La toile et le couteau
Par
Sonia.D
Imaginez si l’Internet vraiment libre et assumé s’impose en Tunisie. Imaginez comme la liberté se propagerait à une vitesse incroyable , comment les langues , les esprits et les cœurs se délieront.Comme les barrières qu’elles soient psychologiques ou bien réelle tomberont d’elles mêmes , car le propre de l’Internet c’est de rapprocher les Hommes et que deux solitudes qui se rencontrent tuent la solitude.Mais aussi il faut être conscient,le développement rapide de l'Internet joue un rôle important pour la croissance économique et l'intensification des contacts entre les divers peuples du monde,comme il faut remarquer qu'il existe des problèmes inquiétants relatifs à l'Internet.
Au sein de la sphère politicienne de l’intérieur et de l’extérieur qui est le soutien fondamental de la dictature tunisienne, on observe une sorte de consensus autour de l’idée selon laquelle l’Internet constitue une menace potentielle à la stabilité du régime en place depuis bientôt vingt ans. Cette vision s’appuie sur le postulat faisant de l’Internet un outil inévitable de démocratisation de la Tunisie. De part sa nature même, qui en fait avant tout une plate-forme neutre de transmission de données et qui repose sur une part d’idéalisme de base, l’Internet devrait apparaître comme le moyen optimum de diffusion et d’accès à l’information et partant de là, comme un instrument de démocratisation dans notre pays sous le joug d’un régime totalitaire. Certes, depuis la première connexion directe de notre pays à l’Internet, et l’ouverture de la Tunisie à son exploitation commerciale, le nombre d’internautes tunisiens n’a cessé d’augmenter et ce dernier compte déjà et ses militants et ses symboles ainsi que ses martyrs. Même si les internautes tunisiens n’hésitent pas à affirmer que l’accès à l’Internet leur permet d’obtenir plus d’informations et surtout d’échanger et de discuter sur toutes sortes de forums et de blogs, le développement et l’utilisation de l’Internet en Tunisie doivent se faire dans le cadre strict imposé par la dictature et son bras armé l’agence tunisienne de l’informatique (ATI). Dès les prémisses de l’Internet en Tunisie, marqué au tout début par l’émergence d’un débat public ouvert en ligne, les administrateurs étatiques de la dictature ont mis en place une série de lois liberticides, anticonstitutionnelles et de réglementations policières visant à en contrôler son utilisation publique de manière très étroite , ce qui explique les incroyables dérives et déchets qui caractérisent ce net tunisien qui ne doit son honneur et son salut qu’aux sites et blogs militants et à l’abnégation de leurs concepteurs et militants. Ce dernier point constitue la pierre d’achoppement du débat sur l’Internet en Tunisie et suscite régulièrement des interventions médiatiques d’organisations de défense des droits de l’Homme telles que Amnesty International ou encore Reporters Sans Frontières.
La question que l’on se pose très souvent du côté des observateurs occidentaux est dès lors la suivante : comment le gouvernement Tunisien va-t-il résoudre le dilemme que lui pose l’Internet, à savoir le dilemme contrôle politique versus modernisation économique ? En effet, d’un côté la Tunisie selon les règles de ben Ali dit souhaiter prendre le tournant de la révolution de l’information, de l’autre les autorités craignent de se voir déstabiliser par un outil octroyant aux citoyens tunisiens une passerelle de communication et un canal d’expression qui révélerons dans la pratique la vraie nature de la dictature tunisienne. En d’autres termes, est-ce que l’Internet pourra jouer un rôle dans la transformation politique de la Tunisie ou bien est-ce qu’il restera un outil de contrôle du gouvernement comme c’est le cas aujourd’hui ? Je crois sincèrement que tout cela dépendra des internautes tunisiens, et au vu de l’état de l’immense majorité de leur production qui reste puérile, soumise, veule voire des fois thuriféraire, je crois sincèrement que nous sommes bien loin du but espéré par les démocrates et les esprits libres, juste au fond du gouffre de la misère intellectuelle.
