L’horreur à son comble portée n’était pas seulement dans ces cadavres - des centaines et des centaines de cadavres de femmes, de vieillards, de jeunes et d’enfants massacrés, violentés, terrorisés, mutilés, dépecés, éclatés, jetés à même la rue, enfouis sous les décombres des maisons et dans les fosses communes. L’horreur est surtout dans ces bains de sang ininterrompus qui depuis les années 1945 (depuis que le projet sioniste d’établir un Etat juif en Palestine a commencé à prendre forme et consistance) jalonnent et ponctuent l’histoire de cet établissement. Dans cette violence continuée qui ordonne et commande la relation de cet Etat aux Palestiniens.
Qu’on ne s’y trompe pas. Le bain de sang de Sabra-Chatila n’est pas un accident. Et même s’il était prouvé que les soldats juifs de l’armée d’Israël n’y ont pas directement trempé, il demeure que le gouvernement d’Israël en est moralement et directement responsable ; parce qu’il l’a voulu (pour épargner la vie des soldats juifs de l’armée d’Israël) ou n’a pas voulu l’empêcher ni l’arrêter - alors même qu’il pressentait - peut-être pas clairement, comme ces vœux secrets, opacifiés par l’ardent désir refoulé de les voir se réaliser - la suite tragique. Le rejet de la responsabilité sur les seules milices chrétiennes, sous réserve qu’elles seules (ou certaines d’entre elles) y ont directement trempé, est irrecevable.
Ce bain de sang n’est pas un accident. L’Etat sioniste d’Israël en est responsable parce que ce bain de sang, comme tous les autres bains de sang qui jalonnent et ponctuent l’histoire de l’Etat sioniste d’Israël, s’origine dans cette violence recèle qui définit, depuis ses commencements, le rapport qui lie cet Etat aux Palestiniens.
Dans la nuit du 9 au 10 avril 1948, le village de Deir Yasîn tombe aux mains des terroristes de l’Irgoun et du Stern. Un bain de sang s’ensuivit. « Lorsque la tuerie prit fin, les autorités juives s’efforcèrent d’empêcher une inspection impartiale. Un policier signalera la mort d’un seul Arabe (Palestinien)... Cependant le 10 avril la Croix-Rouge internationale devait découvrir et dénombrer les cadavres de 254 hommes, femmes et enfants. » (Jacques de Reynier, A Jérusalem un drapeau flottait sur la ligne de feu, Neuchâtel, éd. de la Baconnière, 1950 (1).)
Deir Yasîn, le plus spectaculaire des bains de sang. Un modèle archétype. Le plus absurde aussi, le plus aberrant apparemment, puisque « Deir Yasîn était l’un des rares villages arabes (palestiniens) dont les habitants avaient refusé aux volontaires arabes étrangers la permission de s’en servir comme base pour mener des opérations contre l’axe vital qui desservait Jérusalem ; à l’occasion, ils avaient collaboré avec l’Agence juive ». (John Kimche, historiographe sioniste, Seven Fallen Pillars, London, Secker and Warburg, 1950 (2).) Les frères Findley ajoutent dans leur journal, Labor Action, du 27 décembre 1948, que « les villageois avaient passé un accord de non-agression avec les colonies juives qui l’entouraient » et qu’ils l’avaient scrupuleusement respecté (3).
Alors pourquoi Deir Yasîn ?
M. Begin, alors chef de l’Irgoun (auteur de Deir Yasîn) et Premier ministre de l’Etat sioniste d’Israël au moment du bain de sang de Sabra-Chatila, insiste dans son livre The Revolt Story of the Irgun (Schuman, N. Y., 1951) sur le fait que l’effet de Deir Yasîn fut décisif en ce qui concerne la fuite des Arabes (Palestiniens) de Haïfa : « La légende de Deir Yasîn nous aida en particulier à sauver Tibériade et conquérir Haïfa. [après avoir donné l’assaut à Haïfa] Toutes les forces juives se mirent à avancer dans Haïfa comme un couteau dans du beurre. Les Arabes (les Palestiniens) se mirent à fuir affolés en criant “Deir Yasîn” (4) ».
