Général Alain Pellegrini : « Il n’est pas difficile de savoir qui soutient le Fatah al-Islam et les attaques contre la Finul »
par Nidal Hamade*
Un an, jour pour jour, après l’offensive israélienne contre le Liban et à la veille de la réunion à La Celle Saint-Cloud du forum interlibanais, nous publions la version française de l’entretien accordé au magazine Al-Intikad par l’ancien commandant de la Finul, le général Alain Pellegrini. Cependant, alors que pour des raisons politiques évidentes, notre confrère libanais a été contraint d’ôter des noms propres, nous publions la version intégrale, non expurgée.
de la Direction du renseignement militaire à Paris, puis conseiller Afrique-Moyen-Orient du chef d’état-major des armées (CEMA) français. De janvier 2004 à janvier 2007, il fut le commandant de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Il répond aux questions de Nidal Hamade.
Comment voyez-vous l’avenir du Liban ?
Alain Pellegrini : Je ne suis pas optimiste en ce qui concerne la situation dans les années qui viennent au Moyen-Orient en général et au Liban en particulier. Je ne vois pas d’indice montrant une avancée dans le traitement des dossiers politiques. Au contraire, l’entêtement prend le dessus dans la vie politique locale.
Un an après la fin de la guerre au Sud du Liban, comment évaluez-vous le travail accompli par les forces de la Finul ?
Alain Pellegrini : Les forces de la Finul ont réussi leur mission qui consiste à veiller sur la sécurité, la stabilité et le cessez-le-feu à la frontière libano-israelienne. Elles continuent à préserver la souveraineté du Liban grâce à leur collaboration avec l’armée libanaise qui a pu se redéployer dans la région après une longue absence.
Pourtant les violations israéliennes de la zone aérienne libanaise continuent sans que la Finul ne réagisse ?
Alain Pellegrini : La Finul ne peut pas mettre fin aux violations aériennes israéliennes car elles n’a pas d’armes anti-aériennes équivalentes à celles que détient l’armée de l’air israélienne. L’armement de la Finul n’est pas assez puissant pour atteindre les avions israéliens à haute altitude. Les meilleurs missiles sont ceux de la force française, les modèles MISTRAL dont la portée ne dépasse pas 1 500 mètres.
Donc, l’histoire des missiles français qui ont été lancés contre les avions israéliens n’est pas crédible ?
Alain Pellegrini : Non, pas du tout, cette histoire est vraie. Cet incident a eu lieu lorsque les avions israéliens ont survolé, à basse altitude, la force française. L’objectif était de tirer des missiles permettant de protéger la force française qui se sentait menacée. Le but n’était pas d’arrêter les violations aériennes du territoire libanais car cela n’est pas possible. Mais la Finul veille à empêcher les violations terrestres de la Ligne bleue [1] , et nous avons toujours donné l’ordre de faire face à toute violation terrestre israélienne.
Prévoyez-vous une nouvelle offensive israélienne contre le Liban ?
Alain Pellegrini : Je ne crois pas, au moins à court terme, pour deux raisons :
la présence des forces de la Finul complique le déclenchement d’une nouvelle guerre.
les problèmes dont souffre l’armée israélienne depuis la guerre de juillet dernier.
Selon vous, qui a perdu la guerre de juillet 2006 ?
Alain Pellegrini : Je ne sais pas. Mais ladite guerre a laissé des dégâts considérables au Liban. Quant à ses retombés en Israël, cette offensive a provoqué une crise au sein de l’armée. Une crise qui ne sera pas sûrement résolue à court terme.
Vous dites qu’Israël a perdu la guerre ?
Alain Pellegrini : Non, je ne dis pas cela. Mais Israël n’avait pas d’objectif politique déterminé dans cette guerre. D’autant que même son objectif militaire n’était pas clair.
Une opération contre la Finul a coûté la vie à six soldats espagnols. Cela vous a-t-il surpris et qui, selon vous, a planifié cette opération ?
Alain Pellegrini : L’attaque a été perpétrée par des extrémistes salafistes que nous surveillons. Nous savions qu’ils préparaient quelque chose contre nous. Ils bougeaient collectivement en voitures sans êtres armés. Nous avons remarqué la menace qu’ils représentaient, et nous avons averti le gouvernement libanais qui a procédé à l’arrestation de certains d’entre eux.
