Synthèse du rapport d'étape du CCIF sur l'Islamophobie en France
2005 à 2007
Le CCIF a recensé les actes islamophobes survenus à compter du mois de janvier 2005 jusqu'au mois de décembre 2007.
La tendance notable de l'année 2005 est une baisse dans le nombre d'actes islamophobes. Rétrospectivement aux années 2003 et 2004, on enregistre une baisse de plus de 50% avec 79 cas recensés, baisse qui se confirme durant l'année 2006.
La régression des actes islamophobes durant les années 2005 et 2006 n'est certainement pas sans lien avec une régression générale du nombre d'agressions violentes en France.
Cette orientation à la baisse est continue dans le cas des actes visant les institutions car cette diminution se prolonge toujours en 2007 et peut s'expliquer par une réaction forte et une condamnation claire suite aux différentes dégradations de mosquées et aux nombreux cimetières profanés (qu'ils s'agissent de cimetières juifs ou musulmans).
En revanche, l'année 2007 quant à elle dénote une progression des actes à l'encontre des individus car ceux-ci progressent de 20% (avec 65 actes visant les individus) par rapport aux deux années précédentes stables avec 53 et 54 actes à l'année.
Il est à noter que les formes que prend la discrimination envers les musulmans ont évolué durant ces dernières années pour s'institutionnaliser et toucher l'essentiel des secteurs de la société, que cela soit le monde du travail, les services de l'Etat en passant par les loisirs et les services à la consommation.
L'année 2005 connaît un plus grand nombre d'actes islamophobes en fin d'année, plus précisément à partir de septembre et en novembre, ceci étant certainement lié aux attentats de Londres qui ont eu lieu durant l'été et aux émeutes qui ont touchées Clichy-sous-Bois fin octobre.
La fin de l'année 2007 est marquée par une recrudescence des actes essentiellement à partir de la rentrée scolaire suite à de nombreuses directives dans certaines écoles imposant des repas non conformes aux prescriptions religieuses des enfants musulmans, et refusant le droit aux mères d'accompagner les sorties scolaires en dépit de la délibération de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité en date du 14 mai 2007 condamnant ces dernières pratiques.
Le Collectif dénombre pour cette période 221 actes islamophobes dont 172 visant les individus et 49 visant les institutions ou représentations de l'islam dont 25 mosquées dégradées et 2 cimetières vandalisés avec plus de 50 tombes profanées.
Tableau récapitulatif des actes islamophobes 2005 :
Tableau récapitulatif des actes islamophobes 2006 :
Tableau récapitulatif des actes islamophobes 2007 :
L'analyse du statut des auteurs et des victimes d'actes islamophobes fin 2004 permettait de repérer rapidement et de manière flagrante un idéal-type de l'acte islamophobe tourné vers les individus. Il s'agit d'une discrimination commise par une institution publique (62 % des cas) dont serait victime une femme voilée (81 % des cas).
Les trois grands types d'auteurs d'actes islamophobes restent les services publics, les institutions privées et les individus.
Dans la première catégorie, les trois champs les plus représentés sont les administrations, l'enseignement (de l'école maternelle à l'université) et les entreprises publiques (essentiellement les centres de formation professionnelle). Les institutions privées sont multiples. Elles sont médicales, commerciales et de loisirs. Enfin, les individus regroupent autant les violences verbales que les violences physiques.
L'analyse actuelle montre une évolution du champ de l'Islamophobie qui reste majoritairement le fait de services publics dans son ensemble, prés d'un acte sur deux (21,5% les administrations, 29% les écoles et 4,5% les universités), mais qui se développe de plus en plus dans le monde du travail qui représente 29% des actes visant les individus en 2007 alors qu'il était marginal en 2004. En effet, l'appartenance à l'islam est de plus en plus souvent source de harcèlement et une cause de licenciement dans le monde de l'entreprise, en témoignent la mise à l'index de salariés considérés comme vulnérables et susceptibles de constituer un danger, de nombreuses fausses accusations de financement du terrorisme ou de prétendus liens avec Al-Qaïda. Pour exemple, l'affaire dite « des bagagistes de Roissy » a démontré que le fait d'être musulman pratiquant pouvait constituer pour les services préfectoraux un critère de dangerosité et justifier le retrait de l'habilitation permettant à ces salariés de travailler en zone réservée aéroportuaire. Il apparaît clairement que de l'appartenance réelle ou supposée à une religion, ici l'Islam, découle une présomption de culpabilité.
