TUNISIE année Zéro
Par
Bilel
Quelle est la source de la corruption politique, économique, sociale, religieuse et morale en Tunisie, de l'état dramatique où se trouve notre patrie tout court? Il s’agit, simplement, de
l’ingérence d’intérêts particuliers, pratiquement toujours maffieux, toujours les mêmes, toujours hors la loi, sans aucune adresse ni assise juridique ou institutionnelle, sans aucune
transparence ni vérité ou normes établies normalement, dans la gestion des affaires publiques, cette ingérence d'intérêts particuliers,
prédatrice, violente et sans merci qui interfère totalement avec les besoins, les attentes, les droits des intérêts collectifs, en les spoliant sans aucune limite, monopolise, domine
sur tout les plans et sans aucun relâchement ou espoir d’une alternative pacifique, toute la vie politique tunisienne qu’elle soit politique, sociale , et
tout naturellement économique.
Afin d’en finir avec cette corruption générale et endémique qui saigne en profondeur la société tunisienne, d’un point de vue républicain et démocrate, il faudrait
repenser totalement le mode de fonctionnement du politique, et des fondements de "l'état" tunisien illégitime, en lui donnant justement une légitimité constitutionnelle et institutionnelle basé
sur le droit, la citoyenneté, la liberté et la démocratie parlementaire ; cette refonte, c'est évident, ne peut se faire avec les fanatiques et les dogmatiques du parti
unique, le RCD, quoique je reste convaincu qu’énormément de ses militants, ne sont que des militants alimentaires et sans aucune conviction, de pauvres
tunisiens qui sont dans la survie. Cette refonte se fera encore moins, si elle veut être efficace et avec un minimum de chance de réussir,
avec les sicaires ignares de la dictature tunisienne. C’est pour cela que le travail des démocrates doit se concentrer, absolument et totalement,
à la mobilisation du peuple tunisiens dans toutes ses composantes, y compris, et j’oserais même dire surtout, sur cette masse de fonctionnaires en guenilles, exploitées, mise en pièces , prises
en otage et humiliées par les clans de la dictature, cette masse de petits fonctionnaires majoritaires qui occupent toutes les administrations de la dictature, qui sans elle, elle ne pèsera pas
lourd, et du jour au lendemain, se trouverait avec des problèmes insolubles qui signeront son arrêt de mort.
La politique, dans son idéal et son éthique, se veut la gérance du bien commun et ne doit pas être corrompue par tout agent extérieur, quel qu’il soit, ceci est valable pour un état
issu du suffrage universel, alors, pour ce qui concerne la question tunisienne, le mal est bien pire. Notre bien commun est totalement dominé, parasité et mis sous tutelle par une
minorité de gredins, qui ont complètement pourri le corps social, et cloué au pilori du néocolonialisme, l'avenir de la Tunisie et des tunisiens qui n'ont, plus que jamais, aucune voix au
chapitre. Pourtant, nous avons un potentiel humain qui frise les sommets de la fine fleur de l'excellence, du genre, c'est d'ailleurs grâce à cela que le pays tient malgré
tout debout, et nous subissons un système archaïque et barbare, indigne et déshonorant, une calamité qui épuise nos énergies et désespère notre génie. Oui mes termes ne sont pas prétentieux, les
tunisiens partout dans le monde brillent par leur disponibilité au progrès et à l'intelligence, au jour d'aujourd'hui, sans ce régime de l'absurde, cette dictature
maffieuse, notre place en tant que nation dans ce monde éclaté, est sans aucun doute dans le wagon de tête des pays respectables et respectueux, loin des affres de la
régression et des crises qui nous mettent à la merci des impostures, des usurpations et de l'anéantissement, et que dire, sans vomir sa rage, des tunisiens vivant en Tunisie , qui eux
sont encore plus dans la bravoure et l’honneur, ils vivent dans l’antre de la bête immonde, ces démocrates tunisiens vivant en Tunisie, sous le joug et l’arbitraire quotidiens de la machine
répressive de Ben Ali, ces admirables tunisiens qui, malgré tout, font depuis toujours la démonstration de leur intelligence , de leur capacité à survivre, de leur
esprit d'initiative et leurs volonté stoïque à être dans l'Histoire, eux encore plus que les immigrés, les exilés, malgré la haine des liberticides, paient de leur vie et de celle des
leurs, pour éviter à notre Tunisie, encore plus de drames, de désespoir et d'ignominies.
