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Questionnements rien que pour comprendre
Par
Houssine
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L’effondrement du camp socialiste a semé le désarroi au sein des milieux progressistes en général et marxistes en particulier. La surprise était si grande devant la rapidité avec laquelle le monde socialiste s’effondra que ces milieux se sont cantonnés dans des positions d’observateurs ahuris au départ. Les péripéties de ce bouleversement du monde demeureront ancrées dans les mémoires de tous les humains qui sympathisaient avec cette expérience socialiste porteuse d’espoir pour les nations et les peuples luttant pour leur émancipation et pour mettre fin à leur exploitation par les capitalistes.Passé l’ébahissement causé par cette tragédie, l’heure sonna pour un travail de longue haleine dans le but de comprendre et d’expliciter les tenants et les aboutissants d’un tel tournant du cours de l’histoire et des manières dont « les damnés de la terre » s’opposeront à la mondialisation sauvage dans un monde unipolaire. Il s’agit en fait, d’un véritable séisme mettant en question les convictions idéologiques et politiques des partis et des mouvements progressistes. Ces organisations se penchèrent sur le déroulement de ces jours qui ébranlèrent le monde dans les démocraties populaires et dans l’union soviétique en essayant de dégager certains éléments permettant de faire la part des choses entre ce qui dépend des responsabilités des Etats socialistes et de l’expérience du socialisme réel d’une part et ce qui est inhérent à l’idéologie marxiste d’autre part.
Par ailleurs, les ténors de l’ultralibéralisme s’activèrent à la dénonciation des régimes socialistes antidémocratiques et répressifs par des campagnes de désinformation dans lesquelles le mensonge est roi. Ils acclamèrent les insurrections populaires, et leurs chefs, qui détruisirent les Etats socialistes. Ce qui leur permit de tirer des conclusions ayant trait à « la fin de l’histoire », « la fin des idéologies », ... comprises comme des justifications, sinon des preuves irréfutables, de la véracité des dogmes de l’idéologie libérale et de sa pérennisation.
Partant du fait que ces événements mettaient un terme à l’ère de la guerre froide entre les blocs socialiste et capitaliste, certains de ces théoriciens réactionnaires s’en allaient chercher des ennemis de rechange en en appelant à des guerres dont la cause sera le « choc des civilisations ». Ceci pour dire que les enjeux géopolitiques du monde se canalisera sur des facteurs de race et de religion en lieu et place des intérêts nationaux et de classe dominant naguère. Ce qui signifie, d’autre part, que la configuration géopolitique du monde changera de fond en comble au vu des nouveaux positionnements idéologiques et des zones d’influences qui verront le jour à la suite de la concurrence inter impérialiste.
Cette offensive ultralibérale, postérieure à la destitution des partis communistes au pouvoir, contribua à « brouiller les cartes » dans les esprits des militants de gauche. Ce qui engendra des tendances poussées à opter pour des remises en cause de l’idéologie marxiste en tant que telle. Ceci en même temps que toute la gauche s’accorde sur les fautes et les erreurs commises par les pouvoirs. A ce stade, nombre de partis communistes préférèrent changer d’appellation et d’orientation en signe de rupture avec le communisme d’antan. Ils effacèrent de leurs statuts, de leurs règlements intérieurs et de leurs programmes tous les articles et les paragraphes qui peuvent les taxer de flirter avec le communisme. Ils adoptèrent l’économie mixte ou tout simplement l’économie privée lors de leurs congrès et assemblées générales tout en supprimant tout ce qui concerne les nationalisations, ... de leurs rapports et de leurs documents.
Le volte-face, entrepris par ces partis, témoigne-t-il d’un renouveau idéologique et d’une appréhension plus consciente et plus mûre de la réalité prévalant à l’échelle mondiale ou bien ce tournant n’est-il que le produit des contraintes occasionnées par la victoire du capitalisme et par la mondialisation ?
