Ce type d’argumentation est une démission de notre liberté. Ce que nous sommes, ce n’est pas une simple chose disposée là, nous sommes, porte en lui une conscience de soi, et dans cette seule mesure, nous sommes, abrite aussi une potentialité libre, créatrice, qui porte la responsabilité de nos actes dans le monde. Ce monde que nous mettons si facilement hors de nous parce que la violence dictatoriale , ce monde de dérives qui nous est imposé et qui jouit de notre respect aveugle pour l’autorité et les ordonnances des interdits, c’est notre monde et ce qu’il recèle n’est pas séparable de notre action en lui , à partir de là nous devons être convaincu que nous sommes plus prés , et que nous avons plus d’affinités avec les forces de progrès où qu’ils se trouvent ,avec leurs différences et leurs visions humanistes ,qu’avec nos coutumes et nos traditions qui sont en vérité le meilleur terreau de nos abjections et des monstres qui nous ruinent.Ce monde des idées , de progrès et du droit nous a toujours appartenu même dans notre décadence, autrement et à travers les âges, dans l’espace arabo-musulman ou en Tunisie n’auraient pas existés les millions d’hommes libres et résistants à l’injustice et à l’arbitraire. Il n’est pas séparable de nous, ce monde qui nous environne plonge ses racines en nous, il n’existe pas tout seul et il est en vérité une partie importante de notre mémoire mise sous scellées par les tyrans. Aussi bien, nous ferions mieux de dire que nous sommes responsable de tout ce qui arrive dans notre Tunisie et dans le monde et les autres aussi.
Notre responsabilité en tant que démocrates qui refusons depuis toujours ,et jusqu’à sa fin j’espère ,le fait accompli de cette dictature ignoble qui nous purge depuis presque vingt ans de toutes nos valeurs et toutes nos énergies,et plonge notre patrie et nos compatriote dans une désespérance et une décadence sans nom, surgit a l’intérieur de l’état de veille que nous nous sommes imposés par nos choix et même nos pactes militants pour la liberté et les droits de l’homme ,deux valeurs qui ne peuvent que nous réunir,et ce rationnellement malgré nos singularités et nos différences, elles sont la marque de la morale de notre combat et l’acte d’accusation indélébile contre une dictature inhumaine .Mais nous contenter de parler de responsabilité dans le monde onirique est dramatique dans notre cas, nous ne pouvons en parler que dans le monde de la vie qui nous est ouvert , c'est-à-dire au contact du peuple tunisien , dans sa réalité , dans son quotidien , combler ce vide qui nous sépare de lui en nous impliquant au-delà du simple discours ,et cela suppose un mouvement d’ensemble , un mouvement compact ,pour efficacement et sur tous les terrains de lutte depuis si longtemps délaissés par les démocrates ,porter la contradiction à une dictature qui ne fait que remplir le vide par le vide , les rares fois où elle a eu à la subir notre intelligence et notre sens du devoir , elle a donné la preuve au monde entier de sa nature archaïque et rétrograde , l’attaquer sur tous les fronts et l’affaiblir c’est certainement un travail titanesque mais qui ne nous coûte rien dans notre état d’esclave , il suffit seulement que la volonté de quelques justes , leurs sacrifices s’expriment , et pour que ces hommes apparaissent à la lumière du jour ,il faut surtout que les appareils politiques brisent leur carcan et choisissent une stratégie unificatrice , un front uni contre la dictature et surtout aux yeux des tunisiens , sa visibilité sera la garantie pour notre peuple de sa nécessité , de sa vérité et sera au yeux du monde entier le meilleur révélateur de ce terrible mensonge et cette terrible horreur qu’est la dictature tunisienne. Dans un front uni de l’opposition tunisienne , l’étendue de notre mobilisation et de notre engagement supposera un pragmatisme et une ouverture à toute épreuve , ainsi qu’une grande lucidité qui ne laissera aucune place à la surenchère et aux opérations de diversion qui ne manqueront pas comme d’habitude de voir le jour .Une position collective qui voit bien au-delà de la perception à courte vue d’un simple inventaire de constats sans conséquence, pour anticiper des conséquences lointaines dans le temps et l’espace , et ne pas se limiter aux « actions » ponctuelles que nous impose la propagande de la dictature.
Il est extrêmement facile de se déresponsabiliser soi-même en rejetant la faute sur un l’autre , c’est même devenu une spécialité tunisienne , naturelle chez la dictature , terrible de suffisance chez les démocrates tunisiens qui pensent et réfléchissent leur pays , ceci dit et d’une façon générale , c’est même une tendance très présente et même largement encouragée dans la postmodernité ; et c’est aussi la pente de la faiblesse et du défaitisme qui minent nos valeurs et nos jugement , nous sommes il ne faut pas l’oublier des démocrates et à partir de là par rapport à la dictature ,nous pratiquons dans une « vérité » qui ne supporte pas les arrangements ni les forfaitures , la fin ne doit jamais justifier les moyens utilisés pour nous libérer et libérer notre pays , c’est pour cela que les arguments , la rigueur du travail politique , le discours doivent être transparents , justes et porteurs d’espoirs .