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Obama et les Juifs



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Obama et les Juifs
OBAMA AND THE JEWS

par MARC ZELL
The Jerusalem Post

La compétition chez les Républicains étant loin de terminée, le Sénateur John McCain remportera vraisemblablement la nomination par son parti à Minneapolis, au début septembre, il n’est pas totalement oiseux d’envisager une compétition Obama-McCain lors des élections générales, au mois de novembre. Une telle compétition a nécessairement des conséquences énormes, tant pour Israël que pour les Djouzes.

Ce n’est pas un secret : la candidature d’Obama a été soutenue, financièrement et politiquement par de nombreux membres éminents de la communauté juive américaine. Même des porte-parole de l’association Democrats Abroad [les Démocrates à l’Etranger, ndt], ici en Israël, qui soutenaient encore hier ouvertement Hillary Clinton, ont fait monter leurs enchères, récemment, dans des articles et des interviews, suggérant qu’une Administration Obama serait tout bénef pour Israël. Chose incroyable, ces sycophantes démocrates grand-teint, citant des déclarations de campagne en boîte, totalement dépourvues d’enthousiasme, n’hésitent plus à exhorter les électeurs juifs à lier leur sort et celui d’Israël à Obama, plutôt qu’au candidat républicain McCain.

Avec toute la déférence due aux célébrités soutenant Obama, comme Steven Spielberg et George Soros, les Juifs, ici en Israël, et là-bas, en Amérique, ainsi que d’autres amis d’Israël, peuvent-ils risquer de voter Obama, en novembre ? Un rapide examen des réalités devrait allumer un gros signal rouge dans l’esprit de la plupart des gens...

Avant toutes choses, parmi les considérations qui devraient interpeller les amis d’Israël, il y a l’équipe de spécialistes de la politique étrangère qu’Obama a choisi pour qu’ils le conseillent. La composition d’un panel de conseillers d’un président est habituellement un excellent indicateur de la position qu’adoptera le candidat, sur les problèmes de l’heure, s’il est élu.

C’est un tel test que l’auteur de ces lignes a appliqué à George W. Bush, en 2000, en des temps où la plupart des mandarins, en Israël et au sein de la communauté juive, prédisaient que sa politique moyen-orientale serait une copie au papier carbone de celle de son père, c’est-à-dire des problèmes, pour Israël. Mais Bush-fils avait choisi une équipe de conseillers conservateurs et avisés, dont les avis sur le Moyen-Orient étaient très marqués pro-israéliens et pro-démocratie. Par conséquent, l’Ere de George W. Bush est à classer parmi les plus favorables à Israël, de l’ensemble des soixante années d’existence de ce pays.

Avec l’équipe d’Obama, c’est le contraire, qui est vrai. Dirigée comme elle l’est par le conseiller ès-sécurité nationale de Jimmy Carter (qui a dit : « Israël est un pays d’apartheid »), Zbigniew Brzezinski, l’équipe d’Obama comporte des personnages problématiques comme Anthony Lake, Robert O. Malley et Susan Rice.

Un commentateur, citant un article du quotidien israélien résolument de gauche Haaretz, a relevé qu’une présidence Obama comportant une équipe de politique étrangère qui inclurait les personnes citées et leurs confrères idéologiques « aurait vraisemblablement une approche d’Israël radicalement opposée à celle des conseillers de présidents précédents (tant démocrates que républicains) ». On peut donc se demander si le candidat sera apte, c’est bien le moins qu’on puisse faire, à « soutenir » Israël.

Brzezinski diffuse, depuis trente ans, du vitriol au sujet d’Israël, et il a défendu publiquement, récemment, le rapport Walt & Mearsheimer, qui conclut que la politique américaine envers Israël était le résultat de pressions juives, et qu’elle n’avait rien à voir avec les intérêts américains. Plus récemment, Brzezinski a exhorté Israël à entamer un dialogue avec le Hamas ; il a décrit l’action israélienne durant la Seconde guerre du Liban de campagne de massacres contre des civils pris en otages, et il a effectué, au début du mois, un voyage afin de conférer avec le président syrien Assad, à l’insu, ostensiblement, de la campagne d’Obama.

Robert O. Malley, un autre diplomate de l’Administration Carter et conseiller spécial de Clinton sur les affaires arabo-israéliennes, est un autre avocat intarissable des Palestiniens ; il est l’un des coauteurs de toute une campagne anti-israélienne avec un ancien conseiller d’Arafat, Hussein Agha, qui comporte un tract condamnant l’administration Bush au motif qu’elle serait la cause de la continuation du conflit israélo-palestinien.

