Nous forgeons nos propres chaînes.
Par BILEL
En Tunisie, ce qui est presque certain aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura pas de prise de pouvoir politique par les forces démocratiques de ce pays ,sans prise préalable du pouvoir culturel , et
sa cohérence au niveau de la masse des tunisiens .Masse fragmentée par l’impuissance de ses représentants, qui peine à avoir un projet unitaire , lisible et authentique , masse décomposée par
la violence aveugle d’un pouvoir totalement réduit à la gestion de son quotidien et à la survie de ses placements . Bref une dictature aux abois , et aux aguets en permanence, qu’elle soit en
position de force ou le dos au mur.Dans notre société tunisienne soumise à la dictature et opprimée sur tous les plans , les tunisiens , et par de là tous ceux d’entre eux qui s’opposent à ben
Ali et son système , ont depuis l’indépendance et plus encore depuis la magouille et le putsch du 7 novembre, provisoirement j’espère et je le crois au vu du dynamisme des nouvelles
générations, perdu la guerre idéologique.
Cette défaite à elle seule peut expliquer leur continuelle domination par les services de ben Ali , aidé en cela par l’oligarchie financière multinationale et la réaction tunisienne qui lui
sont alliées .Une domination totale et active sur tous les fronts , culturelle , politique , économique et sociale.
L’aliénation de notre peuple progresse au fur et à mesure que se développent la privatisation spéculative et frauduleuse des richesses du pays et la rationalisation du système dictatorial
,comme disait HORKHEIMER « les esclaves forgent continuellement leurs propres chaînes » , effectivement par la déculturation , l’attentisme , la consommation , le paraître , le manque total de
culture politique, et la fragmentation absurde des élites politiques démocratiques qui par principe et par nature s’opposent à ben Ali , nous tous , tous ceux qui s’activent dans la résistance
et tous les tunisiens opprimés toutes tendances confondues , nous participons à notre propre défaite.
En Tunisie l’aliénation et l’ethnocide des tunisiens est pratiquement achevé dans sa phase de mise en place. Et comme ce fut démontré par beaucoup de penseurs et à la lecture de l’histoire des
peuples , l’aliénation , la réification , la saturation et la chosification de la conscience , tous ces termes horribles désignent un même processus , ce processus doit nous interpeller , nous
tunisiens , société cosmopolite , à l’interrogation et à la certitude que cette dictature ne se régénère que grâce à nos divisions et nos suffisances :Le tunisien n’existe , ne se constitue ,
ne se produit qu’avec l’aide d’autres hommes , dans la réciprocité et la complémentarité , cela a toujours été ainsi et c’est même grâce à cela que nous avons survécu en tant que nation , état
nation constitué.Mais il faut ajouter à cela, qu’il n’y’a pas d’Hommes sans société au sens très large du terme , sans Histoire , sans culture et sans représentation.Il n’y’a pas de peuple , ni
de société , ni de nation sans un système collectif et singulier d’auto interprétation, qui totalise ses expériences humaines , son cheminement ( pour ne pas dire son ADN) et réponde , de
toutes les façons , aux questions fondamentales qu’il se pose en tant que peuple luttant pour sa liberté et la démocratisation de son pays.
Pour les démocrates tunisiens, il est vital et plus que nécessaire aujourd’hui de réduire et faire disparaître la distance et les malentendus qui existent entre eux et la masse des tunisiens
indifférente à la chose politique et au drame que vit la Tunisie sur tous les plans , et en premier lieu sur celui des valeurs humaines , car la stratégie aussi vulgaire et fruste de la
dictature , impliquée dans le système néolibéral qui est tout à la fois économique , politique , social et culturel , est de réduire les tunisiens et les hommes en général à leur simple
fonctionnalité marchande.
La dictature tunisienne est devenu inapte à toute forme de dialogue , elle s’ébroue dans une fuite en avant sans fin , elle ne possède pas les hommes capables de sauver ce qui reste des moyens
possibles pouvant sortir la Tunisie de cette impasse infernale , et cette engrenage suicidaire où la plongé ben Ali , endettement , ruines , faillites , système éducatif totalement détruit ,
mœurs , traditions , culture , familles totalement en état de décomposition avancée , sans oublier les traumatismes qui touchent presque tous les tunisiens soumis à l’arbitraire du système et à
sa monopolisation de la domination , de la violence , qui constitue la fonctionnalisation de la société tunisienne , et qui a pour corollaire le contrôle de l’individu par lui-même , il est
donc inutile de chercher à pervertir les clients du régime en place , je ne parle pas des militants alimentaires du parti unique , mais des sicaires du système lui-même qui sont totalement
nihilistes et aveuglés par le dogme et les rapports de force.
Face aux immenses potentialités et richesses , aux forces de création , aux aspirations de bonheur que tout tunisien et ce depuis l’aube des temps , porte en lui, l’oppression et
l’intervention des régimes totalitaires tunisiens post coloniaux , n’ont jamais programmée de libérer ou de démocratiser la société tunisienne , ils oppriment toujours avec plus de rationalité
pour le compte du colonisateur d’hier .La contradiction première et évidente qui habite aujourd’hui la société tunisienne est la contradiction mondialiste et néolibérale ou ultra libérale pour
ne pas dire maffieuse, ce système ultralibéral a pour objectif d’unifier le monde ;mais il l’unifie d’une façon négative et dévastatrice.L’accumulation accélérée dont bénéficie les
sociétés riches, généralement ancienne des sociétés coloniales , se paie du martyre , sur tous les plans et en premier lieu celui des libertés , et de la destruction des peuples de la
périphérie , donc de la Tunisie :absence totale de libertés , crise alimentaire ,crise sociale , crise culturelle , crise économique , crise de civilisation , chance de vie très réduite ,
misère , violence , exil , répression .
S’unir avec nos singularités et nos différences sur un objectif précis , qui répond à une opération de survie et de salut public pour sauver notre patrie et détruire cette dictature qui nous
détruit , c’est s’inscrire dans la dernière chance qui nous reste , l’immanence et la transcendance qui sont le fondement de toutes les valeurs universelles : liberté , démocratie , coopération
égalitaire , commerce équitable, justice , droit .Toutes ces vérités qui doivent former l’horizon de toute notre lutte de libération , nous devons forcer notre destin et cela ne pourra se faire
que dans la cohérence , la transparence et l’union pour passer du règne avilissant de l’oppression , celui de la nécessité aussi , vers le règne de la tolérance et de la liberté.