Tout Est A Faire
Par
Bilel
Le nouvel ordre mondial qui écrase tout sur ses travers et ses transversales, et le délitement de l'esprit de résistance dans la société tunisienne, dans laquelle l’impasse nihiliste, sa posture attentiste, sa déchéance posée comme un mot d’ordre doivent être critiquées, voire combattues par tous les vrais démocrates tunisiens ou ce qui en reste. Nous vivons plus que jamais aux crochets d’une ère post-politique dans laquelle constatons et nous voyons , indifférents, reclus, soumis, se diluer la politique, la gestion de l’économie, le projet des lumières, l'humanisme et la paix. Nous vivons dans cette hantise stressante et terrifiante devant le spectre d’une guerre immatérielle, où l’espoir est invisible et le virus, les poisons, partout et nulle part en Tunisie font et feront encore et de plus en plus de ravages. Rien ne se passe au niveau de la réalité matérielle visible chez nous et dans notre triste quotidien, aucune explosion massive ; pourtant l’univers a toujours connu des dictatures qui salissent l'humanité, tout autour de la Tunisie,l’horreur commence de s’effondrer, la vie se désintègre dans une nouvelle forme de conscience que seule la liberté peut faire progresser le genre et les peuples.
Quelle est donc la nouvelle alternative qui est nous est proposée depuis cette entrée dans un réel dont les frontières avec le fantasme, l’irréel, le fantastique sont de plus en plus fragiles ? Dans une société occidentale qui prétend défendre la liberté de penser, dont le nouvel esprit du temps est la tolérance universelle, que dire des multiples mensonges de ses administrations, du pouvoir de ses médias, de la réalité de ses promesses, de leurs impacts sur nos modes de vie .Nous allons peut-être atteindre, avant tout un choc à l’intérieur de nos propres civilisations.
Ce choc à l'intérieur de notre civilisation arabo-musulmane sera L'alternative idéologique opposant l'univers libéral, démocratique peu ou prou et digitalisé, à une radicalité prétendument djihadiste , et à la dictature néolibérale et maffieuse de ben ALI, aucun doute là-dessus, et ses conséquences seront plus que prévisibles, dramatiques et catastrophiques selon toutes les probabilités ; les rouges staliniens et mêmes les rouges tout court selon la rhétorique des salons feutrées de la bourgeoisie tunisienne réactionnaire et décadentes, les rouges-bruns qui paradent à humaniser la folie de la bête immonde enfantée le 7 novembre 1987 sous le fallacieux prétexte du danger intégriste, sont hors jeu depuis belle lurette, pour l'instant et vu le déchirement et les incohérences de ce qui est l'opposition tunisienne, elle ne serait en définitive qu'une opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques nationaux contemporains. Le seul moyen de nous extraire de l'impasse nihiliste à laquelle nous réduit cette fausse alternative est une sortie du désert attentiste, de son idéologie ouverte à la compromission et post-politique.
Voilà bien ce que tend à nous montrer le nouvel opus de la pensée le plus décalé du moment, ce que nous démontrent inconsciemment les ABBOU et autres prisonniers d'opinion, idem pour les hittistes et les"harregua" , les vrais enjeux politiques contemporains tendent à masquer combien les sociétés qui s’enorgueillissent à défendre la liberté de penser, le droit des personnes, la liberté d’entreprendre, la défense de la démocratie, ont mis en place un système de plus en plus serré de contrôle des sociétés vivants sous toute forme de pouvoir totalitaire, indirectement pour garantir leur bien-être, et rebâtir les empires d’antan sous d’autres formes et d’autres décors. Peu importe le degré d’expression qu’il nous a été donné en aval par ces sociétés dite « démocratiques », il nous manque en amont les mots pour le dire, nos mots pour le dire par ce que nous ne sommes, ni des citoyens ni maîtres de nos destins et nos biens, et il nous manque plus que toute autre chose, notre volonté pour changer les choses par nous-mêmes. Nous sommes prisonniers d’un système forclos qui nous enferme dans un cadre qui est par avance prédéfini, malgré les fausses alternatives qu’il prétend nous offrir.
Le vrai problème est la fragilité de notre statut d’exclus au niveau le plus élémentaire, nous sommes, nous tunisiens, tous ou presque, des exclus, au sens où cette position zéro, celle de l’exclusion généralisée dans notre pays, est devenue l’objet de la biopolitique, et que le possible politique et le droit de vivre ne nous sont accordés que dans un geste second, conformément aux attentions stratégiques du biopouvoir.
Toutes nos échecs assumés et répétés avec une facilité à faire vaciller toute forme de raison, à affaiblir toute motivation, à désespérer toute volonté, nous emmènent de l’Homo sucker, celui qui croit se jouer du système alors qu’il n’est que le jouet du système, à l’homo sacer la parfaite figure de l'attentiste type et forclos dans l'espace politique. Des individus sans aucun droit. Nous retombons là dans la barbarie, celle d'un combat pour la démocratie qui exclut à sa façon, et dramatiquement son élément le plus puissant, le plus fédérateur, le peuple. Des prisonniers politiques en Tunisie aux ghettos mentaux des exilés tunisiens partout dans le monde. Homo sacer qui, morts ou vifs, en tant qu’êtres humains, ne font pas partie de la communauté tunisienne pour la dictature, mais pas seulement pour elle.
Le constat est amer, la réelle acceptation de l’autre, dans l'opposition tunisienne fragmentée, ne produit finalement que du « vide » car nous n’acceptons l’autre que si cet autre nous ressemble, mais cette fausse acceptation masque en réalité l’absence d’idéologies qui étaient naguère, et toujours, nos chaises roulantes.
Toute notre histoire oppositionnelle contemporaine repose sur des investissements pulsionnels et idéologiques qui façonnent notre nouvel ordre des priorités. Nos rapports avec l'unique et véritable réalité tunisienne désormais relèvent d’un fonctionnement particulier de nos humeurs, de nos colères et de notre indifférence suicidaire .......... -pour sortir de l'impasse à mon humble avis, il faut commencer par démonter
toutes les illusions soutenues par nos bien-pensants du moment, dynamiter toutes les idoles comme autant d’épouvantails qui nous gardent dans une ignorance crasse. Combattre et ignorer ce beau retour dans les simulacres du réel, une réalité qui nous prépare un capitalisme « mondialisateur » triomphant, qui à ne pas en douter nous portera pour toujours et à jamais l’estocade et le coup de grâce.