Et puis, enfin, il y a Susan Rice, ancienne conseillère ès-politique étrangère de la campagne présidentielle malheureuse de John Kerry, en 2004, durant laquelle elle avait concocté l’idée de résoudre le problème du Moyen-Orient en nommant conseillers nuls autres que Jimmy Carter et James Baker, une idée qui avait été par la suite repoussée par son propre boss en raison de son déséquilibre défavorable à Israël. Mais ce n’est pas là non plus les seules « pommes pourries » dans le panier de la politique étrangère d’Obama...

Autre indicateur problématique : l’association étroite du candidat Obama avec Jeremiah Wright Junior, pasteur de l’Eglise de la Communauté Unie de Trinity (membre de l’Eglise Unie du Christ, laquelle a été vilipendée pour son préjugé anti-israélien), qui est bien connu pour ses virulentes remarques anti-israéliennes, dont, notamment, un appel à lancer une campagne de désinvestissement en Israël, en raison des « injustices et du racisme que subissent les Palestiniens, à cause du sionisme. »

Le fait que le Révérend Wright compte parmi ses amis l’odieux antisémite Louis Farrakhan, qui considère que le judaïsme et une « religion de caniveau » et que les juifs sont des « sangsues » ne devrait pas non plus apporter beaucoup de consolation aux électeurs juifs et aux amis d’Israël. Obama aurait pu choisir une des centaines d’églises de la banlieue Sud de Chicago ; non : il a choisi le personnage Jeremiah Wright, qui a distingué Farrakhan du Prix Jeremiah Wright 2007 du meilleur prédicateur pour l’ensemble de sa carrière. De plus, l’église de Wright est le plus gros bénéficiaire des dons charitables d’Obama. Même l’éditorialiste juif Richard Cohen, du Washington Post, s’est senti obligé de demander à Obama de clarifier ses relations avec ces dirigeants communautaires anti-juifs et anti-israéliens, en se demandant pour quelle raison Obama est resté fidèle mordicus, dans son allégeance au Pasteur Wright, durant toutes ces années ?

Obama n’est sénateur que pour la première fois, c’est la raison pour laquelle il n’a participé qu’à quelques votes portant sur Israël et le Moyen-Orient. Il a aussi une certaine tendance à s’absenter de votes controversés, où il aurait été amené à inscrire sa politique personnelle dans les archives publiques. Toutefois, ses déclarations publiques sur un certain nombre de questions comportent un nombre non négligeable de problèmes pour les juifs et les amis d’Israël. En voici quelques exemples :

1) Obama prône ouvertement des initiatives allant dans le sens d’un dialogue diplomatique avec l’Iran, bien que l’Iran ait récemment qualifié Israël de « sale bactérie » et bien qu’il ait appelé, de manière réitérée, à l’annihilation de l’Etat d’Israël, ce, notamment, au moyen d’une attaque nucléaire, selon des allusions récentes :

2) Sa phrase : « Personne n’a souffert davantage que le peuple palestinien » [alors que la citation complète est une critique des Palestiniens pro-sionistes, puisqu’Obama a dit : « Personne n’a davantage souffert que les Palestiniens en raison de la non-reconnaissance d’Israël par le leadership palestinien » ! (‘Nobody has suffered more than the Palestinian people from the failure of the Palestinian leadership to recognize Israel’) ndt.

3) « La construction d’un mur [allusion à la barrière de sécurité d’Israël] séparant les deux peuples n’est qu’un énième exemple de la négligence de cette Administration (Bush) à assurer une médiation de paix... » ;

4) « Je suis opposé à la tentative cynique de Richard Perle et de Paul Wolfowitz, ainsi que d’autres guerriers du week-end en fauteuil au sein de l’administration, de nous faire ingurgiter leur agenda idéologique » (noter que seuls des Juifs sont nommés et fustigés, en dépit du fait que la politique en question était promue par l’Administration (Bush) dans son ensemble...] ;

5) « Le Révérend Al Sharpton est une voix pour les sans-voix, et une voix pour les dépossédés. Ce que le National Action Netword [du Révérend Sharpton] a fait est extrêmement important, pour ceux qui veulent changer l’Amérique, et l’Amérique doit être changée, de la tête aux pieds ! » [Nation Action conduit une protestation contre le propriétaire juif des magasins de prêt-à-porter Freddy’s Fashion Mart, à New York, où des manifestants l’occupant, auxquels Sharpton se joignait parfois lui-même, criaient des injures au sujet des « Juifs suceurs de sang » et des « ces bâtards de Juifs ».]