l’essentiel est donc sur deux questions, certes fondamentales : les méthodes de contrôle de l’Internet en Tunisie et l’impact de l’Internet sur la dictature tunisienne en tant qu’instrument potentiel du processus de démocratisation. Ceci conduit très souvent à des études soit centrées sur les techniques de censure, soit marquées par la thématique des droits de l’homme. Cependant, dans le contexte d’un régime totalitaire comme celui de la Tunisie, il faut garder à l’esprit l’idée selon laquelle l’ensemble des médias est placé d’emblée sous la coupe de la dictature,et que par conséquent le contrôle de l’Internet s’inscrit dans la logique d’une mainmise étatique sur tous les moyens de diffusion de l’information, mais encore et à mon humble avis cette situation n’est pas une excuse valable pour expliquer l’état calamiteux du net tunisien qui s’est rendu depuis belle lurette sans l’ombre d’une hésitation, qui a trahit l’étique sans se battre (encore une fois il est possible de résister et de se battre, la preuve a été donné par feu Z.YAHYAOUI , et par tous ceux qui depuis la Tunisie continuent à émettre , qui se connectent grâce aux proxys par milliers aux sites censurés et qui font parvenir malgré tout l’information à ces derniers). Ainsi, si l’on prend en compte cette donnée essentielle liée à la gestion de l’Internet en Tunisie, la question fondamentale qui se pose est dès lors la suivante : l’idée d’un dilemme contrôle politique versus modernisation économique est-elle vraiment pertinente dans ce contexte précis ? A ce titre, la plus part des militants pour les droits de l’homme, du moins en résumé ceux qui se sont exprimés sur la question et d’après les archives du net, considèrent que les questions essentielles liées au développement de l’Internet dans une dictature comme la dictature tunisienne sont les suivantes : qui utilise l’Internet, et à quelles fins ? Quels sont les défis que soulève l’utilisation de l’Internet et comment le pouvoir va-t-il y faire face ? Le pouvoir gère-t-il le développement de l’Internet de manière à ce que celui-ci serve ses intérêts ? De la réponse à ces questions essentielles dépendra je dirais même l’avenir du combat démocratique en Tunisie.
La dictature tunisienne a choisi d’adopter (et de dompter) l’Internet car elle y voit une composante essentielle du processus global de modernisation économique de ses intérêts privés et du maintien de sa pérennité et de sa compétitivité sur la scène internationale. En effet, le pouvoir central a pris conscience de la nécessité pour la Tunisie de s’intégrer à l’infrastructure mondiale de l’information et s’est engagé dans un vaste processus de modernisation des technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette idée s’inscrit dans une stratégie globale de développement d’une économie de l’information (knowledge economy), qui doit reposer sur trois grandes phases de développement de l’outil Internet : « l’administration en ligne », « l’entreprise en ligne » et « la famille en ligne ». Il est à noter que le projet de « l’administration en ligne » vise également à pallier les lourdeurs de la machine administrative tunisienne en optimisant la diffusion sous contrôle de tout ce qui doit être dit et même pensé en marginalisant toute autre forme de pensée qui porte la contradiction au régime.
