La non-violence doit être définie en tant qu’exigence éthique inhérente à l’humanité de l’homme, et ne jamais négliger, pour la référence, l’historique et la pédagogie l’apport spécifique et déterminant d’énormément de penseurs de cette philosophie , et ceux des peuples qui se sont libérés en utilisant ses fondamentaux . Il faut toujours prendre en compte la dimension de l’action non-violente qui permet de concilier l’exigence morale avec l’esprit de responsabilité car il s’agit , dans cette démarche , de réussir la symbiose et l’harmonie de la présence symbolique des fins humanistes, et leur réconciliation effective avec des moyens qui leur ressemblent ; loin donc de cette fumeuse accusation que le non-violent exile les fins hors de l’histoire et déserte le plan des moyens qu’il laisserait à leur impureté, il s’exerce à les joindre dans une action qui serait intimement une morale et une technique .
Quiconque se plie aux exigences de la non-violence ne peut manquer de se poser la question de l’action qui est inhérente à ce choix décisif. Car on ne saurait rester prisonnier du seul refus de la violence, on travaille aussi à son élimination. Précisément, ce refus libère un espace à conquérir dans le domaine d’une action politique novatrice afin de rester présent au cœur des conflits de l’histoire , la grève de la faim du 18 octobre 2005 lors du SMSI en Tunisie est une action non –violente , par exemple , mais qui a été malheureusement vidée de sa substance , sa dynamique dévoyée par les éternels parasites , et qui dans cette affaire ont donné la preuve qu’ils sont consciemment ou pas , ce n’est pas le plus important , les alliés objectif de la dictature.La non-violence est une force évidente , moderne , libératrice et doit être vécue dans tous les domaines , qu’ils soient , culturels , sociaux , politiques , idéologiques ou même économiques. Et tout particulièrement pour lutter contre les injustices et les violences des hommes contre d’autres hommes, dans le cas tunisien qui nous intéresse, la tyrannie de ben Ali contre la très grande majorité du peuple tunisien, et combien même elle aurait sévit contre une toute petite minorité, le problème serait le même. La non-violence se distingue totalement du pacifisme traditionnel qui se contente de condamner la guerre, les formes de violence ect…, mais ne propose pas d’alternatives pour défendre la liberté, la justice et la démocratie lorsque celles-ci sont menacées. Aussi, la non-violence ne saurait être identifiée à une morale pure, une éthique de conviction qui ignore les nécessités de l’action responsable et effective.Le refus de la violence ne signifie pas le refus de l’action bien au contraire, la non-violence se situe et ne peut-être qu’au cœur de l’action, sinon elle n’a plus aucune raison d’être.La non violence n’est pas l’attentisme et la non -résistance, bien contraire c’est la résistance absolue et poussée jusqu’au sacrifice.
L’action de non_violence destructrice pour la dictature tunisienne par exemple ; c’est d’exhorter nos compatriotes de s’abstenir de participer à la violence de ses institutions et prêcher l’insoumission à toutes les directives et les investissements du régime de ben Ali.
L’histoire des luttes non-violentes nous a appris que la non-violence pouvait être une véritable force de résistance. La méconnaissance de ces combats est l’une des raisons qui expliquent que la non-violence n’est pas encore suffisamment prise au sérieux par ceux qui veulent agir efficacement pour la justice. La non-violence n’est pas impuissance ni indifférence. Elle n’est pas inertie, ni force d’inertie. Elle n’est pas résignation à la fatalité. Elle n’est pas acceptation de l’injustice, ni concession, ni accommodement, ni prudente douceur, ni démission craintive, ni flatterie au tyran, ni complicité du silence et de l’inaction, ni tranquillité hautaine, ni désertion devant le combat. Elle défend au contraire sa cause avec une implacable ténacité, avec un mobile provocant, et souvent elle attaque. Jamais elle ne fuit, jamais elle ne recule, jamais elle ne lâche prise, et jamais elle ne frappe. Elle riposte à chaque coup on s’offrant à d’autres coups. Elle riposte aux injures par la réalité des situations. Elle riposte aux accusations de lâcheté par le témoignage de la présence au péril, et de l’endurance dans l’épreuve. Elle riposte aux mensonges par l’inlassable et précise recherche, rétablissement, divulgation de la vérité. Elle riposte aux manœuvres par la rigueur et la droiture. Elle riposte aux risées par une gravité digne. A toute force du mal, elle oppose non une force de même nature, mais une force de nature opposée et qui la compense.
Si la non-violence est une philosophie qui donne un sens à la vie, elle est aussi une force d’action. C’est une sagesse, mais qui doit s’incarner dans une action politique, au cœur du plus impitoyable conflit de notre histoire , celui entre la lumière et les ténèbres , entre l’évolution et la barbarie , entre la haine qui nous réduit en esclavage et notre libération. Elle ne disserte pas sur les injustices, elle les combat. L’action est nécessaire parce que le dialogue, la persuasion et la conviction ne sauraient être des forces de contrainte. Bien entendu, il faut toujours tenter de dialoguer avec conviction, et sans aucune compromission, pour persuader la dictature du bien fonder de la cause que nous défendons. Mais dans le même temps, car l’histoire est ici têtue, il ne faut pas exclure la nécessité d’organiser des rapports de force pour contraindre, à défaut de convaincre, cette dictature de ben Ali qui est responsable de l’injustice.
