Cette omission, cet évident manque de rationalité, cette absence totale de liens logiques, ne se sont pas construits par hasard. Ils sont conformes à une idéologie dominante et si on pourrait être amenés à dédouaner Kéchiche de sa responsabilité individuelle dans la propagation de cette idéologie dominante tant cela procède d’une mécanique complexe, il est surtout important de comprendre que ceux qui la font fonctionner sont autant manipulateurs que manipulés. Ils manipulent d’ailleurs d’autant mieux qu’ils sont eux-mêmes manipulés et inconscients de l’être[9].
Cette manipulation est, notamment, irriguée par une idéologie mise en place au nom du féminisme.
Les violences des « mecs de cité », des « jeunes de banlieues », sont médiatisées, dramatisées et instrumentalisées tandis que d’autres violences, plus systémiques, qui touchent toute la population française mais plus particulièrement et plus spécifiquement les plus précaires, et donc ces mêmes habitants des banlieues, sont euphémisées, minimisées voire niées. Le chômage, la précarité, le racisme sont de ces autres violences[10] qui acculent le personnage de Slimane. C’est pourtant la violence symbolique de son propre fils (sa lâcheté et, du coup, le fait qu’il se désolidarise des siens) et la violence de « petits voyous » des jeunes de sa cité qui seront présentées comme fatales à Slimane.
Une lecture de la fiction de Kéchiche envisagée avec les relents les plus prégnants de l’idéologie dominante est d’autant plus évidente quand on prend en compte à quel point tous les rôles féminins sont positivés. Leur rôle est principal et cette posture d’héroïne ne s’écrit pas uniquement au creux de La Graine et le Mulet, elle est écrite par avance : les discours politiques et médiatiques, parés dans une posture féministe, ont assignés à la jeune maghrébine un rôle convenu, celui de l’héroïne.
Comme le montre Nacira Guénif Souilamas[11], les filles d’immigrés maghrébins sont victimes de leur succès. Plébiscitées (sauf quand elles sont voilées, et, assurément, point de voilées dans La Graine et le Mulet), on s’évertue à nous les figurer recelant des ressources cachées (Rym, de son acharnement à porter le projet de Slimane à sa danse du ventre, en est la plus forte incarnation).
En illustrant au cœur de sa fiction un imaginaire déjà développé par un certain féminisme allié au républicanisme (celui, entre autres, des Ni Putes Ni Soumises)[12], Kéchiche retend la fracture entre deux camps : le camp de la beurette et le camp du garçon arabe.
Sans même parler de la caricature grossière des jeunes voleurs de mobylette, on peut voir à quel point le portrait du fils volage de Slimane participe au tableau désormais entendu de la stigmatisation du garçon arabe : tandis que les filles, toutes sans exception, sont du côté du père, le bon travailleur immigré honnête et méritant, le fils et, non seulement, un « salopard » dans le privé mais, de surcroît, un fumiste au travail.
Il travaille dans le tertiaire et il y travaille mal : peu consciencieux, tandis qu’il doit assurer une visite guidée à bord d’un bateau, il quitte son poste, laissant une collègue dans l’embarras, pour aller faire l’amour à une maîtresse dans la cale. Ceci va tout à fait en opposition avec le père dans son rôle de travailleur soigneux possédant un véritable savoir-faire. Le gendre de Slimane est le seul garçon qui échappe à ce discrédit mais c’est au prix de marcher sur les pas du beau-père, le bon gars de « la première génération » : il occupe le même poste, sur le même chantier, et comme le fait remarquer son épouse, il « ferme sa bouche » devant le patron.
En relayant ces discours néo-coloniaux[13] et en les illustrant si nettement, Abdellatif Kéchiche ne fait pas seulement du tort aux « garçons arabes » mais également à celles qu’il croit encenser à juste titre. D’abord parce que, comme pour les garçons stigmatisés, en nourrissant un prêt-à-penser qui existe autour des « beurettes », on leur refuse, du même coup, une identité individuelle.
