NOUVELOBS.COM | 29.10.2008 | 12:32
Le ministère tunisien de l’Intérieur a déposé une plainte contre la rédactrice en chef du site internet Kalima pour "allégations contraires à la loi". La journaliste avait publié un article
attribuant aux autorités tunisiennes une attaque informatique contre son site.
ULa journaliste tunisienne Oum Ziad, rédactrice en chef du site internet Kalima, a été entendue mardi 27 octobre 2008 par le substitut du procureur au palais de justice de Tunis, apprend-on sur
le site internet de Reporters sans frontières (RSF).
En l’absence de ses avocats, la journaliste a refusé de commenter ses écrits devant le magistrat. Une plainte a été déposée contre elle par le ministère tunisien de l’Intérieur pour
"allégations contraires à la loi". Oum Ziad avait publié un article dans lequel elle avait fait porter aux autorités tunisiennes la responsabilité de l’attaque informatique qui avait ciblé, le
8 octobre dernier, le site Internet de Kalima.
"C'est moi qui étais visée"
Le ministère de l’Intérieur a également interdit la distribution de l’hebdomadaire Mouwatinoun qui avait reproduit l’article de la journaliste dans sa dernière édition.
"J'ai tout de suite compris que c'était moi qui étais visée", a déclaré vendredi 24 octobre Oum Ziad, interrogée par nouvelobs.com. Le jour même de la saisie de l'hebdomadaire, elle recevait en
effet sa convocation devant le substitut du procureur, dans "le bureau spécialisé dans les délits de presse et la poursuite des opposants".
"Kalima et Mouwatinoun font partie des rares publications tunisiennes qui échappent à la main-mise exercée par le régime sur les médias locaux. Nous appelons les autorités tunisiennes à mettre
un terme à leur acharnement contre les voix indépendantes de la presse privée", a déclaré Reporters sans frontières.
Représailles
Les pressions du régime ne sont pas nouvelles pour Oum Ziad, devenue, au fil du temps, un symbole de la résistance à l'autorité en Tunisie. Mais elle reconnaît qu'elles vont "crescendo".
En 1989, elle a travaillé pour le journal El Ray, symbole de la presse indépendante en Tunisie. Dans un de ses articles, Oum Ziad mettait en doute un discours de Ben Ali, élu quelques semaines
auparavant, qui promettait la démocratisation. Résultat: le journal est saisi et supprimé. Oum Ziad n'écrit plus une ligne, jusqu'à l'apparition de Kalima.
En 1999, quelques journalistes veulent s'opposer au contrôle et à la censure de la presse et créer leur journal indépendant. Les autorités refusent mais qu'à cela ne tienne, les fondateurs de
Kalima profitent d'un vide juridique et lancent Kalima sur internet. Avec deux principes phares: la liberté et l'indépendance. Les pressions commencent sur le journal et ses collaborateurs :
encerclement des locaux, coupure d'internet, agression des collaborateurs...
Rompre le silence
Oum Ziad écrit toujours. Pour être lue, malgré le site bloqué, l'équipe de Kalima imprime "de temps en temps, quand ils en ont les moyens" et distribue en toute illégalité des "samizdats",
bulletins d'information qui offrent le même contenu que le journal en ligne.
"Ben Ali a imposé le silence absolu à tout le pays. On ne va pas réussir à faire bouger tout un pays paralysé", reconnaît-elle. Elle avoue son peu d'espoir. Et les élections en 2009 ne vont,
selon elle, rien y changer. "Ben Ali insiste pour rester en place. Pour moi, c'est le plus mauvais président qui soi. Il va avoir encore un autre mandat pour imposer son style musclé, sa
répression aveugle, la corruption du régime qui est de notoriété publique". Pour l'instant, elle se concentre sur les jours à venir, ses avocats à consulter, son mari à faire sortir de prison.
Mais garde espoir, stoïque : "Wait and see", conclut-elle.
(Source: nouvelobs.com le 29 octobre 2008)
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TUNISIE : SOUTIEN A OUM ZIAD
"L'as des quarante enfoirés et têtes
brûlées"
BEN AVI(1) a fait main basse sur la ville. Tous les matins, il refait le monde et son tour pour garder le cap. C’est la pax carthagina.