La dictature tunisienne nous montre ainsi quelle a joué un rôle fondamental dans la diffusion de l’Internet en Tunisie et qu’elle continue à l’heure actuelle d’assurer la fonction de catalyseur du développement de l’Internet dans le pays sous son monopole. Il faut d’ailleurs garder à l’esprit l’idée selon laquelle le régime de ben Ali estime que tant qu’il parvient à contenter les masses sur le plan économique, il se trouve plus ou moins à l’abri d’une potentielle déstabilisation politique et que l’Internet peut aussi servir comme un outil de propagande redoutable. Il semble toutefois que les efforts et la gestion de l’information entre les différents échelons du pouvoir sont plus que médiocres pour permettre à ben Ali et ses très proches collaborateurs d’avoir le pouvoir absolu sur toute forme de stratégie , alors ne reniant pas leur nature , ils interdisent à tour de bras tout ce qui peut être techniquement interdit et réprimé et diabolisent le reste inaccessible à leurs poursuites en les accusant d’être au service de l’étranger et traître à la Tunisie , toujours les mêmes pratiques totalitaires qui font leurs preuves partout dans les pays soumis à une dictature totale comme la chine , la Corée du nord , la Syrie e ct…. Aujourd’hui, les résultats de la politique de développement de l’Internet sont déjà visibles : les infrastructures Internet ne cessent de s’améliorer,et en même temps d’être limité dans notre pays à la propagande du pouvoir et à un Internet autorisé, blanchi sous le harnais sans aucune adresse , paranoïaque et délirant qui n’a pratiquement rien à voir avec le quotidien des tunisiens.Les investisseurs étrangers sont de plus en plus présents dans le secteur tunisiens des NTIC sous contrôle du pouvoir central et des pouvoirs locaux en matière de développement d’un « e-gouvernement » ,mais ne trouvent que très peu d’écho auprès des internautes tunisiens engagés dans le combat démocratique , car ces derniers savent que dans ce jeu les dés sont pipés , comme dans tous les autres domaines en Tunisie , les investisseurs étrangers n’ont faire des tunisiens , et comme l’argent pour eux n’a pas d’odeur , ils ne se posent aucun cas de conscience ou d’éthique même en collaborant avec le diable.
Quel est donc le positionnement des internautes tunisiens vis-à-vis de l’Internet ? Il faut commencer par préciser que ces derniers surfent sur le Web en premier lieu pour les services suivants : l’actualité, les moteurs de recherche, l’e-mail, le chat, les forums et les loisirs (musique, vidéo, jeux en réseau). Il est intéressant de noter que l’Internet s’inscrit plutôt bien dans la culture de « networking » des tunisiens, qui ont une très grande pratique des réseaux relationnels. Du point de vue sociologique, l’internaute tunisien typique est un homme, jeune, éduqué, qui effectue plutôt un travail « intellectuel » avec un revenu assez confortable, un citadin ou un étudiant, et dont la pratique de l’Internet est en moyenne inférieure à quatre années. Plus de 80 % des internautes tunisiens ont moins de 35 ans, avec une proportion de 35 % pour les 18-24 ans. Les internautes tunisiens sont donc avant tout des jeunes qui, dans leur grande majorité, semblent plus s'intéresser à la société de consommation qu’à la politique. En outre, il convient de remarquer que la deuxième couche de la population tunisienne utilisatrice de l’Internet est celle de la génération qui avait environ 20 ans lors des événements de SMSI, et qu’elle a pu être en quelque sorte « refroidie » par ce précédent. La question qui se pose est donc la suivante : les internautes tunisiens voient-ils l’Internet comme un moyen de revendication politique à grande échelle et ont-ils la volonté de s’en servir à des fins subversives ? Pour l’instant, la seule certitude en la matière réside dans le fait qu’un certain nombre de récriminations individuelles, de commentaires sur des décisions politiques, de points de vue sur des événements de la vie locale ou autres sont régulièrement diffusés via l’Internet grâce aux sites interdits, censurés et poursuivis par les hommes de main de la dictature. Toutefois, ces manifestations sporadiques d’opinions personnelles sont loin de faire partie d’une stratégie globale de déstabilisation du régime en place. Par contre, il est certain que l’Internet est en train de modifier les relations entre le pouvoir et la société. La mise en place d’un « e-gouvernement » fait clairement partie d’une stratégie proactive de gestion de l’Internet au même titre que l’utilisation de l’Internet comme support de la propagande officielle, comme moyen de lutte contre la démocratisation et plus généralement comme moyenne d’interaction et de contrôle avec le tunisien.
