That’s why the demand for a public inquiry must be crucial to any discussion of terrorism." Most delegates were emphatic that while there was disaffection with Labour and scepticism over the "opportunism" of the Liberal Democrats and Respect, it was more important than ever to engage in mainstream politics rather than chase the segregated dream of an Islamic party.
For a few, the compromises involved in working for change through existing political parties was simply too great. Sultanah Parvin, a member of Hizb ut-Tahrir, a group that says voting is a sin, said she was politically active in different ways. "Voting is not going to have all the solutions my parents’ generation believed it would have. There’s a third way to get our voices heard and reach out to a wider society. I’ve been active in what I would classify as political work at grassroots level, talking about drugs, talking about crime, talking about projects which we can get the youth to be involved in rather than acts of violence."
Arguing that political parties did not have the solutions was not, she stressed, a recipe for segregation or the isolation of the Muslim community. Hizb ut-Tahrir sought dialogue and debate with non-Muslims. "Our position of political activism is not insular. It’s not just talking to the Muslim community," she said.
Reaching out
Paul Goggins, the Home Office minister for faith and community cohesion, stressed it was four bombers and those who "perpetuated that perverted view of Islam" who were responsible for the July 7 attacks but accepted the government must "engage and listen" to Muslims.
Its consultation exercise with Muslims on the causes of extremism was, he said, a start, although he felt they did not hear enough from women or young Muslims. Describing the working group’s 60 recommendations as "hopes and aspirations", he said it was important for "everybody’s credibility" that some of these were delivered.
Many were sceptical about the government’s professed desire to "reach out" to them. "These politicians are out of touch. People are saying take me to your leaders - it’s a colonial thing," said Shahedah Vawda, founder of Islamic peace movement Just Peace. "The government hasn’t got a clue what’s going on on the ground. You and I may be fine about the idea of working in partnership with the government and the community, but how do you make sure the community buys into it ?"
"The government doesn’t talk to young people," said Andleen Razzaq, a teacher. "At a community consultation meeting I went to, there were only three youths. The government only talks to older Muslims."
A broader view
Tony Blair’s foreign policy may have provided a window of opportunity for Islamic extremism but there was an acceptance that British Muslims needed to recognise the religious advantages they enjoyed living in Britain in comparison with those living in Muslim majority societies.
Living in any society or culture involved negotiation and compromise, said Dilwar Hussain from Leicester, and those in countries with a Muslim majority often found their religious values compromised by bribery and corruption, the lack of women’s rights or the absence of educational opportunities.
Imams
There was also a broader view about extremism and alienation, which many agreed were the result of social and economic problems specific to British Muslims which predated the war in Iraq and the "war on terror" after 9/11.
According to Shareefa Fulat, director of the Muslim Youth Helpline, the fact that the terrorists justified their actions in the name of Islam meant the issue of extremism was a religious one. "Those people have somehow arrived at an understanding of Islam which justifies what they do. We have to question the way they are being taught in the community."
British Muslims, it was widely felt, need new leaders, who understand Islamic scripture but also the British culture in which they live. "Some of these imams from abroad are liabilities because they don’t understand our culture," said Masroor, who is a cultural relations consultant as well as an imam. "I do ceremonies in English. I talk about practical things. People can text me their problems, which they can’t do with the elders. A person has to understand the context in which we live. It’s essential."
Shazia Khan, a radio journalist, said support for imams must extend beyond proposals to ensure they pass English tests. "Traditionally their role was to lead prayer. Now it’s broadening out to pastoral care similar to a Christian minister. They need to be supported if their role is to be expanded like that."
Many felt it was vital for more women to get involved in Muslim scholarly activity. But the attempt to create a modern, British system of imams and madrassas should be a task for Muslims alone : most warned that government-supported imams would be viewed with suspicion.
Social integration
Relationships with the government may be strained but delegates did not feel a desperate tension between their faith and British culture. Many, however, experienced subtle hurdles to social and professional success in our predominantly secular society.
"From 16 onwards, alcohol is a significant factor in integration," said Kamran Maskin. "I couldn’t go to discos. Muslims end up clumping together."
Professionally, Muslims have found themselves excluded from alcohol-lubricated networking. "At work, when they choose to go to the pub, you’re being excluded," said Khadija El Shayyal.
"You’re being stopped from integrating," Maha Sardar, an entrepreneur, said : "When I went to the bar to train as a barrister I had to go 12 dinners and they were all about alcohol. It’s an archaic cultural thing. I felt very isolated but to qualify as a barrister, I had to attend all 12."
Dissatisfied with the dialogue offered by the government, most delegates felt their own community had failed to communicate its successes and debate its failings. Ramadan said that "intra-community dialogue" and self-confidence was still lacking, a point brought up in many discussions.
Rather than embrace victimhood, Muslims must criticise themselves and engage with criticising their government. "The easiest way to be in politics is to be against something," he said.
"It’s very easy to be against the war. It’s very difficult to be for the future of the society. Self-criticism is part of what we need today. A true citizenship is a critical citizenship."