Voilà pour l’effet immédiat. Une rhétorique de la terreur au service d’une entreprise d’expulsion massive des Palestiniens de leur terre. Or Deir Yasîn n’est pas un accident, ni un fait d’exception, isolé, ou une entreprise unique en son genre. Dans la nuit du 30 au 31 décembre 1947, une force conjointe groupant le 1er bataillon du Palmach et la « Brigade Carmel », placée sous le commandement de Haïm Avinoam, attaque le village de Balad al-Cheikh. « Dans cette opération, plus de soixante ennemis (Palestiniens) furent tués dans leurs maisons... Les unités d’attaque avaient pénétré dans le village et étaient aussitôt passées à l’action à l’intérieur des maisons. A cause de l’intensité du feu dans les chambres, il fut impossible d’épargner les femmes et les enfants. » (Ha Sefer Ha-Palmach, Tel-Aviv, Ha Kibbutz Ha-Meuchad, 1955 (5).) Dans la nuit du 14 au 15 février 1948, une force du 3e bataillon du Palmach effectue un raid sur le village de Sasa. Au cours de cette opération, qui fut longtemps considérée comme un modèle du genre à cause de la qualité de son exécution, vingt maisons seront dynamitées sur leurs habitants. Près de soixante Palestiniens furent tués, pour la plupart des femmes et des enfants. (Arieh Yitzhaqi, Yediot Aharonot, 14 avril 1972 (6).) Le 22 avril 1948, les Juifs attaquent Haïfa, peu après minuit, occupant les rues et les immeubles. Cinquante Palestiniens évacuent leurs femmes et leurs enfants vers la zone du port pour les envoyer à Saint-Jean-d’Acre. En plein exode, les réfugiés palestiniens sont attaqués par les avant-postes juifs : cent Palestiniens seront alors tués et deux cents autres blessés. (The Times, 23 avril 1948, et Major R. D. Wilson, Cordon and Search : With 6th Airborne Division in Palestine, Aldershot, Gale and Polen, 1949 (7)) le 25 avril 1948, le bombardement massif et systématique de Jaffa sème la panique parmi les habitants palestiniens de la ville qui commencent à l’abandonner par mer et par routes. Leur exode sera accéléré par la dimension inouïe et sans précédent que prendront le pillage et la destruction de leurs maisons par les forces d’assaut juives. (John Kimche, op. cit. (8)) Le 12 décembre 1947, le 14 décembre 1947, le 20 décembre 1947, le 29 décembre 1947, le 19 janvier 1948, le 10 février 1948, le 20 février 1948, le 13 mars 1948, le 5 avril 1948, le 12 avril 1948, le 16 avril 1948, le 20 avril 1948, le 25 avril 1948, le 28 avril 1948, les 11 et 12 juillet 1948... (la liste n’est nullement exhaustive) des villes et des villages palestinien (Qazaza, Jaffa à plusieurs reprises, Tannoura, Tireh, Kfar Husseinia, Haïfa à plusieurs reprises, Sarafand, Kolonia, Abou Shusha, Saris, Biddu, Lod, Bayt Surik...) sont bombardés, pris, détruits, pillés, leurs habitants palestiniens tués, massacrés, les survivants évacués, chassés, expulsés (9).
Non, le bain de sang de Deir Yasîn ne fut pas un accident. Car parallèlement à l’effet immédiat recherché, il en est un autre, originaire et fondamental. Evoquant la fuite des Palestiniens de leur terre, « le docteur Weizmann me parla avec émotion de cette “miraculeuse simplification des tâches d’Israël” », rapporte l’ambassadeur des Etats-Unis James G. Mac Donald (actif propagandiste sioniste) dans son livre My Mission in Israel, 1948-1951 (Simon and Schuster, N. Y., 1951 (10).) « Cette fuite, commente Hal Draft, fut accueillie comme un “miracle”, et pas seulement par Haïm Weizmann ; comme tous les gens pieux, ces sionistes ne rechignaient pas à aider un peu la réalisation d’un miracle... Le 1er août, Moshé Sharett, ministre des Affaires étrangères, déclarait que “l’exode palestinien de 1948 constitue l’un des cataclysmes, qui, selon l’expérience de ce qui s’est passé dans d’autres pays, changent le cours de l’histoire. Pendant que les soldats israéliens chassaient de leurs maisons des Arabes (des Palestiniens) innocents, le gouvernement expliquait déjà clairement qu’il passerait bien de l’eau sous les ponts avant que les réfugiés ne puissent revenir (11) ». Et voilà pour l’effet permanent : Une stratégie de massacres collectifs - des bains de sang - au service du principe fondateur du sionisme. Une terre sans peuple pour un peuple sans terre.