Obama était le seul candidat démocrate à avoir dit que c’était Israël qui devait changer de politique vis-à-vis des Palestiniens s’il voulait réaliser la paix.

Les déclarations publiques et les accointances problématiques et non-démenties d’Obama soulèvent suffisamment de questions sérieuses qui devraient amener les électeurs juifs et amis d’Israël à y penser à deux fois avant de le soutenir, en novembre.

Mais il y a un autre facteur problématique que les électeurs aux primaires démocrates n’ont jusqu’ici jamais sérieusement pris en compte : Obama aspire à devenir président de la plus grande démocratie (au monde), qui est toujours l’unique superpuissance encore existante sur la planète, tout en n’ayant été sénateur que moins de cinq ans, et tout en n’ayant aucune expérience, tant administrative, qu’au niveau national.

Même si les électeurs démocrates peuvent être tentés de voter Obama au cours des primaires, en protestation contre l’establishment politique démocrate (exactement comme ils le firent en 2006 afin de dénier au Sénateur Joseph Lieberman (aujourd’hui Indépendant) la nomination de son parti au poste de Sénateur du Connecticut), on aimerait pouvoir penser que l’électorat américain va, une fois encore, administrer la preuve de sa maturité et de son sérieux au cours des élections générales, en novembre de cette année, c’est-à-dire au moment où leurs votes compteront réellement.

Par les temps qui courent, à l’époque qui est la nôtre, la présidence des Etats-Unis n’est pas un poste pour un néophyte, aussi charismatique soit-il. Ceux des Américains qui vivent dans l’Etat juif comprennent très clairement quel est l’enjeu, et quel genre de risque représente Obama pour cette région du monde (le Moyen-Orient, ndt) et le monde. Il y a toutes les raisons d’espérer que nos compatriotes, aux Etats-Unis, et que, de manière générale, les amis d’Israël et de la liberté n’en disconviennent nullement.

Source : The Jerusalem Post
Traduction : Marcel Charbonnier

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Non, je ne peux pas !
Uri Avnery
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Non, je ne peux pas !
Après des mois d'une course dure et amère, d'un combat sans merci, Barack Obama est venu à bout de sa formidable opposante, Hillary Clinton. Il a accompli un miracle : pour la première fois dans l'histoire, une personne de couleur s'est muée en candidat crédible à la présidence dans le pays le plus puissant de la planète.Et quelle fut la première chose qu'il fit après cette étourdissante victoire ? Il se rendit à la conférence du lobby israélien, l'AIPAC, et y fit un discours qui pulvérisa tous les records d'obséquiosité et de flatterie servile. C'est suffisamment choquant en soi. Plus choquant encore : le fait que personne n'ait été choqué.

Ce fut une conférence triomphaliste. Même cette organisation puissante n'avait jamais rien vu de tel. Sept mille fonctionnaires juifs des quatre coins des États-Unis s'étaient réunis pour accepter l’allégeance de toute l'élite de Washington venue faire des courbettes devant eux. Tous les trois candidats à la présidence firent des discours, tentant de se surpasser mutuellement dans la flagornerie. Trois cents sénateurs et membres du Congrès se massaient dans les couloirs. Tous ceux qui voulaient être élus ou réélus à quelque poste que ce fût, en fait, tous ceux animés de la moindre ambition politique, étaient venus voir et se montrer.

La Washington de l'AIPAC, c'est en quelque sorte la Constantinople des empereurs byzantins au moment de leur splendeur.

Le monde avait les yeux braqués sur la scène, empli d'émerveillement. Les médias israéliens étaient en extase. Dans toutes les capitales du monde, on suivait de près l'événement et on tirait des conclusions. Tous les médias arabes écrivirent en long et en large sur la chose. Al-Jazeera consacra une heure entière à discuter du phénomène.

Les conclusions les plus radicales des professeurs John Mearsheimer et Stephen Walt furent confirmées dans leur totalité. À la veille de leur visite en Israël, le lobby israélien se trouvait au centre de la vie politique américaine et mondiale au sens large.

Et pourquoi, en fait ? Pourquoi les candidats à la présidence des États-Unis croient-ils que le lobby israélien soit si absolument essentiel à leur éventuelle élection ?