Ensuite, parce que si elles sont touchées par la violence qui entraîne la relégation sociale de « leurs » hommes (on le voit pour toutes les femmes qui entourent Slimane), elles sont, aussi et non moins, touchées par la stigmatisation et le racisme qu’on pratique sur le dos de « leurs » frères.
Un autre tort reste à envisager : en offrant, même par la voie de la fiction, de l’eau au moulin de ce féminisme d’Etat[14] qui ne peut s’élaborer sans la stigmatisation de « nos » garçons, Kéchiche réaffirme, aux yeux des hommes ainsi stigmatisés, une identité sur mesure qui entend tout comportement violent ou sexiste comme un fait de classe, un fait quasi naturel chez les arabo-musulmans. Qui s’en voit victime ? Les femmes, encore.
Enfin, quand le féminisme officiel sert si bien le racisme, quel exutoire reste-t-il à ces filles à la fois victimes du sexisme et du racisme ? Soit elles renient leurs parents et leurs frères, soit elles n’ont plus qu’à nier les violences sexistes dans le but de préserver les hommes suffisamment accablés et stigmatisés, soit, et ce n’est pas sans difficulté, elles n’ont d’autre choix que de resignifier le féminisme en y articulant sans relâche une lutte contre le racisme et une lutte contre le sexisme[15].
La distinction faite par Kéchiche entre les filles et les garçons issus de l’immigration se fait probablement en toute innocence et assurément en toute bonne foi. Cette volonté de rendre hommage aux femmes d’origine maghrébine ne correspond pas nécessairement à la volonté de « tirer le bon filon » mais, à si bien s’inscrire dans l’air du temps, il ne semble pas conscient du tort qu’il fait, aussi, à ces femmes. Sur les femmes, Diderot écrivait en 1772 :
« Si j’avais été législateur (…), je vous aurais affranchies, je vous aurais mises au-dessus de la loi ; vous auriez été sacrées, en quelque endroit où vous vous fussiez présentées. »
Merci Monsieur de tant de grâces, mais comme le souligne Saïd Bouamama[16] :
« Au-dessus des lois plutôt que dans la loi, voilà une excellente façon d’exclure des droits politiques tout en « valorisant » la prétendue spécificité féminine. »
D’une autre manière, Kéchiche aussi, à travers la génialité de ces personnages féminins, prétend à une spécificité féminine. Cette spécificité a beau nous sur-positiver, elle ne se fait, malgré tout, qu’au prix d’une distinction nette aux frais de « nos » frères et nous exclut, par là même, de leurs luttes. Les filles d’origine maghrébine constitueraient en quelque sorte la vitrine acceptable avec le monde extérieur, le monde blanc, tandis que les garçons ne se feraient remarquer que par leur brutalité.
On me rétorquera qu’on a bien le droit de raconter l’histoire que l’on veut, la fiction étant le champ de tous les possibles. Sauf que là, le champ des possibles est curieusement bien rétréci…
Un film n’est jamais un objet désincarné, en suspens. Il s’ancre fatalement dans le sens que les spectateurs peuvent lui donner, et le sens qu’ils peuvent lui donner se fabrique, aussi, par rapport aux récits contemporains, autre que cinématographiques, dont ils sont imbibés (la télévision et les médias en général, les discours politiques et leur storytelling[17], etc.).
Chaque spectateur voit également le film en l’inscrivant dans sa filmothèque, en regard avec tous les autres films qu’il a pu voir : mais dans ce cas, là encore, combien de films a-t-il pu voir proposant l’histoire singulière d’un arabe pour tant d’autres l’assignant uniquement à des rôles de délinquants ou de subordonnés ? Mais encore, combien de films qui humanisent, surhumanisent et super-héroïsent des blancs en regard de celui-ci ?
Je n’accuse pas Abdellatif Kéchiche d’être un « vendu », d’avoir consciemment fait des concessions afin d’obtenir un financement puis l’acclamation de la critique. La réponse par la question du financement est trop simple, trop grossière.
Cela procède, à mon avis, de processus beaucoup plus inconscients, de processus d’imprégnation. Mais, de fait, ce que l’on observe c’est que, quand bien même Abdellatif Kéchiche n’aurait fait aucun compromis, aurait été intègre, aurait réalisé son histoire, on ne peut que constater que la singularité, que lui concède unanimement la critique, est en conformité, qu’il l’ait voulu ou non, avec le grand récit idéologique du moment.
