Nicolas, Rachida et Cécilia
Akram Belkaïd, Paris
Nicolas... Il est partout, il est omniprésent, il a un avis sur tout et n’importe quoi... Cela commence à devenir fatigant et, parfois, je me demande même si j’aurai les ressources nécessaires pour supporter tout cela pendant cinq ans, ou même dix, puisque le parti socialiste me semble bien mal en point. Trop, c’est trop. Pas une journée sans entendre le président de la République française me débiter un chapelet de banalités, de fausses confidences et de longues envolées d’autosatisfaction. Pas une journée sans échapper au buzz permanent que l’Elysée impose à la profession.
Tenez : je me lève le matin, sa voix s’échappe de mon poste de radio. Dans le métro, il ne se passe pas un jour sans qu’un ou plusieurs quotidiens ne me renvoient son nom et son visage à la figure. Et que j’te sauve l’Europe par-ci, et que j’te fasse le ménage chez Airbus par-là. Des pauvres gars se font écraser par un chauffard ivre ? Le Président réclame des peines sévères. Le 14 Juillet ? Le Président nous offre de la musique gratos sur le Champ-de-Mars. Il est partout, vous dis-je !
Il y a quelques jours, je voulais regarder le Tour de France. Comme souvent, c’est une étape de montagne que j’ai choisie. A votre avis, qui est apparu sur mon écran, émergeant d’une voiture suiveuse, le micro à la main, au point que j’ai d’abord cru à une résurrection du journaliste Robert Chapatte ? C’était le Raïs français en personne qui m’a infligé un cours magistral sur le cyclisme, l’effort et tout le baratin habituel de ceux qui pensent qu’ils sont les seuls à se lever tôt pour aller bosser. Sera-t-il sur la pelouse du stade de France pour le Mondial de rugby ? Je veux bien prendre les paris...
J’ai utilisé le mot Raïs à dessein parce que Sarkozy ressemble de plus en plus à ces Présidents arabes qui mettent médias et élites à leur botte. Ces opposants qui vont à la soupe, ces confrères qui portent la bonne parole présidentielle et qui perdent toute lucidité. Ces intellectuels qui se bousculent pour un honneur ou une mission. Tout cela fleure bon le makhzen gaulois, le populisme et le clientélisme. Nous sommes bel et bien entrés dans, pardonnez-moi pour cet écart de langage, le temps du « je t’achète mais tu fermes ta gueule ».
L’analogie avec ce qui se passe dans le monde arabe est saisissante. Partout, de Lille à Marseille, on voit se lever une foule de soupirants cyniques et obséquieux qui ont bien compris le nouveau système. Le plus étonnant, ce qui m’interpelle le plus, c’est la célérité avec laquelle tant de gens intelligents s’aplatissent et entrent dans le rang. A croire qu’ils n’attendaient qu’une occasion pour donner libre cours à leurs penchants de valets. Il y a quelques années, je me moquais d’un pays arabe où l’un des candidats à la présidentielle - il représentait l’opposition dite légale - m’avait déclaré fièrement que son seul programme était de faire élire le Président en exercice. Aujourd’hui, je trouve la chose moins risible...
Juste une hypothèse qui, je le pense, a beaucoup de chances d’être fondée. Pour comprendre la politique spectacle à laquelle nous assistons en France, il faut regarder du côté des Etats-Unis. Il faut réexaminer ce que fut la gestion des médias sous Reagan mais aussi savoir ce que peut offrir comme idées la série « The West Wing » (La Maison-Blanche). C’est de « là-bas » que viennent ces trouvailles qui consistent par exemple à inviter « des héros » pour une garden-party officielle. Copier est tellement plus simple qu’innover...
Rachida... On la voit presque autant que Nicolas même si on l’entend moins. Elle aurait dû se méfier. On ne devient pas ainsi la coqueluche des médias sans attirer le mauvais oeil. Plusieurs couvertures de magazines et voilà, comme par hasard, que l’on parle de ses frères délinquants tandis que des hommes politiques, de droite comme de gauche, ne laissent passer aucune occasion pour la « missiler » (terme entendu dans le RER et qui me plaît bien).
J’avoue être indécis à propos de la ministre de la Justice. Bien que ne partageant pas ses idées politiques, je n’ai pas de mal à reconnaître que la cabale qui est organisée contre elle comporte sûrement quelques germes racistes. Mais le problème, c’est que cela a fait passer au second plan les discussions de fond à propos de son projet de réforme sur les peines de prison. Là où la France aurait dû avoir un débat sur ce thème délicat, on se retrouve à choisir entre pro et anti-Dati (sans jeu de mots). Pour la suite, sa tâche va être rude, car il est à craindre que ce genre de polémique ne se renouvelle et ce n’est pas bon pour la cause de la diversité.