Quarante enfoirés et têtes brûlées refusent de s’y soumettre. Ils font l’objet de toute son attention. Toute la boite tourne pour eux. Il en prend soin, il les bichonne à coups de coups
fourrés. Ça le rend chèvre, il fait braire la terre entière. Dès qu’il croit tenir le bon bout, ces enfoirés brûlent la corde. Ils gâchent le paysage, polluent son quotidien, hantent ses
nuits. Des fellaghas, ils frappent un coup et filent dans la nuit. Impossible de les suivre à la trace, trop mobiles, trop insaisissables. Des mavericks, ces chevaux sauvages qui s’écartent
du troupeau. Des su’lûk, ces poètes brigands de la jahilia, ces samouraïs sans maître. Le guerrier japonais est un vassal, le su’lûk, un paria qui n’a d’attache que ses vers qui chevauchent
les étendues de la désolation. Mais qui sont ces quarante hommes et femmes qui, faute de mieux, se trouvent là quand il ne faut pas ? Claude Bourdet dans l’aventure incertaine dit: "Tous ces
hommes étaient, d’une manière ou d’une autre, des non-conformistes, des personnages de maniement difficile, parfois des 'mauvais coucheurs', parfois des 'farfelus' ; aucun ne correspondait à
l’image habituelle du bon citoyen respectueux du qu’en-dira-t-on et de l’ordre établi." C’est avec eux que Ben Avi fait un derby, qu’il s’en raconte, qu’il se frotte les mécaniques. Un
chasseur en quête des quarante.
Moncef Marzouki, Radhia Nasraoui, Sihem Bensedrine, Ayachi Hammami, Raouf Ayadi, Mohamed Abbou, Nejib Chabbi, Rached Ghannouchi… Des enfoirés parmi tant d’autres.
Cela fait vingt ans ou plus que Ben Avi course l’as des quarante, le joker de cette fournée de bâtards : Oum Ziad. Il ne l’a pas vu venir celle-là. On la prendrait bien pour un mufle, une
gueuse, une moins que rien. Elle a l’apparence d’une saltimbanque mais le cœur d’une reine. Elle fait tout pour qu’on ne la distingue pas. Une femme comme les autres, moins que les autres.
Elle est initiée à camoufler ses atours, ses goûts. Elle avance affublée d’un faux nez. Une prédatrice qui ricane. Mendiante au lever du jour, brigande à la tombée de la nuit. Cette femme est
une mutante, une menace pour la maison Takeda, une anthropophage sans remords. Toujours déguisée. Elle fait toujours des diversions pour qu’on ne s’attarde pas sur elle, pour que les regards
glissent à côté. Le comédien est là, ce personnage juste à côté. Elle a sur le visage ce détachement d’un homme venu de nulle part et qui partira sans crier gare.
Elle fait des bulles, pas des mots qui retentissent, qui nous attendrissent, des bulles à la face des gestes ignobles, lâches et irréparables, des bulles à la face de celui qui se renie, de
celui qui consent.
Ben Avi ne l’a pas vu venir. Pendant qu’il guettait l’horizon, elle farfouillait dans ses affaires. Péril en la demeure. Des armes nouvelles, inconnues, c’est ce qui a dérouté Ben Avi. Comme
Hannibal lorsqu’il a introduit l’éléphant, Oum Ziad, l’as, a déployé un bouclier de mots flambant neufs. Elle a fait marcher comme des fantassins le conte, l’imagerie, la poésie. C’étaient
des équipes mobiles, faciles à parachuter sur monts et vaux. Ben Avi n’avait rien contre ces diables de mots. Sa langue, à lui, était blindée, cadenassée sur des chenilles, immobile comme des
soldats cul-de-jatte planqués dans des tranchées. Il croyait que sa ligne Bar Lev était infranchissable. Des phrases ludiques, des phrases mystiques, religieuses, des phrases chantantes qui
font danser les filles et nous avec, embrasent le ciel de Ben Avi. Le délire contre le silence de Ben Avi. Le rêve contre le figé. L’irrespect, l’impertinence, la caricature et la satire pour
séduire et épater.