La corruption, qui tient notre pays sous sa chape de plomb, est la malversation suprême de tout le lien social et culturel tunisien, elle figure à la première place, bien en
haut de la pyramide des incuries, parmi les obstacles majeurs qui freinent le développement de la Tunisie, et constituent des moyens efficaces pour enfreindre la loi, bluffer les
apparences, flouer les institutions et pervertir le droit.
Elle est la source de l’ascenseur sociale en panne, tous ces diplômés, ces doctorants et ces jeunes hittistes qui remplissent les cafés, ou se suicident en brûlant les frontières, ne sont
pas le fruit du hasard, le chômage, la misère, la prostitution et la haine de soi non plus. Les choix, dans la Tunisie de Ben Ali, quand il s'agit de définir les
responsabilités, les postes et les professions, ne se font pas en fonction de la compétence, de la crédibilité et encore moins en fonction de la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt
particulier, mais se basent beaucoup plus sur l’aspect relationnel, des castes et des clans qui vivent en permanence dans le rapport de force, et la crainte d'être marginalisés par la
connaissance et le progrès. Les maîtres à penser de ce système, font de la corruption l’une des formes les plus élaborées d’exaction qui se manifeste principalement
dans la dépravation politique du système et de "l'état" jugulaire de toute forme d'espoir.
Cette dépravation est l’abus d’autorité à des fins illicites, voire personnelles, qui touche toutes les «institutions tunisiennes" sous différentes formes, dont notamment le
clientélisme, la corruption et l’abus de pouvoir, elle est un poison mortel, qui malheureusement, ne disparaîtra pas avec le dictateur. Bien après lui, il faudra des
tunisiens capables et responsables, pour restaurer pacifiquement, dans le respect des droits, un pays en ruine et en dégénérescence, le potentiel humain pour ce faire et qui est
essentiel, existe, les assises et les formations politique, et ceux de la société civile, quand à elles, sont désorganisées et faibles, mais en politique, il n’est jamais trop
tard, ce qui importe, c’est la volonté des Hommes de FAIRE , ces organisations ne sont pas du tout larguées, loin de là, mais il est plus que temps pour elles, de
travailler pour rattraper le temps perdu, et d'être DANS les préoccupations de la nation tunisienne.
Il est clair, que le terreau de ce phénomène vil qu’est la corruption et ses corollaires, qui sont la dépravation, la spéculation, le népotisme et la perversion endémique de la
société tunisienne, est favorisé par plusieurs facteurs. Il s’agit en premier lieu de l’absence totale de démocratie et sa déficience suite à la concentration du pouvoir entre
les mains de décideurs irresponsables à l’égard des tunisiens; du manque de transparence dans le traitement des informations, de la réalisation des investissements publics, d’absence
d’administration financière adéquate, d’impunité et de salaires bas pour certaines catégories de fonctionnaires. D'où le misérabilisme , la surenchère et la violence de ces fonctionnaires
de l'état de Ben Ali, chargés de l'ordre, de la sécurité et du respect de la constitution, et qui au service de la dictature , par le biais de la corruption, agressent le
peuple et se servent sur la bête, comme leurs maîtres , à leur niveau.
Il ne faut pas oublier non plus, le déficit juridique qui se traduit par la faiblesse du pouvoir de la loi et des professions juridiques, et le taux "d’an alphabétisation" conditionné et
élevé, favorisant l’incapacité de cette catégorie à distinguer les choix des programmes politiques, à être au service de la constitution, du peuple comme toute institution
honorable qui se respecte.