Il y a encore un point qui m’exaspère concernant toujours la garde des Sceaux. Tendez l’oreille, écoutez tel ministre ou tel député parler d’elle et vous l’entendrez dire : « Rachida a tout notre soutien » ou encore « Rachida fait preuve de beaucoup de compétence ». Hé, ho ! C’est votre soeur ou quoi ? C’est quoi cette dsara, cette familiarité qui frise le mépris de classe ? Qui parle en public de Boutin ou d’Alliot-Marie en les appelant uniquement par leurs prénoms ?
Cécilia... On la voit moins que les deux premiers et on ne l’entend guère. C’est dommage car des trois, elle est, pour la presse, la plus intéressante et je suis sûr que nous autres journalistes aurions de belles pépites à nous mettre sous la dent si elle consentait à parler plus. En effet, dans le dispositif propagandiste du Président, elle est à la fois un atout et le maillon non pas faible mais incertain ou aléatoire. Du coup, la cour s’empresse de la faire revenir dans le droit chemin afin de la canaliser et de plaire à l’empereur.
D’ailleurs, qu’est-elle allée faire en Libye ? Pourquoi cette offense à ceux qui ont mené de longues et laborieuses négociations pour sauver les infirmières bulgares et le médecin palestinien ? On revient au buzz, encore et encore. Et qu’importe que la presse anglo-saxonne se déchaîne en accusant les Français d’opportunisme et de mauvais goût puisque monsieur Dédé, qui du fond de sa France profonde ne regarde que les télés françaises, se dit que son pays joue de nouveau (et grâce à qui, hein ?) un rôle important dans le concert des nations. Il le croit d’autant plus quand il entend une gourde sur France 3 demander au Premier ministre Fillon s’il pense que c’est grâce à la visite de madame Sarkozy si la peine de mort des infirmières a été commuée ! C’est le temps de la brosse à reluire vous dis-je !
Akram Belkaïd
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Halte à la culture de la facilité !
Dans son essai « poésie et culture apolitique » publié dans From Pages of Day and Night (Northwestern University Press, 2000), le poète syrien Adonis écrit : « La culture arabe a supprimé tout questionnement. Basée sur la Réponse, elle a institué une poésie qui ne peut dire que ce qui est connu, une poésie de l’explicite. Ainsi, la première difficulté à laquelle se trouve confrontée la poésie arabe réside, paradoxalement, dans la culture de la facilité. »
Je trouve que cette constatation ne s’applique pas uniquement à la poésie arabe, ou à la poésie tout court, mais touche divers aspects de la vie moderne : politique, économie, médias, art, etc. au point que l’on peut parler à juste titre d’une « culture de la facilité ». Une culture dans laquelle l’effort, la discipline, la rigueur, semblent être relégués au rang de l’archaïsme.
Depuis la plus tendre enfance, on inculque aux jeunes que le succès ne passe plus forcément par le dépassement. On les encourage à prendre un autre chemin qui y mène sans peine : celui du moindre effort. Pour certains pédagogues, l’éducation doit être avant tout divertissement ; demander à l’enfant d’apprendre par cœur les tables de multiplication ou de mémoriser un poème, relève, à leurs yeux, de la pédo-torture. Dehors tout incite l’enfant à la facilité dans une société de l’abondance.
Il n’a qu’à claquer des doigts et il a le dernier modèle de la poupée Barbie ou la version la plus récente de son jeu électronique préféré. En grandissant, il se trouve naturellement attiré par l’argent facile, la célébrité facile, le discours facile, le sexe facile. Ceci produit la génération de la « star-académisation » artistique, de la « sms-isation » linguistique, de la spéculation boursière, du « dopage » sportif et de la « people-isation » politique. Mais il y a en particulier deux domaines touchés par cette culture de la paresse que j’aimerais évoquer ici : la science et l’information.
Près de 2000 publications scientifiques sont produites par jour à travers le monde. Dans la montagne de papiers publiés chaque année, quelle est la fraction originale ? Combien valent plus que la quantité de bois sacrifiée pour les imprimer ? Très peu. C’est d’ailleurs le cas également de la production littéraire. La recherche ne rime plus avec innovation. Elle a été « castrée » depuis qu’elle a été formatée et « protocolée ».
