Être ou se démettre à jamais
Par
Fadila
Il est plus que temps de se défaire et d’ignorer la position défensive qu’adoptent le plus souvent les partis et courants de l’opposition tunisienne , la véritable résistance passe par l’offensive tout azimut, ici et maintenant en Tunisie, et partout ailleurs où il est possible dans le monde ,il existe des groupes et des personnes tunisiennes qui, au travers de pratiques concrètes et d’une militance pour la démocratie et pour la vie, dépassent le sectarisme, le clanisme , l’attentisme et la réaction. Au niveau international, nous assistons aujourd’hui au début d’une contre-offensive de la dictature de ben Ali, à la suite d’une longue période de doutes, de marche arrière et de destruction des forces tunisiennes, démocratiques et alternatives, de tout bord. Ce recul a été largement favorisé par la volonté de la logique néolibérale et capitaliste de détruire une bonne partie de ce que plus de cinquante années de luttes révolutionnaires avaient, peu ou prou, construit. Dès lors, résister d’une façon moderne et surtout efficace, c’est créer les nouvelles formes, les nouvelles hypothèses théoriques et pratiques qui soient à la hauteur du défi actuel, que nous pose ben Ali et ses complices. Il n’y’a pas de doute, nous arrivons à la fin d’une époque, ou disons une époque charnière, avec un dictateur finissant , de plus en plus débiles, vacillant de maladie et entourés de charognards qu’il depuis si longtemps nourris dans son sein, la guerre des clans de son entourage, est pour très bientôt et elle risque d’être mortelle pour le pays, autrement plus que celle qui dure dans l’opposition pour un leadership misérable et sans aucune légitimité
Nous vivons, en Tunisie, une époque profondément marquée par la démission qui n’est pas seulement la démission des larmes mais, et surtout, la démission de l’impuissance. Les tunisiens, de l’ère nouvelle de la barbarie de ben Ali, vivent désormais, et ce n’est pas demain la veille qu’ils vont être purgés de cette calamité, dans la certitude que la complexité de la vie dans leur pays, est telle que la seule chose que qu’ils puissent faire , pour ne pas augmenter leur désespérance , c’est de se soumettre à l’arbitraire de l’économisme mafieux et spéculateur, de l’intérêt et de l’égoïsme, au superflu et aux artifices de l’apparence. L’échec social et individuel, de la majorité d’entre eux, les convainc qu’ils n’ont plus les moyens de vivre une véritable vie et dès lors, ils se soumettent à l’ordre et à la discipline de la survie. La dictature a besoin de la démission parce qu’alors chacun de nous s’isole dans son petit monde, virtuel et inquiétant, tout comme les Hommes soumis ont besoin du tyran pour justifier leur renoncement. Je pense que le premier pas contre la démission (qui est la forme sous laquelle la dictature existe dans nos vies) c’est la conscience, et le dépassement de soi, c’est l’esprit de convivialité, l’esprit de famille, la vie du quartier, que d’aucuns gauchistes tunisiens considéraient au temps de leur petite splendeur, comme réactionnaire, sous de multiples formes, de liens de solidarité concrets et à petit échelle pourront à la longue provoquer le raz de marée, en Tunisie notre mort totale comme notre résurrection et notre libération tient à si peu, à un fil. Rompre l’isolement, créer des solidarités est le début d’un engagement, d’une militance qui ne fonctionne plus "contre" mais "pour" la vie, la joie, à travers la libération de la puissance.
La lutte contre la dictature de ben Ali, qui ne peut se réduire à la lutte contre le néolibéralisme, le capital, la corruption, implique des pratiques dans la multiplicité, c’est aussi et en premier lieu vulgariser la culture tunisienne, les traditions et coutumes des petites gens sans aucune complaisance. La mondialisation a inventé un monde unique et unidimensionnel, mais ce monde n’existe pas "en soi", pour un petit pays comme le notre, il ne s’agit plus de s’attaquer à ces leurres et autres moulins à vent qui épuisent nos énergies et divisent nos forces, il s’agit tout justement de faire la démonstration politique que d’autres voies sont possibles, et que l’échec peut-être une simple accumulation des stratégies de la propagande et du mensonge, pour nous fixer dans l’impuissance et la soumission. Pour exister, cette dictature a besoin de notre soumission et de notre accord. Cette dictature qui est une protégé de ce « monde » unifié qui est un monde devenu marchandise, s’oppose à la multiplicité de la vie, aux infinies dimensions du désir, de l’imagination et de la création. Et il s’oppose, fondamentalement, à la justice, et à la liberté des peuples. C’est pourquoi que toute lutte contre la mondialisation et le néocolonialisme, qui se prétend globale et totalisante reste piégée dans la structure même de ces derniers qui est, justement, la globalité. La résistance doit partir de et développer les multiplicités, même et surtout au niveau des courants et des mouvement tunisiens, mais en aucun cas selon une direction ou une structure qui globalise, qui centralise les luttes, le PDP par exemple, a ces derniers temps commis des fautes tactiques très graves, qui ont fait beaucoup de dégâts dans le camps des démocrates, un camps qui se veut responsables et unitaires, ces fautes ajoutées à la mise aux pas du mouvement du 18 octobre par l’habituel camps des opportunistes et des collaborateurs , à leur tête le félon CHAMMERI, donnent plutôt une image triste et irresponsable de l’opposition tunisienne en général. Un réseau de résistance qui respecte la multiplicité est un cercle qui possède, paradoxalement, son centre dans toutes les parties, et c’est une marque du modernisme et de l’ouverture.
Les partis politiques tunisiens en général n’ont pas encore compris, que le lieu du pouvoir, les centres de pouvoir, sont en même temps des lieux de peu de puissance, voire d’impuissance. Le pouvoir s’occupe de la gestion et n’a pas la possibilité de modifier d’en haut la structure sociale si la puissance des liens réels à la base ne le rend pas possible. La puissance est ainsi toujours séparée du pouvoir. C’est pour cela qu’ils faut qu’ils établissent , une bonne fois pour toute, une distinction entre ce qui se passe "en haut" dans les directions des partis démocratiques tunisiens, qui est de l’ordre de la gestion et la politique, au sens noble du terme, qui est ce qui se passe "en bas", le travail militant et la mobilisation de la société , qui reste le travail le plus ardu et le plus important, le seul qui peut ébranler la dictature. Dès lors, la résistance nationale sera puissante dans la mesure où elle abandonnera le piège de l’attente, c’est-à-dire le dispositif politique classique, qui sclérose à mort la société tunisienne, et qui reporte invariablement à un "demain", à un plus tard, le moment de la libération.
Il est vital, pour les démocrates tunisiens, de réfléchir sur leurs pratiques, les penser, les rendre visibles, intelligibles, compréhensibles. Pouvoir conceptualiser ce qu’ils font, même le peu, constitue une part de la légitimité de leurs constructions et participe de la socialisation des savoirs entre les uns et les autres .Être nous-mêmes lecteurs, penseurs et théoriciens de nos pratiques, être capables d’apprécier la valeur de notre travail pour éviter qu’on nous appauvrisse par des lectures normalisatrices, par un conditionnement et un matraquage de tous les instants. Le mal tunisien est dans cette démission, sa mise en place est scientifique, c’est un art maîtrisé par le régime, nous savons tous, que la Tunisie, grâce à ces pratiques planifiées par la dictature, régresse et plonge totalement dans une dégénérescence psychiatrique.