actualité afrique À qui profite la hausse ?
JEAN-DOMINIQUE GESLIN
Alors que le baril de brut flirte avec les 100 dollars, l’Afrique doit s’acquitter d’une facture énergétique de plus en plus lourde. Dirigeants des pays producteurs, majors, traders, raffineurs et
distributeurs s’enrichissent. Quant aux consommateurs, ils paient l’addition pour un carburant bientôt hors de prix.
De Casa à Bangui en passant par Ouaga, la hausse des prix des produits pétroliers fait mal. Pour les « déflatés », les « conjoncturés » et, plus généralement, pour le commun des mortels, le nouveau
fléau, c’est l’inflation… Au Maroc, au Sénégal, des manifestations, parfois violentes, éclatent au gré de l’envolée conjuguée des prix du kilo de blé et du litre de super. Le 8 novembre, dans la
petite ville mauritanienne de Kankossa, un manifestant a même été tué lors d’un affrontement avec la police.
La flambée des hydrocarbures n’épargne pas non plus les pays producteurs. À Lagos, Brazza ou Luanda, les ménagères, qui ont du mal, elles aussi, à faire bouillir la marmite, trouvent que la
redistribution des revenus du brut reste très inéquitable.
À titre d’exemple, une compagnie comme Total Gabon, dont le bénéfice a atteint 326,4 millions de dollars en 2006, a décidé l’an dernier de redistribuer 202,5 millions de dollars sous forme de
dividendes à ses actionnaires. Un magot à répartir entre le groupe français (58 % des parts), l’État gabonais (25 %) et quelques opérateurs privés détenteurs de 17 % du capital de l’entreprise. Ces
happy few, qui ont tout de même touché une trentaine de millions de dollars au terme de l’année écoulée, pourront faire leurs courses de Noël à Johannesburg, Paris ou Dubaï, tandis que les autres
devront se contenter de ce qu’ils trouveront sur les étals du marché de Mont-Bouët à Libreville. Bref, sur le pactole redistribué par Total, seulement le quart parviendra - indirectement, à travers
les services publics financés par l’État - au citoyen. Encore cette compagnie fait-elle preuve de transparence, au regard de l’angolaise Sonangol ou de la Nigerian National Petroleum Corporation,
toutes deux réputées pour leur opacité.
Quant à l’automobiliste de Libreville ou de Pointe-Noire, il a beau vivre dans un pays pétrolier, il ne paiera pas l’essence moins cher pour autant. Si les majors empochent l’essentiel des
bénéfices réalisés sur les exportations, les consommateurs doivent encore payer les intermédiaires - importateurs, raffineurs, distributeurs - qui, eux, facturent le super ou le gasoil au prix
fort. À qui donc profite la hausse ? En tout cas, pas aux Africains.
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Manœuvres militaires communes
par CHERIF OUAZANI
Occultées par la visite à Alger de Nicolas Sarkozy, les manœuvres militaires algéro-libyennes, qui ont eu lieu les 1er et 2 décembre dans le désert libyen, sont passées largement inaperçues.
C’était pourtant les premières du genre. Des moyens considérables ont été déployés : quatre bataillons de part et d’autre, impliquant l’infanterie, l’artillerie, les blindés, les troupes
aéroportées, les hélicoptères de combat… Une véritable armada.
Baptisé Issine 2007, l’exercice a été supervisé par les chefs d’état-major des deux pays, les généraux Ahmed Gaïd Salah (Algérie) et Abou Bakr Younes Djaber (Libye).
C’est dire l’importance qui lui est accordée, à Alger et à Tripoli. L’instabilité qui prévaut actuellement dans la région (Mali, Niger, Tchad) n’est pas seule en cause. Car la bande sahélienne est
devenue le lieu de passage obligé de nombreux trafics, du tabac aux armes en passant par toutes sortes de drogues (cannabis marocain ou cocaïne colombienne). Sans oublier cette forme de traite des
êtres humains que constitue l’immigration clandestine. Le plus souvent, contrebandiers et passeurs sont mieux équipés (armes, véhicules) que les policiers censés les traquer.
Ces dernières semaines, une nouvelle menace est apparue dans la zone à cheval sur la frontière entre les deux pays : le ralliement du Groupe islamique combattant libyen (GICL) à Al-Qaïda. La
nouvelle a été annoncée le 20 septembre par Aymen Zawahiri, le numéro deux de la nébuleuse islamiste. Dès le 8 novembre, l’aéroport de Djanet, une ville touristique du Sud algérien, située à une
trentaine de kilomètres de la frontière, a été la cible d’un mystérieux attentat. Venus de Libye, les assaillants ont repassé la frontière aussitôt après.