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Les Américains pissaient sur le Coran

"Les Américains pissaient sur le Coran et abusaient de nous sexuellement"

ABDELHAK NAJIB
 

 

*ARTICLE ENVOYE PAR SI AHMED MANAÏ



Interview exclusive : Mohamed Mazouz, rescapé de Guantanamo

Mohamed Mazouz fait partie des cinq Marocains rescapés de Guantanamo. Après plus de trois ans et demi de détention entre le Pakistan, Kandahar, Bagram et Guantanamo, il vient d’être mis en liberté provisoire en attendant le verdict du 4 juillet 2005. Dans cet entretien exclusif avec LGM, il revient sur toutes les étapes de sa détention, sur la torture, le parallèle avec la prison d’Abou Ghrib et le sort des 12 autres Marocains qui sont toujours détenus par les Américains.

Mohamed Mazouz en compagnie d’Ibrahim Benchekroun, un autre rescapé de Guantanamo, lors de leur visite à la Gazette du Maroc.

 

LGM : Vous avez été arrêté au Pakistan, les accusations affirmaient que c’était en Afghanistan. Qu’en est-il réellement ?
Mohamed Mazouz : La réalité que tout le monde connaît est que j’ai été arrêté au Pakistan. J’y suis allé pour me marier. C’était exactement le 26 août 2001. J’habitais alors à Londres depuis quelques années et je n’avais pas de papiers. Il fallait me marier avec une Anglaise de nationalité qu’elle soit d’origine pakistanaise, indienne ou marocaine. C’était le seul moyen pour avoir mon permis de résidence en toute légalité. Le destin a fait que je me suis lié d’amitié avec un Pakistanais. Avec le temps, j’ai su qu’il avait une sœur en âge de se marier et j’ai demandé sa main. La famille a accepté et nous avons décidé de partir au Pakistan pour célébrer cette union. Le mariage a eu lieu et les choses allaient normalement. Il faut préciser ici que j’avais un visa d’un mois. Quatre jours avant notre retour, j’ai été arrêté sur un boulevard de Karachi alors que je marchais avec mon beau-frère pakistanais. Aujourd’hui, je ne sais rien de cette femme qui étais mon épouse, je n’ai pas où la contacter, j’ai perdu toute trace depuis ce jour où la police pakistanaise m’a arrêté.

(...)

Et les interrogatoires ?
Les interrogatoires étaient quotidiens, faits par des Américains avec la collaboration de traducteurs arabes. Cela avait lieu dans les tentes en présence de tous les autres détenus et souvent, nous étions frappés au début, face contre sol, par des soldats fous, avant de commencer à répondre aux questions. Il y avait une technique précise qui consistait à jeter le détenu par terre, lui sauter sur le dos, lui éclater l’épaule avant de le frapper. Beaucoup d’entre nous avaient les omoplates fracturées et ont dû faire face aux froid et la faim, sans médication jusqu’au départ pour Guantanamo. Et l’interrogatoire pouvait durer des heures interminables. Et là, ils sortaient la grosse artillerie pour la torture. Il y avait d’abord les décharges électriques qui faisaient un mal sans pareil. Et ensuite, ils nous jetaient dans de gros barils d’eau pour nous étouffer. Ils avaient aussi le vice de nous mettre des torchons sales, pleins de tout ce que vous pouvez imaginer de dégoûtant sur la bouche et le visage. Pas de prière, pas de nourriture, pas d’eau, pas d’habits, sans couverture, pendant des jours.

Après cela, vous avez été transféré à Bagram ?
La prison de Bagram est la sœur jumelle d’Abou Ghrib en Irak. Sans donner trop de détails, nous avons vécu les mêmes tortures, les mêmes sévices physiques et psychologiques que les détenus en Irak. Vous savez, quand je suis entré au Maroc et que j’ai pu avoir accès aux journaux, j’ai découvert ce que les prisonniers irakiens avaient vécu à Abou Ghrib, c’étaient les mêmes techniques et les mêmes abus. Je pense aujourd’hui que Bagram a été le laboratoire qui a préparé Abou Ghrib. Nous étions dans des cellules individuelles et c’est là le plus grave puisqu’ils pouvaient tout essayer sur les prisonniers sans que personne ne sache ce qui se passait. Nous avons été humiliés dans nos corps, obligés à nous dénuder les uns devant les autres. Pire encore, on nous envoyait des femmes soldats qui provoquaient les détenus en les touchant sur leurs organes génitaux, en se mettant à poils devant eux ou alors en couchant avec d’autres soldats devant nous. Nous avons vu pire que cela et beaucoup de détenus ont été violés et faisaient tout pour le cacher. Mais nous savions ce qu’ils avaient subi de la part des soldats. D’autres techniques ont été employées comme de nous accrocher par des menottes sur des barres en fer accrochés aux murs. On pouvait rester suspendus pendant des nuits sans sommeil.
Après, ils en sont venus à l’étape des injections. À tour de rôle, on nous administrait des produits qui nous rendaient fous. On a appris par la suite que c’étaient des injections pour provoquer l’hystérie. Beaucoup avaient perdu la tête. D’autres ont contracté des maladies de peaux, des infections dermiques, des maladies rénales, des complications au foie, des migraines…

Quel traitement était réservé au Coran ?
Ici, je tiens à faire savoir au monde entier à travers ce que je dis jusqu’où les Américains sont allés pour nous humilier et bafouer nos principes les plus élémentaires. Il s’agit du traitement infligé au Coran. Tout ce qui pouvait le réduire à néant était utilisé. Ils ont pissé dessus, ils l’ont déchiré, ils l’ont coupé aux ciseaux devant nous, ils ont déféqué dessus en badigeonnant nos visages avec. Oui, il faut dire tout ceci pour que le monde musulman réalise quel degré de haine ce livre sacré leur inspire. Parce que je ne vois pas pourquoi en arriver là. Un jour, et en présence de la Croix rouge, ils avaient pris tous les corans de la prison pour les déchirer devant nous tous. Ils se comportaient à l’égard du Livre sacré comme s’il s’agissait d’un vulgaire objet. Quand on protestait, nous étions torturés à mort. Et à chaque fois qu’ils agissaient de la sorte à l’égard du Coran, nous nous soulevions et évidemment nous étions punis en conséquence. C’était un cercle vicieux. L’autre forme de torture consistait à lâcher des chiens sur nous alors que nous sommes nus, dans des douches, en groupes. Ou alors au moment des interrogatoires. Les chiens sont rôdés pour ce type de travail et les prisonniers se faisaient parfois mordre violemment. C’était à en devenir fou, à la fois la peur, l’hystérie, les cris des uns et des autres, le froid, la faim et les fortes migraines. Pour ma part, je faisais partie des premiers arrivés et des derniers à partir. J’ai tout vécu.

(...)

http://www.lagazettedumaroc.com/articles.php?id_artl=6272&n=415&sr=852&r=2
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