Un danger perfide et pernicieux, menace en profondeur la société tunisienne dans son ensemble. Le danger mortel de la résignation, du refus de l'effort et de la résistance face aux abus, et à l'arbitraire. .l'incapacité de fournir cet effort et de résister génère une incapacité à se remettre en question et à choisir le progrès et l'excellence, et c'est ainsi qu'on s'installe dans la facilité, le dégoût de soi, le mépris des autres, et dans l'acceptation de la décadence le risque de voir à l'avenir, si aucune perspective politique honorable, ne s'impose à la nation Tunisienne , émerger une société bipolaire, deux classes bien distinctes, celle des rentiers par la spéculation et les détournements, supportés par des citoyens explétifs, sans aucun statut propre et définit par les codes, le droit et les institutions, ceux qui font juste de la maintenance dans leur propre pays, et qui ont un statut précaire en tout, à la merci de l'offre et de la demande des "ayants droits", improductifs et au sommet de la pyramide. Et les autres, les plus nombreux, l'extrême majorité qui a perdu l'espoir et la capacité de se réinsérer, et qui, désocialisés puis déstructurés, constituent une classe d'exclus, parias d'un nouveau genre, qui forcément, et dans tous les cas de figure tireront toujours le pays, malgré eux, vers le bas.
La détresse et la misère sont aujourd’hui beaucoup plus importante que jamais, prudes, honteuses, plus cachées que l’on ne pense. Des milliers et des milliers de citoyens laissés à l’abandon et à eux-mêmes, prostitués, mendiants, vagabonds, SDF, grands malades, sans aucune ressources ; enfants des rues, citoyens déchus, laissés pour compte de libéralisme sauvage, et de pillage scientifiquement organisé, jeunes chômeurs pour la vie, justes en quête de dignité. Tous, aussi différent que puisse être leur histoire, leur passé, leur parcours, ont la même angoisse de la vie sous la dictature, et partagent le même sentiment de certitude et d’abandon.
Ce genre de délire pamphlétaire assistentiel, où il s’agit avant tout d’abattre les idoles, et de jouir de la désertification d’un débat pipé d’avance, ne peut avoir de sens, que s’il est soutenu par des idées, des réponses, des propositions et des réformes. Que pouvons retenir de ce genre dépiautage en vase clos, sinon que ce genre de politique totalisante, a vidé et morcelé tout l’argumentaire d’une unité d’action vitale, pour prétendre ébranler un tant soi peu la dictature.
La pénétration dans ces politiques définies, la politique non totalitaire, de la majorité des oppositions non reconnues, de la tentation de l’isolationnisme, du renfermement sur soi, de la prétention à un leadership virtuel, a induit, dans leurs modes de communications, et même de pensée, les écrivaillons, et les écrivailleuses, démolisseurs, aux modes de pensée compartimentés, de réputation et de tendances, véritablement mythomanes et pusillanimes, rien que pour une sorte de plaisir malsain et jouissif, puisqu’en fin de compte ils ne solutionnent et ne répondent à aucune question aussi simpliste soit-elle.
Puis, dans cette opposition non reconnue, où les vieux antagonismes idéologiques se sont affaiblis sous les coups de la dictature, le débat politique s’est vidé des grandes idées aux profits d’objectifs plus terre à terre imposée par l’urgence et les priorités.
Ainsi, on se trouve à la fois :
- Dans le desséchement et la sclérose d’une politique hardie qui n’arrive pas à concevoir les nouveaux problèmes qui la sollicitent ;
- Dans un manque de cohésion suicidaire, dans la pléthore d’une politique qui englobe les problèmes multidimensionnels, mais les traite de façon compartimentée, disjointe,
- Dans la dégradation d’une stratégie politique qui se laisse dévorer, manipulée par des experts en désespérance, des inquisiteurs, et toujours par une déviance politique qui ne repose sur rien, et pis qui ne s’engage en rien.
Actuellement dans l’espace politique tunisien, les effets néfastes que la congestion, des apprentis sorciers, des groupes de pression, et de cette jacquerie réactionnaire, exerce sur la démobilisation des énergies, peuvent aller jusqu’à la tragédie, et il ne serait pas étonnant de voir un dictateur vraiment à 99,96% de voix.
Un ancien ministre de Mitterrand disait « quand on est au gouvernement, on ferme sa gueule ! »
Quand on se dit être dans l’opposition tunisienne contre la dictature de Ben Ali, quand on n’est pas une force de proposition, ou même une voix de sagesse, quand on est pas une force de réformation, quand on n’est pas une force de mobilisation, ou même une voix de coordination, quand on est juste un électron fou de démolition, de perversion, de dénigrement, quand on n’a aucune solution à proposer, on ferme aussi sa gueule.En chacun de nous il y’a deux êtres, le premier, l’authentique, le vrai, est celui de ses rêves, celui de la matrice, celui de son éducation, et de sa seule profonde réalité, qui naît dans l’enfance, qui se développe et se poursuit toute la vie, et le second, le faux, l’artificiel, est celui du conditionnement , de ses apparences , de ses discours et de ses actes .ainsi de plus en plus deux êtres coexistent tant bien que mal en nous, c’est la fatalité du genre, ainsi deux être coexistent en nous, celui de l’état naturel ( l’homme est né naturellement bon ) et celui nuisible de l’état prosaïque ; c’est deux être que vous le vouliez ou non constituent notre être , ils en sont les deux extrémités , les deux polarités nécessaires l’une à l’autre :l’état naturel ne peut se manifester dans son innocence et sa positivité que par rapport à l’état prosaïque. Il en est ainsi des individus, les gens simples et bons, les gens de progrès et humanistes ne peuvent évoluer et dépasser leurs limites que par rapport et grâce, à leurs détracteurs, aux nuisibles, aux oppresseurs et dans notre situation, excuse le terme, grâce aux branleurs.
L’état prosaïque de ces électrons libres nous force à l’excellence, il nous met en situation utilitaire et fonctionnelle.
Aujourd’hui l’hypertrophie de notre société policée, la déchéance de certaines de nos valeurs fondamentales, aux dépends des égoïsmes particuliers. Voir l’effondrement et la trahison de l‘atavisme et l’espoir naturel, et la fraternité et la tendresse, par beaucoup d’entre nous, a répandu une grande nappe de suffisance sur notre petit monde de l’exil forcé.
Il est clair que les tendances politiques de certains , qui n’estiment que leurs propres règles, c'est-à-dire pas de règles du tout, ne font qu’enfermer la politique dans le prosaïsme, effectivement, si on ne prend pas conscience que nous sommes dans l’obligation d’une renaissance fraternitaire , et d’une totale tolérance , si nous ne prenons pas conscience que seul notre amour sans concessions pour la mère patrie peut nous remettre en état naturel et nous pousser sans aucun calcul à l’objectivité de l’acte et de la parole entre nous , et envers nos semblables humains .nous devrons renoncer à chasser les tyrans , nous ne valons pas mieux qu’eux.