Chaque fois que Ben Avi essaie de la faire tomber, il essuie un camouflet. Chaque fois qu’il essaie de l’escalader, il est refoulé. Cherche-t-il à la salir, à la confondre ? Elle l’emplit des
brouettes et t’en sort des vertes et des pas mûres. Cherche-t-on à semer le doute autour d’elle ? Un faux monnayeur qui pervertit la réalité et te fait prendre la fiction pour la réalité. Oum
Ziad ne se débat même pas. Elle est dans son élément, là. Cette fieffée culottée dit : "Je fais rire dix millions de Tunisiens mais pas Ben Avi".
Taoufik Ben Brik
(1)Ben Avi, pour "Ben Ali à vie"
(Source: nouvelobs.com le 29 octobre 2008)
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COMMENTAIRES de FAOUZIA:
Merci encore à TUNISNEWS d'être toujours du côté des opprimés et de donner une autre image de, la TUNISIE. Et comme
le dit si bien l'amie, la mère, la sœur OMZIED , le combat pour la liberté d'expression en Tunisie reste fondamental, et dans ce combat la solidarité des principes est plus que nécessaire et
doit absolument s'exercer sans relâche, les plumes censurées de KALIMA auraient dû trouver tribune sur tous les supports de l'opposition démocratique, et en premier lieu pour une question de
principes, malgré le risque de censure, sur les deux ou trois journaux autorisés à paraître par la dictature, les journaux connus en TUNISIE de certains partis autorisés à exister. Cela nous
ramène aussi à l'autorisation donnée par le dictateur à certains de participer aux élections de 2009, ces certains se sont empressés de se mettre à table avec le diable, tout cela est
catastrophique en terme d'image pour l'opposition démocratique, tout cela est dramatique car il met l'ensemble de l'opposition, au niveau du subconscient collectif des tunisiens, au même
niveau des liberticides tunisiens qui interdisent KALIMA, harcèle OMZIED, ABBOU, HAROUNI et des centaines d'autres tunisien, des lâcheurs, le silence de ces gens est l'allié
objectif des agissements de la dictature; le profane tunisien, dans la visibilité trompeuse de l'espace politique tunisien, sent que la politique est sale, que les torchons se
mélangent avec les serviettes avec une facilité incroyable, que dans ce panier à crabes, c'est bonnet blanc, blanc bonnet, que tous les activistes politiques sont dans une lutte égoïste
pour le pouvoir, que personne n'est différent, tous POURRIS, et tous à dix mille lieues de ses attentes et ses réalités. Qu'on aime ou pas KALIMA, OMZIED, SBS et toute l'équipe, pour les
démocrates cela ne doit tenir que du combat normal des singularités et des idéologies, mais ces tunisiens censurés, harcelés, kalima détruit, sont des éléments essentiels du camp démocratique,
et à ce titre méritent toute la solidarité des démocrates et des Hommes, des tunisiens libres, sans la moindre hésitation, face à la machine destructrice de la dictature.
Souvenez-vous
Quand ils sont venus prendre les juifs,
Je n'ai rien dit, car je n'étais point juif
Quand ils sont venus prendre les noirs,
J'étais de ceux qui ne voulaient rien voir.
Quand ils sont venus prendre les Beurs,
Je n'ai rien fait : je n'étais pas des leurs.
Mais, le jour où ils viendront me prendre,
Restera-t-il quelqu'un pour me défendre ?
Quand ils sont venus prendre les rouges,
Je n'ai rien dit, je me méfiais des rouges
Quand ils sont venus prendre les femmes,
J'étais de ceux qui n'avaient pas de femme.
Quand ils sont venus prendre les gays,
Je n'ai rien fait : je n'étais pas concerné
Mais, le jour où ils viendront me prendre,
Restera-t-il quelqu'un pour me défendre ?
Quand ils ont commencé à prendre nos villes,
Je n'ai rien dit : j'étais d'une autre ville.
Quand ils ont défilé dans nos rues,
J'étais de ceux qui n'avaient toujours rien vu.
Quand ils sont venus prendre mon voisin,
C'était trop tard : je n'y pouvais plus rien.
Aujourd'hui qu'ils sont là pour me prendre,
Il n'y a plus persoone pour me défendre !
Aujourd'hui qu'ils sont là pour me prendre,
Il n'y a plus personne pour me défendre !