Texte de six des plus grands artistes tunisiens vivants
A lire et à faire circuler largement
Texte de
JALILA BACCAR auteur et comédienne
FADHEL JAÏBI metteur en scène et auteur
ANOUAR BRAHEM musicien et compositeur
HABIB BEL HEDI producteur
FATMA BEN SAÏDANE comédienne
NAWAL SKANDRANI chorégraphe
*« GHAZA DANS NOS YEUX »*
« GHAZA dans nos yeux, tant que les enfants meurent les yeux ouverts… »
C’est l’appel lancé par EL HAMRA, théâtre tunisien ami.
Appel répercuté par nous, artistes citoyens tunisiens, laïques
indépendants, et envoyé à tous les amis non tunisiens, notamment
européens, amis qu’on croyait tous jusqu’ici partager les mêmes valeurs
humanistes que nous…
Un de ces amis-là, homme de théâtre avisé et dialecticien brechtien
avéré, crut bon de nous renvoyer par S.M.S. le message suivant : «
Devant nos yeux, une bande de fanatiques récolte les fruits amers de
leurs provocations irresponsables et font payer à leur peuple pris en
otage leurs folies meurtrières. »
Texte laconique, couperet, définitif comme une dépêche d’agence de
presse officielle.
Une réponse symétrique reprenant presque mot à mot un verdict, aussi
court, expéditif qu’aveugle, aurait donné ceci : « Devant nos yeux, un
état raciste et belliqueux sème depuis 1948 le fruit de sa domination
irresponsable et fait payer à un peuple et à toute une région pris en
otages, sa folie meurtrière »
Chaque mot pèse, car chaque mot tue aussi.
Et si cet ami, artiste avisé et humaniste avéré, avait cédé à son tour à
l’intox pour devenir lui-même intox ?
Et si le principe des deux poids deux mesures l’emportait sur la
logique, le bon sens et la sagesse les plus élémentaires ?
Et si l’aveuglement qui entame aujourd’hui les esprits les plus lucides,
balayait l’évidence la plus aveuglante ?
Et si les conséquences étaient de plus en plus admises comme des causes ?
Et si l’assailli devait encore et encore passer pour l’assaillant, et la
victime pour le bourreau ?
Et si… et si… ?
Trêve de cris d’Orphée protestataires et scandalisés. Buvons notre
colère, dédramatisons la question, dépassionnons le débat et déplaçons
le problème du terrain émotionnel et surtout idéologique comme tente de
le placer notre ami artiste, et plaçons-le sur son terrain réel, le
terrain politique.
Dans la plus grande prison à ciel ouvert que l’Histoire ait connue
depuis les camps de VARSOVIE, selon un éminent expert onusien, est-il
admissible qu’on assiège des centaines de milliers d’humains, qu’on les
étouffe, affame, assoiffe et coupe du reste du monde, et qu’on les
punisse d’avoir fait des choix politiques démocratiques que l’Occident
avait encouragé (et il avait eu raison), puis il en avait boycotté les
résultats (et il en a eu tort). Sombre contradiction aux funestes
conséquences !
Chaque fois qu’une fraction, qu’un groupe, une minorité, un mouvement,
un parti élève la voix, proteste, conteste, éructe ou menace pour son
existence ou sa survie, on le taxe de terrorisme fanatique, n’est-ce pas
l’ami ?
Autrefois et sous d’autres cieux on appelait cela résistance.
Spolier, déposséder et chasser, envahir et écraser puis élever des murs
pour séparer les bons des méchants, les vrais citoyens de la terre
promise des occupants historiques, c’est tout ce qu’a offert l’état
hébreux au peuple palestinien depuis 1948.
Tout cela avec l’appui passif ou actif des gouvernants du monde entier.
ISRAËL fait ce qu’il veut et impunément depuis plus de soixante ans.
On ne le répètera jamais assez.