Ce n’est peut-être pas sans lien avec cette conformation qu’on a pu constater à quel point la critique cinématographique a généralement acclamé et soutenu le film et que celui-ci a reçu, à ce jour, le prix Delluc ainsi que le prix spécial de la Mostra de Venise. Si la critique apprécie généralement l’ambivalence et la souligne particulièrement pour ce film dans un y a des méchants partout salutaire qui vient soutenir la fabrication d’un Tous égaux ! artificiel, elle comporte malgré tout un point aveugle : si elle encense tant l’ambivalence (le fameux tout n’est pas tout noir ou tout blanc), elle ne remarque d’aucune façon que les jeunes hommes représentés dans le film ne portent en rien cette ambivalence. Ce point, plutôt qu’aveugle, est tout simplement aveuglé par le récit national sur les garçons d’origine maghrébine.
Dans Femmes, Race et Classe, Angela Davis s’intéresse de près à une œuvre de fiction et à son retentissement :
« Une des œuvres les plus populaires de la littérature abolitionniste fut La Case de l’Oncle Tom, de Harriet Beecher Stowe, roman qui rallia à la cause anti-esclavagiste un grand nombre de gens – et plus de femmes que jamais. Abraham Lincoln dit un jour de Harriet Stowe qu’elle était à l’origine de la Guerre de Sécession »
Il est évident que le dernier film de Kéchiche et le roman de Stowe n’appartiennent pas à la même Histoire. Malgré tout, une comparaison me semble envisageable, leurs succès ayant, notamment, reposé sur la confortation d’une idée dominante, à leurs époques respectives :
« Mais l’immense succès que connut son livre ne doit pas faire oublier qu’il offre une image complètement déformée de la vie des esclaves. Le principal personnage féminin n’est qu’une parodie des femmes noires, une transposition naïve de la figure maternelle, exaltée par la propagande culturelle de l’époque. Eliza est l’incarnation de la maternité blanche, mais sous un visage noir, ou légèrement noirci, parce qu’elle est « quarteronne ».
Peut-être Harriet Stowe souhaitait-elle que les lectrices blanches de son roman se reconnussent en Eliza. Elles admiraient sa moralité chrétienne, son infaillible instinct maternel, sa douceur et sa fragilité : les femmes étaient incitées à cultiver ces vertus. »
L’évertuement du personnage d’Eliza et la diabolisation des jeunes hommes d’origine maghrébine dans La Graine et le Mulet peuvent être posés en miroir puisqu’ils répondent tous deux aux exigences de ce que leur époque croit bon et vertueux.
« Si elles ont jamais existé, les Eliza ont fait figure d’exception parmi les femmes noires. Elles n’étaient en aucun cas représentatives de celles qui travaillaient sous le fouet, subvenaient aux besoins de leur famille, la protégeaient et luttaient contre l’esclavage ; ces femmes qu’on frappait, qu’on violait, mais qui ne se soumettaient jamais. »
« Quand Harriet B. Stowe publia La Case de l’Oncle Tom, le culte de la maternité était à son apogée. Dans la représentation qu’en faisaient alors la presse, la littérature populaire et même les tribunaux, la femme idéale et la mère idéale ne faisait qu’un. »
Comme dans le cas de La Case de L’oncle Tom, le succès public et l’approbation de la critique ne doivent pas faire oublier que La Graine et le Mulet offre une image déformée, ou plutôt, déjà cadrée, du garçon arabe. Le fils coureur ou les garçons voleurs ne sont qu’une parodie du jeune homme d’origine maghrébine, une transcription naïve de la figure du garçon arabe, exaltée par la propagande culturelle en œuvre actuellement.
Par sa propension au réalisme, ce film fait déjà effet de témoignage. Espérons que l’Histoire ne lui donnera pas, comme cela a été le cas pour d’autres fictions, valeur de témoignage. Le recul historique nous montrera peut-être ce que les critiques d’aujourd’hui n’ont pas vu, comme cela a déjà été le cas dans l’histoire du cinéma. Tout ce que l’on peut espérer c’est que ce film vieillisse mal : de nouvelles questions émergeront peut-être bientôt, des films à venir en montreront peut-être les limites.