Les votes juifs sont importants, bien sûr, et particulièrement dans plusieurs États à ballottage qui peuvent décider du résultat final. Mais les Afro-Américains ont davantage de votes, de même que les Hispaniques. Obama a amené sur la scène politique des millions de nouveaux électeurs, tous jeunes. Numériquement, la communauté arabo-musulmane des États-Unis n'est pas non plus un facteur négligeable.

Certaines personnes disent que l'argent juif parle. Les Juifs sont riches. Peut-être leurs dons aux causes politiques sont-ils plus importants que ceux des autres. Mais le mythe de la toute-puissance de l'argent juif a une connotation antisémite. Après tout, d'autres lobbys et, à coup sûr, les énormes sociétés multinationales, ont donné des sommes considérables à Obama (de même qu'à ses adversaires). Et Obama lui-même a fièrement annoncé que des centaines de milliers de simples citoyens lui avaient fait parvenir des dons modestes, lesquels, au total, représentaient quand même des dizaines de millions de dollars.

C'est vrai, il a été prouvé que le lobby juif peut quasiment bloquer l'élection d'un sénateur ou d'un membre du Congrès qui ne danse pas – et avec ferveur - au son des chofars israéliens. Dans certains cas exemplaires (censés en effet servir d'exemples), le lobby a mis au tapis des hommes politiques populaires en accordant son influence politique et financière à la campagne électorale d'un rival pratiquement inconnu.

Mais, dans la course à la présidence ?

La transparence des flagorneries d'Obama à l'égard du lobby israélien ressort davantage que les efforts dans le même sens des autres candidats.

Pourquoi ? Parce que son étourdissant succès dans les primaires était entièrement dû à sa promesse de provoquer un changement, de mettre un terme aux pratiques malsaines de Washington et de remplacer les vieux cyniques par un homme jeune et brave qui ne compromettrait pas ses principes.

Et voilà ! La première chose qu'il fait après avoir s'être assuré de sa désignation par son parti, c'est de compromettre ses principes. Et de quelle façon !

L'élément remarquable qui le distingue à la fois de Hillary Clinton et de John McCain, c'est son opposition sans compromis à la guerre en Irak et ce, dès le début. C'était courageux. C'était impopulaire. Cela allait totalement à l'encontre du lobby israélien, dont toutes les branches poussaient ardemment Goerge Bush à déclencher la guerre qui libéra Israël d'un régime hostile.

Et voilà qu'Obama s'amène, qu'il rampe dans la poussière aux pieds de l'AIPAC et qu'il s'écarte de sa route pour justifier une politique constituant la parfaite négation de ses propres idées.

D'accord, il promet de sauvegarder à tout prix la sécurité d'Israël. C'est la coutume. D'accord, il émet de sombres menaces à l'égard de l'Iran, même s'il a promis de rencontrer ses dirigeants et de régler tous les problèmes de façon pacifique. D'accord, il a promis de ramener nos trois soldats capturés (en croyant erronément que tous trois sont détenus par le Hezbollah – une erreur qui prouve, quoi qu'il en soit, la connaissance superficielle qu'il a de nos problèmes).

Mais sa déclaration à propos de Jérusalem dépasse toutes les bornes. Il n'est pas exagéré du tout de la qualifier de scandaleuse.

Pas un Palestinien, pas un Arabe, pas un musulman ne fera la paix avec Israël si l'enceinte de Haram-al-Sharif (aussi appelé le mont du Temple), l'un des trois lieux les plus saints de l'Islam et le symbole le plus remarquable du nationalisme palestinien, n'est pas restituée à la souveraineté palestinienne. C'est l'une des questions majeures du conflit.

Ce fut à propos de cette question même qu'en 2000, la conférence de Camp David tourna court, même si le Premier ministre israélien de l'époque, Ehud Barak, était d'accord pour partager Jérusalem d'une certaine façon.

Sur ce, Obama se pointe et il ressort du dépotoir le slogan éculé de « Jérusalem sans partage, capitale d'Israël pour toute l'éternité ». Depuis Camp David, tous les gouvernements israéliens ont compris que cette devise constitue un obstacle insurmontable pour tout processus de paix. Elle a disparu – sans bruit, presque en secret – de l'arsenal des slogans officiels. Seule l'extrême droite israélienne (et américano-juive) s'y cramponne, et pour la même raison : étouffer dans l'œuf toute chance de paix qui nécessiterait le démantèlement des colonies.