Dans la majeure partie des cas, les chercheurs d’aujourd’hui savent au préalable ce qu’ils trouveront à l’issue de leur recherche. Les chefs de labos savent à l’avance le nombre de thèses qui seront défendues à la fin de l’année académique, puisqu’ils doivent en rendre compte, ou des comptes, à leurs sponsors. Dans les labos modernes, le souci de la rentabilité fait peu de place à l’imprévu et au suspense. Tout comme dans les autres domaines de l’activité économique, on doit produire le plus de résultats, le plus vite, au moindre coût. On évite donc les chemins incertains et les pistes risquées.
A part les rares découvertes fortuites, le résultat d’un travail de recherche est minuté, comme un bébé, de sa conception à sa naissance. Désormais la recherche se pratique « à la chaîne » ; chacun s’occupe dans son coin d’un petit détail. Dans ce « taylorisme scientifique » effréné, qui fait perdre la vue d’ensemble, l’intelligence humaine cède souvent la place à des logiciels détecteurs de corrélations.
Certains chercheurs, notamment en sciences de la vie, se fient à des artifices mathématiques pour faire la recherche à leur place, comme l’outil statistique souvent mal compris et donc mal utilisé. Et l’on se retrouve dans des situations absurdes ou l’on apprend qu’une équipe scientifique a « prouvé », au moyen d’un « t » ou d’un « Chi-2 », que le paramètre X a un effet bénéfique sur le phénomène Y, et quelques semaines plus tard on découvre qu’une autre équipe scientifique a « démontré », par le même « t » ou « Chi-2 », tout le contraire.
Le monde de l’information souffre aussi de la culture du moindre effort. De plus en plus de journalistes ne réalisent pas des enquêtes pour apprendre, connaître, découvrir, vérifier, confronter, comparer, en vue de rédiger, mais semblent le faire pour rassembler des éléments factuels et remplir un canevas préalablement élaboré et pour étayer une thèse et des conclusions déjà établies.
Ils recourent souvent aux solutions faciles qui consistent à « forcer la main » à un propos pour lui faire dire ce qui qu’il n’était pas censé exprimer, ou à instrumentaliser des faits afin de fabriquer une pseudo-réalité qui arrange ses propres convictions et certitudes. Combien de journalistes ont une conscience aigue de la nécessité de se libérer idéologiquement et intellectuellement si l’on se fixe comme quête la recherche de la vérité et sa transmission au plus grand nombre ?
Combien se rendent compte que l’on ne croise pas la vérité sur les sentiers battus de la pensée dominante, mais qu’on la cherche ailleurs, et qu’on la rencontre souvent sur les pistes accidentées par la détresse humaine ?
Combien savent que les meilleures plumes dans l’histoire du journalisme sont celles qui ont appris à « nager » à contre-courant, et que toute autre approche du journalisme ne produit qu’un élément de plus dans la masse de propagateurs de la pollution médiatique qui encombrent les rédactions à travers le monde et qui ne laissent à la fin aucune trace de leur passage ?
Je ne suis pas un adepte du « bonheur par la douleur », mais je constate que les œuvres qui ont marqué l’humanité, ont souvent été produites dans la souffrance créative. Et je crois, comme le pasteur canadien Eric Lanthier, qu’à défaut d’enfanter des êtres créatifs, « la culture du moindre effort produit des décrocheurs », qui jugent une œuvre non pas par sa valeur intrinsèque, mais par sa valeur marchande et surtout par l’accueil que lui réserve le public, mesuré par un audimat, par un facteur d’impact, ou par le résultat d’un sondage.
Le lecteur trouvera peut-être ce billet excessif et le jugera éventuellement comme caricatural, manquant une certaine profondeur d’analyse. Ne serait-ce pas là une preuve qu’aujourd’hui nul n’est à l’abri de la culture de la facilité ?
Dr Abbas Aroua
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L'on savait le ventre encore fécond. Et depuis si longtemps. D'où l'impérieuse nécessité de se mobiliser. Chacun savait et agissait en conséquence via des associations, groupements, ou comités de vigilance censés bien porter leur nom.La leçon était connue de tous. Prêter attention aux grands rassemblements en uniformes, aux grands drapeaux arborés, aux brassards accusateurs et révélateurs.
Pourtant, des hommes non dénués de sagesse, avaient prévenu que si « ça » revenait, ce serait sous une forme totalement différente puisque la première était par trop reconnaissable.
Les hommes sages ne sont que rarement écoutés et presque jamais entendus.Il faut aussi admettre qu'il est plus confortable de combattre le « ça » lorsqu'il n'est plus que lorsqu'il fut.