Mais pour l’instant, à la mesure du néant qui existe aujourd’hui dans le cinéma français pour ce qui est de la représentation de la réalité des familles issues de l’immigration post-coloniale, ce film, notamment par sa sincérité, fait figure de première fois. Espérons qu’il se verra bientôt supplanté par bien d’autres films et qu’il nous fasse au plus vite la même impression de nouveauté que nous fait aujourd’hui L’Arrivée d’un train à La Ciotat[18].
On ne décidera pas si, par un telle assujétion aux discours dominants, Harriet B. Stowe ou Abdellatif Kéchiche ont souhaité obtenir plus de crédit auprès de leurs lecteurs/spectateurs blancs, mais on notera qu’ils ont, en tout cas, réussi à les toucher. Et si Kéchiche ne relancera sûrement pas une nouvelle Guerre de Sécession, il aura au moins partagé avec Stowe la même cible : les femmes. Avec La Graine et le Mulet, il flatte à la fois les femmes d’origine maghrébine qui se voient ici hyper positivées, mais également un certain féminisme qui se réjouira de voir ses certitudes confirmées puisqu’il a pour ennemi le garçon arabe, nouveau fléau de la modernité[19].
À la sortie de La Graine et le Mulet, la diabolisation du garçon arabe a atteint, on l’espère, son apogée. La représentation qu’en font les médias, les fictions populaires[20] et même les tribunaux, construit et réduit le « garçon arabe » aussi injustement que l’envisage Kéchiche : un voleur de mobylette inconscient et irresponsable.
S’ils ont jamais existé les trois jeunes voleurs de mobylette font figure d’exception parmi les garçons de cité. Qui a vécu en cité ne peut que noter le peu de crédibilité de la scène finale. Qu’on lui pique la mobylette qu’il laisse sans attache au bas de son immeuble : d’accord. Mais que les gamins fassent preuve de sadisme envers ce vieil arabe et que, surtout, ils ne la lui rendent pas la mobylette une fois qu’ils voient la tête de la victime de leur forfait, ça n’est pas pensable.
Ça n’est pas pensable parce qu’on a beau être des « sauvageons », « des hordes de barbares », de la « racaille » ou encore « des bandes ethniques », on se connaît et on se reconnaît dans une cité. Si Slimane n’habite plus la cité, il l’a sûrement habité tandis qu’il vivait avec sa femme et, de toute façon, sa fille, son fils et son ex-femme l’habitent encore. C’est peut-être un secret que nous nous sommes bien gardé mais, qu’on se le dise, on ne fait pas ça aux « darons[21] ».
Ces trois « garçons de cité » ne sont en aucun cas représentatifs de ceux qui ont su, à plusieurs reprises, interpeller une société entière et qu’on étouffe sous des couvre-feux et qu’on châtre en décrétant l’état d’urgence, tous ceux qui, mieux qu’ailleurs, ont à porter, plus qu’ailleurs, le rôle de « grands frères » qu’on leur a, bon gré mal gré, assigné ; ces garçons qu’on stigmatise, qu’on discrimine, qu’on soumet au harcèlement policier mais qui ne se soumettent pas et qui, contrairement à l’interprétation de Kéchiche, ne sont pas ceux qui ont poussé nos pères immigrés jusqu’à l’épuisement.
L’épuisement de nos pères immigrés c’est le travail à l’usine des années durant, le travail dans le Bâtiment ou sur le chantier naval, c’est le manque de fric, c’est le mépris du patron, c’est la honte d’être qui on est, de parler le français qu’on parle, de pratiquer la religion qu’on pratique, de porter le nom qu’on porte, d’avoir la gueule qu’on a. L’épuisement de nos pères immigrés c’est de n’avoir jamais cessé d’être rappelés à l’ordre sur la manière dont ils éduquent leurs enfants, dont ils traitent leurs femmes, dont ils travaillent (le fameux « travail d’arabe ») ou encore sur la manière de pratiquer leur religion. L’épuisement de nos pères immigrés vient de tout ce qu’ils ont dû taire et de tout ce que l’on a dit à leurs dépens.
