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L'Euromed en quête d'identité

L'Euromed en quête d'identité 

 

Par

 

 

Hichem

 

 

 

 

 

 

Au-delà du constat qui consiste à dire que le "processus de Barcelone", initié il y a dix ans, est une belle idée et un beau projet, dont l'objectif majeur est d'établir à l'horizon 2010 une zone euroméditerranéenne de libre-échange, la réalité pourtant commande de nuancer le propos et de mieux expliquer ce qui s'est réellement passé au cours de cette décennie. Pour ce faire, j'articulerai cette analyse autour de trois interrogations principales.

 

Pays de la rive sud : l'Euromed a-t-il produit un électrochoc ?

 

Le Partenariat euroméditerranéen avait suscité, lors de son lancement, un immense espoir dans l'opinion publique et auprès des élites des pays du Sud. Mais, au fil des ans, la désillusion et la déception se sont progressivement installées dans les têtes, empêchant d'avoir une véritable perception des réalisations de ce processus. Disons-le tout de go : I'Euromed a effectivement produit un électrochoc dans les économies des pays partenaires. Des programmes de mise à niveau ont été mis en place, accélérant ainsi la modernisation de nombreux secteurs économiques et industriels de ces pays. A titre d'indication, entre 1995 et 2006, quelque 9, 5 milliards d'euros ont été utilisés – ou en cours d'utilisation – dans le programme MEDA et 11,2 milliards d'euros seront accordés sous forme de prêts à des taux préférentiels, sur les cinq prochaines années, par la Banque européenne d'investissement (BEI). Certes, ces sommes sont importantes, force est de reconnaître cependant que quand on examine finement et qualitativement l'état d'exécution des programmes et le degré d'efficacité, on peut légitimement s'interroger sur la pertinence de certains d'entre eux.

 

Il ne s'agit pas de blâmer ou d'accabler telle ou telle personne. Mais, le fonctionnement institutionnel de l'Union européenne donne, à tort ou à raison, cette impression qu'on est en face d'une "usine à gaz" : complexité des procédures, bureaucratisation excessive, difficultés à situer le centre de gravité du processus décisionnel, etc. Et au cœur de ce dispositif complexe de l'Union se trouve l'Unité qui gère le Partenariat euroméditerranéen (1). La Commission qui gère ce dossier au quotidien, et exerce un véritable contrôle, s'est enfermée dans un schéma technocratique irriguant tout son univers mental, et tout le reste. De ce point de vue, il suffit d'écouter ce qui se dit pour prendre la mesure de ce décalage : flou, insuffisances, faiblesses structurelles…, ce sont des mots qui reviennent constamment dans le discours des interlocuteurs des pays du Sud.

 

Pour avoir suivi ce processus depuis son lancement, un travail d'évaluation est plus que jamais nécessaire, pour corriger le tir et recadrer le projet. Les responsables actuels à la CE en sont conscients et tentent d'intégrer ces éléments dans les négociations en cours sur la Politique extérieure de voisinage (PEV), laquelle va se concentrer sur des objectifs plus visibles et plus identifiables afin d'associer plus encore les pays partenaires, "ceux qui jouent le jeu", précise un haut fonctionnaire. Un Partenariat euroméditerranéen à plusieurs vitesses se dessine ainsi en pointillé. Il est encore trop tôt pour apprécier ses effets, mais on semble vouloir privilégier l'esprit d'émulation et un volontarisme plus marqué, pour être admis dans le Cercle. Cela pourrait faire "exploser" la cohérence de l'édifice…

 

Pourquoi l'Euromed est-il si "mal perçu" ?