Jusqu’en 1948, année de la proclamation de l’Etat sioniste d’Israël, nul, ni les Juifs (à part quelques esprits lucides, dont par exemple
Nathan Chofsi (12), ni le monde occidental n’a pu imaginer de reconnaître en ces actes de violence, de terreur et de massacres de civils - par quoi l’on définit un bain de sang - des bains de sang. Le souvenir de l’Holocauste (puisqu’il faut l’appeler ainsi (13)) sanctifiait le peuple juif et rendait cette violence acceptable14. La caution et le statut du Peuple Martyr, à ses propres yeux et aux yeux du monde occidental, sacralisait les origines de l’Etat sioniste d’Israël et légitimait son entreprise : « Les intérêts de l’Etat d’Israël se confondaient alors avec ceux de la Morale et du Droit. Il incarnait le triomphe des Valeurs Universelles sur les ténèbres du nihilisme où l’Holocauste avait plongé l’Humanité. » En regard, les Palestiniens étaient de peu de poids dans la mémoire de ces lieux (la Palestine) et de cette histoire (occidentale). Ils furent l’objet non pas d’un génocide. Mais de tout autre chose. Tout aussi radical bien que différent : d’un autre procès, un procès sociocidaire, « acceptable » et mené dans des termes extrêmes. Un sociocide totalitaire dont les bains de sang constituent le moyen privilégié.
Et depuis les choses n’ont pas beaucoup changé. Sauf que vers les années cinquante, une violente polémique s’engagea dans l’armée et la société d’Israël. Son enjeu : « L’armée était divisée et critiquée. Le passage vers une armée d’occupation et un corps expéditionnaire punitif était difficile. Quand les journaux comme Haaretz et Al-Hamishmar critiquaient l’armée, cela signifiait qu’une partie de l’armée critiquait l’armée (15). » Le courant extrémiste - qui défendait précisément cette transformation de « Tsahal » en armée d’occupation et en corps expéditionnaire punitif, avec comme figures de proue Ben Gourion, Menahem Begin, Moshé Dayan, Ariel Sharon - l’emporta. Les 14 et 15 octobre 1953, un détachement israélien, estimé à la moitié des effectifs d’un bataillon (la fameuse unité 101), attaque le village jordanien de Qibiya, fait sauter quarante et une maisons et une école, puis assassine de sang-froid quarante-deux hommes, femmes et enfants (Commander E. H. Hutchinson, Violent Truce : A Military Observer Looks at the Arab-Israeli Conflict, 1951-1955, London, John Calder, 1956 (16)).
Qibiya, un tournant dans la politique israélienne des bains de sang. La première « grande opération » de l’unité 101 (créée en août 1953 - soit un mois et demi avant cette « opération exemplaire » - par Moshé Dayan, alors chef d’état-major, et commandée par Ariel Sharon, ministre de la Défense au moment de Sabra-Chatila). Une opération qui devait inaugurer un nouveau style de lutte, écrit Eli Lobel (17). « L’opération de Qibiya devait se distinguer des autres opérations par son but et sa répercussion. C’était une opération ambitieuse qui dépassait tout ce qui se fit dans le passé : le dynamitage de dizaines de maisons à Qibiya. Il fallait effacer une fois pour toutes la tache des défaites passées de Tsahal dans les opérations de représailles, lit-on dans l’histoire officieuse des parachutistes. Soixante-neuf civils arabes (Palestiniens) trouvèrent la mort sous les décombres de leurs maisons (18). »
De Deir Yasîn à Qibiya, ce qui a changé : la stratégie des bains de sang est institutionnalisée. Si en 1948, à l’époque de Deir Yasîn, la direction reconnue du mouvement sioniste pouvait rejeter la responsabilité de tels actes de violence, de terreur et de massacre de civils sur « les organisations dissidentes » (Irgoun, Stern...) et les condamner, hypocritement (19), en faisant valoir sa position morale et de principe qui ne les tolère ni ne les admet, dans les années cinquante, à l’époque de Qibiya, et alors que c’était l’armée d’Israël qui devait elle-même exécuter ce « sale boulot », il n’était plus question de les condamner. Certes, devant l’horreur suscitée par l’affaire Qibiya, et du fait qu’« une partie de l’armée, les milieux dirigeants et la majorité de la population n’étaient pas prêts à accepter de telles opérations... David Ben Gourion se vit forcé, dans un discours radiotélévisé le 19 octobre 1953, de nier la responsabilité de l’armée (20) ».