[1] Plus qu’une couleur, j’entends par « blanc » une catégorie sociologique. Cf Le Mal-être Blanc, Pierre Tevanian, www.lmsi.net
[2] Film de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila, sortie le 27 septembre 2006
[3] « cheveux blancs » en arabe dialectal, désigne les vieux immigrés maghrébins
[4] Premier film d’Abdellatif Kéchiche, sorti en 2001
[5] « Je suis une bande ethnique à moi tout seul », Du cœur à l’Outrage, La Rumeur (feat. Serge Teyssot Gay), Discograph La Rumeur Records, 2007
[6] Sur cette question cf. le n°39 « Une vieillesse illégitime » de la revue du Gisti, Plein Droit.
[7] Cf. chapitre 3, « La métaphore mémorielle », de La République du Mépris, Pierre Tevanian, La Découverte, 2007.
[8] Sadri Khiari, Pour une Politique de la Racaille, Textuel, 2006.
[9] Sur le même principe mais à propos de la censure cf. Sur la Télévision, Pierre Bourdieu, Raisons d’Agir, 1996.
[10] Stop quelle violence ? Sylvie Tissot, Pierre Tevanian, L’Esprit Frappeur, 2001
[11] Des beurettes, éditions Grasset & Fasquelle, 2000.
[12] « Ni pute, ni soumise ou très pute, très voilée ? Les inévitables contradictions d’un féminisme sous influence » de Nacira Guénif Souilamas, Cosmopolitiques n°4, juillet 2003.
[13] Ces postures sont néo-coloniales en ce sens que, comme « au temps des colonies », il s’agit pour les autorités de « monter » la femme maghrébine contre les siens, de la désolidariser de leur lutte. Cf. « De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniales de la cause des femme », Houria Bouteldja, www.lmsi.net
[14] « Bilan d’un féminisme d’Etat. Récupérations féministes et régressions politiques. », Sylvie Tissot, Femmes, étrangers : des causes conccurentes ?, Plein Droit, La Revue du Gisti, n°75, décembre 2007.
[15] « La confiscation et l’instrumentalisation de la cause des femmes issues de l’immigration : Ni Putes Ni Soumises », intervention de Fatima Ouassak lors du Parlement de l’anticolonialisme et contre le racisme, 2006. Voir aussi le travail entamé par le Collectif des Féministes Indigènes.
[16] J’y suis, J’y vote ! Saïd Bouamama, L’Esprit Frappeur, 2000.
[17] Cf. Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Christian Salmon, La Découverte, 2007
[18] Film des frères Lumières, tourné en 1895, qui a eu un impact particulièrement durable étant donné son effet inédit à l’époque.
[19] Cf. Les Féministes et le Garçon Arabe, Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé, La Tour d’Aigues, Edition de l’Aube, 2004
[20] J’entends notamment par « fictions populaires » le storytelling et ses néologismes (la « voyoucratie »), mais aussi ces chansons qui se sont retrouvées, il y a peu, propulsées en haut des charts : Koxie, Gare aux Cons, qui met en garde les jeunes filles contre ces garçons qui ont « un sérieux problème d’éducation », et qui désignent explicitement, notamment par son clip, les garçons noirs ou arabes et leur parler racaille ou encore diverses parodies de Michaël Youn tournant au ridicule les codes de la culture Hip Hop. J’englobe également sous l’intitulé « fictions populaires » l’affaire dite du « RER D » qui, loin d’être vraie, confortait tant le délire français sur le nécessaire sexisme et antisémitisme des « garçons arabes » que sa vraisemblance a suffi pour emporter le « délit imaginaire » de Marie L. dans le déferlement médiatique que nous avons connu suite à son témoignage. Cf. l’appel Marie n’est pas coupable ! Pour une lecture politique de « l’affaire du RER D », www.lmsi.net
[21] Mot d’argot désignant les pères ou les parents