 

Je reprendrai à mon compte cette phrase de François Gouyette, l'ambassadeur de France, chargé du processus Euromed au ministère français des Affaires étrangères, lequel pointe du doigt une question centrale : "Ce qui a manqué au partenariat euroméditerranéen, c'est un visage humain. " (2) La tâche immense de mise en œuvre des accords d'association et la gestion technocratique et technique du programme MEDA ont largement absorbé, pour ne pas dire cannibalisé, les efforts des responsables du processus Euromed à la Commission. Au point que les opinions publiques ont, à juste titre, une idée extrêmement floue de la réalité de ce Partenariat. Cette difficulté d'interprétation est constamment confortée par d'autres sujets annexes, comme celui de la candidature de la Turquie, ou celui de l'immigration… Brouillage, manque de visibilité et de lisibilité, absence d'une stratégie de communication de l'UE sur l'Euromed…, voilà le contexte dans lequel évolue le Partenariat. Laura Baeza, chef de l'Unité Euromed à la CE, reconnaît ce réel "déficit" de communication (3). Mais on ne rattrape pas un retard de plusieurs années en un laps de temps très court. La mise en place d'un plan de communication en "3 D" (Débat, Dialogue, Démocratie) sur cinq ans a pour ambition de combler cette lacune. Mais suffira-t-il ?

 

Quel avenir pour l'Euromed ?

 

D'ores et déjà, on peut dire sans le moindre risque de se tromper qu'il n'y aura ni refondation, ni nouveau big bang du "Processus de Barcelone". Le premier Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du 27 et 28 novembre 2005 sera un grand moment pour se retrouver et marquer solennellement cet événement. Le projet de texte de la déclaration finale, en circulation pour avis, reprendra et réactualisera les "fondamentaux" du projet euroméditerranéen. Une manière aussi de dire que ce sujet demeurera, malgré tout, sur l'agenda politique de l'Europe communautaire, même si celle-ci est aujourd'hui en proie à un doute profond. En outre, les difficultés actuelles de l'Europe de tracer et de valider une perspective budgétaire sur la période 2007-2013 – en suspens pour le moment –, empêchent de préciser l'enveloppe MEDA pour les années à venir. On peut avancer que le volume financier actuel sera revu légèrement à la baisse ou tout au moins maintenu en l'état.

 

Pourtant, l'Euromed a besoin d'une véritable clarification et d'une redéfinition de ses priorités. Jusqu'ici, beaucoup d'argent avait été dépensé pour restructurer et mettre à niveau les économies des partenaires des pays du Sud. Deux pistes devraient être explorées prioritairement : former en grand nombre des "techniciens" de l'Euromed issus du Sud pour pour être capables de détecter et de formaliser, suivant les procédures à l'usage à la CE, les appels à projets et autres. La sophistication des modalités pénalise souvent les partenaires du Sud.

 

L'autre piste est celle de l'information sur l'Euromed. Il eût suffi pourtant de peu de chose. La CE aurait dû encourager ou aider à faire émerger, ces dernières années, un projet de média euroméditerranéen, afin d'informer et de donner un "visage humain" à ce processus (4). Il n'est qu'à sillonner cet espace pour se rendre compte de son extraordinaire richesse et de sa superbe diversité. Cet immense "trésor" reste méconnu – et même invisible. On commence à peine à comprendre l'urgence d'une telle action.

 

(1) Je recommande vivement la lecture de l'étude "Les institutions européennes dans le fonctionnement du PEM : de la répartition des compétences à la gestion dynamique du quotidien" (document n°36), de Dorothée Schmid, chercheuse à l'IFRI, téléchargeable sur www.euromesco.net.

 

(2) Propos tenus à Marseille (17-18 octobre 2005), lors du colloque euroméditerranéen des médias.

 

(3) Laura Baeza (Head of Unit Euro-Med and Middle East, Southern Mediterranean) participait à ce colloque.

 

(4) La CE aurait pu financer un supplément mensuel (4 pages, par exemple), en trois langues (arabe, français, anglais), intégrable dans les principaux médias du Sud. Cela aurait permis de donner de la substance à l'Euromed, faire connaître sa pluralité et expliquer l'Euromed en tant que projet d'intégration régionale. Une approche transversale nécessaire. Précision essentielle : ce supplément devrait être géré par des journalistes professionnels.

 

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