L’indivisibilité des droits de l’homme, entre droits civils et politiques et droits économiques, sociaux et culturels, est essentielle dans la pensée et l'action. Ces droits ne sont pas entrés dans notre culture, dans notre façon de voir et analyser les choses, dans nos rapports entre nous dans la communauté tunisienne dans son ensemble et avec les autres, la communauté humaine, nous avons ces exigences de droit dans nos réflexes individuels de démocrates, mais tout notre effort doit se porter sur la cohésion de ces individualités pour qu'elles forment un ensemble homogène ayant , avec les différences qui le composent, un même objectif .Le grand fossé est sur le plan de l'éthique et des principes qui seuls peuvent donner naissance à une conscience nationale. Vis-à-vis des plus pauvres, vis à vis des prisonniers politiques, vis à vis des exilés, vis à vis de cette majorité silencieuse qui donne l'impression d'un attentisme qui frise le suicide et le désespoir, il est clair que si on ne parle que des droits civils et politiques, si, on ne se bat pas, en même temps, pour les droits économiques et sociaux, les droits de l’homme apparaissent comme une imposture, une hypocrisie. La bonne façon de réhabiliter les droits civils et politiques – ce qui est nécessaire, car il risque d’y avoir une désaffection par rapport à ces droits –, est de se battre avant tout pour les droits économiques et sociaux des tunisiens. L’indivisibilité de ces deux types de droits est consubstantielle aux droits de l’homme. Et, leur indivisibilité est indissociable de leur universalité, cette stratégie de bon sens peut avec de la volonté et des sacrifices créer les conditions et les contradictions nécessaires à la mobilisation des masses tunisiennes, la panique et l'effroi de la dictature tunisienne.
L’indivisibilité des droits, doit être pour nous autres tunisiens démocrates une condition sine qua non face à l’idéologie néolibérale, ce monstre de domination qui s’oppose aux droits économiques et sociaux et ne veut pas qu’ils deviennent justiciables. Le combat civique ne progressera en Tunisie et partout ailleurs dans le monde aussi, y compris dans le domaine des droits civils et politiques, que si on fait porter l’effort sur les droits économiques et sociaux.
D’autres parts dans l’opposition démocratique totalement détachée de la masse on sous-estime l’importance du fossé culturel, on fait comme si les plus pauvres étaient des gens privés de la culture des classes moyennes, or, ce sont aussi des gens privés de la reconnaissance de ce qu’ils savent, eux, et que les autres ne savent pas ou ne savent plus. A partir de là aussi il faut définir le socle des droits fondamentaux économiques, sociaux et culturels, et, à partir de cette définition, faire progresser leur justiciabilité dans notre réflexion et faire en sorte que l'organisation de la résistance à la dictature tienne compte de ces points précis. L’ordre public d’une Tunisie démocratique dans le futur, si ce n’est un ordre social fondé sur les droits de l’homme et le respect de l’égale dignité de tous les citoyens ne sera qu'un fiasco organisé et un chaos certains qui ruinera encore plus le pays. Les dirigeants tunisiens actuels ont des fortunes, placée à l’étranger, supérieure à la dette de la Tunisie. Le combat pour les droits de l’homme doit prendre en compte cette dimension.
L'idée de don de soi et l’amour de la patrie pour les consciences tunisiennes éveillées et combattantes face à l'arbitraire de cette dictature barbare, doit être la règle, et l'idéal éthique partagé, c'est en cela que nous ferons le choix du fondement de l'éthique universelle en droit, responsable et réaliste, pragmatique et en mouvement, toute autre attitude qui pousserait au clanisme partisan, à l'opportunisme et à l'individualisme égoïste serait éthiquement condamnable car archaïque et réactionnaire. Cette vision moraliste qui fera de notre combat et de notre cohésion démocratique le fondement d’une éthique universalisable en droit me semble salutaire pour vraiment faire avancer les choses, et nous en sortir des inutiles contradictions sans queue ni tête où nous nous consumons sous l'œil avide et amusé d'un régime qui se consolide de nos divisions et de nos pauvres prétentions. Oui l'amour absolu de la Tunisie est fondement de la justice qui présuppose que l'absolu soit en premier lieu nationalement définissable et pratiquement réalisable dans ses conséquences éthiques, et doit être de l'ordre de la foi personnelle et collective. L’amour de notre patrie, l'amour sincère est une catégorie politique et affective qui doit mobiliser tous les démocrates et progressistes. On aime sa patrie quand on est un homme de progrès pour des motifs qui sont nécessairement justes et universels. Et à partir de là le désir de justice implique le respect des règles décidées démocratiquement et des principes des droits universels, et non pas seulement tunisien, de l’homme fondement de notre engagement qui sont et doivent être le seul critère à considérer en politique.