L’Internet est largement utilisé par les dissidents tunisiens, les islamistes, les nationalistes et les gauchistes en exil, et autres contestataires pour rallier l’opinion publique à leurs revendications, faire entendre leurs voix, diffuser des informations, protester contre la répression ou tout simplement pour communiquer. L’État–Parti ne peut tolérer ces gesticulations en ligne car il les considère comme des facteurs potentiels de déstabilisation du régime. Étant donné qu’aux yeux du pouvoir central chaque internaute reste un dissident en puissance, il est nécessaire de purifier le cyberespace selon la phraséologie officielle. Pour ce faire, la Tunisie a mis en place l’un des systèmes de contrôle et de censure de l’Internet le plus sophistiqué au monde. Ce système de surveillance de l’Internet se distingue avant tout par des mécanismes multiples et dynamiques en constante évolution, qui reposent sur deux types de méthode : une que nous appellerons « traditionnelle » et l’autre technique.
La première méthode s’appuie sur un ensemble de lois et de réglementations visant à définir précisément le cadre de régulation de l’Internet et fixant des mesures de rétorsion et définissant des sanctions assez lourdes à l’encontre des contrevenants. La législation relative à l’Internet en Tunisie concerne les fournisseurs de service Internet, les fournisseurs de contenu Internet, les cybercafés et les utilisateurs de l’Internet. Il est d’ailleurs intéressant de noter la particularité du système de contrôle Tunisien, qui conduit de facto à un processus d’autocensure des acteurs liés à l’Internet. En fait, la législation est telle que chaque acteur, qu’il soit fournisseur d’accès, fournisseur de contenu ou simple utilisateur, doit au final assumer une part de responsabilité par rapport à ce qui est diffusé sur la Toile. Cette méthode est redoutablement efficace car elle permet à la dictature de « décentraliser » le contrôle et la censure, tout en faisant planer la menace de sanctions, pour preuve l’état et la mentalité lamentable de la très grande majorité des sites et des blogs tunisiens. A ce titre, chaque arrestation d’un cyberdissident ne manque pas d’être abondamment relayée par les médias tunisiens, nous avons eu l’exemple dans un récent passé avec les affaires des jeunes internautes de Zarzis et ceux de l’Ariana, et celui de feu Z.YAHYAOUI bien avant, diffuser la peur reste pour la dictature le meilleur moyen pour contrôler à moindre frais les tunisiens, ce qui contribue à alimenter le phénomène de crainte de la sanction entretenue par les autorités. La deuxième méthode de contrôle et de censure de l’Internet repose sur des techniques de filtrage et de blocage des sites Web, des serveurs télématiques et des moteurs de recherche. Ce que les démocrates tunisiens ont qualifié de « barbelés électronique de Tunisie » n’est autre que le pare-feu tunisien, sorte de filtre géant de l’Internet. Le filtrage est basé sur l'adresse IP, la redirection par les DNS, sur des mots clefs dans l'url, ou sur des mots clefs contenus dans le code HTML. Les sites web et les contenus concernant, les droits de l'homme, la liberté d'expression, la démocratie, l'indépendance des institutions et l’opposition démocratique, les sites religieux, les sites de la diaspora tunisienne comme TUNISNEWS, ELKHADRA, NAWAAT, ENNAHDA, CPR, LE LIBRE TUNISIEN ect… sont interdits et censurés ainsi qu’un certain nombre de blogs et de sources d’information étrangères. La liste noire de sites Web et de mots clefs est mise à jour en permanence, soit en supprimant complètement le message considéré comme subversif, soit en remplaçant par un espace vide tout mot jugé illégal. conséquent de techniques de filtrage et de blocage, vient s’ajouter la mise en place d’une cyberpolice pléthorique, constituée à ce jour de 1 000 à 2 000 censeurs selon les sources. Ce dispositif vise les outils de discussion sur le Web. Il permet quasiment de censurer en temps réel les forums de discussion, les blogs, et autres espaces virtuels d’échange et de communication
Du point de vue officiel et selon la propagande de ben Ali, la Tunisie ne fait pas de l’Internet un outil de surveillance politique de la population. Les sicaires de la dictature affirment que la pratique de la censure de l’Internet existe dans d’autres pays, y compris les pays occidentaux, et qu’elle vise avant tout les sites subversifs, pornographiques, ou violents. Sur ce point, il est clair que la censure de l’Internet est une pratique qui a cours dans la plupart des pays démocratiques pour le crime, pas pour les libertés publiques, mais faire de la politique en Tunisie est considéré par cette dictature barbare comme un crime autrement plus redoutable que les crimes sexuels par exemple. la Tunisie de ben Ali se distingue aussi par sa volonté d’intégrer l’Internet dans une nouvelle architecture globale de surveillance électronique, un projet en cours de réalisation depuis plusieurs années et initié par le ministère de l’intérieur. L’objectif final est d’intégrer une gigantesque base de données en ligne à un réseau de surveillance globale fondé sur la reconnaissance de la parole et des visages, la télévision en circuit fermé, des cartes intelligentes, des dossiers de crédit et des technologies de surveillance de l’Internet.
