Au nom d’Allah le Clément et Miséricordieux
Et la prière et la paix soient sur le Prophète Sincère et Loyal
"إن أريد إلا الإصلاح ما استطعت و ما توفيقي إلا بالله عليه توكّلت و إليه أنيب". سورة هود-الآية 88
" Je ne veux que la réforme, autant que je le puis. Et ma réussite ne dépend que d’Allah. En lui je place ma confiance, et c’est vers lui que je reviens repentant. " Sourat Houd-Verset 88
Mettre fin à l’harcèlement est un droit et lever le siège est un devoir
Ecrit par Abdelkarim Harouni
Tunisie le 1er Juin 2008 - 27
Joumada I 1429
Depuis mon arrestation le vendredi 6 Novembre 1987, et pendant plus de 20 ans j’ai été
privé de vivre en sécurité dans la maison de ma famille pour une période ayant atteint dix-huit ans; dont six mois de poursuite de la
police de sécurité et le reste d’emprisonnement en raison de jugements politiques injustes annoncés par la cour de sûreté de l'Etat, la justice civile et militaire et pendant
le reste des deux décennies, j’ai été exposé à l’harcèlement par la police de sécurité pour tenter en vain de m’empêcher de retourner à
l'université, au syndicat des étudiants. Même à l'intérieur de la prison, l’isolement m’a été imposé pendant 15 ans sous prétexte de nécessité sécuritaire. Une poursuite
policière dont les racines reviennent à l'été de 1981; quand j’ai été soumis pour la première fois à l'arrestation et à la torture. Je suis sorti de prison de Mornaguia le 7
novembre 2007 suite à un décret présidentiel non déclaré ne dépassant pas la libération conditionnelle. Le jour de ma libération, je ne suis pas retourné directement à la maison, mais pris au
plus proche endroit de poste de police pour trouver à mon accueil, un officier de police qui a participé à la torture dont j’étais victime en automne de 1986, dans la dernière année de la
gouvernance de Bourguiba il y’a 21 ans dans la caserne de Bouchoucha qui se trouve à la capitale ; quand j’étais Secrétaire Général de l’Union Générale Tunisienne des
Etudiants. Il m’a demandé d’informer la police que je rentrais chez moi et de faire la même chose à chaque fois que je m’absente de la maison "pour exprimer ma bonne intention" j’ai refusé
parce que la loi de la libération conditionnelle ne le stipule pas et j’ai commenté en disant: "Est-ce que le citoyen est tenu d’informer la police de ses mouvements pour prouver ses bonnes
intentions?". Donc, j’ai été arrêté par la police et j'ai été libéré par la police et j’ai vécu entouré par la police pendant plus de 27 ans.
A ma sortie de prison, ma famille m’a chaleureusement accueillie sous le contrôle de la police politique qui a longuement duré, période durant laquelle j’étais préoccupé par la réception
de félicitations directes d’un grand nombre de visiteurs ou indirecte par téléphone qui à son tour n’a pas échappé au contrôle non plus. Après presque un mois, le poste de
police du Kram-Ouest, puis le district de la police de Carthage m’ont invités et j’ai refusé vu l’absence de convocation officielle écrite et y indiquant le sujet de
l’invitation. Lors du retrait de la carte d'identité nationale, j’ai refusé la qualité de "travailleur journalier" et insisté sur ma qualité d’ingénieur principal ou
« gardé en chaumage », mais en vain. Ensuite, l'administration a tenté de m’imposer la signature au poste de police tous les jours jusqu'au 8 novembre 2009, au nom du "contrôle
administratif" j’ai refusé car c’est une procédure non prescrite par la loi et en contradiction avec la constitution, et représente un dépassement de l’autorité de
l’administration et une atteinte à la liberté du citoyen et de ses droits fondamentaux et je l’ai considéré comme étant une peine de mort sociale et un épisode du feuilleton de
la mort lente et j’ai exigé publiquement qu’une fin soit mise à cette action arbitraire contre les personnes libérées dans tout le pays. J’ai également demandé à ce que la
police respecte la loi de ne pas harceler ma famille et d’assumer la responsabilité de ce qu’il pourrait avoir des conséquences sur la santé de mon père Amor âgé de 77 ans
qu’Allah le protège, ainsi que sur sa vie surtout après la mort de ma mère Saïda dans les 70 aines en été 2006 alors que j’étais en prison, que la miséricorde d’Allah lui soit accordée.
L’harcèlement de la police de la sécurité a continué d’être périodique, ensuite son rythme s’est accentué à la suite de l’Assemblée Générale de l'organisation des droits de l’homme "Liberté & Equité " tenue en avril et ayant élu son bureau exécutif, comme je faisais partie de ses membres, chargé des relations avec les organisations internationales non gouvernementales, dans le cadre du siège imposé sur l’organisation en particulier et les autres organisations des droits de l’homme en général ainsi que de nombreux militants, un blocus visant à mettre un obstacle à leur activité, intimider ses militants et ses militantes et les isoler de la réalité qui connait une dégradation continue au niveau des libertés et des droits de l'homme, politiques, sociaux et culturels contrairement aux discours officiels. Le mouvement des droits de l’homme en Tunisie a connu une évolution positive vers le soutien des activités communes et des positions unifiées comme la conference de Genève du 7 avril, les communiqués du 5 et 23 Mai 2008.