Nietzsche, qui a sa manière était un sage, nous avait prévenus que les hommes après s'être donnés des maîtres, finiraient dans un second temps par plébisciter eux mêmes le renoncement à toute forme de pensée en y participant de manière volontaire. Nous y sommes arrivés.
Point de rassemblements où chacun est habillé comme l'autre, point d'hymne que tous doivent réciter en chour, point de police politique à brassard visible de tous.
Mieux, point de conscience populaire de la répression mais au contraire quasi approbation généralisée. Chacun s'achète le fil d'antenne avec lequel il pend sa conscience et dès lors sa dignité.L'avantage des totalitarismes antérieurs fut d'être considérés comme tels par l'immense majorité de la population. On savait et quand bien même on restait muet, le regard que l'on croisait en disait long.
« Welcome to the village ».
" La foule n'est plus formée que de zombies aux yeux morts. ". Et heureux. C'est probablement pourquoi chacun trouve légitime d'apporter sa contribution au système présent au nom des bons sentiments. C'est ainsi que l'on trouve naturel de s'investir au profit de ceux qui n'ont pas de toit ou qui souffrent de maladie. Il ne s'agit pas de contester la valeur de ces engagements, même s'il existe un plaisir à faire plaisir et davantage à le dire, mais de s'interroger sur la carence d'un questionnement sur l'existence de tant d'âmes en peine au début du troisième millénaire.
Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, on peut se demander si le nom de liberté n'est pas celui que l'on trouve sur les panneaux indicateurs qui y mènent.
Les progrès scientifiques permettent bien des choses aux politiques, dont rappelons le, nous n'avons rien à craindre puisqu'ils sont estampillés libéraux. Nous avons donc de la chance et l'on n'a de cesse de nous le répéter. C'est ainsi que les caméras de surveillance, qui se généralisent sur l'ensemble du territoire, n'ont pour seul objet que de nous protéger. Des délinquants. Qui, si on en croit les statistiques officielles se portent pourtant bien. Les statistiques sont justes parce que nous avons la chance de vivre dans un régime de liberté. Si d'ailleurs elles n'étaient pas justes - simple hypothèse d'école - nous ne vivrions pas dans un régime de liberté. Mais comme c'est dans ce régime là que nous vivons, elles sont par définition justes. C'est ainsi que j'ai été ravi de voir publiées les dernières statistiques du chômage, très ancien fléau dont nous sommes presque débarrassés. Chacun a d'ailleurs pu constater dans son entourage immédiat que les chiffres correspondaient bien aux faits. La biométrie est une excellente disposition puisqu'elle nous permet d'être particulièrement protégés . des biométrés. La carte d'identité est devenue quasi infalsifiable, ce qui est une autre avancée que l'on peut qualifier de grandiose. Chacun sait que ne peuvent être contre cette procédure que seuls ceux qui songent à falsifier. Cqfd. Ils doivent d'ailleurs être très nombreux sinon on ne s'expliquerait pas l'intérêt de la mesure.
Le concept de totalitarisme est né après la seconde guerre mondiale. Nous l'avons inventé pour désigner les deux abominations que furent le national-socialisme et le communisme afin de bien faire comprendre que nous, les libéraux, c'est à dire l'empire du bien, étions la seule voie véritablement humaine. Bien sur on pratique nous aussi la torture - mais pas chez nous, enfin pas officiellement - mais c'est dans l'intérêt du genre humain. Logique, puisque nous sommes du côté de la liberté. Cqfd. Ceux qui ne sont pas d'accord sont donc forcément des liberticides. Bien sur, certains d'entre nous ne respectent pas davantage l'Onu que d'autres la Sdn auparavant. Logique. Même raisonnement.
Une des copine de Paris Hilton a un bracelet au poignet dont le contact avec la peau détecte immédiatement la présence d'alcool, substance qu'elle n'a plus le droit de consommer. C'est pour son bien. Logique. On va pouvoir faire énormément de bien avec les évolutions technologiques ces prochaines années. De tant de défauts on va pouvoir nous délester. En fait si le gouvernement fait convenablement son travail, et le président nouvellement élu semble infatigable, on aura la chance d'avoir chacun notre propre bracelet qui sera adapté à notre pathologie. Il n'est pas certain que les bracelets les plus importants ne se trouvent pas dans la tête. Mais c'est là une problématique qui dépasse le simple cadre de l'évolution technologique.