Malgré les moyens considérables mis en oeuvre par la dictature tunisienne pour garantir un cyberespace conforme à la vision politique officielle et pour réprimer toute tentative ou velléité d’accéder à des informations non autorisées, force est de constater que le contrôle quasi scientifique de l’ATI présente des fissures. Il est vrai que la plupart des internautes tunisiens malheureusement ne vont pas se donner la peine de contourner la censure étatique via l’utilisation de techniques informatiques de contournement de celle-ci, parfois difficiles d’accès pour le simple utilisateur. Par contre, l’internaute tunisien lambda est loin de manquer d’imagination et va tout simplement privilégier ce que nous appellerons la technique du camouflage et de proxys
La gouvernance de l’Internet en Tunisie repose sur deux instances officielles la présidence et le ministère de l’intérieur, ce qui rend la tâche du contrôle du cyberspace tunisien d’autant plus efficace. En fait, l’histoire de l’Internet en Tunisie a dès le départ été marquée par la main mise technique des services du dictateur sur tout le monopole de cette industrie. Il ne faut pas perdre de vue qu’une grande partie de la prise de décision afférant à l’Internet s’effectue surtout au niveau du palais de Carthage qui prend les décisions et délègue la masse la plus importante du travail de contrôle à ses cyberflics et autres affidés. Tous ces acteurs liés à l’Internet en Tunisie, auxquels il convient d’ailleurs d’ajouter le secteur privé, cherchent non seulement à tirer leur épingle du jeu mais aussi à profiter des opportunités économiques offertes par le marché potentiellement gigantesque de l’Internet. A l’heure actuelle, le défi pour le pouvoir central consiste à pallier les lourdeurs administratives et le manque de communication entre ces différents acteurs afin de coordonner et de rationaliser le travail de chacun selon ses directives, et limiter son expression civique, politique, publique à sa seule et unique propagande.
L’autre grand défi auquel doit faire face la dictature tunisienne est celui de la pénétration hétérogène de l’Internet sur le territoire tunisien : la Tunisie connaît une véritable fracture numérique.
