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Par Djamal Benmerad
L'interdiction faite à Robert Ménard de pénétrer en territoire
tunisien et donc d'assister au SMSI, Sommet mondial sur la société de
l'information (du 16 au 18 nov. 2005), a éclipsé dans les médias
l'événement principal lié à ce sommet. Cette perversion de
l'information s'est opérée grâce à la conjonction de deux batteries :
les médias bien pensants et RSF qui se sont accordés à reléguer au
second plan l'essentiel : les intolérables et quotidiennes atteintes
aux libertés au pays de Ben Ali. Le téléspectateur et/ou le lecteur
n'aura retenu qu'une chose : l'exhibitionnisme de Robert Ménard qui
partage avec Zine El Abidine Ben Ali une passion commune pour la
présidence à vie: Ménard s'est démocratiquement auto désigné patron de
RSF en 1985, année de la fondation de cette « ONG », tandis que Ben
Ali a fait son coup d'Etat en 1987.
Le lendemain de son retour forcé de Tunisie, le patron de RSF est
invité par Th. Ardisson à « Tout le monde en parle » à raconter son
refoulement du territoire tunisien (France 2 du 19 nov. 2005). Une
fois de plus, Ménard prend la vedette et ne cache pas sa fascination
pour les objectifs des caméras. L'animateur de l'émission n'a pas eu
le réflexe professionnel d'interroger M. Ménard sur la situation des
grévistes tunisiens de la faim rejoints en guise de solidarité par
d'autres grévistes de la faim : des démocrates Marocains… Cette grève
de la faim eut lieu avant et pendant le SMSI. Mais M.M. Ménard et
Ardisson étaient-ils au courant ?
Cette affaire de SMSI est peut-être l'arbre qui cache la foret RSF. Il
faudrait donc revenir en arrière pour retrouver son chemin et ignorer
en passant l'absence de protestation de cette « ONG » à l'occasion, il
y a quelques jours, du passage à tabac de Nabil Al Mazzawi, caméraman
d'Al Jazeera, par des soldats Israéliens alors qu'il filmait une
manifestation contre le Mur. Il fut arrêté et son matériel confisqué.
Il est vrai que cela pourrait constituer un « point de détail » (Le
Pen) à coté de cette mise au rebut de RSF par la famille du caméraman
espagnol José Couso assassiné à Baghdad. Voilà ce qu'en écrit à ce
propos Jean Guy Allard le 26 janvier 2004 : « A la suite de la
publication, le 15 janvier dernier, d'un « rapport » dans lequel RSF
absout les militaires qui se sont avoués responsables de l'assassinat
du caméraman José Couso, la famille du reporter {…} a publié une note
de presse, ce 16 janvier à Madrid, où elle rejette la prétendue
enquête et demande à RSF de se retirer immédiatement du dossier. La
famille poursuit devant les tribunaux 3 soldats US impliqués dans le
bombardement de l'Hôtel Palestine qui a provoqué la mort de Couso
{...} Pour la famille, les conclusions de RSF sont appropriées pour
défendre des accusés mais non pas pour soutenir l'accusation »
(http://vdedaj.
Pour le gourou de la secte RSF qui distribue les bons et les mauvais
points en matière de liberté de la presse, il est des Etats qui en
sont dispensés. Cette cécité sélective poussera RSF à regarder
ailleurs quand il s'agira du mystérieux empoisonnement mortel de
notre consœur Russe Anna Politkovskaia, journaliste à Novia Gazeta,
l'une des publications les plus critiques envers le pouvoir et du
décès de son collègue Iouri Chtchecotchikhine, mort des suites
étranges d'une maladie inconnue. Signalons que Iouri Chtchecotchikhine
était également député et membre de la commission d'enquête sur les
attentats de 1999 qui occasionnèrent la mort de 300 civiles, attentats
attribués aux islamo-terroristes tchétchènes (Le Monde du 4/ 9/ 2004).
Mais notre gueulard de la liberté de la presse sait se situer du bon
coté du manche lorsque, quelques mois auparavant (avril 1999), les
avions de l'Otan bombardent le siège de la radio serbe, tuant seize
personnes. Nous étions quelques dizaines de journalistes à publier
l'information qui nous était donnée le lendemain des faits par Jamee
Shea lui-même, à l'époque porte-parole de l'Otan. Robert Ménard devait
être en congé sabbatique car son silence fit presque autant de bruit
que celui des bombardiers de l'Otan.
Le jeudi 24 avril 2003 « tombe » sur les écrans d'ordinateurs une
dépêche d'Associated Press : « Plusieurs enquêtes sont ouvertes à
l'encontre des journalistes et des soldats américains pour des vols en
Irak. » Le bon sens voudrait que l'instruction sur les soldats
inculpés soit faite par la justice militaire et que RSF entreprenne
une enquête morale qui aurait conduit à un verdict moral concernant
ces journalistes qui ont attenté à l'honneur de la profession. Que
nenni ! Nous attendrons en vain que RSf s'en mêle si l'on ne garde pas
en mémoire les cyniques propos tenus par Ménard : « Il m'est arrivé de
demander à des journalistes de ne pas trop parler de tel ou tel
dérapage de tel ou tel confrère. La plupart des journalistes tiendront
compte de mes remarques. » (http://homme-
journalistes au garde-à-vous ! Le boss de RSF ne se contente pas de
taire la question des journalistes voleurs, il « ordonnera » aux
journalistes d'en faire autant. Dans de tels cas, il faut dire que
l'à-plat-ventrisme de RSF fait des émules.