Dans notre « village » nous avons les élections auxquelles notre participation réjouit les premiers numéros. Rien de plus logique dans un régime de liberté où chacun peut s'exprimer comme il le veut. C'est tellement bien fait que l'on a conçu une organisation indépendante - sinon cela n'aurait pas de sens - appelée Csa qui garantit encore davantage nos libertés au cas où. Et c'est vrai qu'il y eut des dizaines de candidats placés à même échelle et bénéficiant du même traitement médiatique. Chacun a pu le constater. C'est pourquoi dans notre village celui qui est élu est un parmi tant d'autres qui n'a pas bénéficié d'un traitement de faveur. C'est là un des grands avantages de la démocratie libérale, c'est à dire non populaire.
On nous aide beaucoup et on fait preuve de sollicitude chez nous. Certains considèrent que ce qui est stocké dans un ordinateur peut y rester. D'autres vont même jusqu'à prétendre que lorsqu'on est connecté à internet, autrui peut rentrer dans notre ordinateur et voir ce qui s'y trouve. Les médisants n'ont pas de limite puisqu'ils prétendent que les moteurs de recherche ne sont pas neutres. Alors nos dirigeants sont intervenus et ont créé la Cnil, organisation à laquelle on peut faire appel si on croit que. On peut avoir toute confiance puisque les cadres directeurs de l'association sont nommés par ceux qui sont convenablement élus et sans favoritisme. Logique. On ne badine pas avec la liberté.
Notre régime à nous se doit d'être protégé parce que c'est notre intérêt sachant que nous sommes heureux puisque en liberté. Par exemple il y a les terroristes qui sont des fous, aliénés par leur manque de liberté. Il faut là utiliser des mesures radicales. En effet ces terroristes frappent à l'aveugle des objectifs très ciblés. Ils sont intelligents et minutieux. Par exemple après avoir lancé un avion contre le pentagone, ils ont - ceux qui ont survécu - ramassé tous les boulons et toutes les pièces de l'appareil pour qu'il n'y ait pas de preuves. On n'a donc rien retrouvé. Certains d'entre eux sont parmi nous et l'attention vigilante s'impose. Il y a cependant pour nous un avantage : on est encore plus protégé qu'avant.
Il existe des peuples - on devrait écrire peuplades - qui ne connaissent pas notre bonheur. C'est un devoir pour nous de leur apporter. Chacun a le droit de vivre notre bonheur. En Russie et en Chine, ils ont un retard fou en caméras et en bracelets. Je n'aimerais pas vivre là bas car je ne m'y sentirais pas en sécurité. En plus, ils n'augmentent pas les plus démunis comme on le fait ici si souvent. Sans compter que les chinois sont asiatiques. On commence à s'en occuper dans notre presse indépendante et démocratique. Le péril jaune doit être dénoncé. Mais fraternellement - c'est pour leur bien - et sans racisme.
On avance d'ailleurs assez bien au niveau mondial. Même pour les entreprises qui ne constituent pas, bien sur, notre objectif premier. Nous, c'est l'humanisme. On est en Irak, en Afghanistan, on aide les japonais, le tout pour eux. Et certains nous font des reproches.
Au rythme actuel dans une trentaine d'années la planète entière connaîtra notre bonheur.
Mais que deviendront les acelets ?
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Aujourd’hui à Gaza, la seule violence est israélienne
Pr Christophe Oberlin et Christophe Denantes Étranger
Le Pr Christophe Oberlin et le Dr Christophe Denantes viennent d’effectuer, avec le Dr Olivier Mares et l’infirmière Faouzia Yagoubi, une nouvelle mission chirurgicale (diagnostic, opérations, enseignement) à Gaza entre le 1er et le 8 juillet, à l’Hôpital Nasser de Khan Younes.
Cette mission était prise en charge par l’association Palestinian Children Relief Fund.
Ils ont assisté le Dr Mohamed Rantissi, spécialisé en reconstruction chirurgicale, qui effectue désormais une centaine d’interventions chirurgicales par an, et le Pr. Oberlin a dispensé 17 H de cours sur la chirurgie de la main à des étudiants palestiniens.
Ils ont également eu l’occasion de rencontrer différents responsables au cours de leur séjour, parmi lesquels le Premier ministre Ismael Hanyeh, le Vice-Président du Parlement, Ahmed Baher, et le ministre de la santé, le Dr Bassaine Naheen.
Ils ont rendu visite au caméraman palestinien Imhad Ghanem, amputé des deux jambes à l’hôpital Shifa, après avoir été mitraillé par des soldats israéliens alors qu’il était à terre.
Ils nous livrent ci-dessous leurs observations, qui diffèrent sensiblement de ce qui est rapporté dans les médias.