Sont-ils Libanais ?
Alain Pellegrini : Certains parmi eux sont Libanais et d’autres sont étrangers.
Prévoyez-vous d’autres opérations contre les forces de la Finul ?
Alain Pellegrini : Oui, ce genre d’opérations reste très probable. Nous ne pouvons pas empêcher ce genre d’opération dans cette région. La situation sur le plan sécuritaire n’est pas facile à contrôler.
Ce qui se passe dans le camp de Nahr el-Bared vous a-t-il surpris ?
Alain Pellegrini : Nous avons prévu ce genre d’incident depuis longtemps. Nous avons même averti le gouvernement libanais, en novembre dernier, de la présence des extrémistes salafistes dans le camp de Nahr el-Bared. J’ai personnellement signalé cela au gouvernement de Beyrouth avant mon départ. Je l’ai averti de la présence de quelques groupes qui menacent la stabilité du pays. Ils ont dit qu’ils allaient prendre ce problème au sérieux.
À votre avis, qui est derrière le Fatah al-Islam ? [2].
Alain Pellegrini : Vous n’avez pas besoin de beaucoup de réflexion pour connaître qui le soutient. Ce sont des extrémistes sunnites actifs dans une région qui est sous le contrôle d’une faction connue.
Qui désignez-vous par cela ?
Alain Pellegrini : Ceux qui financent le Jound el-Cham à Saida sont les mêmes qui sont derrière le Fatah al-Islam dans le camp de Nahr el-Bared.
Les Hariri ?
Alain Pellegrini : (large sourire)
Que pensez-vous de la politique du président Sarkozy vis-à-vis du Liban ?
Alain Pellegrini : Une nouvelle politique est mise en œuvre à l’Élysée, les anciennes méthodes n’ont plus cours. Ainsi, certains acteurs politiques au Liban doivent admettre cette nouvelle politique de la France.
La France doit être plus ferme avec les Libanais et surtout avec ses propres alliés. Elle doit leur demander de tenir leurs engagements, car la dernière période a été caractérisée par le non-accomplissement des engagements, et certains pensent qu’ils n’ont pas de compte à rendre.
Quel intérêt voyez-vous à négocier avec la Syrie ?
Alain Pellegrini : Vous savez bien qu’il faut négocier avec tous les acteurs dans votre région. Cela fait partie de la culture politique des peuples de votre région. La Syrie a son influence, cela implique qu’il faut négocier avec Damas. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’incliner devant la Syrie. Le dialogue pourra être utile pour convaincre la Syrie de collaborer plutôt que de se placer dans une situation délicate. Le dialogue, c’est le réalisme politique.
On évoque un possible élargissement des missions de la Finul pour contrôler la frontière syro-libanaise.
Alain Pellegrini : Il n’y a aucun intérêt à introduire la Finul dans les conflits internes libanais. Mais il est toujours possible de discuter à propos d’une possible présence des forces de la Finul aux frontières avec la Syrie.
Que pensez-vous de la mission onusienne dans l’affaire de l’assassinat du président Rafic Hariri ? [3]
Alain Pellegrini : Le fait d’avoir désigné Detliv Mehlis pour mener l’enquête était une grosse erreur. Il aurait fallu designer un enquêteur qui connaisse bien la situation au Liban et les conflits politiques libanais. Ou au moins le faire entourer par des conseillers expérimentés, qui connaissent la situation libanaise et ses manipulations politiques. Ainsi, le conseiller pourra montrer à l’enquêteur comment se comporter avec chacune des personnalités concernées.
Mehlis était sous l’influence d’un groupe libanais connu. Il a été victime des manipulations de certains membres dudit groupe, et des pressions états-uniennes. Quant à Serge Bremmertz, c’est une personne expérimentée qui travaille loin de toutes pressions et de politisation.