La métamorphose de certains partis de gauche
Le processus de démantèlement du bloc socialiste se déroulait parallèlement au processus de mondialisation. La bipolarisation du monde, du temps de la guerre froide, avait établi un certain équilibre dans le monde et offrait l’occasion à de nombreux pays, dont ceux du Tiers Monde, de préserver leur indépendance relative par rapport au bloc capitaliste en s’alignant sur le camp socialiste. Pendant cette période, ces pays osaient se prononcer pour la souveraineté de leurs Etats, leur indépendance économique, leur indépendance politique, la nationalisation de leurs ressources naturelles et des secteurs clés de leurs économies, la lutte pour l’unité .....
L’unipolarisation du monde, synchrone d’une accélération du processus de mondialisation, s’accompagna d’une fragmentation des pays tels l’URSS, la Yougouslavie, la Tchécoslovaquie, ... à la suite de l’avènement d’une hystérie identitaire non perceptible auparavant. Elle condamna les nations « protégées » du bloc socialiste à s’inscrire dans le nationalisme le plus étroit et à normaliser leurs relations avec le camp impérialiste en ayant comme objectifs de tenter de s’intégrer dans le système ultralibéral mondialisé pour prévenir toute forme d’exclusion de la scène internationale.
Convertis à la real politic en matière d’unipolarisation du monde et en faisant le constat de l’irréversibilité de la mondialisation néolibérale, les mouvements de la gauche marxiste surtout prirent soin de ne plus inclure dans leurs documents et leurs discours tout ce qui contredit l’option démocratique pour accéder au pouvoir et tout ce qui peut porter atteinte à la propriété privée des moyens de production. Toujours est-il qu’ils se déclarent pour l’économie de marché mais non pour la société de marché. C’est-à-dire que le message véhiculé par une telle prise de position n’est autre que l’affirmation que le volet social reste l’apanage des partis de gauche.
En fin de compte, ces mouvements de gauche, pris entre le marteau de l’effondrement du bloc socialiste et l’enclume de la mondialisation, ont choisi de s’adapter au nouveau contexte mondial en procédant à des concessions d’ordre idéologique et politique et en saluant la victoire du capitalisme par leur adhésion à l’économie du marché. Leurs programmes politiques et économiques portent encore les empreintes d’un tel virage vers la social-démocratie et, plus exactement, vers le social-libéralisme qu’il est difficile de différencier de l’ultralibéralisme pur et dur. Ces organisations emboîtèrent le pas aux capitalistes sauvages dans leur hâte à tout privatiser, à tout marchandiser et à tout commercialiser dans leurs pays. Ces appartchiks de jadis se muèrent en de vrais serviteurs des néolibéraux et des institutions financières internationales. Ils s’appliquent à mettre en exécution les plans d’ajustement structurel (PAS), les Country Assistance Strategy (CAS) et tout ce que peuvent dicter et dictent ces institutions. Ils ont fait « table rase » de tous les jargons qu’ils utilisaient pour la critique de l’économie capitaliste et des banques et des fonds à leur service.
Aujourd’hui, les partis de gauche et tous les humains épris de paix et de justice, soucieux de sauvegarder leur dignité et leur crédibilité cumulées durant des années de militantisme « puritain », ne baissent pas les bras. Ils redoublent d’efforts de conceptualisation, de théorisation, de proposition d’alternatives à la mondialisation, de résistance aux actions dévastatrices des ultralibéraux ... En quelque sorte, ils se comportent en tant que « conscience du monde » et assument leurs responsabilités historiques pour l’avènement d’une mondialisation autre plus humaine et plus équitable.
Un monde controversé
Les équilibres, hérités de la guerre froide, se sont déstabilisés au profit des Etats-Unis en tant qu’unique superpuissance surtout militaire. Les espoirs de tous les humanistes en un mode multipolaire, avec la montée de l’Europe et du Japon comme puissances économiques, se volatilisent à cause de cette régression vers un monde unipolaire qui peut soit se caractériser par une meilleure démocratisation des relations internationales et un meilleur arbitrage des conflits internationaux par l’ONU matérialisant l’instance internationale légitime et responsable de la supervision des affaires mondiales, soit tendre vers le renforcement de la position des Etats-Unis sur la scène internationale et l’intensification de la tendance interventionniste, des néoconservateurs au pouvoir, en défiant tous les organismes internationaux et toute l’opinion publique internationale dans le but d’imposer leur diktat à tous les Etats de la planète.
