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INERTIE ET HEGEMONIE

 

INERTIE ET HEGEMONIE

 

Par

 

ASSIA

 

L’inertie des démocrates tunisiens ,  et certains qui prétendent l’être , mais cela est une autre question, leur incapacité réactive et leur lâcheté face à la vassalité vis-à-vis des officines étrangères et des règles de jeu établies et imposées par la dictature résultent, dans une large mesure, de la dépréciation et de la décadence de l’idée de souveraineté et du rôle de l’Etat souverain et tout simplement de la citoyenneté et de l’esprit d’indépendance  tuniso-tunisien.

 

 

 

Ce qui est malheureux , c’est que les peuples arabes et musulmans en générale toutes tendances confondues  sont des enfants gâtés, ils vivent sur un riche héritage sans s’apercevoir qu’il est en train de fondre. Dans une perspective historique, cette inféodation aux idéologies étrangères et à leur penser correct ,  et leurs frilosité pour ne pas dire lâcheté face à la dictature, elles en portent entièrement la responsabilité.  Les démocraties libérales n’ont jamais eu la volonté d’aider les forces de progrès tunisiens à se libérer, bien au contraire une Tunisie libre et démocratie est une Tunisie qui contestera toute hégémonie étrangère ,  et sera sûrement sur certaines dispositions économiques un rude concurrent pour beaucoup.

 Cette  république bananière de ben Ali est le règne de l’étranger, elle ne peut vivre qu’en cultivant le mensonge et l’imposture. L’oligarchie officielle, qui domine en  Tunisie de nos jours, ne peut s’établir et durer que sur la généralisation du mensonge. Elle se contente d’une suffisance idéologique et doctrinale en proclamant l’excellence et la perfectibilité du régime de ben Ali ,  et le mythe de la souveraineté populaire, lesquels reposent sur la mystification rcediste de la représentativité. Ainsi, en vertu de cette théorie contractualiste de la société tunisienne  sous contrôle, toute « association » entre les hommes aurait pour fondement une renonciation à de leurs  droits patents, une abdication, une délégation d’une partie de ces droits, de leurs libertés fondamentales, en échange d’avantages qui deviennent contractuellement les droits du citoyen, en  tout simplicité  cela signifie ,  le règne du clientélisme  le plus fou. La duperie consiste à réduire les droits du citoyen à la taille d’un bulletin de vote pour un candidat unique, toujours le même et des opposants potiches  , et en la foi prosélyte en une oligarchie partisane qui serait le porte parole, le fidèle représentant de leurs “belles idées”. Et voilà le tour est joué,le décor est installé pour une pseudo volonté populaire émanant du peuple lui-même, un peuple virtuel et invisible, lequel serait intrinsèquement souverain ,  mais serait toujours et en toute état de cause ,  représenté par procuration par une myriade de coteries d’intérêts ,  constituants la trame du système partisan parlementaire. Ainsi, ce qui est sous jacent au dogme de la souveraineté populaire, c’est le dogme de l’illégitimité de tout pouvoir d’un homme , ben Ali ,  sur un peuple de dix millions d’âme, c’est-à-dire de son droit à l’indépendance , et du respect  des uns à l’égard des autres, c’est-à-dire encore de l’égalité des hommes, en un mot , l’aberration ben Ali  n’est qu’un vulgaire  un totalitarisme tribal  niveleur de la multitude par le haut ,  illégitime et oppresseur il n’a pas les moyens d’être autre chose , ne peut avoir aucune perspective d’évolution ,  car toute réforme , la moindre réforme serait fatale pour lui.

Le dogme de la souveraineté du dictateur, idolâtré par ses sicaires et ses  « clients » équivaut à une sacralisation de l’égocentrisme ,et il devient la version la plus basse et la plus réductrice de l’anthropocentrisme. La tyrannie des délégués désignés par le dictateur de Carthage devient la tyrannie d’une minorité violente, le règne de la médiocrité et la souveraineté nationale n’est que l’instrument politique de l’instauration et la pérennité du régime totalitaire le plus violent qu’a connu la Tunisie. Les grands groupes financiers qui tiennent l’industrie de la publicité et de la communication sont les principaux acteurs du viol des consciences quotidiens dont sont victimes les tunisiens.

 Aujourd’hui, les théoriciens politiques estiment que, dans un monde d’une économie de grands espaces et de mondialisation, la souveraineté est illusoire et fictive , et la démocratisation généralisée au genre est porteuse de grands dangers. Fractionner un grand espace intégré serait un défi à l’entendement économique et c’est  défier la raison discursive de l’homo oeconomicus. Ce paradigme de l’économie mondiale néoclassique où tous les facteurs de production sont supposés mobiles et fluides, ce qui génère de fortes migrations de main-d’oeuvre, nie en réalité toutes les souverainetés, actuelles et potentielles et les attentes de tous les peuples spoliés de leurs droits, comme le peuple Tunisien, tous les peuples arabes et la très grande majorité des peuples musulmans. Cette conception économiciste suppose l’adhésion directe de l’individu dépolitisé, atome ,  détaché de tous les liens sociaux, sans identité et ethnicité propres, à une économie-monde au sens où l’entendent Wallenstein et Fernand Braudel. La « mare Liberum » au sens de Grotius, plus que la ferme domination du « limes » romain par « l’hégémon impérial » serait le terrain d’élection de ce modèle. C’est cela que les forces de progrès doivent combattre, car plus qu’une opération  de colonialisme économique, c’est une stratégie ethnocidaire générale qui se met en place et que l’on peut qualifier d’esclavagisme moderne.

 

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