Que pensez-vous de la prolongation de la détention des quatre officiers supérieurs interpelés à la demande de M. Mehlis ? [4]
Alain Pellegrini : Avant de parler de cette prolongation, je m’interroge sur les raisons de leur détention depuis le début. Laissez-moi vous dire quelque chose, je connais le Colonel Jamil el-Sayed depuis longtemps, depuis que j’étais attaché militaire à l’ambassade de France. Je vous confirme, avec toute objectivité, que Jamil est un homme honnête et juste. C’est un homme de parole qui ne m’a jamais surpris et qui a toujours tenu ses paroles et ses engagements. Il est possible de sortir de cette situation illégale en libérant les détenus sous caution. Ils seront appelés à passer deux ou trois fois par semaine à un centre gouvernemental déterminé pour confirmer leur présence dans le pays. Une telle chose est courante chez nous en Europe.
Pourquoi ne les a-t-on pas libérés ?
Alain Pellegrini : C’est le Conseil de Sécurité de l’ONU qui refuse, sous la pression états-unienne, de leur accorder leur liberté.
Certains disent que vous avez été plus proche à la position libanaise que votre successeur à la tête de la Finul, le général Claudio Graziano ?
Alain Pellegrini : Je pense que le général Graziano dépend du pouvoir politique en Italie, et l’avis de celui-ci n’est pas toujours conforme à la nature de la mission de la Finul. L’Italie a des intérêts vitaux au Liban. C’est le premier partenaire commercial du Liban, devançant la France qui occupe la deuxième place. C’est ce que justifie le commandement de la Finul par le général Graziano. Aucun responsable français n’est intervenu dans mon travail lorsque j’étais en fonction.
Pensez-vous que vous avez tissé des relations d’amitié dans le milieu politique libanais ?
Alain Pellegrini : Avant de considérer le coté professionnel, j’ai des liens familiaux avec le Liban, la femme de mon oncle est libanaise. Quant à mes relations avec les acteurs libanais, elles sont très anciennes. Elles ont commencé lorsque j’étais attaché militaire à l’ambassade de France à Beyrouth. J’étais responsable d’une force qui a sauvé plusieurs responsables libanais lors de la guerre civile, dont le général Michel Aoun et Nabih Berri.
Pensez-vous publier un livre sur votre expérience libanaise ?
Alain Pellegrini : Oui, mais pas tout de suite, car certains éléments que je souhaite révéler peuvent porter préjudice à des personnalités libanaises toujours en activité.
Nidal Hamade
Correspondant d’Al-Intikad
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Atlantisme : l’Algérie face au piège
Sadek
L'Algérie va-t-elle échapper au harcèlement des cercles bellicistes des USA? La déclaration du Ministre des Affaires étrangères, le 2 mars dernier, pourrait le laisser entendre. Démentant l'existence de bases militaires américaines en Algérie, il affirmait surtout qu'une telle hypothèse ne serait pas conforme à la souveraineté et aux intérêts de l'Algérie.
Certes, la mise au point mérite inventaire, parce qu'elle est limitée à un seul aspect d'un problème plus vaste. Le problème des bases, partout dans le monde, n'est que la forme la plus visible des situations de dépendance, c'est la moins acceptable par les opinions publiques. Pour parler crûment, aucun Algérien ne souhaite, pour des bases implantées sur son sol, être un jour aux premières loges d'un conflit mondial, pas plus qu'il ne souhaite devenir un Irak de l'Afrique. Cette question néanmoins ne peut occulter d'autres formes de coopération et de dépendances plus ou moins imposées et souhaitables. L'insistance à faire adopter par l'Algérie diverses activités liées directement ou non à un commandement unifié US pour l'Afrique ou à d'autres montages économiques, politico-militaires et culturels, fait partie d'un arsenal diversifié. Toutes ces variantes visent à engouffrer nos instances nationales et notre peuple dans des entreprises dont elles ne partagent ni la finalité ni les modalités. Surtout que, ce n'est un secret pour personne, les états-majors de l'empire américain sont loin, très loin de considérer le monde arabe et l'Afrique comme des sujets à respecter. Ils restent persuadés dur comme fer que le rôle de nos pays est d'être les objets, consentants ou non, de leur stratégie planétaire.
Aussi l'argument de bon sens et d'intérêt national délivré par le ministre des AE étend-il sa pertinence bien au-delà de la question des bases. Il va au devant d'une grande aspiration à la paix et à la sécurité d'un peuple meurtri par les épreuves coloniales et post coloniales.