Lors des précédentes courses à la présidence des États-Unis, les candidats prêts à tout pensaient qu'il suffisait de promettre que l'ambassade des États-Unis serait transférée de Tel-Aviv à Jérusalem. Une fois élu, aucun des candidats ne fit même semblant de tenir cette promesse. Tous furent persuadés par le département d'État que cela aurait nui aux intérêts fondamentaux des États-Unis.

Obama, lui, est encore allé beaucoup plus loin. Il est très possible qu'il se soit agi d'une promesse feinte et qu'il se soit dit : Soit, il faut que je dise cela si je veux être élu. Après tout, Dieu est grand.

Mais, même de la sorte, on ne peut ignorer le fait : la crainte de l'AIPAC est si terrible que même ce candidat, qui promet des changements dans tous les domaines, n'ose pas passer outre. Sur ce plan, il accepte la routine washingtonienne la plus éculée. Il est prêt à sacrifier les intérêts les plus fondamentaux des États-Unis. Après tout, les États-Unis ont un intérêt primordial dans la réalisation d'une paix israélo-palestinienne qui leur permettrait de trouver des moyens de gagner les cœurs des masses arabes de l'Irak au Maroc. Obama a terni son image dans le monde musulman et il a hypothéqué son avenir – pour autant qu'il soit élu à la présidence, et même s'il l'est.

Il y a soixante-cinq ans, les Juifs américains se tenaient là, désespérés, pendant que l'Allemagne nazie exterminait leurs frères et sœurs en Europe. Ils étaient incapables de décider le président Franklin Delano Roosevelt à faire quoi que ce fût de significatif en vue de faire cesser l'Holocauste. (Et, dans un même temps, de nombreux Afro-Américains n'osaient pas s'approcher des bureaux de vote, de crainte qu'on ne lâchât des chiens sur eux.)

Qu'est-ce qui a provoqué cette ascension étourdissante vers le pouvoir de l'establishment juif américain ? Son talent organisationnel ? L'argent ? La montée à l'échelle sociale ? La honte de son manque de zèle durant l'Holocauste ?

Plus je réfléchis à ce phénomène étonnant, plus ma conviction se renforce (et j'avais déjà écrit sur la question dans le passé) : ce qui compte réellement, c'est la similitude entre l'entreprise américaine et l'entreprise sioniste, tant dans le domaine spirituel que dans le domaine pratique. Israël est une petite Amérique, les États-Unis sont un immense Israël.

Les passagers du Mayflower, à l'instar des sionistes de la première et de la seconde aliya (vagues d'immigration), fuirent l'Europe, transportant dans leurs cœurs une vision messianique, soit religieuse, soit utopique. (En fait, les sionistes de la première heure étaient des athées, mais les traditions religieuses exerçaient une influence puissance sur leur vision.) Les fondateurs de la société américaine étaient des « pèlerins », les immigrants sionistes se qualifiaient d'« olim » – une abréviation pour olim beregel, pèlerins. Les uns et les autres mirent le cap sur une « terre promise », se croyant des peuples élus de Dieu.

Les uns et les autres souffrirent beaucoup, dans leur nouveau pays. Ils se considéraient comme des « pionniers », des gens qui font fleurir les immensités désertes, un « peuple sans terre et une terre sans peuple ». Les uns et les autres ignorèrent complètement les droits des peuples indigènes, qu'ils considéraient comme des sous-hommes sauvages et des criminels. Les uns et les autres voyaient dans la résistance naturelle des populations locales une preuve de leur caractère criminel inné, ce qui justifia même les pires des atrocités. Les uns et les autres chassèrent les indigènes et prirent possession de leurs terres comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde, s'établissant sur chaque colline et sous chaque arbre, une main sur la charrue et la Bible dans l'autre.

C'est vrai, Israël n'a rien fait qui approchât le génocide perpétré contre les indigènes américains, ni l'esclavage qui persista aux États-Unis durant de nombreuses générations. Mais puisque les Américains ont réprimé ces atrocités dans leur conscience, rien ne les empêche de se comparer aux Israéliens. Il semble que, dans l'esprit inconscient des deux nations, il y ait un ferment de sentiments de culpabilité réprimés qui s'expriment par le refus de reconnaître leurs crimes passés, par une grande agressivité et par l'adoration du pouvoir.

Comment se fait-il qu'un homme comme Obama, fils d'un père africain, s'identifie aussi complètement aux actions des précédentes générations de blancs américains ? Cela montre une fois de plus la faculté d'un mythe de s'enraciner dans la conscience d'un individu, au point que ce dernier s'identifie à 100 pour cent au récit national imaginé. À ceci, on peut ajouter le besoin inconscient d'appartenir au clan des vainqueurs, si possible.