Le passage d’Erez, à l’entrée nord de la bande de Gaza, constitue le prototype de l’architecture évolutive. Pour y être passés une douzaine de fois, les modifications avec force de béton, acier, fils de fer, verre blindé, constituent une surprise renouvelée à chaque passage. Que d’inventivité dans ces tourniquets, portes ouvrantes ou coulissantes, sous le regard omniprésent des caméras et sous la dictée des hauts parleurs. Cette fois ci, ils ont fait fort : un énorme bâtiment, genre hall d’aérogare, fraîchement climatisé, éblouissant d’éclairages. A ceci près qu’il est vide, malgré la dizaine de guichets, ressemblant chacun à une sorte de fourgon blindé. Les préposés qui les habitent sont les habituelles jeunes filles post adolescentes qui plaisantent entre elles comme toutes les jeunes filles du monde. Sauf que certaines savent à peine lire les caractères latins de nos pièces d’identité, et ne font manifestement pas la différence entre un nom et un prénom occidental. Sauf qu’elles aboient peu élégamment dans les micros, nous interdisant de nous asseoir à tel endroit, comme de sortir un cahier pour y écrire : « il est défendu d’écrire ». Peut-on parler ? demande l’un d’entre nous. Oui, réponse à regret. Note de faciès ou d’origine, notre infirmière au nom magrébin sera bloquée 48h par ces charmantes jeunes filles.
L’équipe, privée de son infirmière, finit par passer : on jette alors avec nous dans le labyrinthe de sas, portes blindées (plusieurs centaines de mètres), un Palestinien dont on enlève au dernier moment les menottes, sous la menace de deux fusils israéliens : l’homme, docile, émet quelques sons : c’est un sourd muet, expulsé dans la bande de Gaza.
Au sortir du labyrinthe, les cahutes qui faisaient office de poste d’entrée en territoire palestinien ont disparu, totalement rasées, tandis que la route a été détruite sur plusieurs centaines de mètres. Nous escaladons les décombres dans la nuit, guidés au loin par la loupiote du taxi qui nous attend.
Pendant notre semaine de travail, opérations chirurgicales et cours de chirurgie, examen de microchirurgie, pas un coup de feu. Un silence ici rare, et même exceptionnel . Les rues sont pleines, les bords de mer accessibles. Les écoles y pique-niquent, des cabanons sont ouverts au bord de la plage . Des enfants sortent de l’eau pour nous saluer.
Pas de survols ni de tirs nocturnes, on dort, la pression est faible. On dîne les uns chez les autres. Nous rendons visite à notre ami, dont le fils de 20 ans, Amer, a été assassiné il y a 3 semaines. Sa fille de onze ans ne le quitte pas une seconde.
Notre travail, depuis cinq ans maintenant, est apprécié de tous. On nous le fait savoir. Certains traversent la rue pour nous serrer la main.
Les discours de remerciement n’en finissent plus lors des réceptions chez les notables. Cette fois ci, c’est le premier ministre lui-même qui nous reçoit, accompagné du vice président du parlement (le président, comme 43 députés, est dans les prisons israéliennes).
Des messages très clairs nous sont adressés : les étrangers, notamment les humanitaires, sont les bienvenus, et leur sécurité est désormais assurée. Le gouvernement entend respecter strictement sa constitution et ses lois : le parlement est empêché se siéger, et personne ne peut se substituer à lui.
Il ne doit pas y avoir de rupture entre Gaza et la Cisjordanie, en tous cas par les Palestiniens, et le conflit avec le président doit trouver une solution négociée. Certains documents saisis doivent y aider. « Abou Mazen est dans un arbre que nous secouons et il ne va pas tarder à tomber » !
Pendant l’entretien nous assistons à la télévision au spectacle navrant du cameraman de la télévision palestinienne objet de tirs répétés, appuyés, d’un soldat israélien, alors qu’il est à terre, sa caméra a roulé loin de lui. Les secours sont bloqués par l’armée israélienne. Cette scène, habituelle, est cette fois ci filmée : l’opinion saura-t-elle s’en émouvoir ? Nous rendrons visite au blessé, dans son lit d’hôpital, amputé des deux jambes. 23 ans, il avait trouvé ce job depuis 5 mois.
Nous arrivons à Gaza après une période de violence aigue entre policiers « Fatah » et « Hamas ». Nous avions été témoins de ces affrontements il y a quelques mois. Le paroxysme a été atteint Il y a quelques semaines. Nos interlocuteurs nous expliquent que 3 jeunes sympathisants du Hamas ont été kidnappés par les « policiers Fatah » et assassinés. On nous montre un poste militaire protégé par des blocs de béton et des sacs de sable installés dans un quartier ou vivaient des sympathisants adverses. Ce poste a été conquis par le Hamas.
