Entretien : Pascal Boniface au pays de l’or noir
Pascal BONIFACE par Claude Lévesque
(Le Devoir - Québec)
Auteur de nombreux essais et articles, Pascal Boniface s'est penché sur la plupart des grandes questions reliées à la politique et aux relations internationales. Des sujets aussi graves que la
prolifération nucléaire, le conflit israélo-arabe et le terrorisme, mais parfois plus légers, comme le sport et la mondialisation.
Le directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (qu'il a fondé à Paris en 1990) était cette semaine l'invité de l'Université de Montréal, où il a prononcé une conférence
sur «la diplomatie du pétrole». On peut se demander pourquoi «l'or noir» demeure au centre des relations internationales à un moment où la nécessité de le remplacer par des sources d'énergie plus
propres commence vraiment à s'imposer dans les consciences.
«Le pétrole pèse toujours d'un poids extrêmement important dans les relations internationales, d'une part parce qu'il y a une tendance à la raréfaction de la ressource et à terme à son épuisement
et, d'autre part, parce que les régions dans lesquelles il est situé sont des zones d'instabilité géostratégique, une instabilité qui augmente plutôt que de diminuer», répond Pascal Boniface en
entrevue au Devoir.
Ajoutons que la compétition pour l'accès aux réserves disponibles est rendue «de plus en plus féroce» par l'entrée en scène de nouveaux consommateurs, et non les moindres puisqu'il s'agit de
l'Inde et de la Chine, et on voit bien que la «pétrodiplomatie» qui a dominé le XXe siècle ne va pas disparaître du jour au lendemain.
«En même temps, on ne peut pas expliquer tous les conflits par le pétrole; on ne peut pas ramener l'ensemble des questions internationales, ou la question du Proche-Orient, ou la guerre d'Irak, à
une simple affaire de pétrole, observe le politologue. C'est un élément important de la croissance économique et de la géopolitique, mais ce n'est pas le seul objet de rivalité internationale.»
Ainsi, M. Boniface ne croit pas que les États-Unis ont décidé d'envahir l'Irak simplement pour prendre le contrôle de ses gisements.
«On voit que les États-Unis ont une présence stratégique très forte au Proche-Orient, qui s'explique en partie, mais pas seulement, par le pétrole; Israël constitue pour eux une autre
considération dans la région. Les États-Unis n'importent plus que 15 à 20 % de leur pétrole du Proche-Orient, car le Venezuela, le Mexique et le Canada sont devenus des fournisseurs plus
importants que l'ensemble de cette région. Il y a donc une sorte de contradiction entre l'augmentation de leur dispositif militaire au Proche-Orient et leur moindre dépendance à l'égard de
celui-ci en termes pétroliers.»
Fini l'«afropessimisme»
En même temps, on observe une rivalité croissante entre la Chine et les États-Unis autour des richesses naturelles, surtout énergétiques, de l'Afrique. La présence des deux grandes puissances
actuelles s'accroît en Angola et dans le golfe de Guinée, tandis que la crise du Darfour ne peut être comprise «si on n'intègre pas la donnée pétrolière», note M. Boniface.
L'Afrique n'est plus le «continent oublié» qu'il a été pendant la décennie qui a suivi l'effondrement de l'Union soviétique et la fin du monde bipolaire, constate le politologue, qui y voit la
raison d'un optimisme prudent.
«Si je suis optimiste pour l'Afrique, ce n'est pas de façon globale mais parce qu'il y a des "succes stories" qui peuvent donner des idées aux autres, précise-t-il. D'une part, on commence à voir
la fin de l'impunité pour les dictateurs du continent, comme l'illustre le procès de Charles Taylor. D'autre part, il y a une société civile africaine qui se développe et qui demande un plus
grand droit de participer. C'est lent, mais ça se développe. On voit apparaître l'alternance dans certains pays démocratiques. [...] Si je dis que je suis optimiste pour l'Afrique, c'est en
réaction à l'"afropessimisme" qui dit que c'est un continent à la dérive. Elle est en retard, c'est clair, mais elle a les moyens d'aller de l'avant: plusieurs grands enjeux de la mondialisation,
en matière de démographie, de protection de l'environnement, de lutte contre les pandémies et de matières premières, passent par l'Afrique.»
Pascal Boniface est moins optimiste en ce qui concerne la stabilité du Proche-Orient et les perspectives de démocratisation dans cette région.
«Être optimiste [dans ce cas] est plus affaire de croyance que d'observation. Alors qu'il y a un accord sur le principe d'une paix entre Israël et les Palestiniens, on s'en éloigne un peu plus
chaque jour sur le terrain. Ce conflit n'est pas le seul facteur, mais il reste la clé de nombreux problèmes de la région. Tant qu'il ne sera pas réglé de façon satisfaisante, le fossé entre le
monde musulman et le monde occidental se creusera», croit Pascal Boniface.
Le politologue cite aussi les inquiétudes qui planent sur le programme iranien, «une menace pour le régime de non-prolifération plus que pour la sécurité de l'Europe ou même d'Israël»,
l'instabilité persistante en Irak, le «risque d'enlisement» pour l'OTAN et les pays engagés militairement en Afghanistan, de même que «l'extrême fragilité du Liban». «Les espoirs de démocratie
dans la région, de même que le rêve des néoconservateurs d'y voir émerger des pays proaméricains, se sont évanouis pour des raisons géopolitiques, dit-il. On voit bien qu'aujourd'hui, quand ces
pays votent librement, ils se tournent vers les éléments les plus antiaméricains.»