D'autre part, et à l'occasion de la visite rendue à notre maison le 27 Mai, par une professeur française ayant enseigné la philosophie à l'Université de la Sorbonne à Paris, militante en journalisme et en droits de l'homme, la police politique était au rendez-vous dans deux voitures et ils y sont restés en face de la maison pendant la visite jusqu'au départ de notre invitée, où l’une des deux voitures, l’a poursuivie et a ainsi vécu elle-même un échantillon des harcèlements de la police politique que nous vivons. Et le 30 Mai, la voiture de la police est retournée pour camper en face de notre maison du matin jusqu’aux environs de 22h et tant de fois, ils leur est déjà arrivé de le faire avec d'autres voitures et des fois, même, l'utilisation du motocycle. De même que j’ai été poursuivi lorsque je suis sorti avec mon père et mon frère à la mosquée pour la prière du vendredi, puis au retour à la maison. Même auparavant, à la fin du mois d’avril , au sein même de la Foire du Livre quand j’étais accompagné de mon père, j’ai fait l’objet d’une filature très étroite. Et parfois même, au point de poser des questions à ma famille à propos de ma présence à la maison, leur réponse a toujours été claire: demander à la police de respecter la loi et la vie privée. Et même dans le monde virtuel, celui de l’internet en plus du blocage de nombreux sites non-gouvernementaux, j'ai été soumis à une désactivation de la correspondance électronique, comme c’était le cas d’un bon nombre d’opposants. Tous ces harcèlements ont irrité les membres de ma famille et perturbé leur rythme de vie et leurs relations avec leur entourage et à leur tête mon père, dont l’état de santé ne supporte pas de telles pressions continues et publiques devant la confusion des résidents du quartier pour me retrouver moi-même déplacé de l'isolement dans la prison privé de mes droits de prisonnier à l'isolement à l'intérieur du pays privé de mes droits de citoyen avec le maintien du siège de ma famille avant mon arrestation, durant mon emprisonnement et après ma libération. Tout ceci arrive encore et après plus de 16 ans d'emprisonnement étroit et de 7 mois d'emprisonnement étendu, près de la tombe de ma mère que la miséricorde d’Allah lui soit accordée, à côté de la foire internationale du Kram, où s’est déroulé le "Sommet Mondial sur la Société de l’Information» et pas loin du palais présidentiel.
Un tel traitement, a connu un profond mécontentement et une sévère réprobation par un grand nombre d’hommes politiques, de défenseurs des droits de l’homme, de journalistes et de citoyens ordinaires ainsi que de nombreux hommes libres du monde, de personnalités, d’organisations et de médias dont plusieurs m’ ont exprimé leur soutien et leur solidarité, exigeants une fin à ces pratiques illégales, inhumaines et non-civilisées, parmi les quels, la Commission des Droits de l'Homme du Parlement Européen et la branche française d'Amnesty International.
Je ne peux pas accepter la continuation de cette situation dangereuse et humiliante ni la normalisation avec elle et ce pour mon auto-défense, la défense de ma famille, celle de mon peuple et de
la loi. Et avec l'aide d’Allah, je continuerai à lutter pour vivre libre dans un peuple libre, dans un pays libre, dans une nation libre et dans un monde libre quelque soit le prix. Et en même
temps, j'appelle le pouvoir à lever le siège sur la liberte de tous les prisonniers politiques libérés et leurs familles et à assurer le retour des expatriés et leurs familles et la restitution
des droits civiques, politiques et sociaux a tous et lever tous les harcèlements sur les militants des droits de l'homme, des journalistes, des hommes politiques et les
sièges : des organisations des droits de l’homme, sociales, culturelles et des partis politiques en plus des mosquées et d’accorder à tous ainsi qu’à
leurs familles, leur droit à un passeport comme une première étape en vue d’assurer un minimum de libertés et des droits les plus élémentaires qui établit la
distinction entre l'homme libre et le prisonnier et qui est le droit à la liberté de mouvement. Je l’appelle également et de nouveau à
revoir sa politique de parier sur la solution sécuritaire dans le traitement des questions politiques, celles des droits de l'homme ainsi que les questions sociales, ce qui a
privé tous les citoyens du pays de jouir d'un climat de véritable sécurité, qui propage la rassurance des âmes et défend les droits de
tous et leur dignité dans un cadre de liberté, de justice et de suprématie de la loi ce qui contribuerait à la stabilité et la prospérité, quelque soit les
défis.
Abdelkarim Harouni
-Ancien Secrétaire Général de l'Union Générale Tunisienne des Etudiants
-Ex-prisonnier politique dans l’affaire du Mouvement Nahdha (Renaissance)
-Ancien journaliste dans le journal interdit « Al Fajr » (l’Aube)
-Membre du bureau exécutif de l'organisation de Liberté & Equité