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20 MARS 2007 DE LA DEPENDANCE TUNISIENNE

20 MARS  2007 DE LA DEPENDANCE TUNISIENNE
Par
Bilel


La dictature tunisienne est une évidence  qui relève du politique et du culturel. Mais pour en parler, les démocrates tunisiens  n’ont jamais cessé d’avoir recours de manière exclusive à l’économique ou au social. S’enfermant dans une certaine lecture du romantisme  révolutionnaire qui avait plombé les esprits juste après les « indépendances » et généré les dictatures que l’on subit actuellement, ils pensent que les rapports sociaux de production et d’échanges déterminent directement les rapports de pouvoir. Ces positions nullement théorisées transparaissent dans l’action de certains groupes qui ont depuis toujours dilapidé  les acquis de la société tunisienne, les exemples ne manquent pas, le syndicalisme tunisien était plus consistant et plus fort sous la colonisation , la presse , l’action politique , le pluralisme ect..., aujourd’hui  on assiste dégoûté à la collaboration des communistes tunisien du PCT , Des femmes démocrates ect…avec la dictature. De telles approches sont fort éloignées de la réalité culturelle de la société tunisienne, qui dans le fond et dans sa majorité  accorde une grande attention au politique. Ainsi, dans l’authentique démarche démocratique, certes marginalisée mais vivante malgré tout grâce à quelques figures emblématiques de l’opposition tunisienne  dans leur action de  dé-symbolisation du pouvoir et ses effets meurtriers , l’opposant intègre et conscient  cherche presque toujours avec succès de trouver une explication à l’insécurité qui transite à travers le populisme, et permet-il de saisir, dans le moment daté qui est le sien, quelques fondements  des pratiques dictatoriales mises en œuvre dans le populisme, à ce sujet et je m’en félicite  un site comme ELKHADRA participe  par l’énergie de ses collaborateurs à cette action pluraliste et démocratique .

La dictature tunisienne  comme forme de pouvoir absolu relève également d’un autre facteur, celui, de la nature propre de l’Etat usurpateur tunisien ou du pouvoir politique défini par des idéologues étrangers à la préoccupation générale et culturelle des tunisiens. Aussi l’analyse de la  nature de ce pouvoir tunisien aujourd’hui précède l’analyse du populisme ambiant qui semble polluer beaucoup « d’esprits ». Il appartient essentiellement au colonialisme  et au bourguibisme, dans sa configuration disponible de l’époque de l’indépendance d’avoir donné invariablement naissance au  pouvoir dictatorial de BEN ALI, et  d’avoir existé  lui-même dans cette forme, c’est aussi simple que cela. Le populisme qui ruine la Tunisie moderne, la Tunisie à cette heure ne fait qu’amplifier la dictature ou lui sert de « légitimation » puisque l’espace politique tunisien au sens propre du mot n’existe pas, ou a très rarement existé  pour avoir une quelconque visibilité respectable depuis la fin de la colonisation, je ne veux pas dire que les tunisiens  étaient plus libres  sous le protectorat français, ou avait un bon niveau de vie , ce que je veux dire,  c’est que nous étions plus dynamiques , plus solidaires, plus courageux dans notre vouloir de changer les choses et d’êtres  libres. Depuis 1956 nous vivons dans l’illusion  de l’indépendance, nous croyons  et nous feignons de croire que nous avons vaincu le colonialisme, alors que c’est le contraire qui est vrai avec l’impuissance et le désespoir en plus. La nature de cette dictature de ben Ali, fer de lance de néocolonialisme ravageur,  a des caractéristiques d’un autre âge, mais qui d’une certaine façon répond à certaines attentes du populisme tunisien ambiant diffusé par énormément de courants de la classe politique tunisienne de tout bord.  L’indifférence à la problématique de la liberté  ;  L’indifférence à la problématique du droit  ;  La confusion entre le privé et le public  ; Le refus du pluralisme politique  ;  Le refus du débat contradictoire et de la pratique argumentative. Ces caractéristiques ont été complètement ignorées par certains  progressistes tunisiens pour  le même prétexte que les penseurs de la dictature de ben Ali et des néocons , lutte contre le terrorisme et les menaces intégristes islamiques, voilà le nouveau épouvantail, voilà le défi  et l’alternative qu’on propose/impose aux tunisiens, le projet moderniste et salvateur de la nation tunisien , la lutte sans aucune condition contre un ennemi virtuel et qui n’a aucune existence en Tunisie, quitte à accepter la dictature et à