Afghanistan : l’OTAN peut-elle gagner la guerre ?
Karim PAKZAD par Eric Benhamou
(La Tribune, )
Les alliés de l'Otan ont décidé de renforcer leurs effectifs, actuellement de 47.000 hommes, dans le pays. La France prend une part active dans ce redéploiement militaire - envoi de 700
soldats supplémentaires, soit 3.000 hommes en tout - qui se veut plus offensif pour " battre les terroristes " et permettre à l'État afghan d'oeuvrer à la reconstruction du pays.
Non : " L'Otan n'est pas organisée pour mener une guerre contre une insurrection " (Karim Pakzad, chercheur associé à l'IRIS)
L'option purement militaire, comme c'est le cas actuellement, est vouée à l'échec. La situation ne cesse de se dégrader et le gouvernement central n'est pas en mesure d'assurer la sécurité, hors
de Kaboul, sinon par le biais des seigneurs locaux, associés au pouvoir, ou par des forces étrangères. Cette situation n'est pas tenable longtemps. Cet échec peut s'expliquer par trois facteurs.
Primo, l'Otan n'est pas organisée pour mener une guerre contre une insurrection, surtout en Afghanistan. Deuzio, le volet économique et social a été dramatiquement sacrifié au profit du
dispositif militaire. L'armée américaine dépense chaque mois 3 milliards de dollars alors que le total de l'aide civile et humanitaire dépasse à peine 200 millions. Non seulement les Afghans ne
profitent guère des fruits de l'intervention étrangère, mais la coalition a laissé se développer les cultures de pavots, fortement criminogènes. Tertio, c'est une erreur d'associer
systématiquement les talibans à Al-Qaida, comme étant l'ennemi à détruire. Loin de constituer un groupe politique homogène, ils font partie de la réalité ethnique d'un pays où toute solution
politique passe nécessairement par un partage ethnique du pouvoir. L'ONU, l'Otan et le gouvernement Karzai tentent d'ailleurs de négocier avec certaines fractions talibanes. Le président Sarkozy
a évoqué, à Bucarest, une "nouvelle approche" de la question afghane. Je redoute que ces propos restent sans effets. Mais il est clair que la coalition ne pourra jamais pacifier le pays sans un
changement radical de politique, en renforçant notamment les autorités afghanes et en impliquant davantage ses voisins dans la recherche d'une solution.
Oui : " L'Occident doit créer les conditions d'un compromis" (Étienne de Durand, Durand, directeur des études de sécurité à l'Ifri)
L'Afghanistan est une région cruciale pour la stabilité et la sécurité internationale et il ne faut pas sous-estimer la menace que représente toujours la nébuleuse d'Al-Qaida. Un statu quo, voire
pire un retrait, signerait de fait une victoire d'Al-Qaida - et une défaite de l'Occident - qui aurait un grand retentissement dans le monde musulman, et des conséquences très dangereuses au
Pakistan, pays doté de l'arme nucléaire. L'Alliance atlantique n'a donc pas le choix : elle doit poursuivre sa mission et renforcer ses moyens. Beaucoup reste à faire : mieux coordonner les
différents acteurs sur le terrain ; alléger les procédures qui régissent l'aide ; assurer la sécurité des transports ; former des cadres locaux et, surtout, redonner un sens et une vision claire
à l'intervention sous mandat de l'ONU, qui ont été largement brouillés par l'intervention américaine en Irak. Il faut, dans les discours, revoir à la baisse nos ambitions : il ne s'agit plus
d'installer une démocratie moderne mais bien de développer les infrastructures et de conforter l'État afghan, en accélérant la reconstitution de l'armée et de la police nationales. Des progrès
ont été faits, notamment sur le terrain militaire : l'armée afghane se bat et se bat bien... mais dans ce pays détruit par trente années de guerre, seule la force armée peut aujourd'hui établir
des rapports de force permettant d'ouvrir la voie au compromis, notamment avec certains insurgés locaux. Le retour à la paix sera un processus long, douloureux, comme c'est d'ailleurs toujours le
cas (Kosovo...). Ce ne sera pas une " victoire " au sens militaire, mais un succès politique partiel, bâti dans la durée.
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Après Fitna voici Schism
Après Fitna la video anti-islam réalisé par le député néerlandais Geert Wilders, voici Schism. Une riposte venue d'Arabie Saoudite terres d'Islam qui associe, sur le même modèle, versets de la Bible et
scènes de violence.
Tout y passe dans un funèbre désordre: massacre de Srebrenica en 1995 (dont furent victimes des Bosniaques musulmans), croix enflammées du Ku Klux Klan dans le sud des Etats-Unis, bavures
de l'armée américaine en Irak, marches orangistes en Ulster, suicide collectif à Jonestown en 1978 à l'instigation du gourou Jim Jones…
Rassurons-nous, l'auteur conclut lui-même que ce film n'est que "foutaise", du même ordre que la video du Néerlandais.
http://www.youtube.com/swf/l.swf?video_id=dGw6rsQ8xHk&rel=1&eurl=http%3A//www.saphirnews.com/Apres-Fitna-voici-Schism_a8750.html&iurl=http%3A//i.ytimg.com/vi/dGw6rsQ8xHk/default.jpg&t=OEgsToPDskJ3uP3aFpAL7_xdO9gq4Jvv&hl=fr