L’action non-violente en Tunisie est plus que jamais nécessaire, elle trouve son fondement dans l’analyse des situations d’injustice qui oppriment les tunisiens d’aujourd’hui dans leur immense majorité. La force des injustices que nous fait subir la dictature repose sur l’obéissance, la complicité voire l’attentisme et la passivité des citoyens. Cette évidence des causes de l’oppression influe sur les réponses à apporter pour y mettre fin. La justice ne viendra pas tant d’un changement à la tête du pouvoir que du changement d’attitude du peuple responsable de sa propre servitude. Le peuple doit jouer un rôle actif pour se libérer des chaînes qui l’entravent. Il est logique que si on ne donne rien aux pontes et piliers de la dictature tunisienne, à nos despotes et tyrans, si on ne leur obéit point veule ment , aveuglement et lâchement , sans combattre, sans frapper,sans aucune forme de violence , ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien que l’expression de leur propre haine , et déchéance, Si le peuple tunisien a la volonté de retirer son appui à ben Ali , celui-ci perd son pouvoir. De fait, il n’existe plus si personne n’obéit à ses ordres criminels. Soyons tous solidaires et résolus de ne plus servir, et nous serons libres. Nous n’avons même pas besoin de le pousser ou de l’ébranler par la violonce, mais seulement ne le soutenons plus, et il sera déchu. Ainsi, ce n’est pas tant la capacité de violence des oppresseurs qui expliquent l’injustice que la capacité de soumission des opprimés. Aussi longtemps que nous sommes prisonniers de la peur, nous serons nos propres géoliers, les meilleurs du système. Dès lors, l’insoumission des citoyens devient un enjeu décisif pour briser la collaboration avec l’injustice.
Selon le grand Gandhi, Il est impossible au gouvernement même le plus despotique de rester au pouvoir autrement qu’avec l’accord des gouvernés. Il est vrai que le despote s’octroie toujours par la force le consentement du peuple. Mais aussitôt que les sujets cessent de craindre la force du tyran, son pouvoir s’effondre.nous devons obliger la dictature tunisienne à céder aux revendications de la majorité, non par la violence qui serait suicidaire et salutaire pour les criminels du système, mais par la contrainte exercée par tous les tunisiens qui refusent de se soumettre aux lois discriminatoires et illégaux des autorités illégitimes. Le principe fondamental de notre action politique sera basé sur la non coopération de masse avec les lois et les institutions qui servent l’injustice dictatoriale. Parce que l’injustice repose sur des structures et des institutions artificielles et toujours anticonstitutionnelles, l’action non-violente vient combattre ces dernières au cœur, non pas en voulant éliminer les personnes qui commandent ou exécutent les ordres criminels, mais en mobilisant les citoyens de telle sorte que la machine de l’injustice ne puisse plus fonctionner.
Celui qui n’accepte plus de se taire et de se soumettre entre en dissidence avec la dictature responsable de l’injustice, en Tunisie c’est même pire, celui qui est neutre est un suspect potentiel, et il n’est à l’abri d’aucune injustice ou crime. Notre révolte collective contre l’injustice et la violence peut fonder une objection de conscience qui permet à l’homme moral tunisien, au simple tunisien de la majorité silencieuse qui trime dans la peur et le mutisme de vivre en accord avec ses sentiments de liberté et ses exigences de changement. La légitimité de cette démarche est incontestable, et son efficacité politique demeure énorme.
Dans notre pays les positions sont claires, les choix définis et les convictions des uns et des autres établies .Toute action dans le champ politique pose donc la question de la fin et des moyens. L’action est directement en rapport avec une finalité, un objectif à atteindre. Mais c’est précisément au nom de l’idéal annoncé que, bien souvent, tous les moyens sont justifiés, particulièrement ceux de la violence. La cause juste permet tous les excès jusqu’à ne plus voir que la violence mise en œuvre pervertit la justesse de la cause. La fin ne justifie pas tous les moyens, plus précisément la justesse de la fin n’autorise pas l’emploi de n’importe quel moyen pour y parvenir. Nous savons, notamment au vécu sous ce régime totalitaire de ben Ali, que les moyens de la violence ne peuvent construire une société démocratique. L’action non-violente des dissidents sera une action de rupture avec l’ordre totalitaire, c’est-à-dire avec le mensonge des moyens de la violence qui trahissent l’idéal toujours repoussé dans un avenir inaccessible.
Il nous faut donc penser dans le champ politique une action collective efficace qui ne trahisse pas l’idéal de justice. « Il s’agit de servir la dignité de l’homme, écrit Albert Camus, par des moyens qui restent dignes au milieu d’une histoire qui ne l’est pas. On mesure la difficulté et le paradoxe d’une pareille entreprise ». Lorsque l’on a écarté une fois pour toute l’illusion que la violence peut construire une société juste et démocratique, c’est sans doute le défi essentiel auquel nous sommes confrontés. Dans le même temps, il nous faut avoir conscience que l’action non-violente, comme toute action humaine, comporte sa part d’aléatoire. Concevoir une stratégie en accord avec l’exigence morale ne signifie pas pour autant que cette stratégie sera forcément efficace, c’est-à-dire qu’elle atteindra son but. Certes, il s’agit de concentrer nos efforts pour que l’action demeure non-violente tout en étant efficace. Mais quand bien même elle échouerait, l’action violente ne retrouve pas pour autant sa légitimité. Nous ne sommes pas maîtres de la fin à laquelle nous aspirons. Par contre, nous pouvons tenter de maîtriser les moyens que nous utilisons. Le sens de l’action non-violente réside aussi en elle-même dans la mesure où elle est utilisée pour une juste cause. Son échec politique, toujours possible, ne remet pas en cause sa légitimité. Car l’action non-violente interpelle les consciences, suscite le débat et la confrontation des idées. Elle montre qu’une alternative est possible. Elle crée des dynamiques qui, sans être en rapport avec le but immédiat à atteindre, sont autant d’investissement pour l’avenir.