Lors de son entrée dans l’organisation Mondiale du Commerce (OMC), la Tunisie avait accepté d’ouvrir son secteur des télécommunications aux investissements étrangers. Logiquement la Tunisie aurait dû ouvrir à la concurrence le monopole détenu par l’ATI, c'est-à-dire le régime tunisien dans ce secteur, et permettre aux investisseurs étrangers de pénétrer de plein pied le marché des NTIC en Tunisie. La réalité nous montre que les investissements étrangers dans le secteur des technologies de l’information et a fortiori de l’Internet s’effectuent dans le cadre d’une réglementation stricte et sous le contrôle étroit des instances du ministère de l’intérieur. Les télécommunications demeurent un secteur clé pour la dictature, car la question de la diffusion de l’information dans le pays y est étroitement liée. En outre, étant donné que le gouvernement tunisien considère le secteur des technologies de l’information comme un élément moteur de la modernisation économique du pays l'économie mise en jachère par pour ses propres intérêts privés, il ne saurait favoriser la mainmise des investisseurs étrangers sur ce secteur stratégique. Concrètement, les autorités gouvernementales maintiennent un contrôle étroit sur la sphère privée naissante des NTIC en Tunisie et se réservent le droit de définir la manière dont les entreprises étrangères peuvent entrer sur le marché tunisien des télécommunications. Selon la réglementation tunisienne en vigueur, les entreprises étrangères, qui souhaitent investir dans le marché des NTIC, doivent établir des partenariats avec des acteurs locaux du marché tunisien des télécommunications, ces acteurs sont pour la plus part des proches et des familiers de ben Ali. Ces derniers doivent en outre obtenir l’approbation du Ministère de l’intérieur pour pouvoir coopérer avec des entreprises étrangères, recevoir des capitaux étrangers ou encore pour entrer en bourse. Dans le cas du secteur de l’Internet, les investisseurs étrangers sont tenus de se conformer à la législation en vigueur concernant le contenu et la diffusion de l’information afin d’espérer pouvoir faire des affaires en Tunisie. Ce point précis constitue le sujet récurrent d’une polémique qui est souvent et à juste titre alimentée par les organisations de défense des droits de l’Homme et de la démocratie, qui dénoncent la collaboration des entreprises étrangères à la censure de la Toile tunisienne.
L’implication du secteur privé occidental dans le contrôle et la censure de l’Internet en Tunisie est au centre du débat général sur le dilemme contrôle politique versus modernisation économique lié à l’Internet en Tunisie. Les fournisseurs de technologie hardware tels que Cisco Systems et les fournisseurs de technologie software tels que Microsoft, Yahoo! et Google font l’objet de vives critiques. Il leur est reproché de non seulement fournir des équipements technologiques permettant à la Tunisie de mettre en place une architecture sophistiquée de surveillance de l’Internet mais aussi de se soumettre à la réglementation tunisienne selon les règles de la dictature sur les contenus Internet, participant ainsi de facto à la censure de l’information orchestrée par la dictature tunisienne. Aux accusations dont elles font l’objet, les entreprises occidentales parties prenantes du développement de l’Internet en Tunisie répondent qu’elles n’ont pas d’autre choix que de se conformer à la législation locale et de répondre favorablement aux injonctions des autorités tunisiennes, sous peine de se voir écartées du marché tunisiens et par voie de conséquence arabe et africain des NTIC, puisque tous ces régimes aux marchés très porteurs sont identiques. Le marché lucratif que sont devenue la Tunisie, l’Afrique et le monde arabe engendre la mise à l’écart des questions d’éthique au profit des aspects purement économiques. A ce stade, il convient de prendre en compte deux éléments intéressants quant à la question relativement complexe du rôle ambigu des occidentaux par rapport à l’Internet en Tunisie. Tout d’abord, un certain nombre de voix commencent à s’élever contre les pratiques du secteur privé occidental et en occident même. Certains députés européens ont déposé devant le parlement européen un projet de loi visant à empêcher les grands acteurs occidentaux dans le secteur de l’Internet de coopérer avec des pays pratiquant la censure sur les informations en ligne. Le deuxième point à noter réside dans le fait que les autorités tunisiennes, conscientes de la forte dépendance de la Tunisie vis-à-vis de la technologie étrangère et en particulier européenne, non seulement cherchent à développer leurs propres technologies mais encore manifestent une certaine suspicion à l’égard des produits étrangers. Cette suspicion, fondée ou non, explique en partie la réglementation stricte qui encadre les importations de matériels étrangers sur le sol tunisien ainsi que la conduite des affaires avec les entreprises étrangères.