renvoyer le débat , la lutte pour le droit et les libertés publiques aux calandres grecques . Bien mieux, certains  politiques tunisiens  de tous bords semblent s’accorder sur le fait que le peuple n’a pour besoin que celui de manger à sa faim, de survivre par le surendettement et de se soumettre au projet niveleur d’une mondialisation  surpuissante. La liberté viendra alors et peut-être après certaines compromissions, certains arrangement qui se feront bien entendu au nom des tunisiens et sans les tunisiens comme d’habitude, c’est  le syndrome de CHIRAC qui a été toujours et plus que jamais visible dans la pensée politicienne tunisienne, pauvre, atlantiste et réactionnaire. Cette vérité qui s’impose à nous maintient le pays  en situation de survie artificielle, jusqu’ à quand ? Jusqu’à une nouvelle folie aventuriste mais naturelle comme la bataille de Slimane qui réussira à déclencher une guerre civile entre les tunisiens, une guerre civile qui mettra le pays à feu et à sang et fera subir aux démocrates tunisiens les derniers outrages. Mais, l’on pourrait tout aussi bien s’en passer de ces comptes d’hypothécaire, en faisant l’économie du sang versé et des rancœurs extrémistes sans fin, il suffit que les puissances tutrices de ben Ali comprennent que leurs sécurité et leurs intérêts  seront beaucoup mieux protégé par une démocratie tunisienne indépendante et constitutionnelle. Chez les uns, malheureusement l’écoute de revendications démocratiques tunisiennes n’est pas la priorité, cela procède tout simplement du mépris. Chez d’autres, le régime tunisien actuel apparaît comme une bienveillance et que tout vaut mieux que laisser le choix à un peuple infantilisé qui peut  choisir d’être gouvernés par  ce qu’ils considèrent comme le politiquement incorrect, les islamistes qui sont  une réelle puissance politique qui dépasse le cadre et les limites sinistrées d’ENNAHDA dans le cas évident de notre pays . Cette dictature n’est pas un  accident de l’histoire de la Tunisie. Elle représente, sous son  habillage  populiste tout un atavisme millénaire et les remugles des agressions subies par la Tunisie à travers les siècles. Bourguiba, comme ben Ali, est un dirigeant politique qui a eu , il n’y a pas de doute à cet égard, un ancrage populaire qui tient du clientélisme, de la compromission   et de l’affect, tout simplement  par ce que c’est dans la mentalité des peuples colonisés  , plongés dans l’ignorance ,  de se soumettre à toute forme de facilité qui lui donne l’illusion d’avoir  sa liberté juste parce que des cadres  tunisiens ont remplacés ceux de l’administration coloniale. Bourguiba comme ben Ali sont dans la continuité de cette logique, chacun avec son arsenal de familles régnantes, familles mafieuses sans foi ni loi. L’un et l’autre ont eu une grande présence dans la bourgeoisie et les milieux financiers des affaires pour s’imposer aux opinions, mais il arrive que l’histoire bafouille , et l’un ben Ali a trahi l’autre pour imposer à la Tunisie encore plus de régression , de spoliations  et participer à l’émergence  d’une opposition politique , fragmentée et frileuse certes, mais assurément moderniste et porteuse  de projets progressistes qui ne demandent qu’une forme de cohérence, de pragmatisme et de réalisme pour  mettre fin à la gabegie qui ruine le pays dans tous les domaines, et qui finira sûrement par le renvoyer à la permanence des guerres civiles ou à l’âge des pierres, ce qui est la même chose. Le peuple ainsi écarté , lobotomisé, formaté , conditionné par la terreur et le chantage ne remplit qu’une simple fonction de légitimation du pouvoir du dictateur, d’autant que, dans ce monde de plus en plus sécularisé, il est plus que facile de vouloir donner un fondement divin (ou sacré) au pouvoir que détient quelqu’un ou un parti, la mascarade de ben Ali avec l’islam, ses imams-flics, son jeu pervers avec  les tentations  de donner à son islam officialisé des missions de propagande qui le vide de sa logique et de son sens premier, ce genre de pratique   est une des sources les plus dangereuses de l’extrémismes  le plus meurtriers. Même dans notre société où la religion continue d’exercer une influence sur la politique, un  pouvoir vraiment responsable et légitime doit se présenter comme ayant une exigence laïque,  et non divine comme  c’est le cas  de celui de ben Ali qui essaie de brouiller les cartes et qui y arrive des fois pour ne pas dire souvent, cette vision archaïque des rapports  entre le temporel et l’intemporel qui sert  de cheval de Troie à la propagande