Au-delà des choix politiques et idéologiques légitimes des uns et des autres, le refus des plans de l'OTAN et de l'hégémonisme des USA est d'abord un besoin vital, largement partagé. Assez de guerres et de souffrances, alors que d'autres voies sont possibles! Il était temps, avec plus d'efficacité que le cri d'espoir déçu du peuple d'Alger en été 1962, de dire calmement et fermement : Qarn wa sab'yin sna, barakat ! Cent soixante dix années de guerres et de violences politiques et morales, c'est amplement suffisant. A la proclamation de Boumediène « Les musulmans ne veulent pas aller au Paradis le ventre creux », il était temps d'ajouter qu'ils souhaitent en finir avec l'Enfer des guerres de hogra sur Terre. Si les bellicistes US tiennent à s'enfoncer dans LEURS guerres de rapine, qu'ils le fassent seuls. Qu'ils ne comptent pas sur nous pour renoncer de bonne grâce à notre souveraineté nationale, ni pour nous désolidariser des peuples frères ou des peuples plus lointains qu'ils agressent avec sauvagerie.
Dans la situation internationale critique actuelle, notre ministre des AE ne pouvait rester en retrait à l'heure où les actes barbares et les scandales submergent la politique des agresseurs de plus en plus désavoués par leurs propres compatriotes aux USA. Il ne peut en être autrement à l'heure des menaces imminentes brandies contre l'Iran. On comprend l'écho mondial de l'avertissement de Vladimir Poutine, lorsqu'il indique qu'il y a des limites à tout. Façon de marquer que le monde a évolué depuis les lamentables génuflexions de Eltsine et le pillage éhonté d'un grand peuple que la marionnette des USA et sa maffia pro-impérialiste avaient dévalisé.
Il était temps effectivement de signifier aux initiateurs de l'aventure-catastrophe dans laquelle les faucons des USA cherchent à nous entraîner, que le dernier mot doit rester à chaque Etat et peuple concerné. Surtout quand la nature de cette aventure est démasquée d'avance par les réalités.
Il s'est bien avéré que la finalité principale de la politique atlantique n'est pas tant de mettre un terme au phénomène mondial du terrorisme à sa racine. En maintes occasions les services des USA ont souvent inspiré et manipulé ce phénomène. Ils qualifient également de terroriste toute résistance légitime à l'occupation et à la tyrannie, et ils utilisent cet amalgame pour légitimer leurs agressions. Par-dessus tout cela, leur prétention d'efficacité est démentie par les faits. La façon US de combattre les manifestations les plus négatives d'un terrorisme abject et condamnable n'est pas l'exemple à suivre. Les croisades de l'OTAN, par leur caractère d'incohérence et de brigandage, n'ont fait que disséminer les nuisances terroristes à travers le monde à partir des foyers initiaux qu'il était primordial de circonscrire par les solutions politiques adéquates. Les actes sont en contradiction flagrante avec les proclamations. D'un côté les grands discours messianiques sur les « valeurs » atlantiques, évitant les questions centrales qui fâchent et de l'autre, quotidiennement, les centaines de morts civiles, de destructions d'habitations, de biens matériels et d'atteintes aux droits humains. La cible des faucons atlantiques, leur objectif véritable est apparue, même aux plus naïfs, de faire barrage aux peuples et nations en quête de liberté et d'indépendance. L'objectif était et demeure de briser les mouvements de libération et de justice sociale, perpétuer et étendre les situations de domination et d'exploitation.
Les peuples et même certains gouvernants d'Afrique et du Monde arabe, connaissent le sort fait ou annoncé par l'OTAN aux peuples de Yougoslavie, de Palestine, d'Irak, du Liban ou d'Iran. Ils n'ont aucune envie d'être à leur tour victimes de la nouvelle doctrine de l'OTAN proclamée au milieu des années 90, puis aussitôt mise en ouvre par l'extension et une plus grande articulation des rouages militaires américano-européens. Partout où sont mis en place des mécanismes associés de près ou de loin au projet global atlantique, c'est irrévocablement, à court ou moyen terme, l'escalade des tragédies et de la dépendance, l'engrenage des violences et des ruines. C'est l'annonce programmée du démantèlement des Etats nationaux à la faveur des stratégies de divisions ethniques, linguistiques, religieuses ou idéologiques, érigées en instruments de démolition de tout ce qui aspire à vivre avec un minimum de paix, de liberté, de bien-être, de concorde et de respect interethnique ou interconfessionnel.
