Mercredi 01 Octobre 2008
Le gouvernement Fayyad a créé quatre différents "groupes de stratégie" (gouvernance, économie, développement social et aide humanitaire, infrastructure) ainsi que 13 sous-groupes de
travail. Chacun est co-présidé par un donateur ou un fonctionnaire de l'IFI et un ministre de l'Autorité Palestinienne.
Ces groupes sont responsables de la planification, de la mise en œuvre et du suivi de la politique du gouvernement et de l'affectation des crédits budgétaires.
Cette structure crée un
gouvernement de l'ombre illégitime associé à un gouvernement non élu, supprimant ainsi toute possibilité de prise de décision indépendante et de démocratie.
Un deuxième niveau de contrôle et de restrictions internationaux est ajouté parce que la majorité des fonds de l'AP passent aujourd'hui par divers fonds d'affectation spéciale contrôlés au
niveau international. La Banque Mondiale ne verse des fonds d'affectation spéciale qu'à l'issue d'une triple série d'évaluations et d'audits afin de s'assurer que la performance globale de
l'ANP ne dévie pas du cadre du Plan de Réforme et de Développement palestinien 2008 - 2010 (PRDP).
Le PRDP a été rédigé par l'agence de développement britannique DFID, a été présenté lors de la conférence des donateurs à Paris en Décembre 2007 et
a été adopté par le gouvernement Fayyad. Il
n'est donc pas surprenant que le PRDP ne diffère pas du cadre global de "développement" de la Banque Mondiale.
L'approche de la Banque concernant le développement en Palestine dépend de la pleine acceptation du statu quo - y compris le maintien de l'occupation et la présence des colonies et le mur
- ainsi que des projets communs qui nécessitent une coopération entre l'ANP et Israël, souvent avec un troisième partenaire international.
Politiquement, ces projets de développement risquent de légitimer les revendications israéliennes en ce qui concerne le mur, Jérusalem, l'annexion des terres et des colonies qui ont abouti à
la fragmentation et à la ghettoïsation de la Cisjordanie et de Gaza.
Le seul aspect nouveau est que, outre les traditionnels projets de bagnes industriels, la Banque Mondiale prévoit d'inclure maintenant des
zones industrielles frontalières, de
l'agro-business dans
la Vallée du Jourdain et une industrie du tourisme.
Le projet de tourisme
proposé pour Bethléem illustre les risques liés à un travail commun, ainsi que les problèmes généraux de développement sous une occupation.
Le gouvernement Fayyad, la Banque Mondiale et le gouvernement français soutiennent un projet qui vise à relancer le secteur du tourisme palestinien anéanti en encourageant et en
facilitant les visites de touristes étrangers,
mais cela ne fait que légitimer l'occupation israélienne et le contrôle des frontières palestiniennes.
L'objectif du projet, apparemment inoffensif, est d'encourager le tourisme en facilitant les visites en Cisjordanie en passant par Israël. Loin d'être inoffensif, il reconnaît les
revendications critiques des Israéliens dans et autour de Bethléem.
Par exemple, les plans demandent la
création de «checkpoints amicaux pour les touristes", nécessitant des files supplémentaires et un traitement spécial pour les étrangers titulaires
d'un passeport. Cela permettra en outre d'institutionnalise
r les checkpoints de l'armée israélienne qui, avec le mur et les colonies, ont transformé le district de Bethléem en un ghetto
isolé et fragmenté.
La séparation des touristes et des Palestiniens sert également des besoins israéliens, en veillant à ce que les visiteurs ne soient pas témoins ou n'expérimentent pas le traitement inhumain
et dégradant réservé à la population palestinienne.
Tout aussi dommageable est la reconnaissance de Jérusalem-Est comme étant "Israël", et les checkpoints et le mur en tant que frontière légitime, compromettant ainsi explicitement les droit des Palestiniens à leur capitale.
Economiquement, le projet de Bethléem laisse le secteur du tourisme vulnérable aux mêmes problèmes qui ont détruit cette industrie, à savoir l'occupation, le vol des terres et les
restrictions de circulation. L'accent mis sur le tourisme étranger est une tentative pour maintenir le système de ghetto imposé à la Cisjordanie.
Par définition, il exclut le tourisme interne, le pivot de tout secteur du tourisme solide, qui a été écrasé.
Les derniers chiffres recueillis par le Centre Palestinien des Statistiques indiquent que 64,5% des familles de Cisjordanie n'ont pas été en mesure de faire du tourisme interne en 2007. En
fin de compte, les tentatives de travailler avec et autour de l'occupation finit par la légitimer tout en échouant à aborder les principaux problèmes du tourisme.
Les problèmes liés aux projets communs ne se limitent pas à Bethléem, mais sont plutôt le signe d'un plus grand défi auquel fait face le développement palestinien. L'origine des problèmes
du développement palestinien, c'est l'occupation israélienne, et en fin de compte, il est contradictoire de s'attendre à ce que la coopération avec l'occupant conduise à toute sorte de
développement significatif.
L'équilibre des pouvoirs garantit que les conditions de développement seront dictées par les hommes politiques et les planificateurs israéliens et est donc une abomination pour la liberté
économique et la libération politique palestiniennes.
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