Mais avec le temps, et son statut de Peuple Martyr aidant, l’Etat d’Israël s’installa à nouveau dans sa bonne conscience. « La nouvelle ligne d’action violente, imposée par les “activistes” (malgré les véhémentes protestations)... s’imposa rapidement à l’armée tout entière (21) » Et avec le temps une légende d’héroïsme se tissa autour de l’unité 101, et « Tsahal » revendiqua officiellement la responsabilité du bain de sang de Qibiya (22). Le 29 octobre 1956, à la veille de la campagne du Sinaï, l’armée d’Israël avait imposé un couvre-feu à tous les villages palestiniens situés près de la frontière égyptienne, dont le village de Kafr Kassem. « Au cours de la conversation, le colonel Shadmi spécifia au commandant Melinky que le couvre-feu devait être observé cette fois-ci avec rigueur et imposé avec vigueur, non pas par des arrestations, mais en ouvrant le feu. Il ajouta : “mieux valait un mort” (selon une autre version : “quelques morts”) que des embêtements avec des arrestations (23). » Melinky s’inquiéta auprès de Shadmi du sort des villageois travaillant à l’extérieur et revenant chez eux le soir sans être avertis de l’obligation du couvre-feu. Il demanda des instructions pour le cas plus que vraisemblable où, à l’entrée du village, ils se trouveraient en face des détachements de gardes-frontières. Shadmi répondit : « Pas de sentiments » et « Que Dieu les ait en pitié (24) ». Plusieurs des habitants de Kafr Kassem travaillaient encore dans les champs, loin de leur village, et ne pouvaient donc être informés de la nouvelle du couvre-feu. Alors qu’ils rentraient chez eux, sans méfiance, après 17 heures, ils furent froidement abattus par les gardes-frontières qui tuèrent quarante-sept personnes dont neuf femmes et sept enfants (25).
Au matin du 3 novembre 1956, la ville de Khan Younis et le camp construit par l’UNRWA qui lui est adjacent furent occupés par l’armée d’Israël. Un grand nombre de civils palestiniens furent alors massacrés. Pour « excuser » le massacre, les autorités israéliennes affirmèrent qu’il y eut résistance à l’occupation de la ville mais les réfugiés palestiniens du camp affirmèrent, quant à eux, que toute résistance avait cessé au moment de la tuerie et que plusieurs civils désarmés avaient été assassinés alors que les troupes israéliennes ratissaient la ville et le camp, à la recherche des détenteurs d’armes. Le directeur de l’UNRWA a reçu, de sources dignes de confiance, une liste de 275 noms de personnes tuées ce 3 novembre (26). Le 12 novembre 1956, c’est le tour du camp de réfugiés de l’UNRWA installé à Rafah, Même scénario, mêmes acteurs, Bilan : 111 personnes tuées (27).
Et de 1948 à 1982, d’abord pour créer et établir l’Etat sioniste d’Israël, ensuite pour consolider et étendre sa mainmise sur la « Palestine de 48 », enfin pour s’approprier la « Palestine de 67 » - La Cisjordanie que Begin s’obstine à appeler de son nom biblique de Judée-Samarie - l’histoire de l’Etat sioniste d’Israël recèle une longue série ininterrompue d’actes de violence, de terreur et de massacre de Palestiniens, pour vider cette terre de tous ces autochtones, en conformité au principe de base du sionisme. Il est probable que tous ces actes de violence, de terreur et de massacre ne furent pas, tous, des bains de sang caractérisés. Il est certain que ceux qui ne le furent pas, en furent des métaphores caractérisés.