Nous goûtons enfin à la cerise sur le gâteau en parcourant une fois de
plus « essawra » : « Dans son rapport annuel, qui couvre 170 pays, RSF
situe les violations de la liberté de la presse et le traitement des
journalistes par Israël à un niveau comparable à la situation
prévalant aux Etats Unis. L'Autorité palestinienne reçoit un carton
rouge de la part du proxénète de l'info. Ce classement a provoqué la
surprise de Joannes Wahlstrom, un chercheur israélo-suédois en matière
de médias et cofondateur de l'International Middle East Media Center
(IMEMC) : « Il semble que ce soit l'Autorité palestinienne, et non
plus Israël, qui doive être tenue responsable des violations de la
liberté de la presse et des agressions contre les journalistes dans
les territoires occupés. On dirait que RSF ne reconnaît plus la
réalité de l'occupation. Ce changement soudain, pense M. Wahlstrom,
est dû à des pressions sur RSF qui y aurait cédé. »
C'est tellement « propre » que ça pue
Mais ces atermoiements et ces aphasies conjoncturelles seraient
incompréhensibles si l'on ne gratte point là où ça fait mal : l'argent.
Dans le livre « Dissidents ou mercenaires ?» (éd. EPO 1998) deux de
nos amis journalistes, la Belge Katlijn Declercq et le Colombien
Hernando Calvo Ospina, ont innocemment interrogé Robert Ménard sur les
ONG financées par les Etats Unis. Dénégation indignée de Ménard : «
Notre argent est totalement propre ! » Dans le forum du Nouvel
Observateur d'avril 2005, un internaute pose une question : « Dans un
article publié par Northern California Media, la journaliste Diana
Barahona prétend que vous recevez des fonds gouvernementaux américains
via la NED, pouvez-vous confirmer mes propos ? »
Réponse de Robert Ménard : « Absolument, nous recevons de l'argent de
la NED. Et cela ne nous pose aucun problème». Voilà l'arrogance du
proxo qui vient prendre sa comptée.
Qui est la NED ? La National Endowment for Democraty est une
institution supervisée par un officier d'Opérations Spéciales de la
CIA. L'ancien agent de cette même CIA, Philip Agee, a révélé que la
NED est une des nombreuses organisations écrans dont la CIA se sert
pour intervenir dans les affaires intérieures des pays : « Le Congrès
donne des millions de dollars à la NED qui passe ensuite l'argent à
ce qu'ils nomment les fondations noyaux. » La journaliste Diana
Barahona, spécialiste de l'Amérique latine au journal Long Beach,
s'est livrée à une enquête qu'elle dit « d'intérêt public puisque
plusieurs médias se réfèrent à RSF comme source. » Elle déplore que «
plusieurs médias (…) utilisent RSF comme source sans rien connaître ou
sans rien dire au public du conflit d'intérêt (où se place) RSF en
recevant des subsides gouvernementaux.»
(http://vdedaj.
entretien accordé à La Presse de Montréal publié le 30 avril dernier,
M. Ménard indiquait que l'argent reçu de la NED et l'USAID (US Agency
for international developement) représentait la somme de 5 millions
de dollars. Avec cynisme, le gourou de la secte RSF ajoute : « Ce
serait stupide de refuser cette somme ! »
(http://vdedaj.
de RSF à Washington reconnaîtra que cette ONG a reçu 125.000 dollars
de Cuba Solidarity Center, une des organisations crées par la CIA (qui
ne s'en cache pas) pour renverser le régime castriste.
(http://resistance.
C'est seulement une goutte d'eau dans la mer à coté des 70 % du budget
que lui accorde annuellement la Commission européenne. Certains
ministères français y vont aussi de leur générosité : Premier
ministre, ministère de la Culture et de la Communication, ministère
des Affaires étrangères, Agence intergouvernemental
Les autres parrains sonnants de RSF, tous vigilants protecteurs du
droit sacré à l'information, ne ménagent pas leurs dons à RSF :
Sanofi-Synthelabo, Beaume et Mercier, le Bon Marché, Fujifilm, les
éditions ATLAS, la Caisse des Dépôts,Vivendi international, Publicis,
FNAC, CFAO, Hewlett Packard, Hachette, et autres « mécènes » de la
liberté de la presse. La vente de l'album pour la liberté de la presse
rapporte annuellement plus de 3 millions d'euros. Cependant le
journaliste Thierry Meyssan affirme que « l'activité concrète de RSF
est très éloignée de ce que les donateurs croient financer. Les fonds
d'assistance aux journalistes opprimés, c'est-à-dire le paiement des
honoraires des avocats des journalistes emprisonnés, le soutien
matériel à leurs familles (…), tout cela qui représente le cœur de
l'activité officielle de RSF ne reçoit de cette dernière que…7% du
budget général. Vous avez bien lu : pour 1 euro donné pour les
journalistes opprimés, seuls 7 centimes arrivent à destination. »
(http://www.homme-
politiques contre des Etats soigneusement choisis.
Ainsi, « l'affaire SMSI » n'a duré que le temps d'une déclaration, car
on ne peut indéfiniment mettre dans la gêne les amis de Chirac parmi
lesquels compte Ben Ali. Et c'est là qu'apparaît la « subtilité » de
Ménard : la dénonciation ponctuelle et/ou la campagne politique
permanente.
C'est là aussi que RSF accorde le régime préférentiel à Cuba.
Dj. B.