Aimer sa patrie et tout sacrifier pour elle est une adhésion qui relève de la subjectivité personnelle aussi et avant tout, l'idéal c'est de transformer cela en dynamique de mobilisation. Cet amour est un devoir et une règle impérative qui doit s'imposer en l'état actuel des choses à tous les démocrates tunisiens sans conditions préalables, car l’engagement est par nature exclusif et universalisable .De plus parce qu'en démocrates nous ne pouvons espérer qu'une société de droits, être juste ne consiste pas à l’être seulement vis-à-vis de ceux que l’on aime , mais aussi vis-à-vis de ceux que l’on n’aime pas particulièrement ,voire vis-à-vis d’adversaires plus ou moins détestés ; de plus la Tunisie est une entité abstraite si on la sépare des tunisiens, comme c'est le cas aujourd'hui; cet amour pour notre patrie inclut absolument que nous soyons en accord avec la totalité de l’histoire et de la culture de la Tunisie .
NOUS devons être dans la lumière et la modernité sans aucune raison technicienne , nos choix politiques en tant que démocrates pour l'essentiel ne doivent pas être réduits à une simple et limitée doctrine du pouvoir, ni notre éthique convoquée comme palliatif aux apories et défaillances de dogmes imposés par je ne sais quelle évidence rationaliste, oui être pragmatique et réaliste et ne pas s'interdire l'ambition, le rêve et le bonheur, le cœur n'est pas l'ennemi de la raison quand on est dans l'acte d'amour et du bien, oui je prétend que la politique peut être morale et consciente, vérité et spiritualité, aventure et responsabilité, pour peu que les HOMMES refusent les ténèbres et la barbarie, l'attentisme et la soumission, la déchéance et le peur, même avec l' exorbitante prétention de certains à se dire capables d'être, sans recours à un principe de transcendance. Progressistes, modernistes, insurgés contre les méfaits et outrages de la réaction et de l'arriérisme, contre l'altérité des sens et de l'esprit, nous nous devons d'aller au bout de nos idées, notre patrie mérite tout comptes fait bien plus que cela, mais commençons à notre niveau et nos petits moyens et soyons convaincus que le reste, le beau reste suivra, nous ne pourrions pas subir autant d'ignominies, nous ne pourrons jamais être plus bas que nous le sommes aujourd'hui sous les serres de l'arbitraire, commençons les potentialités, les bonnes volontés et les compétences sont là c'est grâce à elle que notre pays n'a pas disparus corps et bien dans les affres de la décadence programmés par les criminels et les assassins, commençons et brisons ces limites qui nous sont imposés par le fer et par le sang, par ces limites qu'on s'est imposées par l'attentisme , l'indifférence, le renoncement , l'individualisme, commençons nous sommes notre propre dynamique et Dieu marche avec nous tant que nous serons honnêtes, intègres, disponibles et humains. La désagrégation des théories idéologiques matérialistes et de la de la valeur et l’impossibilité aujourd’hui dans ce monde qui tend vers la spiritualité, oui avec tout ce que cela comporte comme risques, comme inconnues comme dérives et incompréhensions, de le ramener à un schéma rationnel par défaut, c'est-à-dire froid, ordonné , structurés aux normes établis par la puissance militaire, celle de l’argent ou du nombre, aux prévisions des planifications technocratiques, et aux formules politiques toutes faites , notre pensée doit se développer et prendre son essor plus que jamais à la source mêmes de notre culture, à l’intérieur de ce contexte arabo-musulman traversé par différentes contradictions qui pendant longtemps l’avaient vidé plus ou moins de sa sève et sa substance , mais qui aujourd’hui et grâce aux nouvelles générations qui sont le fruit de ce métissage universel qui dans leur immense majorité se redéfinissent dans son souffle, son identité et sa source commune, il suffit de voir nos rues , d’entendre nos temples, nos mosquées, nos vibrations, nos rêves et nos silences. Cet effort de refondation du projet s’est imposé d’une façon naturel car il s’appuie sur la crise de la théorie de la valeur et donc du fondement de l’ensemble de la rationalité du savoir dit révolutionnaire mais qui en fait n’est que totalitaire et réactionnaire. Un prométhéisme de la politique en l’absence de tout humanisme, une sorte de schizophrénie aiguë s’était ainsi emparée au niveau théorique, au niveau des idées d’une large fraction des élites arabes qui s’était expulsée elle-même de la masse et de la nation arabe et plus la crise s’accentuait atteignant les bases mêmes de la pensée philosophique et politique du monde arabe dit moderne, celui de NASSER, BOURGUIBA