Si Deir Yasîn (pour réduire les bains de sang perpétrés par les sionistes à un référent, et ce référent à un symbole) a inauguré un cycle : les bains de sang « internes » à la Palestine biblique, la campagne du Liban et le bain de sang de Sabra-Chatila (même perpétré par les milices chrétiennes, ces nouveaux « dissidents ») en inaugure un autre : celui des bains de sang « externes » à la Palestine biblique, dans le but manifeste de poursuivre les Palestiniens et de les pourchasser dès lors qu’ils ont décidé de faire renaître leur société. Qu’on ne s’y trompe pas. Quand les sionistes affirment qu’ils veulent « détruire » et « liquider » l’OLP, ce n’est pas le « terrorisme » qu’ils veulent détruire et liquider, mais toute possibilité de renaissance de la société palestinienne, dont l’OLP est l’artisan principal.
Non, la bande des Trois (Begin, Sharon, Shamir) n’a pas perverti le « rêve sioniste ». Dès ses commencements, il était perverti. Il s’origine dans cette hantise finale, impressionnante, obsédante, d’une entreprise de sociocide totalitaire. Dans cette violence qui définit le rapport du sionisme aux Palestiniens. Et cette violence n’a jamais visé à contraindre le peuple palestinien, ou l’OLP, à céder : à accepter la défaite militaire et, défait mais néanmoins reconnu dans sa spécificité, à engager des négociations avec le vainqueur (ce qui est l’ordinaire et la logique de toute guerre). Mais le contraindre à se nier lui-même, à se renier, à se dénier et à s’annuler. « Cet étrange refus d’Israël d’examiner la solution palestinienne... comme si l’affirmation d’une nation juive commandait le déni de l’existence d’une nation palestinienne (28). » Et ce que cette violence recèle, c’est précisément ce « déni d’existence » : le projet d’un sociocide totalitaire dont les bains de sang et leurs métaphores sont les moyens privilégiés.
Roger Nab’aa
Professeur de philosophie à l’International college de l’Université ameriaine de Beyrouth
REVUE D’ETUDES PALESTINIENNES
(REP n° 2, hiver 1982)
Notes
1. Cité dans Qui sont les terroristes ? Aspects du terrorisme sioniste et israélien, publication de l’Institut des études palestiniennes, Beyrouth, 1972.
2. Cité par Hal Draper, « La minorité arabe en Israël : le début d’une tragédie », in Partisans n° 52, « Le peuple palestinien en marche », Paris, Maspero, mars-avril 1970.
3. Idem.
4. Idem.
5. ln Qui sont les terroristes ?..., op. cit.
6. Idem.
7. Idem.
8. Idem.
9. Idem, cf. The Times, 13, 15 et 30 décembre 1947, 20 janvier 1948, 11 février 1948, 6, 13, 17 et 21 avril 1948 ; Keesing’s, VI (1946-1948). 9237 ; Middle East Journal, avril 1948 ; Arthur Koestler, Analyse d’un miracle : Naissance d’Israël, Paris, Calman-Lévy, 1949.
10. Cilé par Hal Draper in Partisans, op. cit. Souligné par nous.
11. Idem.
12. Nathan Chofsi, l’un des premiers pionniers juifs installés en Palestine, réfute vigoureusement, dans un article paru dans le Jewish Newsletter (New York) du 9 février 1959, les allégations d’un rabbin sioniste américain, qui faisait état, pour innocenter les sionistes, d’ordres d’évacuation adressés aux Palestiniens avant la prise des villes et villages : « Si le rabbin Kaplan veut réellement savoir ce qui s’est passé, nous, anciens immigrés en Palestine qui avons été témoins de la lutte, pourrions lui dire comment et de quelle manière, nous, Juifs, avons forcé les Arabes (les Palestiniens) à abandonner villes et villages... Certains furent expulsés par la force des armes ; d’autres furent amenés à s’en aller à la suite de promesses fausses, mensongères et illusoires. Il suffit de citer parmi un nombre illimité de villes, celles de Jaffa, Lyda, Ramleh, Beersheba, Saint-Jean-d’Acre. »
13. Sur les équivoques d’une telle appellation, cf. Boaz Evron, « Les interprétations de l’Holocauste : un danger pour le peuple juif », Revue d’études palestiniennes, n° 2, Paris, 1982.