Par conséquent, je n'accepte pas sans réserve ce raisonnement : « Eh bien, il doit s'exprimer de la sorte s'il veut être élu. Une fois à la Maison-Blanche, il redeviendra lui-même. »

Je n'en suis pas sûr du tout. Il se peut très bien que ces choses aient une emprise étonnamment forte sur son monde mental.

D'une chose, je suis toutefois certain. Les déclarations d'Obama à la conférence de l'AIPAC sont très, très mauvaises pour la paix. Et ce qui est mauvais pour la paix est mauvais pour Israël, mauvais pour le monde et mauvais pour le peuple palestinien.

S'il s'y tient, une fois élu, il sera obligé de dire, en ce qui concerne la paix entre les deux peuples de ce pays : « Non, je ne peux pas ! »
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Obama, Israël et les Musulmans
par Souleyma HADDAOUI (IRIS, 18 juin 2008)



Dès le début de sa campagne électorale, Obama a refusé tout financement des lobbies pour préserver son indépendance politique. Les lobbies peuvent effectivement soutenir un candidat et aider au financement d’une campagne à condition, bien évidemment, que le candidat choisi défende leurs intérêts. Barack Obama dans sa logique de changement a décidé de se défaire de ce système qui prévaut à Washington. Il a toutefois accepté de tenir son premier discours en tant que candidat démocrate investi, le 4 juin dernier à l’AIPAC, lobby pro-israélien où il a réaffirmé son soutien inconditionnel à Israël mais également avancé des idées très fortes comme le maintien de Jérusalem en tant que capitale d’Israël et surtout « indivisible ».
Barack Hussein Obama. Voici un nom que l’on ne se serait pas attendu à voir porter par un présidentiable américain. Son parcours et son histoire personnelle sont atypiques : il est le fruit de l’union d’un Kenyan de culture musulmane et d’une Américaine. Il est né à Hawaï et a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en dehors des Etats-Unis dont près de huit ans en Indonésie, pays regroupant le plus de musulmans dans le monde. Au vu de ces éléments, les juifs américains ont toute raison de vouloir observer de près sa position à l’égard d’Israël (1). Il revient donc à Obama de se détacher de son histoire et de prouver qu’il n’est pas l’ennemi de la cause israélienne. D’autre part, dans le domaine politique, Obama s’est vu reprocher sa proximité avec Jimmy Carter et Zbigniew Brzezinski qui ont tous deux une opinion plutôt favorable des Palestiniens. Lui-même avait déclaré en 2007 que « les Palestiniens avaient le plus souffert » et même s’il a dit par la suite que son discours avait été tronqué, c’est ce qui a été retenu contre lui.
L’attitude passée d’Obama reflète malgré tout une certaine ambiguïté. Il a assisté à plusieurs conférences pro-palestiniennes durant les années où il commençait à intégrer la sphère politique locale. Il a même dîné à la table d’Edward Saïd, écrivain d’origine palestinienne qui a siégé au Conseil National Palestinien ; il a reçu également beaucoup de conseils de la part d’intellectuels arabes et, en 2004, alors en pleine campagne pour obtenir un siège au Congrès, il a déclaré à Ali Abounimah, cofondateur de The Electronic Intifada : « Désolé, je n’ai pas encore beaucoup parlé des droits palestiniens, mais nous sommes dans une rude course aux primaires. J’espère que quand les choses se calmeront je pourrai être plus franc », puis l’a félicité pour son militantisme et ses chroniques dans le Chicago Tribune (2).
Suite à la publication de l’ouvrage de Walt et Mearsheimer sur l’AIPAC (3), et au-delà de la polémique qu’il a suscité, on sait l’importance du lobby pro-israélien et en tout cas, de l’opinion des juifs américains et du remarquable soutien à Israël fait depuis de nombreuses années, toutes tendances politiques confondues. L’AIPAC a effectivement une grande influence entre autres, parce qu’il arrive à diriger d’importantes campagnes de récolte de fonds pour les candidats qu’il soutient. Or, l’argent est extrêmement influent, surtout durant les campagnes électorales. Les juifs américains, bien que n’étant pas très importants numériquement, occupent des places stratégiques dans les médias et au sein du Congrès américain, pour faire pencher la politique américaine en faveur des Israéliens et diffuser une image positive d’Israël. Ceci est également confirmé par J.J Goldberg dans son livre Jewish Power qui porte sur le « pouvoir juif » dans l’establishment américain.
Plus concrètement, Martin Indyk, ancien ambassadeur américain à Israël, explique que si les hommes politiques américains tentaient de restreindre l’aide économique et militaire en vue d’obtenir des concessions de la part des Israéliens, « [ils recevraient] une lettre du Congrès avec pas moins de 87 signatures de sénateurs et 87% du Congrès disant ne vous avisez surtout pas de faire cela ! ». Pouvons-nous donc supposer qu’Obama suit ce raisonnement et, vu les apparences qui jouent en sa défaveur, doit jouer la carte de la surenchère politique ? Qu’en est-il de la politique de changement prônée par le candidat démocrate ? Il a fait plus que son rival républicain McCain, en déclarant Jérusalem indivisible et en voulant concéder aux Israéliens plus que l’ONU n’admet. En effet, il faut avoir présent à l’esprit que la capitale officielle d’Israël est Tel Aviv. Toutes les ambassades – y compris celle américaine – y sont. Israël par contre, avec sa loi fondamentale de 1980 entérine le statut de la ville de Jérusalem en capitale « éternelle et indivisible ». Cette loi est décrite comme une violation du droit international par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 478. Obama a fait fi des lois et opinions internationales dans son discours et a voulu en plus une Jérusalem unifiée, capitale de l’Etat juif.
D’autre part, et c’est ce qui est le moins compréhensible dans son élocution, Obama n’a pas eu un mot pour les Palestiniens de Gaza qui actuellement et depuis plusieurs mois, souffrent de la coupure d’électricité (Israël ayant bombardé la seule centrale électrique) et de l’absence de soins médicaux et hygiéniques alors que ceci fut unanimement condamné par les instances internationales et dénoncé également officiellement par Jimmy Carter. Cela ne va pas non plus dans le sens de ses récents discours sur la conciliation et la diplomatie, la volonté de trouver une politique de paix. Pourtant, il mentionne la coexistence de deux Etats vivant en paix et en sécurité ainsi que d’une Palestine prospère. Il devrait donc trouver un moyen pour faire entendre raison aux deux acteurs et ne pas avoir de parti pris, autrement sa politique n’incarnerait plus un vrai changement. Les Palestiniens qui avaient trouvé en lui un interlocuteur qui apporterait enfin une issue favorable dans la politique américaine à leur
égard, ou tout du moins aurait un discours modéré, ont été sérieusement désillusionnés. Ils l’avaient déjà été suite à son discours refusant catégoriquement le droit au retour des réfugiés. L’affirmation :« L’Etat d’Israël doit garder son identité juive » apparaît plutôt exclusive.
Revirement ou surenchère ? Seules les années du mandat d’Obama et ses vrais choix une fois en poste pourront vraiment l’indiquer. Or, aujourd’hui, les prémices en sont ambigus. Changer la politique de Washington est une mission plus que hasardeuse et seul un homme de solide conviction peut prétendre y arriver. Jusqu’à maintenant, ce sont les discours du candidat qui changent…
(1) En mars 2008, un Américain sur dix pense qu’Obama est musulman selon le sondage du Pew Research Center.
(2) Ali Abounimah, « Comment Barack Obama a appris à aimer Israël », Info Palestine 17 mars 2007 disponible sur http://www.info-palestine.net
(3) John Mearsheimer et Stephen Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007.
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En Iran Obama double par la droite