ect.., plus elle se présentait comme une sorte de science pure de la politique, alors qu’elle n’est qu’un vulgaire ersatz d’un monde dominé et refoulé, une autre forme de domination, une pâle réplique de l’occident démocratique possédant tous les outils de son suicide et pas l’ombre d’une règle pour s’imposer une réforme nécessaire à sa mutation. l’être n’a de sens que si la réalité du changement est comprise en termes d’éthique , c’est pour cela que dans notre démarche démocratique il faut insister sur la nécessité de conjuguer conscience et intersubjectivité, sur l’implication institutionnelle nécessaire de l’évidence et de la validité, il s’agit aussi de désarticuler la tradition dans toute sa complexité, pour anéantir les présupposés
« Aimer est un acte, être aimé est un accident, car il est possible d’être aimé sans le savoir, mais non d’aimer sans le savoir. L’amitié, c’est aimer plutôt qu’être aimé »ARISTOTE
Cette maladie dégénérative qui affecte la société tunisienne défigurée par le totalitarisme et le népotisme se distingue avec force de tout mode de raisonnement clinique ou humain .Les causes et les effets destructeurs du délitement des liens sociaux que le néolibéralisme maffieux d’une dictature barbare met délibérément en œuvre ne connait aucune limite, sauf peut-être celle de la violence, du terrorisme et de la guerre civile à venir, que Dieu donne la sagesse aux tunisiens qui sont des êtres pacifiques et civilisés de nous éviter ces horreurs, la dictature et ses tueurs ont depuis longtemps programmé cet enfer diabolique, cela fait partie de leur nature, à nous d’éviter ce piège mortel. Par ses choix politiques au service du profit oligarchique, cette dictature criminelle met en concurrence les individus assujettis à la performance spéculative et hors la loi, casse la solidarité et accroît les inégalités. À l’ère du soi-disant nouvel ordre international, l’action de « l’État tunisien » fantomatique est ainsi détournée dans le sens des intérêts particuliers. Elle restructure une société atomisée et désolidarisée, soumet les volontés à une gouvernance autoritaire et compromet les appartenances socialisantes.
Ce régime dévie l’histoire, la culture et la nature profonde des tunisiens sur la voie erronée des rivalités exacerbées et d’un consumérisme abondanciste inégalement vécu qui asservit les esprits et détruit les âmes.
La souffrance première des tunisiens est plus que jamais l’amplification de « l’être soi » au détriment de « l’être avec, l’être ensemble » ce qui conduit la majorité d’entre nous à la résignation et non au combat et à la lutte pour la dignité, le progrès et l’excellence. Dans le contexte d’une stratégie globalement spéculative sur tous les plans qui tend à neutraliser toute résistance et à pervertir l’imaginaire culturel des tunisiens, la violence dissociative du régime dictatorial actuel fait perdre les habitudes ataviques de solidarité entre les personnes, leur substitue une sorte de servitude volontaire visible à l’œil nue. Car désormais le tunisien cherche une compensation salvatrice à la perte de son être social et culturel dans un gain qu’il pense trouver du côté de son oppresseur, en victime consentante ou en agent cynique de ce modèle dissociétal de compétition solitaire hégémonique et mortifère.
Le matérialisme méthodologique et supposé néo moderne , porté par une minorité agissante qui collabore avec la dictature, ne propose cependant pas d’alternative définie, tout en voulant convaincre la majorité des résignés qu’il faut combattre sur tous les fronts de l’inégalité, de l’injustice, de l’inhumanité, mais sa contradiction est flagrante, elle est la somme des mépris que subie la nation tunisienne depuis l’indépendance, on ne peut s’accommoder avec une dictature barbare, faire son éloge et prétendre s’engager à défendre ces principes, même les mots et les slogans n’ont plus de sens dans notre pays où tout n’est pas que magouilles, opportunismes et décadence . Les consciences intègres et vivante doivent travailler pour une révolution démocratique qui accorderait leur souveraineté aux tunisiens, sans aucune autre obligation que le respect du droit, des tunisiens enfin dotés du pouvoir de décider et d’agir, et avant tout une révolution du discours politique, une bataille d’idées prenant appui sur les implications de l’altérité de l’être humain en général. Une opposition responsable qui prendrait le pari de sa cohésion serait en effet plus qu’opportune pour susciter les résistances et resocialiser l’existence de chacun.
*Je remercie les œuvres de René Cassin et l'immense plaisir à la lecture de ses œuvres et de ses pensées.