Le sort fait aujourd’hui aux palestiniens de GHAZA, suspectés de
terrorisme islamique, a été le même, faut-il le rappeler, à RAMALLAH
sous le règne de l’autre « terroriste » non soupçonné d’islamisme, nommé
ARAFAT.
Ce sort fait aux palestiniens a été rendu possible par une longue et
patiente construction de l’ennemi.
On ne le répètera jamais assez.
Qui arrêtera ISRAËL devant son avancée inexorable vers l’anéantissement
du peuple palestinien ?
Cette nouvelle agression est une agression de trop.
Faut-il se contenter d’exprimer sa colère et d’appeler à l’aide
humanitaire ?
L’aide humanitaire suffit-elle en attendant le prochain assaut ?
De toute façon l’aide humanitaire n’est pas forcément un acte de
solidarité. Elle relève juste du secours apporté aux blessés. Et il n’ya
aucun sens à la solidarité politique demandé par les Arabes si elle
n’est pas assortie d’un soutien à la résistance. Le secours et
l’assistance sont importants mais ne relèvent pas nécessairement de la
solidarité.
Même les ennemis soignent les blessés en temps de guerre.
Et même les ennemis autorisent les convois humanitaires d’acheminer
médicaments et nourriture.
Pas plus tard que ce matin, mercredi 7 Janvier, le gouvernement
israélien vient de décider d’une trêve de quelques heures pour acheminer
médicaments et vivres à GHAZA. Alors vive la solidarité d’ISRAËL avec le
peuple palestinien !?
La cause palestinienne est une cause juste. L’apartheid orchestré qui y
règne depuis plus de soixante ans en fait la plus grande injustice
humaine de tous les temps. Qui peut encore ignorer cela, qui peut en
faire douter ?
Cette agression est une agression de trop.
Ce sont des laïques qui parlent et non quelques défenseurs ou
sympathisants excités d’un quelconque islamisme fanatique.
Isolés, empêchés chez nous de monter au créneau, de nous exprimer dans
la rue comme cela se fait dans le monde entier, ou même de faire
parvenir une voix ni enragée ni partisane, une voix susceptible d’
infléchir les décisions politiques et diplomatiques, une voix pour
exprimer une juste colère contre l’amalgame, la confusion et la
propagande sioniste, nous ne cesserons jamais de dénoncer les
gouvernements complices, passifs ou actifs qui entérinent la partition
de la PALESTINE et le projet planifié de son anéantissement.
Le vrai problème est qu’ISRAËL et ses alliés sont en train de parvenir à
toutes leurs fins depuis 1948.
D’une guerre arabe contre le nouvel occupant (paradoxe de la fin des
colonisations) le conflit est devenu petit à petit un conflit entre
quelques arabes non résignés et ISRAËL. Puis ce conflit s’est transformé
en guerre israélo-palestinienne pour devenir une guerre fratricide
palestino- palestinienne, pour finir par une guerre entre ISRAËL et le
HAMAS, ceci avec le silence complice ou les protestations humanitaires
plus ou moins formelles des Arabes et des Européens.
Aujourd’hui, LA PALESTINE est un hypothétique projet d’état coupé en
deux, sinon voué à la disparition.
BOLTON, l’ancien représentant de BUSH aux Nations-Unies, sans avoir de
pouvoir de décision et sans doute sans parler pour rien, évoque
l’hypothèse israélo- américaine de rattacher à terme GHAZA à l’EGYPTE et
la CISJORDANIE au Royaume Hachémite.
Si c’était le cas, c’en serait fini de la PALESTINE et des Palestiniens,
et personne n’aura plus le droit de dire : « On ne le savait pas ! ».
JALILA BACCAR auteur et comédienne
FADHEL JAÏBI metteur en scène et auteur
ANOUAR BRAHEM musicien et compositeur
HABIB BEL HEDI producteur
FATMA BEN SAÏDANE comédienne
NAWAL SKANDRANI chorégraphe