Les conséquences économiques de la corruption sont nombreuses et catastrophique. C’est la détérioration de la croissance économique et la provocation de déficits énormes. Les experts de la
Banque Mondiale estiment que la chute des taux de croissance en Tunisie(rapport de 2008) est due à la corruption politique qui entraîne un manque à gagner de plus de 5% du PIB par an .La
hausse du coût de l’activité commerciale et des dépenses administratives suite à la complicité entre les responsables dans le secteur privé ;secteur tenu d'une main ferme et boulimique
par le dictateur et son entourage, et qui ne rappelle en rien le libéralisme du marché ou même le néolibéralisme , mais plutôt des pratiques mafieuses basés sur les détournements
et la spoliation des biens publics, et certains biens privés qui sont marginalisés, intimidés et taxés illégalement . La complexité et les blocages dans la
concrétisation des affaires saines sont une pratique courante en Tunisie, c'est la loi du plus fort, bizarrement, les plus forts sont toujours les mêmes, dans cette jungle, même les règles de
base du grand banditisme et du piratage ne sont pas respectés. Cette corruption déforme le paysage économique et commercial tunisien et pousse le pays dans les affres de l'endettement et de
la ruine assurés. Elle est aussi la source évidente de l’altération économique dans le secteur public à travers l’investissement de l’argent public dans des projets capitalistiques
encourageants la corruption et transactions non réglementaires. Cette corruption planifiée et programmée permet également le non respect des normes en matière de construction et de
préservation de l’environnement, ces derniers temps les exemples fleurissent sur la place de Tunis...ZEMBRA, BOUHAÏERA, le sud ect... cela entre beaucoup d'autres méfaits, cela sera très
long de rentrer dans les détails que tout le monde connaît, et la dégradation des prestations et services publics, toutes ces dérives criminelles augmentent la
pression sur le budget des tunisiens et leur mal-être
A côté des effets néfastes sur l’activité économique, la corruption bloque toute activité civique et démocratique, toute tentative de bonne gouvernance. Cette perversion,
aussi, use les capacités financière de ce qui reste des institutions gouvernementales, et limite leur légitimité, sans parler de la corruption
juridique qui a toujours mis en danger la suprématie de loi et frappe de plein fouet la garantie de validité des contrats. Il va de soi qu'une justice corrompue ralentit le commerce
et la croissance.
La corruption en matière des élections qui toutes truquées, et réduites à leur plus simple expression, débouchent toujours, naturellement, sur des instances nommés arbitrairement et sans aucune
forme d'objectivité, diminuent les interpellations, déforme la représentativité parlementaire et réduit la confiance des tunisiens et des tunisiennes en la politique, la justice et le droits. Par
conséquent elle affecte les valeurs civiques de la société et nuit à la crédibilité de l’action politique et sociale en général.
La corruption en Tunisie dans ses différents aspects, est une calamité au développement et à la croissance économique du pays. En effet, les pratiques de corruption vident les
caisses publiques ou privées d'ailleurs, portent préjudice au libre-échange et découragent les investisseurs. Selon la Banque mondiale, la corruption réduit le taux de croissance de la
Tunisie de 2 % à 4% par an, alors que pour le FMI, les investissements réalisés dans les pays corrompus sont inférieurs d’environ 5% à ceux réalisés dans les pays relativement non
corrompus, bien entendu, notre pays de la félonie, est dans le peloton de tête des pays corrompus dans ce bas monde . De son côté, l’agence de cotation Standard and Poor’s considère que les
investisseurs ont 50 à 100% de chance de perdre la totalité de leurs investissements dans un délai de cinq ans dans les pays connaissant divers degrés de corruption, non sans asséner que les
investissements à long terme, soit les plus intéressants pour les pays, deviennent ainsi risqués et peu probables.