14. Sur cette notion d’acceptabilité et de violence acceptable, cf. Noam Chomsky et E. S. Herman, Bains de sang, Paris, Seghers-Laffont, 1975.
15. Eli Lobel, « L’escalade à l’intérieur de la société israélienne », in Partisans, op. cit. Souligné par nous. 16. In Qui sont les terroristes ?..., op. cit. Cf. la version qu’en donne Ariel Sharon dans l’entretien qu’il a accordé à Oriana Fallaci, Le Nouvel Observateur, 28 août-3 septembre 1982.
17. Eli Lobel, in Partisans, op. cit. Souligné par nous. 18. Le Livre des parachutistes, en hébreu, Tel-Aviv, 1969, cité par Eli Lobel, in Partisans, op. cit.
19. Hypocritement ? « Bien des choses restent obscures en ce qui concerne les relations entre la Haganah gouvernementale et l’Irgoun (et les “groupes dissidents” en général). Pour des raisons que l’on comprendra, le gouvernement ne pensait pas que le temps était venu de raconter toute l’histoire dans sa totalité et en toute franchise... » Harry Sacher, historien sioniste notoire, Israel, The Establishment of a State, British Book Center, New York, 1952, cité par Hal Draper in Partisans, op. cit. Cf. aussi (idem) les commentaires sarcastiques de ce même Hal Draper sur la nature des relations équivoques et troublantes qui se sont tissées entre ces « groupes dissidents » et la direction reconnue du mouvement sioniste.
20. Rapporté par Eli Lobel, in Partisans, op. cit.
21. Eli Lobel, in Partisans, op. cit.
22. Idem.
23. Psakim Mekhoziim (Décisions des tribunaux de district), n° 17, 90, p. 101, cité par Sabri Geries, Les Arabes en Israël, Paris, Maspero, « Cahiers libres », 151, 152, 1969 ; cf. Tom Seguev, Haaretz, 23 octobre 1981, et Revue d’études palestiniennes, n° 4, Paris, 1982.
24. Idem.
25. Sabri Geries, op. cit.
26. Rapport spécial du directeur de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient (UNRWA) pour la période du 1er novembre 1956 à la mi-décembre 1956, Assemblée générale, Documents officiels, XIe session, supplément n° 14A (A/3211/Add.1).
27. Idem.
28. John Kimche, Palestine ou Israël, Paris, Albin Michel, 1973. Souligné par nous
2. *************************
3.
4. Les Palestiniens punis avant même d'arriver en Palestine
5. Par Rapyja
6.
7. Aujourd'hui nous partons pour la Palestine, en utilisant le seul accès possible pour les Palestiniens.
8. C’est d'ailleurs aussi le seul point de passage ou les Jordaniens ne délivrent pas de visa sur place aux étrangers qui voudraient entrer depuis cette partie de Cisjordanie occupée par Israël...coïncidence?
9. Le premier passage n'est prévu qu’à 07h30 mais on nous a prévenus: il va y avoir du monde.
10.
11. C'est la période des vacances en Jordanie et dans les pays du Golfe, et nombreux sont les Palestiniens exilés qui vont rejoindre la famille.
12.
13. Quand on arrive au secteur jordanien d'Allenby, il y a déjà plusieurs centaines de voitures qui attendent, en file sur la route d'accès sous la surveillance de la police jordanienne.
14. Pas question de ruser, personne n'est autorise a descendre et tenter de finir a pied pour éviter l'attente dans les voitures.
15.
16. A 6h00 on descend de la voiture, on récupère les bagages et on rejoint "la file d'attente" pour une bataille qu'on devine longue et pénible compte tenu de la densité de la foule et de la chaleur déjà forte à cette heure.
17.
18. Ce matin je pensais qu'on avait encore pris trop de bagages mais je réalise maintenant la modestie de notre chargement.