Malheureusement, depuis le début de la décennie 90 du siècle précédent, les Etats-Unis se comportent de telle façon qu’ils déclarent haut et fort qu’ils sont les seuls habilités à gérer les problèmes, les conflits et toutes les affaires mondiales. Les organisations internationales et les autres pays doivent rester à leur disposition quand cela leur chante de les consulter et de solliciter leurs services. Ils ont menés leurs guerres de destruction massive avec la collaboration ou non des autres Etats pour élargir leurs zones d’influences, accroître les régimes à leur solde et faire main-basse sur les marchés de reconstruction et les ressources naturelles des autres pays. Comme ils entamèrent des opérations de kidnapping de présidents-rebelles à leur domination, des campagnes d’étiquetage des pays faisant partie de « l’axe du mal » comme cibles potentielles aux blocus, aux interventions armées, la supervision sans partage des dossiers conflictuels ...
Le plus grave s’avère être que l’Europe en appelle aux Etats-Unis pour la destruction d’un pays européen pour le règlement de la question yougouslave. L’Europe unie, prétendant à devenir un pôle à part entière dans l’échiquier international, avoue son incapacité à gérer ses problèmes internes à ses concurrents américains et se trouve dans le besoin de commander la force de frappe américaine aux dépens de sa souveraineté en tant qu’entité européenne d’abord et de la souveraineté de ses Etats aussi. L’Europe affirme son inaptitude à la gestion de ses affaires intérieures. Par là même, elle indique qu’elle n’est pas en mesure d’aspirer à un rôle plus grand dans la gestion des problèmes mondiaux. Elle se suffit aux marges de manoeuvres que voudraient bien lui fixer les Etats-Unis à tel point le gouvernement sioniste, par exemple, n’affiche aucune importance aux activités européennes concernant la question israélo-palestinienne ... L’Europe a donc besoin d’attendre que surgisse l’occasion de sa polarisation ...
Quant au Japon, la superpuissance américaine considère qu’il ne jouit pas d’une puissance politique à la hauteur de sa puissance économique. Sa situation militaire ne joue pas en faveur de sa polarisation ... De ce fait, il est de l’intérêt du Japon de se prémunir de tout tentation de grande puissance compte tenu de ses points faibles, de s’aligner sur les positions des Etats-Unis en cas de conflit armé et de financer les aventures guerrières des l’administration américaine sans s’attendre à une quelconque récompense via les marchés de reconstruction et autres ...
La Chine populaire, ayant arraché son poste de membre permanant au conseil de sécurité de l’ONU à l’ère de la guerre froide, continue de jouir de cet avantage pendant qu’elle se lance dans une stratégie de croissance économique par l’intermédiaire de l’ouverture de son marché aux investissements étrangers. Elle a des atouts sur les plans démographique et militaire. Mais, il semble qu’elle se fixe comme priorités le développement économique et la sauvegarde de la stabilité de son régime politique et de son intégrité territoriale. Tous ces éléments lui confèrent une position plutôt « reposante » qui lui procure une assez grande marge de manœuvre pour ce qui est de ses positionnements politiques sans l’engager dans des prises de position diamétralement opposées à la politique des Etats-Unis.