Dans son dernier rapport sur ce fléau mondialisé, Transparency International (TI) a mis l’accent sur le rôle de la justice dans la lutte contre les pratiques de corruption estimant qu’ " une
justice corrompue freine la capacité des Etats à lutter contre le crime et le terrorisme ", et " ralentit le commerce et la croissance économique, et refuse aux citoyens un règlement impartial de
leurs contentieux avec des voisins ou les autorités ". Ainsi, il est mis en évidence le coût économique exorbitant de cette gangrène qui ne cesse d’affecter de manière plus désastreuse les pays
arabes sans aucune exception. En Tunisie le recours au bakchich, aux expropriations et autres magouilles s’est largement banalisé à tous les échelles de la société, la corruption étant érigé en
système de gouvernance, il devient tout à fait naturel pour chaque tunisien, que le seul moyen de s'en sortir est de se servir sur la bête, sans soucier des conséquences sur le moyen
et long terme pour soi, pour le pays et l'avenir des générations délaissées. L'incivilité des rapports humains et professionnels, depuis le putsch du 7 novembre de BEN ALI s'est plus
qu'accentuée, elle est devenue même une règle de vie pour la majorité des tunisiens, la corruption, touchant pratiquement tous les secteurs d’activité, il va de soi que l'extrémisme des
sentiments et des idées brouille les esprits. Le climat d’instabilité vécu par la Tunisie est une aubaine saisie au vol par tous les affairistes professionnels et autres
prédateurs, pour généraliser des pratiques ayant fini par saper le moral du tunisien poussé à la démission, à l'attentisme et à la résignation. La corruption est devenu la
norme en Tunisie, la société tunisienne est désormais une justification vivante pour une dictature perverse et barbare, scellée à ses tares et ses travers, cette société a une dynamique de
développement bloquée , elle n'a plus de repères, ou de rêves et de projections dans un quelconque avenir, elle survit au jour le jour , poussé vers tout sorte de nihilisme dramatique, et
autres formes d'extrémisme qui ne manqueront pas de la détruire à l'ombre du système abject de ben Ali . La corruption d'état est la norme sociale en Tunisie, à partir de là,
l’écrasante majorité des tunisiens adoptent des attitudes de riposte passive en corrompant et en acceptant d’être corrompus. La dictature de ben Ali, plus que le règne du mégalomane BOURGUIBA, a
toujours promu toutes les dispositions qui encourageaient la corruption : la distribution de logements, de véhicules, les prises en charges médicales de certains ,le départ à la Mecque, le
régionalisme, l’accès aux hauts postes de responsabilité, ect.., à partir de là, on ne peut combattre la corruption sans éliminer radicalement ses causes , ce fléau gaspille les
ressources de la Tunisie, les ressources matérielles et humaines sans aucun doutes, cause des dégâts collectifs et dénature tous les aspects culturels et civilisateurs du pays aussi.
Dans la vie politique, la corruption engendre la désaffection populaire et le désabusement, et maintien les tunisiens dans un état de frustration très dangereux, ce stress social
pousse la majorité de nos compatriotes aux dérives les plus folles.
La corruption politique peut se définir comme le comportement ou la conduite de fonctionnaires du gouvernement tunisiens, qui ne comptent aucun élu, mais qui sont tous nommés par le fait du
prince illégitime de Carthage, toutes ces manipulations vont à l'encontre des normes sociales et juridiques modernes et civilisées, c'est le clientélisme que le dictateur impose à toute
nomination. Ces fonctionnaires, pour la plupart incompétents, s'engagent non pour le bien collectif, même dans une dictature, cela peut-être, mais seulement pour ce qui est de tirer d'une
charge publique un avantage personnel, légitime ou non, à même les fonds publics.
Le népotisme est partout présent dans le système tunisien. L’engagement de parents ou d'amis à des postes pour lesquels ils n'ont pas nécessairement les qualifications requises, ou à
l'octroi de contrats gouvernementaux pour les mêmes considérations, est une chose courante et devenue naturelle en Tunisie.
Pour résumer l'état catastrophique de notre société tunisienne corrompue jusqu'à la racine, nous pouvons constater tout cela dans le cynisme et la méfiance croissante de la population
tunisienne envers la politique, c'est bien là, que l'on perçoit peut-être le mieux les conséquences de la corruption. Ce désintérêt par rapport aux systèmes politiques
résulte en un déclin de la légitimité de tout engagement, et dénonce l'illégitimité de l'État de ben Ali. La corruption est un problème grave pour la vie publique tunisienne, parce que des
fonds publics sont détournés au profit des besoins d'une minorité, et que cette minorité hors la loi pratique le crime, la torture, la fuite des capitaux et le pillage du patrimoine national
commun. Elle nuit également à l'image du pays à l'étranger.
Les démocrates tunisiens devront s’éviter la discorde et maîtriser les passions de leur âme pour ainsi, tous ensemble, disposer du dynamisme du concupiscible,
pour disposer de cette force vitale ; pour éviter, comme depuis toujours, que les pulsions ne continuent à disposer de nous, à nous éloigner de notre
peuple et à nous mettre à la merci de cette ignoble dictature. Afin de mettre efficacement le dynamisme de nos passions au service de notre projet de vie, la
démocratisation de notre patrie, la Tunisie.