Pourquoi la déclaration récente du ministre des affaires étrangères vient-elle également à point ? Parce que le pilonnage médiatique et diplomatique des USA n'avait reçu jusqu'ici aucune réponse sans équivoque, tant des milieux officiels que d'une partie de la presse. La question est pourtant d'une haute sensibilité. Il fut une époque de dignité dans notre pays où les allusions ou injonctions proférées sans vergogne par des officiels américains, les rumeurs qui pouvaient à juste titre interprétées comme une inféodation suspecte, auraient immédiatement soulevé une tempête de protestations et de fermes mises au point.
Les temps à venir valideront-ils ce démenti bienvenu. ? Il faut le souhaiter, car les capacités de résistance, potentiellement énormes, sont encore fragiles. On en a eu un exemple il y a un an, avec la décision unilatérale de renoncer à la souveraineté nationale sur les hydrocarbures algériens. Décision si contraire aux intérêts nationaux, tellement inexplicable d'un simple point de vue économique, même aux yeux de régimes arabes conservateurs et inféodés à l'impérialisme, qu'elle a été, heureusement, rapportée. Non sans laisser en suspens des questions sur lesquelles la population, les syndicats, les cercles politiques et les institutions étatiques gagneraient à être mieux informés et écoutés.
Car, les comportements des monopoles pétroliers et ceux du complexe militaro-industriel des USA sont fortement imbriqués. Il est impossible de séparer les questions de sécurité et de paix des questions de souveraineté nationale sur les ressources énergétiques. Si vous vous interrogez sur les raisons pour lesquelles on invoque les différences de civilisation pour allumer de nouveaux foyers de guerre, n'allez pas chercher bien loin. Si vous voulez savoir pourquoi un certain nombre de peuples et leurs gouvernants sont diabolisés par des cercles impérialistes et leurs plumitifs, jusqu'à se faire traiter d'indésirables et de graines de « terroristes » dans leurs propres pays, interrogez seulement Samuel Huntington. Il vous l'expliquera lui-même, en dévoilant dans son ouvrage à la fois le seul dieu qu'il révère et son instrument sacré. Derrière le fatras laborieux des considérations sur la primauté des valeurs judéo-chrétiennes, il affirmait crûment que le but suprême doit être « les intérêts des USA tels que l'Histoire les a constitués » (p 346). Quant à l'instrument de ce postulat qui n'admet aucune contestation, c'est l'organisation de l'OTAN, que selon lui, il importe à tout prix et dans les meilleurs délais de mettre en état de remplir sa mission (p 346 et suivantes). Message bien reçu, sinon inspiré, par le Pentagone et la haute finance mondialisée.
Partout dans l'arc de crise mondial dessiné par l'administration des USA, trois cartes géographiques se superposent et coïncident parfaitement : la première est celle des ressources en hydrocarbures confirmées ou probables (avec leurs voies d'acheminement) ; la seconde carte est celle de l' implantation militaire existante (ou projetée) des contingents euro-américains liés directement ou non à l'OTAN ; la troisième est la carte des peuples que la théorie débile du choc des civilisations classe parmi les ennemis potentiels immédiats ou futurs de la soi-disant unique civilisation porteuse de valeurs respectables. Les peuples qui dérangent, parce qu'ils sont porteurs d'une résistance légitime déjà à l'ouvre ou potentielle, ce sont en premier lieu les peuples musulmans que la Nature a fait vivre sur des champs immenses de gaz et de pétrole. Mais aussi d'autres pestiférés que les « experts » en civilisations, plus Croisés que chercheurs, ont exclu de la civilisation « élue » : les peuples chrétiens orthodoxes et autres asiatiques. Voila pourquoi, en plus de l'islamophobie endémique, on cherche auprès de l'opinion occidentale, à semer la peur et la méfiance envers Russes, Chinois et autres ressortissants de puissances susceptibles de résister à l'hégémonisme atlantique.