La Russie, produit du démembrement de l’URSS, est sortie affaiblie de cette opération chirurgicale. En tant que membre permanant du Conseil de sécurité et puissance nucléaire, elle hérite d’une puissance militaire alors qu’elle demande de l’assistance aux institutions financières internationales pour sauver son économie en crise et, par conséquent, elle a perdu de son poids sur le plan politique à l’échelle mondiale. Elle se tourne vers la résolution de ses problèmes intérieurs dont le défi majeur consiste dans le danger d’une désintégration de son territoire. La faiblesse de son économie, sa dépendance envers le FMI et compagnie et ses conflits territoriaux et politiques menaçant son intégrité territoriale ; tous ces facteurs réunis ont contribué à discréditer, politiquement, la Russie et à rendre plus étroite son champ d’intervention sur la scène internationale.
Au total, les puissances candidates à se transformer en pôles pour l’instauration d’un monde multipolaire se divisent en des impérialismes de second ordre et en des pays confrontés à de multiples problèmes les indisposant de rêver d’accéder à de telles positions par les temps qui courent. Bien évidemment, les Etats-Unis sont les grands bénéficiaires de cet état de choses et profitent de sa supériorité économique, militaire et politique pour façonner le monde selon leur propre vision.
En ce qui concerne les pays du Tiers Monde, ils ne se soucient guère de cette course à la polarisation parce que cette compétition les dépasse, parce qu’elle ressemble à un combat de titans. Au vu des crises multidimensionnelles dans lesquelles ils se débattent et qui touchent aux dettes, à la famine, aux guerres, à la sécheresse, ... ces pays n’ont d’autres choix qu’à se replier sur eux-mêmes pour tenter de solutionner leurs maux.
Leurs objectifs, plutôt modestes, se réduisent à ouvrir grandes ouvertes leurs frontières aux échanges des capitalistes sauvages de peur d’être sanctionnés et marginalisés. Ces pays souffrent de maux difficilement surmontables et leurs regards se tournent du côté des grandes puissances et des bailleurs de fonds dans l’espoir de ne pas affamer leurs peuples et de ne pas les rejeter dans le chaos et l’exclusion. Ceci ne les empêche pas de s’entretuer pour des conflits et n’empêche pas leurs peuples de s’entretuer en brandissant des emblèmes indiquant que ces tueries et ces crimes s’effectuent au nom du « salut national », de « réformes », de « révolutions » ... Des guerres fratricides injustifiées dont les seigneurs de la guerre et leurs maîtres tirent profits et qu’elles justifient par des problèmes d’ethnies, de races, de religions, ... Le résultat de toutes ces calamités qu’ont connues les pays du Tiers Monde se manifeste par le règne de l’instabilité, probablement devenue structurelle, prévalant dans ces nations.
Ce tour d’horizon donne l’impression d’un monde sous l’emprise des Etats-Unis et que toutes les autres puissances et pays s’accommodent à cette domination parce que les autres nations ne sont pas en mesure de contester la suprématie américaine. Il se peut qu’il se dégage de ce constat, plutôt pessimiste, un sentiment de défaitisme pur et simple qui est le résultat d’un sentiment d’inaptitude en matière de lutte pour bouleverser les rapports de force à l’échelle mondiale. Il me semble que les partisans de la troisième voie s’intègrent dans ce cas de figure.
Par ailleurs, ce tableau sombre peut inciter à plus de création et de créativité en matière de théorisation, d’organisation, d’invention de méthodes nouvelles de lutte contre l’hégémonie de l’administration américaine et consorts. Cette domination des néoconservateurs de par le monde qui ne sert, en dernière analyse, que le capital financier mondial. Cette mondialisation des échanges et des finances a besoin, pour être contrecarrée, de faire le bilan des changements observés aux niveaux du travail, de la politique, de l’économie ... Et ce, surtout, pendant la phase de l’après-guerre froide et la conversion des partis de la troisième voie au social-libéralisme proche parent de l’ultralibéralisme.
En guise de conclusion
La mondialisation, en tant qu’expansion du capital à l’échelle mondiale, doit être combattu au niveau international. Tous les humains et les humanistes se doivent de faire preuve d’un internationalisme militant et unifier leurs forces pour mener leurs luttes, par les moyens démocratiques, contre les capitalistes sauvages et pour une autre mondialisation à visage humain.
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