Le blindé, dont on peut se demander comment il a pu être introduit, sinon avec l’aide des Israéliens, soulignent nos accompagnateurs, est toujours là, mais totalement détruit. Le bastion conquis par le Hamas a été, nous dit-on, bombardé dans les heures qui ont suivi par un avion israélien. Nous voyons les différents postes des « policiers Fatah », en voie de démantèlement. Des documents compromettants pour l’autorité palestinienne auraient été trouvés. Ils sont actuellement « classifiés », et seront utilisés le moment venu.
On nous parle de l’avenir proche. Des salaires seront versés. Effectivement, le lendemain les employés de l’hôpital recevront leur salaire. Avec toujours un arriéré de quinze mois pour certains. La nourriture est toujours là. Israël --en fait des agriculteurs et commerciaux privés-- s’emploie à écouler ses produits dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont négocié « le blé d’abord », les primeurs ensuite. Il y a toujours de l’essence et de l’électricité.
Le journaliste anglais est libéré, satisfaction visible sur tous les visages. Le même jour, notre infirmière est « libérée par les Israéliens » : on plaisante ...
Rumeur inquiétante : Israël imposerait le passage des Palestiniens non plus à Rafah, sous supervision européenne, les Israéliens visualisant seulement à distance les documents des voyageurs, mais à Kerem Shalom, en territoire israélien. En contradiction complète avec les accords signés lors de l’évacuation des colonies de Gaza. On nous dit que 6 000 palestiniens attendraient en Egypte de pouvoir rentrer à Gaza. 2 000 seraient susceptibles d’être arrêtes par les Israéliens. Eventualité inenvisageable : on parle d’une ouverture du passage de Rafah par la force. Avec quelles conséquences ?
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Sur l’état de l’armée américaine
‘t Pallieterke
La situation militaire internationale ne s’est guère modifiée au cours de ces quelques dernières années ; cependant, certains chiffres nous étonnent, qui sont révélés par les rapports annuels de centres de recherches aussi célèbres et performants que l’ « Institute for Strategic Studies » britannique (IISS) ou le « Stockholm International Peace Research Institute » (SIPRI) suédois. Ainsi, nous apprenons que les Etats-Unis disposent certes de forces armées dont les effectifs avoisinent le demi million d’hommes, que seule la Chine aligne des effectifs plus impressionnants, avec 2,3 millions de combattants potentiels. Mais les chiffres absolus ont leurs limites. Lorsque l’on porte en compte bon nombre d’autres facteurs, la supériorité des forces armées américaines s’avère bel et bien une réalité incontournable. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? A eux seuls, les Etats-Unis font près de la moitié (45,6% exactement) de tous les budgets militaires du globe. La seconde puissance dans le classement est la Grande-Bretagne, suivie de près par la France et la Chine. On remarquera tout de suite que ces numéros 2, 3 et 4 dépensent chaque année un budget qui demeure plus ou moins dans le cadre raisonnable de leur produit national brut. Ce n’est évidemment pas le cas des Etats-Unis qui, en termes de chiffres, dépassent de 60% la moyenne mondiale des budgets militaires. Voilà pour la théorie.
En pratique et sur le terrain…
Que fait-on en pratique avec des forces armées aussi impressionnantes ? Là, en examinant la réalité, on tombe sur un tout autre son de cloche. La situation se révèle plus complexe, et aussi plus nuancée. Bon nombre de fondamentaux y jouent un rôle, tant en politique intérieure qu’en politique extérieure ; ces fondamentaux sont jouets aux mains d’intérêts économiques et donc politiques, mais l’essentiel, toutefois, c’est que les conflits menés en Irak et en Afghanistan exercent une pression énorme sur l’armée américaine. Les Etats-Unis, constate l’un de nos analystes, « consacrent désormais, en termes absolus, le plus gros montant jamais engagé en matière de défense depuis la seconde guerre mondiale ». Et il poursuit son raisonnement : « Pourtant, malgré cette injection considérable de fonds, il semble que l’armée américaine soit épuisée par l’irruption, sur le terrain, de toutes sortes de révoltés et d’insurgés, qui ne sont armés que d’AK-47, de grenades et de bombes artisanales ». Assertion qui ressemble certes à une boutade. Mais il y a là un fond de vérité, que l’on ne saurait nier. Il n’y pas un jour qui passe, en effet, sans que l’on entende des rapports inquiétants sur la situation en Irak. Il y a quelques jours, les Afghans reprochaient aux Américains leur manière d’intervenir et de régler des problèmes de terrain, sans se soucier des dégâts collatéraux. Les critiques de leurs alliés afghans étaient claires et nettes : « vous n’y allez pas avec le dos de la cuiller et c’est intolérable ». Un grand nombre de victimes civiles venaient en effet de périr lors d’interventions de l’US Army. Force est dès lors de constater que les difficultés d’aujourd’hui sont le résultat de choix pris hier et avant-hier.
