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LA GAUCHE NOUS A TRAHI

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LA GAUCHE NOUS A TRAHI

 

 

 

Ginette Hess Skandrani*

écologiste

 

 

    J'ai toujours fait partie de ce peuple de gauche auquel se référait toujours René Dumont, et je crois que malgré toutes les trahisons de la gauche plurielle ou singulière, je ne pourrais jamais lorgner vers la droite ou l'extrême droite. Beaucoup de mes ami/es écologistes, sont arrivés à franchir le pas, à rejoindre le centre, la droite ou à faire les yeux doux à l'extrême droite. Je ne leur en veux pas. Le monde a changé, la mondialisation ce nouveau nom du capitalisme productiviste et impérialiste, nous a rattrapé et les limites politiques et sociales ont éclatées, et l'ennemi n'est pas notre voisin, même s'il n'est pas du même bord. L'impérialisme des gouvernements US qui exporte son idéologie colonialiste et destructrice de la nature et des liens sociaux est bien plus dangereux que les différents groupes et mouvements d'extrême droite.

Je peux comprendre tous ceux qui comme Dieudonné ou Kemi Seba cherchent à réconcilier la France avec elle-même, en n'excluant personne. C'est bien pour cela, sans vouloir franchir le pas que je leur garde toute mon amitié et que n'hésiterais pas à les soutenir, selon les actions qu'ils programment.

 

FAIRE DE LA POLITIQUE AUTREMENT

     Aujourd'hui, en cette période estivale d'octobre 2008, en pleine période de crise financière, de morosité politique et sociale, de ras le bol général, de violences généralisées crées par la mondialisation économique, culturelle et politique, de destruction de l'environnement, de la misère organisée ici ou ailleurs avec si peu d'espoir de changement et si peu d'imagination chez les uns et les autres, qu'en est- il de tous nos rêves, nos espoirs  de construire une société plus juste, plus conviviale, plus égalitaire, moins violente, respectant la nature et les autres civilisations, sans oublier les autres espèces? 

     Nous y avons cru si fort, après mai 68, nous y croyons encore, un peu moins fort il est vrai, mais surtout d'une manière plus simple en évitant de penser au grand soir qui changerait tout. Tant d'années ont passé, tant de copains, copines ont changé de route, se sont intégrés dans l'économisme rentable ou dans le politiquement respectable, oubliant tous les projets construits pour le long terme. L'avenir, pour eux c'était tout de suite, le profit individuel y compris.

      Nous pensions, après les grèves de décembre 1995 et le retour aux discussions, à la convivialité lors des occupations initiées par différentes coordinations, en voyant refleurir dans Paris tous ces vélos, ces patins à roulettes, ces piétons, ces gens qui discutent ou plaisantent, qu'enfin quelque chose allait changer et remplacer l'égoïsme, l'individualité, l'arrogance si bien personnifiées par la voiture et tout ce qui tourne autour, y compris les syndicats et les partis politiques si rigides dans leur conception.

     Il est vrai que la solidarité se pratique plus facilement en période de crise ou de restriction. Je m'en étais déjà rendu compte lors de mon séjour en Palestine occupée, où l'Intifada n'aurait jamais pu acquérir cette dimension sans la chaîne de solidarité qui s'était crée autour de la révolte de tout un peuple. Ce n'était pas seulement le soulèvement ou la résistance contre l'occupant qui étaient intéressants, mais également toute cette participation de la population : jeunes, vieux, hommes, femmes, intellectuels, prolos, toutes dimensions confondues pour l'entraide, l'organisation de la vie, le regain de la dignité.

     Dommage que cette Intifada ait été négociée contre du vent, car là aussi le politiquement correct et anesthésiant tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre, a repris le dessus avec ces fameux "accords d'Oslo", laminant toutes les minorités, faisant passer la résistance légitime à l'occupation pour du terrorisme, renvoyant les femmes et les enfants à leurs occupations: casseroles et écoles.. et les hommes aux négociations/redditions.

      Au-delà de ces dernières périodes, c'est le "chacun pour soi et Dieu pour tous",  qui reprend allègrement le dessus. Même si le discours productiviste, l'égoïsme collectif et la transformation électorale de toute résistance populaire ont vite repris le dessus, j'espère qu'il en est quand même resté quelque chose dans les mémoires.

 

     Peut-être, est-ce un peu trop tôt, pour espérer une réflexion un peu plus approfondie? Peut-être sommes nous allés trop loin dans l'abdication de notre autonomie? Faudra-t-il laisser encore mûrir un peu ce ras le bol général et cette prise de conscience de "ensembles nous pouvons tout, tout seul nous ne sommes rien", ce qui n'a rien à voir avec la lutte des masses comme nous l'avaient si bien siroté les communistes et autres gauchistes qui se voyaient déjà menant ces masses à la conquête du pouvoir exercé par ceux qui étaient si éclairés.

     Il ne faut pas confondre collectivisme et communautarisme : dans l'un l'individu abdique pour le groupe, dans l'autre l'individu est aussi le groupe. Nos sociétés modernes ou modernistes ont oublié ou voulu oublier que la grand famille, la Oumma comme l'appellent les arabos-musulmans ou la tribu, le clan dans d'autres civilisations, n'a strictement rien à voir avec le collectivisme qui ne peut de toute façon qu'aboutir à une direction dictatoriale, car il élimine de facto les minorités, les marginaux  ou ceux qui refusent la pensée unique. Certains d'entre nous y ont cru et y croient encore, d'autres ont tiré des leçons du socialisme dictatorial et bolchévique des pays de l'Est européen. Même si certains dirigeants communistes ou socialistes ont fini par condamner les exactions commises, même si les trotskistes s'en sont désolidarisés depuis de nombreuse années, personne n'a fait une étude sérieuse sur les dangers de ce collectivisme qui veut enrôler tout le monde et ne permet pas les écarts de pensées ou d'opinions.

 

      Les différentes mobilisations de ces dernières années, pour le logement, la solidarité avec les sans-papiers ou les sans droits, de défense de l'environnement ou du cadre de vie, des consommateurs, au delà des revendications ponctuelles, ont aussi amené des réflexions sur l'auto-organisation et un regard différent sur les autres continuent à se développer dans plusieurs petits groupes de réflexion, en dehors des collectifs ou autres organisations institutionnalisées, type syndicats ...

     J'espère que la crise financière que nous sommes en train de vivre et que tous nos grands hommes politiques de droite comme de gauche, semblent traiter avec légèreté et en nous mentant effrontément sur les causes et les effets, nous permettra de changer nos rapports avec l'économie et que les gens finiront par comprendre que la vie qui nous a été volée par le productivisme et le consumérisme peut se regagner, si nous le voulons. Lorsque dans les années 1970, nous criions "Jetons nos télés, débarrassons nous de nos voitures", ce n'était pas uniquement contre la société du spectacle ou marchande que nous nous érigions, mais bien contre le début de la dépossession de nos vies. Nous sentions que le matérialisme qui pour certains, comme les communistes ou les socialistes représentait du pain et du confort pour tous, pouvait aussi se terminer par toujours plus de pain et de confort pour certains, au détriment de nos libertés et surtout de ceux qui, ailleurs en auraient de moins en moins, car au-delà des ressources, nous leurs pompions tout leur avenir..

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