Au-delà des discriminations pour l'accès au logement ou à l'emploi, une interprétation excessive des lois conduit à des comportements islamophobes comme en attestent les nombreux cas de refus d'accompagnement scolaire opposés aux mamans portant le voile, sous couvert d'application de la loi du 15 mars 2004 alors qu'elle s'applique uniquement aux élèves de l'enseignement primaire et secondaire de l'enseignement public. Ce qui a été confirmé par la délibération de la HALDE. Cette revendication d'espace laïque concernant les écoles a incité plusieurs écoles à contraindre les enfants de confession musulmane à consommer de la viande contre le gré des parents.
Globalement, les actes islamophobes ont toujours pour cible privilégiée : la femme voilée qui cristallise toutes les peurs et tous les fantasmes. En effet, 76% des cas recensés visent une femme portant le voile victime d'abus ou de déni de droit de la part des services de l'état (majoritairement l'école qui refuse aux mères voilées d'accompagner les enfants, les mairies qui refusent de marier des femmes voilées, l'accès aux services de formation type GRETA et aux universités). Du reste, 89% des actes imputables aux services publics ont pour victime une femme voilée.
Cette tendance au rejet de l'Islam et des musulmans trouve un développement récent dans les commerces et les loisirs : qu'il s'agisse de banques refusant d'ouvrir des comptes aux femmes voilées ou aux associations musulmanes ; d'auto-écoles contraignant leurs clientes à ôter le voile pour suivre les cours de code, et/ou passer les examens de code et conduite pratiques qui sont aussi le fait d'inspecteurs de conduite - ; ou de centres de remise en forme qui n''acceptent pas les femmes voilées.
« Malgré tout ce que la France a fait pour eux les fils d'immigrés islamiques la haïssent. C'est comme çà dans leur culture. ... Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s'identifient à l'Islam.» Alain Finkielkraut, philosophe, extraits d'un reportage de 6 pages dans le supplément hebdomadaire de Haaretz daté du 18 novembre 2005.
« Les Français voient l'usine qui se démonte, la mosquée qui s'installe et leur porte-monnaie qui se vide. » Philippe de Villiers, qui explique la conjoncture économique par les délocalisations, la baisse du pouvoir d'achat et ... les Musulmans en France, Le Figaro, 13 mars 2005.
Les données présentées ici ne prennent pas en compte l'islamophobie intellectuelle qui représente une source importante d'entretien et de développement du sentiment islamophobe et de la création des fantasmes et des peurs. Ce point sera traité en détail dans le prochain rapport du CCIF.
Conclusion
Alors que le Président de la République multiplie les discours sur le rejet des racismes et des discriminations, et que le gouvernement réaffirme chaque semaine sa volonté de lutte contre ces fléaux, nous observons que l'islamophobie tournée vers les individus a pour origine principale les services publics, c'est-à-dire des agents ou des administrations qui représentent l'Etat. De même, la protection des femmes, notamment leur situation dans les territoires précarisés est une thématique qui a largement mobilisé intellectuels, médias et pouvoirs publics. Cependant, il est rarement question dans la définition des victimes, de ce que vivent les femmes portant le voile. Elles apparaissent exclusivement, quand elles ont la parole, comme des figures négatives, comme les façades d'une entreprise souterraine de déstabilisation de nos institutions républicaines. L'observatoire les montre sous un autre angle. Celui des principales victimes de l'islamophobie interpersonnelle en France : plus de 80 % des cas recensés en janvier 2005 et décembre 2007. Elles sont au coeur de cette discrimination dont les auteurs utilisent ou détournent souvent des « lois » ou « circulaires » pour légitimer leurs pratiques discriminatoires.
Ce phénomène qui progresse partout en Europe et dans le monde a été dénoncé au niveau Européen comme le montre les rapports RAXEN ainsi qu'au niveau mondial par les Nations Unies, à travers ses rapporteurs spéciaux.