La Tunisie a choisi de faire de l’Internet un outil de modernisation économique en même temps qu’un instrument de surveillance politique. Pour l’instant, la Tunisie semble être capable de tenir le pari puisqu’elle parvient à développer économiquement son Internet tout en le modelant à son image politique. La Tunisie se distingue largement des autres États répressifs en matière de contrôle et de censure de l’Internet tels la Birmanie, le Viêt-nam, l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Chine ou encore Cuba, dans le sens où elle s’est engagée à diffuser l’Internet dans tout le pays et à permettre aux populations qui n’y ont pas encore accès d’être un jour connectées. La population des internautes tunisiens connaît d’ailleurs une croissance exponentielle. A ce titre, il est fort à parier que le contrôle et la censure de l’Internet ne fléchiront pas. Si, comme le laisse entendre un certain courant de pensée conventionnelle, l’Internet a vocation à être un outil de démocratisation, un certain nombre d’obstacles devront d’abord être surmontés dans le cas de la Tunisie. En premier lieu, il faudrait qu’une véritable société civile émerge en Tunisie, prenne conscience de son pouvoir potentiel et surtout manifeste la volonté de changer le paysage politique tunisien. Deuxièmement, il faudrait que l’Internet se diffuse au sein des populations les plus pauvres, les laissés-pour-compte du « miracle économique tunisien », qui auraient dès lors accès à un moyen de revendication. Troisièmement, il faudrait que la classe entrepreneuriale tunisienne impliquée dans le secteur de l’Internet trouve un intérêt dans la transformation politique de la Tunisie et vienne peser de tout son poids sur les décisions étatiques. La liste des obstacles à surmonter est encore longue et tend plus qu’autre chose à remettre en question l’idée d’un certain déterminisme technologique. La question du développement de l’Internet en Tunisie ne saurait être déconnectée du contexte sociopolitique tunisien. Étant donné que la Tunisie est largement tributaire à l’heure actuelle des technologies étrangères pour son architecture de contrôle et de censure de l’Internet, il n’est pas étonnant qu’elle cherche à développer et posséder ses propres outils. La Tunisie a bien conscience du potentiel déstabilisateur d’éventuelles pressions extérieures liées à ces fournisseurs de technologie étrangers. C’est en cela que le rôle des investisseurs étrangers dans le secteur de l’Internet en Tunisie est loin d’être négligeable.
NOTA BENE:En attendant le net par satellite contre qui , comme pour les paraboles et les chaînes satellitaires en Tunisie, la dictature n’y pourra rien , voici une méthode de lutte contre la censure.Merci à SINDBAD pour son article sur le forum d’ELKHADRA et ses explications que je publie :
ici
Technologies
À un clic de la liberté
Un logiciel multiplateforme canadien qui permet de déjouer les tentatives de censure de certains gouvernements est maintenant disponible.
Le logiciel, appelé Psiphon, a été développé à l'Université de Toronto pour permettre aux résidents de pays comme la Chine, l'Arabie saoudite, le Myanmar et l'Iran d'avoir accès à des sites Internet défendus, en prenant un minimum de risques.
« Tout ce que nous faisons, c'est de permettre aux gens de naviguer sur Internet avec les mêmes privilèges auxquels ont droit les gens se situant dans des endroits où il n'y a pas de censure, comme le Canada », a déclaré Ron Deibert, directeur du Canadian Lab Project à l'Université de Toronto.
Pour avoir accès au logiciel, il suffit pour les internautes de pays où la censure sévit de se faire envoyer par courriel ou téléphone, par une personne de confiance vivant dans un pays libre, les informations nécessaires pour se brancher.
Le résident du pays où l'Internet est filtré n'a pas besoin d'installer le logiciel, tout fonctionne à partir du serveur situé dans un pays non censuré auquel il a accès grâce à un code et un mot de passe.
Selon M. Deibert, cette façon de se procurer le logiciel le rend pratiquement indétectable.
Jusqu'à maintenant, toutes les initiatives pour permettre aux gens de ces pays de contourner les censeurs étaient rapidement démasquées par les autorités. Psiphon est disponible pour les plateformes Windows et Linux, Une version Mac devrait être bientôt disponible.