Il est vrai, à la décharge de la plupart des gouvernants arabes et politiciens conservateurs actuels, que leur position n'est pas facile face aux chantages et aux lourdes menaces auxquelles ils sont confrontés. La superpuissance d'Outre Atlantique est allergique à la moindre velléité d'autonomie, résolue à laminer par la violence ou faire fondre par la corruption les obstacles qui barrent la route à sa domination absolue sur les peuples et les ressources.
Certains de nos gouvernants et politiciens, quand ils ont gardé la fibre humaine ou nationale, s'accrochent au fragile espoir qu'en « embrassant la main qu'ils ne sont pas en mesure de mordre », ils garderont quelque chance de se maintenir au pouvoir ou d'y accéder. Ils oublient plusieurs choses qui pourraient, s'ils les prenaient en considération, être aussi salutaires à la nation qu'à eux-mêmes. Ces enseignements ont été confirmés aussi bien par la résistance des peuples du Proche et Moyen Orient aux agressions, que par la mobilisation des peuples d'Amérique Latine qui ont commencé à imposer leurs aspirations par des voies pacifiques.
Les enseignements se résument en un seul : la résistance efficace est celle qui s'appuie sur une mobilisation nationale active et consciente, expression et émanation d'une majorité de la population et du pays profond. Ce n'est pas une question de taille face à un géant, comme le croient à tort ceux qui justifient la passivité en s'estimant trop petits ou trop faibles. Pourquoi donc et comment, la petite Cuba, face à son voisin immédiat des USA qui ne rêvait que d'en faire une bouchée, a tenu le coup bien que privée depuis quinze ans du puissant soutien du système socialiste mondial, se payant y compris le luxe malgré sa pauvreté, de fournir enseignants et médecins de qualité à d'autres Etats ? Comment expliquer que le peuple palestinien, parfois abandonné ou trahi par ses Etats voisins, est toujours là avec ses revendications nationales et populaires demeurées vivantes et enracinées dans les nouvelles générations au bout de soixante ans de dures confrontations avec « l'invincible » coalition mondiale impérialo-sioniste ? Pourquoi et comment l'agression d'une des plus puissantes armées du monde a été mise en échec l'été dernier par le peuple du « petit » Liban ?
Il y a une raison à cela, même si elle apparaît comme le paradoxe des paradoxes, aux nombreux dirigeants des Etats du monde arabe. Ils croient que pour édifier et préserver un Etat fort, la solution miracle et incontournable réside dans l'art de maintenir à perpétuité des « états d'urgence », de manipuler les élections et de « redresser » les partis politiques. Comment expliquer que les plus grands succès face aux agresseurs et occupants ont été obtenus justement dans les pays où se sont déroulées des élections libres, démocratiques, dont la régularité n'a été contestée par personne, ou bien là où les promesses d'égalité ont été suivies de réalisations de justice sociale effectives en faveur des travailleurs et des pauvres malgré les dures conditions de blocus économique ? Comment expliquer que les USA ont perdu leur capacité d'intervenir militairement et directement contre les pays d'Amérique latine qui ont réussi à faire prévaloir des processus démocratiques incontestés, alors qu'ils étaient il y a peu la chasse gardée de l'Oncle Sam et de ses dictatures militaires sous-traitantes ?
L'idéal serait que les dirigeants et les bases sociales et politiques de nos pays en quête d'indépendance et de développement convergent dans des approches concrètes réellement démocratiques.
Que les dirigeants, en particulier ceux qui souhaitent « durer » tout en faisant ouvre utile, comprennent plusieurs choses aussi profitables à la nation qu'à eux mêmes. L'une d'elles est qu'ils ont contribué à créer la fragilité dont ils se plaignent ; que cette fragilité ne peut servir d'alibi pour s'enfoncer dans de nouveaux glissements vers la dépendance génératrice de plus grands chaos ; qu'enfin la voie du salut collectif se trouve non dans le pluralisme de façade et l'électoralisme « assisté » par voie de quotas et de truquages, mais dans les orientations et les pratiques démocratiques réelles. Celles qui rendent aux gens le sens et le goût de la parole et de l'action responsables.