Shyankar

 

Alors que G. W. Bush entame sa « tournée d’adieu » dans notre vieux continent, le dossier du nucléaire iranien revient à grands pas sur le devant de la scène. Il est clair qu’Israël rue dans les brancards et qu’Obama se mélange royalement les pinceaux sur ce sujet plus qu’épineux, véritable enjeu de la prochaine présidentielle.

Il était beau l’Obama en pleine primaire ! En position gauche toute sur l’Iran, il n’hésitait pas à affirmer sa volonté de « rencontrer sans conditions préalables le Président Mahmoud Ahmadinejad lors de sa première année à la Maison Blanche ». Pourtant depuis qu’Obama est certain de tenir la candidature démocrate, le discours change quelque peu.

Tandis que McCain n’hésite pas à traiter de « mou » le jeune nouveau, notamment en ce qui concerne ses positions sur le dossier iranien, le sénateur de l’Illinois décide de couper-court à ces enfantillages et sort le grand jeu : le 4 juin, il vient ainsi discourir devant la tribune de l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee, le très puissant lobby juif), pin’s avec les drapeaux israélien et américain bien en évidence, manière de montrer sa belle gueule à la télé (le discours étant retransmis en direct sur quasiment toutes les chaînes d’information), et de doubler le vieillissant McCain par la droite. La chaîne NBC n’hésite pas à déclarer qu’Obama a « brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush ». En voilà une belle comparaison… Et à Doug Ireland de Bakchich.info d’ajouter : « ce discours constitue un extraordinaire virage à droite ».