du régime sert aussi à  donner des gages de son contrôle total de la société tunisienne à ses appuis et ses complices dans les milieux  du néocolonialisme. Cette justification sécularisée du pouvoir n’en demeure pas moins un discours théologique en Tunisie réfléchi  par un pouvoir politique  qui fait de la sécurité, sa sécurité une affaire strictement privée, comme tout ce qui touche de prés ou de loin au pays. C’est ainsi que pour le pouvoir  de ben Ali,  le concept politique « peuple » peut avoir la même signification et la même fonction politique que le concept théologique « Dieu », tout y  est immuable et rien ne peut être débattu. Le peuple dont il s’agit, ici, travaillé par le besoin, la misère et la violence n’est pas celui qui permet de penser la démocratie en tant que souveraineté populaire. Ce n’est pas le peuple réel qui peut être représenté ou participer à la gestion de la chose publique (res publica). Ce n’est pas le peuple  qui exerce sa souveraineté à travers une diversité d’instances libres. Ce peuple est, comme les soumis à  Dieu, un principe transcendant au service  de la dictature. Il fonde une  souveraineté potiche et artificielle sans l’exercer. Il ne saurait l’exercer, car il n’a pas d’existence propre. Le peuple de cette théologie politique s’incarne en la personne du dictateur ben Ali. C’est un processus très paradoxal où l’identification du peuple au dictateur est d’autant plus grande qu’il se trouve complètement écarté de l’exercice de sa souveraineté. Il se trouve séparé du pouvoir qui émane de lui parce que ce pouvoir se veut UN et il l’est en toute état de cause, il suffit de faire un audit, dresser un simple bilan de  cette Tunisie depuis cinquante ans  pour comprendre que son redressement culturel et humain sera une tâche pharaonique tellement  les destructions de ses valeurs  sont encore plus dramatiques pendant ce lap de temps de l’indépendance que pendant toute la durée de son existence antérieure. Ben Ali  n’accepte aucune cohabitation avec d’autres pouvoirs tels que le législatif, le judiciaire, les institutions indépendantes, sauf dans le cas où ceux-ci acceptent de se subordonner à lui. Or, il n’y a pas de souveraineté populaire quand le pouvoir ne se présente pas comme multiple c’est-à -dire quand la souveraineté ne se réalise pas dans plusieurs instances. La souveraineté des tunisiens pendant ces cinquante dernières années s’est  dissoute parce qu’on l’a obligé  à se réaliser en une seule instance (le parti unique) ou une seule personne (Bourguiba, puis BEN ALI). L’opportunisme démocratique  aussi à sa part de responsabilité  dans l’état lamentable de la Tunisie, et plus vite les démocrates feront leurs examen de conscience, plus vite  une cohérence possible se mettra en place , aujourd’hui,  face aux deux mortels extrémismes, celui de ben Ali, et celui nihiliste de pauvres gens qui n’en peuvent plus d’agoniser de son système barbare. Il est nécessaire de mener une lutte pour la démocratie en elle-même. Bon nombre de démocrates tunisiens  ne voient dans la lutte pour l’acquisition des droits démocratiques, des libertés publiques et individuelles qu’un moyen pour poser la question sociale, laquelle serait à leurs yeux l’unique raison du combat politique, or la reconquête par les tunisiens de leur identité culturelle, à mon avis, est un absolu à la base  de toute tentative de transformation et de réforme de la société tunisienne qui ne divisera pas les tunisiens  sur de bases idéologiques ou claniques. La démocratie, elle seule,  ne peut vraiment apporter la moindre amélioration économique dans les conditions de vie de la majorité de la population tunisienne, en l’absence de règles, d’un gouvernement  légitime des lois, d’une confiance dans les valeurs juridiques exprimant la reconnaissance réelle de l’égalité formelle entre les citoyens, c’est ce  qui est l’attendu de tout combat démocratique inauguré avec la chute de la dictature

.Il ne s’agit pas de  minimiser le poids des conditions socio-économiques qui oblige le tunisien à l’essentiel, à sa survie. Mais La situation socio-économique du pays a atteint un niveau de dégradation telle qu’elle peut rendre nulle toute action visant à la conjurer, même celle conçue dans les meilleures conditions politiques possibles. Pour  réussir ce pari du redressement encore une fois, on ne peut se permettre d’avoir une attente trop grande vis-à -vis du politique  pour se dégager des contingences quand on n’agit pas sur le culturel.
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