19. Tout autour de nous, hommes et femmes poussent des chariots lourdement charges, cahotant sur le chemin d'accès et qui menacent de s'écrouler a tout instant.
20.
21. On se bouscule, mais pas trop et déjà la résignation se lit sur de nombreux visages.
22.
23. On achète les tickets qu'il faudra donner tout a l'heure dans le bus jordanien qui nous emmènera jusqu'au secteur israélien.
24.
25. Plus loin on dépose les gros bagages .Apres être passés dans la machine de détection semblable à celles qu'on voit dans les aéroports, ils vont être acheminés à proximité des bus.
26.
27. Puis c'est le contrôle des documents de voyage.
28.
29. La bousculade s'intensifie car le traitement varie suivant la nature des passeports dont les gens sont porteurs. La distinction principale repose sur leur situation au regard des critères israéliens que les autorités jordaniennes appliquent avec zèle.
30.
31. Il y a ceux qui ont une "identité palestinienne", autrement dit enregistrés dans les fichiers israéliens constitués depuis juste après 67 quand les Israéliens ont "recensés" tous les Palestiniens habitant les "territoires palestiniens" occupés cette année là.
32.
33. Israël contrôle ainsi l’ensemble des Palestiniens des territoires et l'arrivée de l'Autorité n' y a rien change.
34.
35. Depuis, eux et leurs descendants bénéficient de cette « nationalité palestinienne » attribuée et contrôlée par les Israéliens qui ne tiennent aucun compte des doubles nationalités acquises et des passeports attribues par des Etats nationaux a des ressortissants d'origine palestinienne.
36. Les autres doivent solliciter des autorisations spéciales, éventuellement accordées par les Israéliens sur production d’invitations, de justifications de situation familiale etc.
37.
38. Pour la troisième fois depuis le début du parcours, un fonctionnaire jordanien m'explique que je me suis trompe de circuit.
39. J'aurais du prendre celui réserve aux "vrais étrangers", ceux qui n'ont pas d'identité palestinienne et de double nationalité.
40. Je le sais parfaitement et je réponds que j'accompagne ma famille. J’irai faire les formalités après, quand je serai certain qu'ils on passe les différentes étapes... Justement, on y est.
41.
42. Je rejoins le secteur réserve aux étrangers et j'entame mon parcours en repassant des contrôles de sécurité similaires a ceux déjà subis cote secteur réserve aux Palestiniens.
43.
44. Un premier fonctionnaire jordanien examine mon passeport, accomplit quelques formalités et le transmet a un autre situe dans un bureau adjacent.
45.
46. Je remarque que celui-ci le pose sur une pile, attend quelques minutes, apparemment songeur devant l'écran de son ordinateur puis se lève, ferme la porte et s'en va...
47.
48. Nous sommes quelques uns à attendre et, sur notre insistance, nous allons bientôt apprendre que l'ordinateur central, situé à Amman, est en panne.
49.
50. Impossible de se connecter et de retrouver trace de notre entrée en Jordanie, donc impossible de sortir...Les dix minutes d'attente annoncées vont durer 2 heures.
51.
52. Après avoir payé les taxes de sortie du territoire jordanien et récupèré mon passeport, il me faut encore négocier avec un gradé pour qu' il appose sa signature validant le fait que je voyage dans un des bus utilisé par les Palestiniens et non celui réserve aux étrangers.
53.
54. Muni de la précieuse signature, je file rejoindre le point de départ des bus.
55. Il est maintenant près de 11h00 et la température monte, au propre comme au figuré.
56.
57. Chacun doit récupérer ses bagages entassés ici et là, au gré des transferts effectués par des employés jordaniens après les contrôles de sécurité.
58.
59. C'est l'assaut des bus, d'abord pour y caser les bagages qui iront s'entasser sur les toits quand les coffres sont pleins.
60.
61. Inutile de vouloir prendre place dans le bus où sont les bagages, il est déjà plein à craquer et le chauffeur fait évacuer les passagers en surnombre.
62.
63. La frontière qui sépare la Jordanie de la Cisjordanie occupée par l'armée israélienne est une bande de terre large de plusieurs kilomètres.
64.