Quant à ceux qui constituent la base sur laquelle repose en dernier ressort le succès ou l'échec, l'avenir qu'ils souhaitent est en grande partie entre leurs mains. Ce sont les acteurs sociaux et politiques quotidiens où qu'ils se trouvent, associations, syndicats, partis et citoyens inorganisés. Qu'ils n'attendent pas du ciel ou de leurs hiérarchies organiques que leur soient ouvertes les voies de l'action, des initiatives, de la dynamique sociale, des recompositions et des structurations bénéfiques. Qu'ils ne confondent pas l'action et les projets politiques authentiques et au long souffle, avec les enjeux de court terme, les stériles compétitions conjoncturelles pour des pouvoirs et strapontins de pouvoirs. Qu'ils valorisent le travail persévérant capable de faire mûrir dans la société la volonté politique constructive d'union et de paix, comme ce fut le cas pour le tournant décisif de la guerre de libération en Décembre 1960, quand tout semblait pour nombre de dirigeants tourner à l'impasse. L'impulsion irremplaçable et multiforme de la base et du pays profond est seule capable d'isoler ceux qui tenteraient d'enchaîner notre pays au char atlantique de la guerre contre les peuples.
Les choses seront en bonne voie lorsque l'évidence suivante aura émergé des longues expériences malheureuses: la force des oppresseurs réside moins dans leur propre puissance militaire ou autre, que dans la division des opprimés et des exploités. La force principale des opprimés réside dans leur action unie, à travers diversité et divergences.
L'Algérie ne manque pas d'atouts, matériels et humains. Tout en se protégeant, elle est en mesure, par le poids de son histoire ainsi que de ses potentialités stratégiques, de contribuer à rapprocher un peu plus les courants régionaux et mondiaux soucieux de paix, de développement, de démocratie et de justice sociale. Elle ferait ainsi mieux face aux périls internes ou environnants. Elle affronterait mieux la montée régionale des dangers de division et de chaos, les intolérances nationalistes et confessionnelles et toutes les formes de haine entre les peuples, érigées en instruments d'hégémonie.
L'Algérie a de grands atouts, à condition de surmonter et corriger son déficit démocratique. Ce mal pernicieux n'a cessé de la ronger. Il a gravement interrompu son essor dans tous les domaines sans exception, hormis ceux du pompage pétrolier et gazier, des circuits débridés d'importation et de l'inflation de projets et proclamations violemment démentie par les faits.
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TEXTE EN ARABE sur l'afrique du nord
http://elkhadra.org/01216.pdf
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◘ غسان كنفاني (1936 – 1972): زهور في حدائق جرداء، د. أحمد الخميسي.
◘ الجنرال باراك – تسوية من موقع القوة...! نواف الزرو.
◘ قراءات: مقتطفات من نشرة حزب العمل الوطني الديمقراطي في تونس.
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غسان كنفاني (1936 – 1972 )
زهور في حدائق جرداء
د. أحمد الخميسي*
عاش غسان كنفاني ستة وثلاثين عاما وغاب خمسة وثلاثين لكن العطاء المتنوع خلال عمر قصير بترته رصاصة في صيف 72 ما زال يثير الدهشة : قصاص، وروائي، ومسرحي، ومقاتل في الجبهة الشعبية، وصحفي، وكاتب سياسي، ورسام، جرب النحت، والشعر، غير ما تركه من دراسات.
كانت حياته القصيرة وإبداعه أقرب إلي عاصفة من القدرة على التعبير عن الكرامة والوطن خرجت من مخيمات نكبة 1948، وحملت معها إلى العالم كله صورة تلك المخيمات وقضية شعب سدت أمامه كل الأبواب ولم يبق له سوى دخول التاريخ برأس ثابت كالرمح، لأن الوطن لا يستبدل بشيء آخر أيا كان.
يقول كنفاني في رسالة له : " حاولت منذ البدء أن أستبدل الوطن بالعمل، ثم بالعائلة، ثم بالكلمة، ثم بالعنف، ثم بالمرأة. وكان دائما يعوزني الانتساب الحقيقي.. كنت أريد أرضا ثابتة أقف فوقها، ونحن نستطيع أن نخدع كل شيء ما عدا أقدامنا، إننا لا نستطيع أن نقنعها بالوقوف على رقائق جليد هشة معلقة بالهواء ". الأقدام التي سارت أول الأمر في عكا حين ولد غسان عام 1936 واصلت سيرها دون توقف، إلي دمشق، والكويت، وبيروت، إلي أن فجرتها شحنة ألغام وضعت داخل سيارة الكاتب والمبدع والمقاتل.