Un retournement de veste bien en règle

Rien ne va plus ! Alors qu’il n’hésitait pas à détruire son ancienne rivale, Hillary Clinton, lorsque celle-ci votait au Sénat en faveur d’une résolution qualifiant les Gardiens de la révolution iranienne de « terroristes », le voilà qui lance devant l’AIPAC que les Pasdaran sont « correctement étiquetés comme organisation terroriste ». Sic.

Mais ce n’est pas tout. Si l’on s’était arrêté là, les joyeux drilles humanistes de l’AIPAC n’auraient pas enchaîné 13 standing-ovations durant ce discours oh combien enflammé ! « La menace de l’Iran sur Israël est grande, est réelle ». La solution est déjà toute trouvée : « éliminer cette menace ». On s’étouffe.

Pire : alors que Bush traîne son étiquette de lame duck (« canard boiteux ») le long de sa tournée européenne, il décide (quand même) de « stopper le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem » [1]. Obama, en grand seigneur, déclarait quant à lui que Jérusalem « restera la capitale d’Israël et restera indivisible ».

Discours quelque peu boudé par les médias européens, celui-ci a pourtant provoqué l’émoi et la colère côté Palestinien. Sur CNN, Obama comprend qu’il doit tempérer, en particulier sur le cas de la ville « trois fois sainte » : « Sur un plan pratique, [la division de la ville] sera très difficile à faire. Et je pense qu’il serait intelligent de travailler à une solution qui permette à tout le monde d’accéder aux extraordinaires sites religieux de la vieille ville, mais qu’Israël a la légitimité de revendiquer la ville. »

Des déclarations dans un contexte bien particulier

Si ces déclarations n’apparaissaient pas dans un contexte aussi tendu sur le dossier iranien, on pourrait se dire qu’en bon politique, Sieur Obama ne fait que « changer quelque peu son discours selon ceux qui l’écoutent ». Hélas on ne peut que se poser bon nombre de questions…

L’ancien ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, a publié le 30 mai une tribune dans le quotidien libanais anglophone The Daily Star et dans Ha’Aretz, le quotidien de référence israélien dans lesquels Il déclarait, entre autre, que « les choses arrivent à maturité. », ajoutant que « Bien que l’on reconnaisse en Israël qu’une attaque contre les installations nucléaires iraniennes entraînerait des risques graves et difficiles à évaluer, […] Israël ne restera pas passif et n’attendra pas que les choses se développent dans la direction (de la construction d’une bombe). »

Dans la même lignée, Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur, déclarait sur son blog : « Le pouvoir israélien estime qu’il doit agir avant que l’administration Bush ne quitte la scène, parce que la suivante, quelle qu’elle soit, lui sera forcément moins favorable. »

Du côté d’Israël, le ministre des transports, Saul Mofaz, déclarait qu’« Attaquer l’Iran pour suspendre son programme nucléaire semble inévitable »

Si l’on cumule tous ces facteurs, le retournement Obamesque semble « quasi-normal », telle une sorte d’alignement sur ce qu’aimeraient entendre les républicains qui ne peuvent supporter McCain. Loin de ses belles promesses des primaires, le représentant de la « gauche » US piétine ainsi tous ses principes mis en place au niveau de la politique internationale, cherchant désespérément à récupérer des voix de ci et de là. Loin de prôner un apaisement, le voilà qui fonce, ornières bien placées et tête baissée, sur le chemin tracé par Bush Junior.

Alors qu’un espoir semblait pointer le bout de son nez outre-Atlantique, ce retournement de situation à un goût bien amer. Une fois de plus, le peuple américain n’aura pas grand choix lors du vote. Espérons qu’il choisira quand même la voie du « moins pire » : il n’y a qu’à voir McCain lors d’un entretien matinal sur la chaîne NBC : lorsqu’on lui demande à quelle date les troupes américaines pourraient quitter l’Irak,le sénateur de l’Arizona n’hésite pas à déclarer, sûr de lui : « ce n’est pas tellement important ». Évidemment, pourquoi s’arrêter à une cette petite broutille qu’est la guerre en Irak ?

Shyankar


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