LA DICTATURE ET SES AFFIDES SONT LES ENNEMIS INTERIEURS DE LA TUNISIE
Par
Fadila
Relevant du langage des acteurs politiques du putsch du 7 novembre et , bien sûr ce n’est plus un secret pour aucun tunisien de certains milieux d’un gauche tunisienne réactionnaire et LAVALISTE, militaires et policiers, l’expression « ennemi intérieur » souffre d’une imprécision grammaticale : soit elle est employée sous la forme adjectivale ennemi intérieur, soit sous la forme prépositionnelle ennemi de l’intérieur. Ces deux formes, souvent confondues dans les discours, renvoient pourtant à des situations différentes et donnent lieu à une double représentation de l’ennemi , quoiqu’en Tunisie pour l’observateur avisé , presque pour tous les tunisiens habitués aux forfaitures , à la propagande et au mensonge de la dictature ainsi qu’aux postures d’une opposition collaborationniste sans aucune autre légitimité que les miettes qu’ils récoltent aux festins de leur maître de Carthage , on sait ce que cela vise. En effet, si le syntagme ennemi intérieur semble se limiter à une représentation de l’ennemi de nature plutôt phénomènique, d’un Etre-là, l’expression « ennemi de l’intérieur » permet l’induction de questions relatives à la provenance de l’ennemi, à sa localisation et à sa diabolisation espérée dans le subconscient collectif de la nation. Avec ces deux usages, l’ennemi n’est pas seulement celui qui est purement intérieur et totalement intime, il est aussi celui qui se déplace de l’extérieur vers l’intérieur ou celui qui agit depuis l’intérieur où il est infiltré. C’est dire combien, à travers les formations discursives, l’ennemi intérieur est directement identifiable en Tunisie. Il est à la fois une figure de l’indétermination dont les contours sont flous et une figure qui est souvent captée grâce à une construction métaphorique de cet « intérieur » dans lequel il est censé agir. Ces deux usages sont complémentaires car cette construction duale est l’œuvre du langage qui matérialise l’ennemi et suppose le figer historiquement comme une priorité nationale et une lutte sacrée pour sauver la « liberté », heureusement que le ridicule ne tue pas en Tunisie, pays où le voleur et l’assassin détient à lui seul les codes des alarmes supposés protéger le pays contre un danger qui en fait n’a jamais eu une existence réelle. Le langage est une ressource structurante de la réalité et, en l’occurrence, c’est la préposition de qui renvoie aux conditions d’emploi des métaphores pour mieux préciser « intérieur de quoi ? », augmenter la charge sémantique de ce qui sert de référence au nom et permettre la dénomination, l’identification et le ciblage de l’ennemi (ennemi de quoi ? de qui ?). L’indétermination de l’ennemi de l’intérieur constitue donc un enjeu ; si l’auditoire attend ou demande des représentations plus nettes, il sera question de jouer sur cette ambiguïté. Le discours sur l’ennemi intérieur finira par le fixer dans son imprécision, mais déclenchera l’intervention des spécialistes de l’action coactive et coercitive. Ainsi, selon les contextes, l’ennemi intérieur sera représenté par une figure différente. Il sera le révolutionnaire, le musulman, , le communiste, l’exilé, l’hérétique, le syndicaliste libre, le traître, la cinquième colonne, etc. Ces figures sont multiples et variées, elles sont toutes inscrites dans une historicité et relèvent de procédés énonciatifs et argumentateurs spécifiques à toutes les formes népotiques.. L’ennemi intérieur en Tunisie dans la littérature de ben Ali , des réactionnaires et des rouges bruns tunisiens est une production discursive, une production d’un ou plusieurs locuteurs qui s’expriment à partir d’espaces sociaux et institutionnels différents , mais des espaces mis sous contrôle d’une pensée unique qui tient du terrorisme intellectuel et de la violence terroriste tout court , ce n’est pas par pure hasard que pratiquement tous suppliciés politique tunisiens dans les mouroirs de la tyrannie sont des islamistes . Dès lors, s’inscrivant dans des contextes socio-historiques particuliers et changeants, la construction de l’ennemi intérieur fut mouvante en Tunisie. L’analyse des figures de l’ennemi intérieur nécessite un questionnement de ses formulations discursives et des structurations du sens que les centres des différents pouvoirs produisent à son sujet. Celles-ci font apparaître que les actes discursifs relatifs à cet ennemi qui menace la société tunisienne génèrent une symbolique qui établit l’existence des institutions dévoyées, et plus particulièrement de celles dont la finalité réside dans l’exercice efficace de la violence « légitime » de l’état de non droit qui contrôle le pays.
Lorsque les historiens du futur — s'il en existe encore — se pencheront notre époque, ils verront sans doute ce que nous sommes incapables de voir aujourd’hui , nous qui avons le nez dessus , mais pris par le mouvement conditionné de survivre à tout prix , à n’importe quel prix , en cela il faut reconnaître la totale réussite de la dictature de ben Ali , qui n’est pas si bête que cela : la dégénérescence des libertés chèrement acquises au cours des siècles précédents partout dans le monde libre et prospère qui nous entoure à quelques heures d’avion , un monde qui nous vivons physiquement , intellectuellement et par procuration souvent , et la mise en place d'un fascisme tunisien nouveau style qui ne diffère des précédents de la longue histoire humaine que par l'absence d'un élément théâtral : la déambulation ostentatoire des chemises noires ou brunes dans nos rues. Pour l'heure, les spéculateurs et les voyous mènent le bal : la forme politique de l'État tunisien benaliste possède désormais pratiquement toutes les caractéristiques de la dictature fasciste pleinement développée : le nationalisme et le culte de la personnalité surtout plus qu’ exacerbé, le mépris pour la reconnaissance des droits de l'homme, l'identification de boucs émissaires pour la cause commune, la suprématie policière, le sexisme rampant, le contrôle des mass media, l'obsession de la sécurité nationale, l'interpénétration du religieux et du politique dans l’instrumentalisation la plus aveugle, la protection du pouvoir des grands groupes industriels et financiers affairistes au détriment de celui des travailleurs et des citoyens, le mépris pour les arts, la culture et l'intelligence, l'obsession de la punition du crime quitte à définir comme crime des comportements qui ne l'étaient pas dans le passé, la corruption à grande échelle et le copinage au plus haut sommet de l'État usurpateur installé par la ruse et la violence la plus aveugle, enfin la manipulation et le trucage de toutes les élections et à n’importe quel niveau.. À défaut de pouvoir s'opposer à la plus à un des plus grands appareils répressif, policier et tortionnaire de la planète, les citoyens conscients pourraient au moins rompre le contact... mais la plupart ne le font pas : nos intellectuels et nos scientifiques sont tellement pour la plus part attentistes et carriériste et adorent tellement les honneurs et les privilèges, qu'ils sont prêts à se soumettre à un palpé rectal pour y accéder. Comme dans le cas d'Hitler en 1933, comparaison osée et proportionnelle pour schématiser des situations plus qu’absurde, il n'y a pas urgence car le péril n'est pas perçu. À la différence de 1920 (Mussolini), ou 1933, l'outil de la prise de pouvoir n'est pas le parti unique manipulant des bandes armées vêtues de chemises brunes mais une police high-tech omniprésente mettant en œuvre des dispositions sécuritaires contraignantes grâce à la peur générée par un chantage au terrorisme et à l’intégrisme d'apparence exogène qu'elle anime en sous-main.