65. Les bus roulent en convoi, sur une route bordée de grillages et barbelés, lentement et seulement séparés de quelques mètres.
66.
67. Après plusieurs arrêts devant des barrières métalliques surmontées de miradors, on atteint le pont qui enjambe le Jourdain. Notre bus stoppe au beau milieu du pont, à quelques centaines de mètres des constructions du poste frontière israélien.
68.
69. Nous y resterons immobilisés deux heures.
70.
71. Les explications commencent à circuler. "Jéricho a été attaque par les Israéliens"
72. Peut-être va-t-on devoir retourner en Jordanie...
73.
74. Les portables rentrent en action. Rien à signaler à Jéricho, excepté une incursion israélienne de deux véhicules militaires ce matin, la routine...
75.
76. Normalement on devrait maintenant passer des contrôles, d'abord les passagers puis les bus.
77. Mais bizarrement, alors que le chauffeur a demandé de se préparer à descendre sans aucun sac, on repart sans contrôle et sans explications.
78.
79. On arrive enfin après plus de deux heures dans le bus, pour faire peut-être 3 kilomètres.
80.
81. C'est la ruée pour récupérer les bagages débarqués sans ménagement des coffres et des toits des bus.
82. Tous les gros bagages doivent être immédiatement présentés pour enregistrement et contrôle.
83.
84. Ils partent sur des tapis roulants et ne seront récupèrés qu'en sortie du terminal, après avoir accompli toutes les formalités de contrôle des passeports et identités.
85.
86. A ce niveau beaucoup d'employés sont palestiniens avec seulement quelques juifs israéliens pour superviser.
87. On entre ensuite dans les bâtiments du terminal. Il y a un point d'entrée séparé pour les étrangers et les circuits de contrôle de sécurité sont distincts suivant le statut de l'arrivant.
88.
89. Je découvre un nouveau dispositif de sécurité, un portillon sous lequel on doit passer et s'immobiliser. Des jets d'air fusent de part et d'autre, tout le long du corps et des membres.
90. Aucune explication n'est donnée et l'employée israélienne me regarde d'un air très absent quand je lui demande à quoi sert cette machine.
91.
92. On passe ensuite par des portillons plus classiques détectant toute pièce métallique.
93. On accède ensuite à un grand hall ou tout le monde se retrouve. Maintenant c'est le contrôle des documents de voyage et identités.
94.
95. Il y a des files séparées pour étrangers et Palestiniens mais, mis à part l'imprimé que les étrangers doivent remplir et qui servira de "visa" lors du séjour en Israël et dans les territoires, les conditions et procédures sont semblables.
96.
97. C'est après que s'opèrent les distinctions, pour la récupération des bagages avant sortie définitive du terminal.
98.
99. Les Israéliens ont créé une zone d'attente dont on ne sort que si les bagages ont été délivrés après contrôle.
100.
101. Tandis que les étrangers prennent une nouvelle file, présentent leur passeport et le reçu des bagages déposés à l'entrée du terminal et passent si la sortie bagage a été enregistrée après contrôle de sécurité, les Palestiniens se retrouvent dans une zone d’attente.
102.
103. Ils sont appelés à tour de rôle par haut-parleur et là, soit ils peuvent sortir de la zone pour aller récupérer leurs bagages, soit on les informe qu’au moins un de leurs bagages nécéssite un "contrôle approfondi".
104.
105. On leur confisque leur document d’identité et ils restent bloqués dans la zone.
106.
107. Il y a probablement beaucoup de bagages suspects aujourd'hui car la grande majorité des Palestiniens, du moins celui ou celle qui a enregistré les bagages à l'entrée du terminal, reste bloquée dans la zone d'attente, passeports confisqués.
108.
109. A moins que ce soit autre chose car, bizarrement, j’ai récupèré tous les bagages, y compris ceux enregistrés par ma compagne palestinienne à qui on expliqué, de l’autre côté des barrières qui séparent les deux zones, qu'on ne peut pas encore lui rendre son passeport parce que "l'un de ses bagages pose problème"...
110.
111. Les autres passent et se retrouvent de l'autre côté des barrières, au niveau des tapis roulants qui amènent les bagages après passage au contrôle de sécurité.