ولد في أسرة فلسطينية فقيرة أرغمها احتلال 1948 على النزوح إلي دمشق، فأخذ هناك وهو صبي يبيع في الشوارع الأكياس الورقية، ويكتب الشكاوي بقروش أمام أبواب المحاكم إلي أن أنهى تعليمه، فتزوج من بلده عكا، وشد رحاله إلى يافا، ومنها إلي الكويت عام 1956. هناك نشر أولى قصصه " القميص المسروق "، ثم رحل إلي بيروت عام 1960 ليعمل في جريدة " الحرية " التي كان يصدرها القوميون العرب، إلى أن شارك عام 1969 في تأسيس مجلة الجبهة الشعبية " الهدف " وترأس تحريرها.
ظهر غسان كالومضة في اللحظة التي خيم فيها ظلام الهزيمة الشامل على المنطقة بعد النكسة، وعرف بشعراء المقاومة، وقفز بالقصة القصيرة والرواية الفلسطينية إلي ذروة فنية وفكرية لم تعرفها من قبله، وكان في ذلك كله نموذجا نادرا في تاريخ الأدب العربي لمثقف لا يفصل بين كلمته وموقفه ظل بسيط من التردد. أحدثت روايته " رجال في الشمس " ضجة حين ظهرت عام 1963 وشحنت الشعب الفلسطيني بفكرة المقاومة قبل بزوغها بسنوات، وفيها يؤكد غسان أن العالم كله صهريج مغلق للموت الفلسطيني، وأن الباب الوحيد المفتوح ليس للهرب، ولكن للبقاء في الوطن ومقاومة الاحتلال. وهزت الرواية في حينه ضمير جيل كامل من أبناء الستينات في مصر وغيرها. سبق ظهور روايته مجموعتان قصصيتان " موت سرير رقم 12 " عام 61، و " أرض البرتقال الحزين " عام 63، وفيهما صور غسان أحوال الفلسطينيين في الخارج والداخل، وترك ثلاث مسرحيات هي : " الباب " و " جسر إلى الأبد " عام 1965، و " القبعة والنبي " في 67، ثم أضاف إلي إنتاجه الروائي ثلاث روايات أخرى هي " ما تبقى لكم " و " أم سعد "، وعائد إلي حيفا "، علاوة على أربع كتب هامة حول " الأدب الصهيوني " ثم " الأدب الفلسطيني تحت الاحتلال "، " المقاومة ومعضلاتها "، وأخيرا " ثورة 1936 ".
وخلال ذلك كله كان هم غسان الأول هو تأريخ المعاناة الفلسطينية ودفعها لتجاوز ألمها بحيث تستعيد بلادها. يقول غسان في رسالة له : " سأظل أناضل لاسترجاع وطني، لأنه حقي وماضي ومستقبلي الوحيد، لأن لي فيه شجرة وغيمة وظل وشمس تتوقد وغيوم تمطر ".
متى وكيف وأين استطاع غسان كنفاني أن ينجز كل ذلك وعلى هذا المستوى الأدبي والفكري الرفيع؟.
يقول من عرفوه إنه كان يقضي طيلة اليوم في عمل شاق ما بين الاجتماعات الصحفية، والسياسية، ومسئولياته كعضو في المكتب السياسي للجبهة الشعبية، وفقط عندما ينتصف الليل، يخلو إلي نفسه في حجرة مكتبه في الجريدة، ليكتب، إلى أن وضعت الموساد الإسرائيلية عبوة ناسفة زنة تسعة كيلوجرام في سيارته تحت مقعده، وحين خرج من بيته في الحادية عشرة صباح السبت 8 يوليو واستقل سيارته انفجرت العبوة وأطارت أشلاءه في الجو مع لميس الصبية الصغيرة ابنة أخته. وكان آخر ما قاله غسان قبل مغادرته البيت : " أعدوا لنا طعاما شهيا "!
وها هي ذك