L’ancien ministre américain de la défense, Donald Rumsfeld, était un homme de fortes convictions. Il voulait que l’on investisse dans des armes de haute technologie, dans des systèmes de reconnaissance et dans le traitement de données. La vitesse des interventions, la précision des frappes et l’efficacité générale permettraient, toutes ensemble, d’éviter d’aligner une armée de masse. Mieux : après les attentats du 11 septembre, il y près de six ans, le « leadership » américain devait assurer sa suprématie en visant le consensus. Qui fut obtenu. On parvint ainsi, avec succès, à chasser les talibans du pouvoir, puis, sans un consensus équivalent, à occuper rapidement l’Irak tout entier. Mais dès le lendemain de ces succès apparemment foudroyants, les problèmes ont commencé à surgir et à se multiplier. Les unités militaires, qui se montrèrent si rapidement victorieuses dans les conflits de haute intensité grâce à leurs technologies de haut vol, s’avérèrent bien incapables d’occuper correctement le terrain conquis. Aujourd’hui, cela saute aux yeux : l’armée américaine est aujourd’hui victime de son propre passé. Après la guerre du Vietnam, elle s’est concentré sur l’éventualité d’un seul « grand conflit », sans vouloir s’imaginer qu’une conflictualité future pouvait prendre le visage d’une multitude de petits conflits, engendrant autant de chaos intenses mais localisés. L’erreur d’appréciation a donc été la suivante : les responsables de l’US Army ont cru que les unités militaires capables de résoudre le « big bang » du « grand conflit » envisagé, alors être ipso facto capables d’intervenir avec autant d’efficacité dans les conflits de basse intensité. Pendant de longues années, les troupes américaines se sont entraînées pour réussir de beaux sprints. Hélas pour elles, elles sont aujourd’hui engagées, malgré elles, dans un long et épuisant marathon.
Une loi d’airain…
En dépit de l’entraînement des hommes et des techniques utilisées, il existe une loi d’airain : celle des chiffres. La façon moderne de mener la guerre se concrétise sur base de rapports (de proportions) qui, au préalable, doivent être bien pensés et conçus. Ainsi, sur 50 brigades de combat de l’US Army, en moyenne dix-sept peuvent être rendues immédiatement opérationnelles (ce qui donne plus ou moins un rapport de 2 :1). Mais depuis l’envoi de cinq brigades supplémentaires en Irak, le nombre de brigades engagées à l’extérieur du pays est de 25. Certaines de ces brigades ne se voient octroyer qu’un repos d’un an, après un « tour of duty » de quinze mois (rapport : 0,8 :1). En comparaison, les Britanniques tiennent à respecter un rapport de 4 :1, soit au moins deux années de repos après un engagement de six mois. Les responsables de l’armée britannique estiment que c’est là un minimum absolu. Les Américains subissent donc les effets de leur forcing : le nombre de vétérans qui souffrent de problèmes psychiatriques augmente dans des proportions inquiétantes.
Quelle est dès lors la morale à tirer de cette histoire ? Les Etats-Unis ont besoin d’une armée aux effectifs beaucoup plus nombreux qu’actuellement. D’où question : comment réaliser cela en pratique ? Les forces terrestres, composante le plus importante de l’ensemble des forces armées américaines, alignent aujourd’hui 507.000 hommes. En 2001, il y en avait 482.000 et en 1980, 780.000. Augmenter les effectifs en des temps de haute conjoncture n’est pas une sinécure ! Surtout que la réintroduction de la conscription n’est pas considérée comme une option envisageable. Les unités qui restent aux Etats-Unis manquent de matériels et de moyens, doivent sans cesse se rationner : signe de déséquilibre patent. « Toutes ces lacunes », remarque un expert, « rappellent les canaris qui mourraient dans les mines de charbon : ils annonçaient l’imminence d’une catastrophe ».
notes
Article paru dans « ‘t Pallieterke », 4 juillet 2007 ; trad. franç. : R. Steuckers.
source
‘t Pallieterke