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Psiphon, le briseur de censure du Web
Internet est un formidable outil de communication et d'information. Pourtant, certains Etats n'hésitent pas à brider son accès pour maintenir leur pouvoir. Cette censure peut parfois être contournée, au moyen d'outils souvent délicats à mettre en œuvre. Psiphon, annoncé depuis le début de l'année (Lemonde.fr du 17.2.06) et développé par des équipes d'universitaires canadiens, américains et anglais, prend le pari de la simplicité et de l'efficacité.
Cet outil, lancé le 1er décembre et destiné en tout premier lieu aux journalistes et dissidents habitant des pays où la censure fait rage, permet de créer un réseau privé virtuel (VPN, "Virtual Private Network") entre l'ordinateur de l'internaute soumis à la censure et un serveur distant situé en zone "libre". Ce serveur distant sert de relais à toutes les applications Web consultables depuis un navigateur Internet. Il devient alors possible de visiter les bases de données ou médias en ligne jusqu'alors interdits d'accès, de mettre à jour un blog ou de réagir sur un forum, etc.
Ron Deibert, directeur du Citizen Lab à l'université de Toronto, l'une des universités impliquées dans l'OpenNet initiative, décrit Psiphon comme destiné à "permettre aux gens de naviguer sur Internet avec les mêmes privilèges auxquels ont droit les gens se situant dans des endroits où il n'y a pas de censure, comme le Canada".
"INDÉTECTABLE"
L'outil, développé sous licence GPL (General Public License), et téléchargeable notamment sur le site de Psiphon au Canada, est léger (1,5 Mo), multiplateforme (Windows, Linux et bientôt Mac) et surtout indétectable d'après ses auteurs. Après obtention par mail d'un identifiant et d'un mot de passe, l'internaute se connecte à un "psiphonode", un serveur Psiphon distant dont les adresses circulent déjà sur le réseau, puis il peut surfer, sans possibilité de détection par un tiers de ses échanges, qui sont automatiquement chiffrés en utilisant SSL (Secure Sockets Layers) sur le port 443, théoriquement essentiellement réservé aux transactions financières sécurisées sur Internet. Si un serveur distant ferme ou est bloqué, il suffit de changer d'adresse pour continuer à surfer de façon anonyme.
De plus en plus d'initiatives logicielles voient le jour sur Internet afin de contourner la censure de certains pays au premier rang desquels on trouve l'Arabie saoudite, la Chine, l'Iran, la Birmanie, l'Ouzbékistan, le Soudan, la Thaïlande, la Tunisie ou encore le Yémen. Ainsi, il est maintenant possible d'utiliser Torpark, un navigateur "portable" développé à partir d'une variante de Firefox et qui s'exécute à partir d'une simple clé USB, ne laisse aucune trace de son surf sur l'ordinateur utilisé, ou encore Relakks, un système payant de masquage d'adresse IP. Enfin, à noter les initiatives open-source de plus en plus nombreuses de réseaux anonymes cryptés, tels Freenet , Gnunet ou I2P.
Olivier Dumons
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-841832@51-839673,0.html
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « Tocqueville commence De la démocratie en Amérique par démontrer la marche irrésistible de la liberté au cours des âges. Nous sommes en train de faire un pas de plus en avant. Sans internet, plus aucune économie ne peut se développer. Du coup, aucun pays ne peut interdire internet sur son territoire. Mais certains, comme la Chine, essaient de censurer.
Peine perdue.
Psiphon est un logiciel Open Source qui permet de surfer sur tout le web même dans les pays qui bloquent l’accès à certains sites. La liberté ne peut pas être entravée sur internet. Soit internet existe et tous les hommes deviennent libres, soit internet n’existe pas. Il est aujourd’hui trop tard pour faire marche arrière.
Psiphon, lui même, ne peut être interdit parce qu’étant Open Source son mécanisme de base est déjà connu de trop nombreux informaticiens.